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  • Chemin faisant (102)

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    Au plus-que-présent. - Tel est le réel, me disais-je ce matin en cadrant les fenêtres de ma chambre du Bonheur International El Hana, donnant par derrière sur le plus moche décor de façades borgnes et de bâtisses en voie de démolition !

    Or cette autre fenêtre, tôt l’aube, s’était ouverte sur la page du Cahier de verdure de Philippe Jaccottet dont j’avais achevé, la veille, la présentation de Oeuvres en Pléiade, balancée avant minuit aux rédactions de 24 Heures et de la Tribune de Genève : « L’oiseau, dans le figuier qui commence tout juste à s’éclaircir et montre sa première feuille jaune, n’était plus qu’une forme plus visible du vent ».

    Plus-que-réel de la poésie. Mais ce n’est pas Mallarmé qui va nous en imposer ce matin en pointant « l’universel reportage » à quoi tendrait la littérature arrachée à sa tour d’ivoire. Faire pièce au nivellement va sans dire, mais puisse tout le réel demeurer et aussi têtu que les faits, dont la fiction fera aussi bien son miel, et la poésie.

     

    La_maison_dangela_4.jpgC-etait-mieux-demain-Documentaire_portrait_w193h257.jpgUnknown.jpegPanopticon. – Le réel, ce matin, serait cette terrasse ensoleillée du Grand Café du Théâtre, en face du Bonheur international, où je me repasse quelques séquences de nouveaux films tunisiens vus ces derniers jours. Du panopticon d’observation jouxtant la table de trois étudiantes voilées, avec la clameur proche d’une manif très encadrée – forces de l’ordre déployées et frises de barbelés -,  devant le trop fameux Ministère de l’intérieur, je me suis rappelé le couple de la mère indomptable et du fils teigneux, dans C’était mieux demain de Hinde Boujemaa, passant d’un squat à l’autre comme des rats enfuite; la vieille Italo-Française de La Goulette évoquant, dans La maison d’Angela d’Olfa Chakroun, la dérive et le déclin de sa chère « petite Sicile » sous les coups de boutoir des bétonneurs ; ou le retour à la case Révolution de Laïcité Inch’Allah de Nadia El Fani, en ces lieux mêmes où déferla la colère populaire, et dont la projection d’octobre2011 aboutit à un chaos de violences assorties de menaces de mort sur la tête de l'impie.

     

    images-1.jpegAmis du soir. – Vendredi soir prochain, le réel sera celui de La Mémoire noire, nouveau docu signé Hichem Ben Hammar consacré à la répression, à la fin du règne de Bourguiba, de la contestation progressiste du groupe Perspectives, dont les jeunes militants furent torturés, par la père de la nation, « pour leur bien »…

    Dans l’immédiat, cependant, c’est dans le cadre le plus hautement raffiné que j’ai rejoint mes amis Jihène et Rafik, sous les arches séculaires du Dar El-Jeld, antique maison de tradition aux murs couverts de zelliges polychromes, où nous nous régalons effrontément et parlons beaucoup sur fond de qanûn - le vieux magon ne laissant de faire monter les rires sur le mode plus-que-réel…

  • Chemin faisant (101)

     

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    Notes en chemin  (107)

    Ordre et désordre. -
     En marchant ce matin par les rues populaires de la médina, recommençant de m'imprégner de l'atmosphère de la rue arabe dans ce qu'elle a de plus naturellement chatoyant, le sentiment croissant de retrouver la bonne vieille humanité m'a rempli de reconnaissance alors qu'un soleil déjà printanier flamboyait au-dessus des pyramides d'oranges soigneusement érigées par les marchands; mais un peu plus loin en direction de la Kasba, à l'écart des étals bien tenus, les rues se muaient en véritable dépotoir où s'amoncelaient ordures et détritus  laissés là depuis des jours à ce qu'il semblait. Or quelques chose m'a frappé dans ce contraste, qui me semblait dire quelque chose, mais quoi ? 

    Dans les souks, ensuite, et notamment dans le dédale alternant féerie de couleurs et retraits pénombreux, autour de la Grande Mosquée de la Zitouna, entre parfums et fripes, j'ai retrouvé avec bonheur cet univers des petites boutiques paraissant perpétuer leur commerce depuis des siècles, puis à quelques ruelles de là: des passages de traverses encombrés de sacs d'ordures que se disputaient chats faméliques et rats tenaces. Et qu'en dire ?
    Tunis20.jpgTroisième image: cette vaste décharge à ciel ouvert, juste à côté du building de trente étage de je ne sais quel établissement bancaire des Etats du Golfe, et  là encore cette proximité d'une façade clinquante et d'un total laisser-aller m'a suggéré un début de réflexion. Quant à dire que je pourrais en tirer des conclusions liées à la nouvelle donne de la réalité tunisienne, je n'en sais trop rien. 

    Une espèce de hargne
    La question de l'ordre et du désordre est bien plus intéressante qu'on ne pourrait croire. Autant que l'obsession du propre-en-ordre, bien connue des Suisses, peut relever de la névrose, autant il me semble pertinent de s'interroger sur ce que signifient des symptômes récurrents de désordre dont, par exemple, les rues de Tunis sont devenues le théâtre hallucinant à certaines heures.
    Dès le dimanche soir de mon arrivée, mon ami Rafik m'avait averti: tu vas voir se déchaîner la meute ! Et deux jours plus tard à peine, j'avais failli me faire écraser quatre fois (le piéton n'a plus droit à aucun égard), constaté que nombre de voitures de flics passaient au feu rouge et vu deux chauffeurs de taxi en venir aux mains après  le léger accrochage qu'ils venaient de provoquer, forçant une dizaine d'autres conducteurs à s'en mêler dans un concert de klaxons furieux. C'est cela: quelque chose de furieux...
    On connaît la circulation de Paris, de Rome ou de Naples: le crescendo est notable, mais le désordre hargneux de la circulation en ville de Tunis m'a semblé d'une autre nature: comme si sa fureur venait d'ailleurs. 

     

    L'attente de quelque chose
    Ordures qui s'empilent: mauvais signe. Rivages pollués à outrance: pas très bon pour la saison touristique à venir si rien ne se fait. Rengaine des médias trois semaines seulement après l'entrée en fonction d'un nouveau gouvernement de compétence: mais que font-ils ? 

    La dernière fois que nous y étions avec Lady L., en juillet 2011, les discussions les plus animées se poursuivaient à n'en plus finir, pleines d'espérance en les lendemains qui chantent. Une Tunisie pariait pour un avenir meilleur. Si belles rues alors, si belles terrasses à Sidi Bou. Puis une autre Tunisie se laissa séduire par moult promesses et cadeaux, qui vota pour un parti totalitaire pseudo-religieux à visées putschistes, foncièrement incapable d'assurer le redressement économique du pays. Quittant le gouvernement, le redoutable Rached Ghannouchi a promis que son parti garderait le pouvoir par la rue. Hélas, il ne semble pas qu'Allah ait trouvé de dignes éboueurs pour entretenir les rues menant à Lui...

     

    À lire: Adnan Limam. Ennahdha: ses cinq vérités. Phoenix éditions.

    Spécialiste en droit public et en relations internationales, l'auteur, musulman modéré, analyse les  tenants et aboutissants de la prise de pouvoir du parti "islamiste" de Rached Ghannouchi, selon lui émanation directe des Frères musulmans et se servant des salafistes comme fers de lance. Organisation transnationale d'essence putchiste, Ennahdha repose, selon Adnan Limam, sur une idéologie religieuse contraire au véritable islam, et aura, en réalité, servi le sionisme et la politique américaine à seule fin de déstabiliser la Tunisie en quête de démocratie. À remarquer qu'après avoir soutenu le parti gagnant des élections de 2011, les Américains font aujourd'hui bon accueil au nouveau chef du gouvernement intérimaire...