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  • Houellebecq visionnaire

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    Première mondiale de La possibilité d'une île

     

    Les monts boisés surplombant Locarno avaient quelque chose, tout à l’heure, d’intensément péruvien. Dans le ciel bleu jade, un extravagant cumulus rose foncé se nuançait d’or en fusion du côté du couchant. A nos pieds, le noir de l’asphalte suggérait la planète de nulle part dont nous sortions après avoir vu La possibilité d’une île dont les dernières séquences, réunissant un néo-humain, son chien Fox et une beauté noire, évoquent le monde d’après toutes les destructions, à l’aube d’une vie nouvelle - et surgit alors le grand beau bus jaune du retour à la réalité…

    Comme lorsqu’on sort de certaines expositions de peinture, notre regard est comme lavé à la fin du premier film de Michel Houellebecq. Sûrement pas l’œuvre d’un grand cinéaste, mais celle d’une espèce de visionnaire de son propre univers, comme s’il projetait son roman en images oniriques, grand labyrinthe dont l’entrée se fait par la voie de la dérision et qui débouche sur le splendeur restituée de la plus sauvage nature aux vestiges immémoriaux de culture humaine : Locarno Machu Pichu ! 

    Le film « tiré » de La possibilité d’une île a-t-il beaucoup à voir avec le plus beau livre de Michel Houellebecq ? Oui et non. Une étrangeté absolue s’y mêle immédiatement à toutes les formes de quête du bonheur et d’immortalité à la petite semaine. Mais rien d’un film de science fiction à effets. Point de sexe. Point de spéculations. Une espèce de rêve éveillé qui va vers la beauté hallucinante du réel. Le chien Fox en est le très tendre guide…    

    Festival international de Locarno, samedi 9 août, La Sala, 21h.

  • Lionel Baier mêle satire et sensualité

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    Baier4.jpgBaier.jpgSeul ouvrage suisse en compétition internationale au Festival de Locarno, Un autre homme, le nouveau film du réalisateur lausannois, miracle de créativité tous azimuts, marque une nouvelle avancée, avec des acteurs remarquables. Nicolas Bideau, notre Monsieur Cinéma a-t-il manqué le coche !

     

    Les locaux de la rédaction de 24Heures sont parfois hantés par de drôles de gens. On y a vu, ainsi, les pieds sur la table de son bureau, une certaine Rosa, critique de cinéma du genre snob qui-tue-qui-pue, incarnée par la douce et belle Natacha Koutchoumov, formidable dans ce rôle à contre-emploi d’Un autre homme, dernier film de Lionel Baier.  Celui-ci, pas vraiment du genre à s’excuser de l’implication (fictive) peu flatteuse de notre journal, lui a cependant réservé la primeur d’une avant-vision.

    Une partie de la critique incendiera peut-être Lionel Baier pour lui apprendre à stigmatiser ses pratiques, sa morgue occasionnelle et son éthique. Mais l’amour du cinéma devrait faire passer l’amère pilule, car à l’évidence d’une écriture originale (déjà plus qu’évidente dans les films précédents de l’auteur, notamment Garçon stupide et Comme des voleurs), s’ajoute ici les qualités multiples d’une forme « en fusion » où la fluidité parfaite de la narration va de pair avec la « musique » des plans et les « mouvements » de la bande sonore, la beauté moelleuse du noir et blanc – aussi lyrique dans son approche de la nature qu’à la caresse des visages et des corps – la justesse aussi d’un dialogue (signé Baier comme la caméra !) à peu près sans faille.

    Le pouvoir de la critique

    Baier3.jpgDu point de vue de l’observation sociale et psychologique, Un autre homme, qui capte les phénomènes de rivalité mimétique liés à l’arrivisme social et/où à la guerre des sexes, est déjà passionnant. Bien plus qu’au dénigrement facile de l’activité critique, Baier s’applique à saisir le mécanismes de mise en valeur personnelle, de séduction ou  d’exclusion, qui accompagnent une activité « créatrice » garante d’un certain pouvoir. Avec son bagage de docte médiéviste, François Robin (Robin Harsch, tout à fait excellent), dont l’amie Christine (Elodie Weber, également épatante) est enseignante à la Vallée de Joux, se pointe dans le journal local pour y «piger ». On lui propose les renards écrasés: la chronique cinématographique lui semble plus « classe ». Snob à sa façon, « attendant son heure », il ne tient aucun compte du public (moins encore de l’exploitante du seul cinéma du coin) et multiplie les jugements sans appel. Débarquant à Lausanne où il accédera aux « visions de presse », Robin va passer de la terre à terre Christine, que ses prétentions n’éblouissent guère, à la très chic Rosa, qui l’humilie tout en faisant de lui sa chose. Une scène érotique très réussie, où le garçon se fait littéralement «mener par le sac » au moyen de baguettes chinoises, illustre un rapport de force qui se retrouve dans une émission de radio et une interview avec LA star (Bulle Ogier), mais le plus étonnant du film est qu’il joue à la fois sur la satire et l’émotion , la cruauté et la sensualité (l’ombre de Félix Vallotton, érotomane puritain, se faufile entre les corps), le noir des desseins humains et la blancheur de la neige ou de la chair…

     

    Baier-Bideau et les Panini

    Un autre homme a tant intéressé Frédéric Maire qu’il l’a inscrit dans la compétition internationale du Festival de Locarno – seule présence suisse. Nicolas Bideau, pour sa part, n’avait pas été convaincu par le projet. Ainsi a-t-il refusé, avec ses experts, de soutenir ce film à petit budget (enrviron 350.000 francs), dont pas une mention n’est faite par ailleurs dans la brochure promotionnelle imitant le style des Panini et publiée à l’occasion du Festival. Renseignement prix : c’est le cinéaste lui-même qui a refusé de se prêter à cette opération marketing, selon lui « hideuse».

    Baier2.jpgA Locarno : Un autre homme de Lionel Baier, 9 août, FEVI, 16h.15