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  • Printemps

     

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    Lorsqu’elle sortit du bosquet jouxtant le parking de la Grande Entreprise, les gens se dirent qu’elle était allée s’y soulager, et de fait elle achevait de rafistoler le système de nippes superposées qui protégeaient des derniers frimas sa lourde viande sommée d’un faciès de lubricité.
    Il y avait quelque chose de puissamment animal dans son apparition de ce matin, une force soulevait sa vaste croupe, une espèce de triomphe irradiait la masse informe de son grand corps de fille de peine, enfin comme une lueur de sourire éclairait son mufle rose - de toute évidence, celle que le service de nettoyage de la Grande Entreprise appelait la Truie était satisfaite.
    Après elle et du même bosquet, de son pas bedonnant de crapaud, sortit Carlo le balayeur du quartier, dit aussi technicien de surface dans les registres municipaux, visiblement ragaillardi de se sentir ce matin le faune de la saison nouvelle.

    Image: Lucian Freud

  • Aux mimes égarés

     

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    par Louis-Ferdinand Céline (p.a.a. Philippe Di Maria)

     

    Je ne lis plus grand-chose, pas le temps, pas envie… trop de misère accrochée partout aux pages… lourdes, si lourdes leurs phrases à tous !… au marteau-pilon qu’ils rabâchent !… et pan !… et pan !… pas musiciens pour un kopeck !… je laisserais bien faire mais voilà, il y a Arthur que me tire par la manche… Ferdine, Ferdine ! qu’il gueule, gaffe !… tu vas t’en ramasser tout un bac, toute un train, tout un Boeing de lamanièrede !… qu’on va plus savoir où les mettre !… un plein tanker de faussaires !… faut que t’agisses, et recta !… Écoute, qu’il rajoute, c’est pour un concours… c’est le thème !… un pastiche, un « à la manière de »… tu parles qu’ils vont tous joui-jouir à céliner !… une constellation de zélés plagieurs à tes basques !… tout un bataillon de clanculs !… Ferdine, dis ?… tu m’entends ?… Ferdine ?… 

                                                                                                   

    Y commençait à me courir, et pas qu’un peu l’Arthur !… fallait bien que je lui réponde !… y m’aurait emmerdé à pas finir !… je l’aurais jamais décollé !… y a pas plus pire sangsue que lui !… d’accord ! que je lui fais enfin !… je vais leur trousser un libelle !… que ça va leur illuminer leur gazette… que ça va les changer des wagons de prousteries qu’ils vont recevoir !… des bossueteries amen, des joyceries néon Bloom, des bars à Barthes, des flaubertiades et autres lafontaineries à deux sols à déborder de partout !… vont voir arriver un tsunami de contrefacteurs au Magazine !… tous debout pour le premier prix !… ah oui, ils veulent tous être écrivaîîîîîn… mais y savent pas chanter !… que des phrases malades qu’agonisent dans les pages !… s’il n’y a pas la musique, y a rien !… alors ils pondent 700 pages de scribouillages laxatif best-seller et ils arrivent à purger 600 000 gogos… tu écris Fucca et t’as ta trogne chez Decaux, sur tous les quais de gare, les coins de rues, dans tous les torcheculs du jour, colonne Morris et compte en suisse !… mais là, au jeu du singe, sûrement que ce sera moi le plus copié !… tous ces naïfs qui s’imaginent qu’il suffit de troispointer !… ils font que ramper, zombies dans les pages !… ineptes ixodes !… aptères Calibans aux feuillets !… j’en traîne tant au cul de ces mimes bubons !… j’en déborde !… c’est la colique !…

    Ils sont pesants à plus savoir !… à tonnes d’étrons !… tellement loin de l’esprit !… de la lettre !… de la légèreté !… pas un qu’a compris !… faut trouver le rythme, l’émotion… mais pour ça faut travailler !… et travailler encore !… laisser la tripe et la vinasse !… caméléons séides boursouflés d’impudence, épigones fous jaloux, torchant du Céline-au-mètre… si facile qu’ils croient !… trois points partout !… Faites, faites, qu’on se marre un peu !… qu’on vous mire bien le fond du froc !… torchis verbeux tout frais fané !… ils veulent tous être goncourisés, renaudisés, nobelisés… ah, pas beaucoup de vrais !… Tiens, si, j’en vois un !… par les grandes vagues !… au-delà d’autres océans qui rugissent en trombes !… où les villes tombent d’être restées trop fières debout… où les hommes tombent à leur tour, de vivre si pauvres… là-bas en Amérique… il y a Cormac McCarthy !… Méridien de sang, Sutree, La Route… il brosse pas dans le sens du poil, le Cormac !… en voilà un qui met ses tripes sur la table !… volutes d’enfer sur ses feuilles… stylo de Satan bien dans le prose du lecteur !… il tient son style !… il en est maître !… il connaît bien l’Homme et sa saloperie naturelle !…

    J’en reviens à mes épigones !… trop pressés tous !… immédiatement !… c’est le nouveau mot-clé du monde !… tout, tout de suite !… courriels, mobiles, fax !… faut une réponse immédiate !… c’est un ordre !… au pied !… et que les autres crèvent de faim !… vae victis !… n’avaient qu’à naître ailleurs !… je les ai vus, moi qui vous raconte, par moins cinq degrés, costards en laine, fourrures indécentes, panses et culs à exploser, blablatant sur l’amour du prochain !… pas une piécette pour le miséreux gelé du trottoir qui sanglote à leurs semelles !… glisse et passe, pâle limace de glace !… l’homme est né égoïste étron !… il jouit de voir mort son prochain !… toujours mieux que crever soi-même !…

     

    Je rêve à des cieux étoilés… qui valsent et virevoltent aux nuages… à grands tourbillons… par les vents tièdes qui réconfortent !… en d’autres folles féeries !… où l’homme aimerait l’homme… falbalas dansants et chantants !… rigodons d’azurs !… à feuilles soyeuses chues sur un cœur…

     

    Ce texte est un pastiche de Céline proposé, il y a deux ans de ça, à un concours sur le mode À la manière de... L'Auteur s'est plaint en haut-lieu de n'avoir pas été primé. Il a pleinement raison et c'est pourquoi son gorillage se retrouve icitte.

     

  • Ceux qui restent tout joyeux

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    Celui qui conserve à tout coup son allégresse de manchot radieux / Celle qui pète le feu de Bengale et se la joue Byzance sur son ottomane / Ceux qui se laissent aller bien / Celui que ses outils attendent dans la claire lumière du matin / Celle qui tricote un paysage aux lointains de mohair vaporeux / Ceux qui prennent le raccourci dit de Satan l’éclair / Celui qui sponsorise le Club des inventeurs de proverbes chinois dont la cave ne contient que de grands crus / Celle qui recueille les petits rats d’opéras sur son navire-école grouillant de mousses / Ceux qui arrosent tous les matins leur langage fleuri d’un long jet de leur chique / Celui qui sait par cœur toutes les chansons de marche propices à l’entretien de la Joyeuse Equipe sur les chemins de France et autres cantons latins / Celle qui tient le bugle dans la Fanfare du Grillon / Ceux qui ont vidé la cagnotte de la Société des picoleurs et constaté qu’ils étaient fins prêts à «faire la Chine» / Celui qui gère la crise de neurasthénie de son neveu Raoul dont le père voulait faire un spéculateur à tout casser et qui écrit des poèmes à la Lamartine première période / Celle qui se découvre une nouvelle personnalité en jouant du saxo piccolo à la kermesse des Chanterelles / Ceux qui s’impatientent de la retraite pour faire la gueule à plein temps / Celui qui a chopé une fluxion de poitrine en posant nu avec une foule pour une photo de Spencer Tunick où on ne le verra même pas ça je te parie / Celle qui apprend dans un tabloïd qu’elle a sept jours pour sauver ses cheveux / Ceux qui contestent le fait que Cheryl Cole serait la femme la plus sexy de l’année alors qu’on n’a même pas testé les filles du Jura Sud / Ceux qui ont fait l’amour virtuel et se cherchent maintenant une garderie pour leurs cyberkids / Celui qui beurre les radis des potaches / Celle qui se sait reine des entrepôts New Look sur le canapé d’alcantara de la boutique branchée à l’enseigne de Manioc / Ceux qui font deuil à part aux quatre coins du cimetière réhabilité / Celui qui éclate de rire pendant l’éloge du défunt dont le pasteur suçait la fortune et pas que ça / Celle qui capte à peu près tout à part l’urgence de s’inscrire au Front national des gauches recyclées / Ceux qui ne supportent plus ton enthousiasme qu’ils assimilent à un relent d’hystérie adolescente qu’ils te proposent de soigner en thérapie de groupe / Celui qui voit les étoiles de Midi sans mérite particulier puisqu’il chemine sur une arête neigeuse à 4444 m. au-dessus de la mer dont les propres étoiles font les humbles dans le tréfonds de velours mauve / Celle qui dit à son fils Paul en pole position de la F1 UBS qu’il n’a pas le droit à l’erreur alors que ce garçon brille au clavecin / Ceux qui ne voient pas la beauté de cela simplement qui existe, etc.
    Image: Philip Seelen