UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Lettre de Gaza

    Ramallah887.jpg

    Pascal Janovjak répond à Philip Seelen et nous transmet une lettre de Dania et Mohamed Mussalem

    Ramallah, le 15 janvier 2009.

    Cher Philip,
    Je comprends aujourd'hui votre motivation, votre douleur. Je tiens à vous présenter mes excuses. Ma colère était profonde, mais je regrette mes mots – votre façon de faire n'est pas la mienne, qu'importe, dans la situation présente. Nous sommes frappés au cœur, et il est important d'agir, quelques soient nos armes et nos sensibilités, agir pour ne pas devenir fous, ou se tromper, comme je l'ai fait, de cible.
    Je vous envoie donc ce témoignage, reçu ce matin (vous l'avez peut-être déjà lu, par d'autres canaux). Dania est l'épouse de Mohamed Mussalem, artiste et professeur à l'Université AlAqsa de Gaza. J'ai hésité à la corriger, pour en rendre la lecture plus aisée, mais la qualité du français témoigne aussi de l'effort fourni par la rédactrice.
    Pascal

    PS. La lettre était adressée au directeur du centre culturel français de Gaza, qui fait suivre - elle est datée Lundi 12 Janvier 2009, 20h32mn 38s.

    bonjour
    on est toujour vivant ...jusqu'a maintenant au moin ,......apres plus d'une semaine de stresse et d'horeur qu'on a vecu pendant les bombardement continue sur gaza au tour de notre maison plus de 15 missiles de f16 sont tomber vous imaginer la suite ,,des fenetre qui ont eclater, la maison et le sol qui tremble au dessous de toi ,les enfant teroriser , on oser meme pas allez au toilette de peur d'avoir le plafond sur la tete des que les operations des forces terrestre on comencer le 10 emme jours il ya eu des incursions au quartier Atatra et Salatine a 500metre de chez nous c'etait l'enfer toute la nuit on entendait des explosions,tres fort on dirait qui sont juste devant ta porte on voit de la fumee par tout le ciel gris toute la journee,des accrochages continue ,des Apatchis , de la mer on nous attaque de partout

    Ramallah675.jpg

    Ramallah876.jpgle pire que des le premier jour on avait pas d'elecricite et bien sur pas d'eau meme les citernes sur le toit on etait trouee par les eclats d'obus le seule moyen d'info qu'on avait etait le telephone et la radio on entendait les histoires de masacres et on recevait des nouvels sur des amis des proches msacrer,.croyer mois des familles entier qui ont etait masacrer a la fois un voisin son frere etait a la mosquee quand on la bombarder, ses 2 autres freres sont partis pour essayer de le trouver au dessous des murs quand ils ont recus un 2emme missile sur leurs tetes les trois freres sont devenue des morceaux de viandes pour ne pas dire des cadavres on ne parles rarement de cadavres mais des morceaux de corps a peine on reconait les morts

    apres 2 nuits d'enfers on a decider de sortir mes beaux parent refuser de sortir mais on les a forcer , on etait en danger les charts bombarder sans avoir des cibles précis et on etait pas en securite on a pris le risque de sortir avec un drapeau blanc mois mon mari et mes 2 enfants et mes beaux parents mon sac etait deja pres je savait que ce moment va venir dieu merci personne n'a etait toucher sur les media on parlait d'une treve quotidienne de 13 h -16h pour des raison humanitaire mais cetait des menssonges ,2 femmes de mon quartier sont sortis chercher des provision pour leurs enfant il les ont tuee .

    on etait heberger par la soeur de mon mari au centre de la ville de Gaza , d;autres ils navait pas ou aller , dans les rues des miliers des familles qui se sont sauver de leurs maisons ….une nouvelle generation de refugiers

    2 heurs après qlqs voisins qui ne sont pas encore sortis nous on informer qu'une bombe d'une chart est tomber sur un cote de notre toit ,apres trois jours La Croix rouge nous a informer qu'il ya une treve entre 7h et 11h pour les femmes pour y revenir chercher le reste de leur affaire et le reste des corps qui sont rester par ce que on empecher les ambulances de passer acette zone devenue militaire , dans le quartier Al Atatra la croix rouge a decouvert 4 enfant a cote de leur mere morte depui 7 jours et qui mourrair de fin on les a sauver a la derniere minute .

    ma belle mere et parti toute les porte des maisons sont casser et des fois exploser, l'armees Israeliennes a fouiller toutes les maisons dont le notre , tous notre meubles est abimer et nos affaire par terre

    Je ne peu vous resumer ces 2 semaines en qlq lignes je suis sorti de ma maison dans un appartement ou il ya plus de 30 personne de refugier!! tous les gens qui habite sur les limites east, nord ,sud ,ouest se sont deplacer au centre en disant qu ils sont plus en securite
    En faite personne n'est en securite aucun palestinien a Gaza

    On nous dit que l'objectif de cette guerre est d'exterminer les members de Hamas ,un autre pretexte comme les precedentes pour exterminer et terroriser le peuple palestiniens plus de 900mort" civils" dont 275 enfants ,97 femmes"des mamans" et 15 ambulanciers et 5 journalists en 2 semaines
    Le message est claire on fait payer au peuple sa liberter d'expression par ce que il a voter pour Hamas
    Comme ca les gens vont detester Hamas ,on n'arrete pas de transmettre ses messages et franchir les ondes des chaines locaux pour nous dire tous ce que vous subiser c'est a cause de Hamas qui vous a trahis et na pas pris la ressponsabilite de vous proteger
    Voilà

    J'etait toujour contre Hamas je n'aime pas les islamistes extremists mais le ne suis pas imbecile pour croire a ces mensonges !meme avant Hamas on nous bombarder on nous insultes sur les frontiers on nous imprisonne a l'interieur de gaza et devant le monde ils dissent qu'ils se sont retirer de Gaza et ils ont leur liberter pourquoi ils se plein!

    C'etait claire depuis que Hamas etait dans le gouvernement cela fait 2 ans qu'on souffre du Blocus qui nous etrangle je reve d'avoir le droit de voyager et de ce deplacer comme toute autre personne dans le monde, d'avoir un pay nationale libre

    Les lanceur de roquettes sont un autre pretexte pour convaincre les monde que les Israliens sont victimes et qui ont le droit de ce proteger contre les roquettes fabriquer localement avec toute sorte d'armes militaires meme qui sont interdit internationalement (bombes phosphoriques ) sachant que la plus parts des Israeliens transporter au hopitaux on a decrit leur etat de" blessure" ( etat de panique et peur ) on les compter comme victimes! alors que 1 milions et demis de palestiniens sont terrifier et les hopitaux de Gaza non meme pas les moyen de faire des intervention chirugical pour les vrais blesses

    Le conflits palestinien , le complis des gouverneurs Arabes etait aussi une couverture pour ces attaque et on S'etait bien enservie

    Je doute qu'apres tous cela Gaza aura une vie normal on est sous choc et je doute qu'on va se remettre ,et je doute que après cette guerre si elle se termine j'aurai une maison ,je prie le Dieu que mes enfants reste vivant et si on va mourire qu'on meur tous ensemble ,je ne veut pas vivre pour voir mes enfants massacre devant mes yeux .

    Merci a tous nos amis de nous avoir envoyer des messages pour nous soutenir j'apprecie les manifestations quon fait partout ds le monde ,les aides qu'on recoi s lea actes de solidariter mais excuser mois, je suis telement desesperer et au meme temp convaincu que Israel est bien proteger et qu'elle ne va pas cessez le feu que après qu'elle aboutie tous ses objectifs imaginaries par ce que on faite cet les civils qui sont cibler et la decision de la fin de ces operation va venire de ces Generales pas de la pression de la communaute international
    A part cela on a manger cest le dernier de nous soucis Israel fait entre les provision necessair pour prouver qu 'elle si humanitaire
    Il ya des grands problemes pour la distributions d'aide a cause de l'absence des autorite specialiser il n'ya que l'Unrwa et la croix rouge et qui exerce son role dans des conditions tres deficiles
    Les gens nont pas perdus l'esprit de solidarite mais la catastrophe est sur tous le monde chacun a sa propre triste histoire mois meme je suis en etat de choc et a peine j'ai eu la force de vous ecrire

    Dania et Mohamed

    Image: photo transmise par Dania, de la famille au 5e jour et d'un bombardement de F16 sur une cible non identifiée.

     

  • Le grand cristallier

    Chappaz2.jpg

    Maurice Chappaz, l'un des plus grands écrivains romands, est mort à 92 ans.

    « C’est du pur cristal qu’enfin nous respirons », écrivait Charles-Albert Cingria en 1953, une année avant sa mort, à Maurice Chappaz qui venait de lui envoyer son Testament du Haut-Rhône. Or ce cristal est resté le même dès le premier texte publié (en 1939) du jeune poète, Un homme qui vivait couché sur un banc, jusqu’à ses derniers écrits de nonagénaire encore vif d’esprit et de plume. La meilleure preuve en est l’étincelant recueil de pages de son journal (années 2003-2004, réécrit en 2007-2008) publié en novembre 2008 sous le titre de La Pipe qui prie et fume. «Je mordille dans l’au-delà » y écrit-il, et cela encore: «Il faut accepter un absolu où l’on meurt. Je ne puis y songer qu’en disant le fameux Merci à l’instant qui me sera donné ».
    Toute l’œuvre de Maurice Chappaz, qu’on pourrait situer dans un Valais «tibétain » et un temps qui serait à la fois celui des Géorgiques de Virgile et du voyant Rimbaud, est aussi bien de la même eau, qu’elle se module en vers libres ou qu’elle se décline en chroniques, en récits épiques (dont le fameux Match Valais-Judée), nomades ou polémiques, et jusque dans son saisissant Evangile selon Judas, paru en 2001 chez Gallimard et passé quasiment inaperçu de la critique française.
    S’il y avait du bohème et de l’errant en Chappaz, qui s’est heurté violemment à la volonté du père, notable valaisan, pour obéir à sa vocation, lui-même connut cependant les responsabilités d’une charge de famille après son mariage avec S. Corinna Bille, en 1947, avec laquelle il eut trois enfants. L’expérience de la guerre, sa participation à la construction du barrage de la Grande-Dixence, et le travail sur les domaines vignerons de la famille, constitueront, avec maintes virées proches et autres grands voyages, autant d’expériences formatrices ou lucratives qui distinguent nettement son mode de vie de celui d’un homme de lettres, d’un professeur ou d’un journaliste, même si le poète écrivit lui aussi de nombreuses chroniques pour assurer la matérielle. Mais là encore, le combat de Maurice Chappaz s’inscrit dans l’ensemble d’une vision du monde marqué au sceau de la poésie. En dépit de son titre provocateur, le pamphlet qui a valu au poète haines privées et injures publiques, Les maquereaux des cimes blanches, est un poème autant qu’une attaque frontale des affairistes immobiliers et autres marchands du temple valaisan.
    Chappaz.jpg« J’ai assisté à la fin des visages », écrit le poète en colère, rappelant les « visages sortis et imprimés dans les torrents de montagne », auxquels a succédé « l’effacement par la graisse ». Et d’assener : « Les plus importants de mes compatriotes portent ce masque de bandit propret. De bandit de bureau qui culotte l’illégalité ».
    L’œuvre de Maurice Chappaz, dans sa double nature lyrique et prophétique, ne saurait être séparée de la tradition biblique et de la foi catholique, comme l’a montré Christophe Carraud dans le premier essai substantiel consacré, en France, à l’écrivain. Cela étant, loin des tourments de conscience de l’âme romande, à dominante protestante, le catholicisme de Chappaz et sa poésie sont tissés de sensualité et de saveur.
    Bien enracinée dans sa terre d’origine et faisant écho aux préoccupations de notre temps, non sans résistance farouche, l’œuvre de Chappaz nous transporte à la fois autour du monde et hors du temps, ou plus exactement au cœur de ce noyau temporel que figure l’instant « éternisé » de la poésie.



    Pour Lire Maurice Chappaz
    Un Homme qui vivait couché sur un banc
    , [Revue Suisse romande], 1939. Castella, Albeuve, 1988.
    Testament du Haut Rhône, Rencontre, Lausanne, 1953 et 1966. Fata Morgana, 2003.
    Portrait des Valaisans en légende et en vérité, L’Aire, 1983.
    Les Maquereaux des cimes blanches, Galland, Vevey, 1976. Zoé, Genève, 1984, 1994.
    Maurice Chappaz, pages choisies. L’Age d’Homme, Poche Suisse, 1988
    Le Garçon qui croyait au paradis, L’Aire, 1995.
    Evangile selon Judas. Gallimard, 2001.
    La pipe qui prie et fume. Editions Conférence, 2008.

    De nombreux recueils de Maurice Chappaz ont été réédités chez Fata Morgana.

    Cet hommage a paru dans l'édition de 24Heures du 16 janvier 2009.

  • Trophée

    Panopticon513.jpg

    …La Bête est neutralisée, la bête sauvage qui est en vous a été piégée mais nous ne la naturaliserons pas: nous la cramerons, nous la cramerons selon les règles de l’hygiène et des normes internationales de la lutte contre la rage personnelle, nous la cramerons et vous enverrons ses cendres sous sachet scellé, et la facture, cher «être humain » à col de loutre…
    Image : Philip Seelen

  • Dans l'amitié d'Alain Gerber

    Eloge d'un grand méconnu, romancier et poète jazzy...


    Alain Gerber était, à trente ans, à la parution de son premier livre, La couleur orange, le type du doux oiseau de jeunesse de province (il est né à Belfort en 1943), du genre fou de Jarry et de jazz, de cinéma et de romans américains (auxquels, avec deux trois compères, l’avait initié son prof de lycée Henri Baudin), qui rêvait de devenir si possible Hemingway et distillait déjà, avec un lyrisme bluesy, la mélancolie des anges terriens conscients qu’il battront tant un jour de l’aile qu’ils ne s’en relèveront plus.

    Un peu moins de trente ans plus tard et avec quarante livres jonchant son sillon de grand laboureur, dans un bar parisien proche de Radio-France où tous les soirs il raconte le roman du jazz, notre ami Alain (une amitié nourrie par ces coups de coeur successifs que nous valurent Le Buffet de la gare en 1976, Le Faubourg des coups-de-triques en 1979, les inoubliables nouvelles des Jours de vin et de roses en 1982, puis distraite et distendue comme souvent par «la vie», relancée avec le très beau quatuor de la cinquantaine que fut Quatre saisons à Venise, en 1996, et ravivée plus encore par le sentiment profond de stoïcisme fraternel qui se dégage de son dernier roman) paraît à vrai dire plus frais et libre qu’à l’époque où l’exténuait la course aux prix littéraires.

    L’auteur du Plaisir des sens (1977) et de La porte d’oubli (1993) eût certes mérité plusieurs fois le Goncourt, mais il ne saurait pourtant être dit un maudit (l’ensemble de son oeuvre lui a valu le Grand Prix du roman de la Ville de Paris, entre autres distinctions), même si le public lui est plus fidèle que la critique établie, qui le snobe plutôt. A sa façon de sanglier des Vosges, avec sa chère moitié dédicataire de tous ses livres, il a fait sa vie à l’écart des estrades et des cénacles, souriant aujourd’hui de «tout ça» et se réjouissant surtout d’écrire enfin avec plaisir.

    «Pendant des années, j’ai travaillé dans la peine et le labeur, mais j’étais convaincu que c’était le prix à payer. J’ai mis beaucoup de temps à me trouver en harmonie avec ce que j’écrivais. C’est peut-être avec ce dernier roman, où j’ai vraiment dit exactement ce que je voulais, que le bonheur d’écrire m’est venu. A présent, il faudrait presque m’arracher de ma chaise, même si je travaille toujours beaucoup dans la masse. C’est vrai que je suis un cheval de labours et qui ne se retourne pas... Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir fait «une oeuvre». A l’origine, je crois que je je n’aurais jamais écrit si je ne m’étais pas mis dans la peau d’un écrivain américain behaviouriste. Non, sans Hemingway, je n’aurais jamais écrit. C’était un peu contre mon naturel, qui était plus «lucide» et plus porté aux idées. Je ne suis pas poète, mais ce qui m’a quand même intéressé dans le roman, c’est de faire dire aux mots ce que les mots ne son pas capables de dire. C’est d’ailleurs la définition qu’on donne de la musique...»


    De la musique, il en ruisselle dans l’oeuvre d’Alain Gerber, et pas seulement quand il brosse ses «portraits en jazz» ou lorsqu’il se glisse carrément dans la peau de Lester Young, de Clifford Brown ou, tout récement, de Bill Evans. Or, à propos de ces livres apparemment distincts de ses fictions, Alain Gerber se défend d’avoir composé des biographies.

    «En racontant Lester Young ou Bill Evans, je ne fais en somme que me raconter d’une autre façon. Avec Bill Evans, plus précisément, c’est un retour à ma source «philosophique». Par ailleurs, le milieu du jazz est celui que je fréquente de la manière la plus proche et constante, depuis des années, et en même temps celui que je comprends le moins. Je vois ces gens vivre et se défoncer, je ne vis absolument pas leur vie de dingues, mais j’essaie néanmoins de les rejoindre en écrivant. De la même façon, je fais de la batterie depuis plus de quarante ans, et je ne suis toujours pas fichu de jouer. Jouer de la musique est un truc tellement mystérieux, au sens le plus fort, presque au sens religieux... Or, je me dis souvent que si j’en avais le secret, j’aurais le secret de beaucoup d’autres choses.

    Ce même introuvable «secret» se trouve, en somme, au coeur de Jours de brume sur les hauts plateaux, dernier roman d’Alain Gerber que d’aucuns, un peu trop vite, auront classé dans la postérité du Désert des Tartares, sous prétexte que l’histoire se passe dans une garnison «oubliée» de l’Histoire, en pleine brume cochinchinoise.
    «Après en avoir écrit une quarantaine de pages sans penser du tout à Buzzati, je me suis dit tout à coup qu’on allait me tomber dessus avec cette comparaison, et j’ai donc laissé ce texte de côté, que j’ai repris des années plus tard pour l’achever en trois semaines. Quant à son vrai déclencheur, c’est plutôt du côté de La 317e section qu’il faut le chercher. Ce film m’avait bouleversé à l’époque, et quelque chose en reste évidemment dans le rapport liant les deux officiers.»

    Le thème de la filiation, qu’Alain Gerber lui-même dit présent dans tous ses livres, fonde la relation initiatique établie entre le commandant vieillissant et son jeune second impatient de prouver sa valeur, qu’un adjudant baroudeur va éprouver plus physiquement de son côté. Très «physique» aussi bien, ce roman à tournure de conte philosophique baigne dans un climat de fantasmagorie où les données bien terrestres de l’action, de la force, de l’élan guerrier, du désir sexuel, se mêlent, dans ce no man’s land, à celles du vieillissement, de la faiblesse, de la conscience de plus en plus aiguë de la vanité de toutes choses.

    «La première de toutes mes révoltes, explique encore Alain Gerber, je l’ai éprouvée dans ma toute petite enfance, lorsque je me suis rendu compte que nous devrions mourir. Cette énormité m’est apparue: que les gens qui m’entouraient seraient morts lorsque j’aurais leur âge. Plus tard j’ai choisi, comme ma femme, et même avant que nous nous rencontrions, de ne pas avoir d’enfant. L’idée de savoir, à mes côtés, une pendule vivante qui me rappellerait tous les jours que devrais mourir m’était insupportable. C’est peut-être pour m’en «excuser», d’une façon inconsciente, que je reviens sans cesse à ce thème de la filiation... Je ne sais pas, pas plus que je ne sais pourquoi j’écris... J’ai besoin, toujours, de sentir le trousseau dans ma main, mais je ne sais pas quelles portes mes clefs vont ouvrir...»

    Alain Gerber. Jours de brumes sur les hauts plateaux. Fayard, 167p.
    Alain Gerber. Bill Evans. préface de Pierre Bouteiller. Fayard, 360p.

    Alain Gerber a publié, récemment un nouveau roman-jazz consacré à Frank Sinatra, chez Fayard.