
À propos de Lu Yu, qui ne répond pas à Lambert Schlechter...Le poète belge Michaux (Henri, et pas Nestor) l’a rappelé naguère et l’on se le répète à l’éveil : « Le matin, quand on est abeille, pas d’histoires, faut aller butiner ».
Or c’est exactement à quoi le poète luxembouregois Lambert Schlechter (né en 1941 au Grand Duché, élevé au rang de Chevalier des Arts et des Lettres en 2001) invite à son tour et paie d’exemple chanté en fusionnant aussitôt l’onirique, l’ironique et l’érotique avec une sorte d’alacrité dans le libidinosité sublimée par la sonorité des phonèmes, la densité des sémantèmes et l’implication toute personnelle singulière des biographèmes – le tout constituant, au fil (notamment) des 13 volumes de la suite narrative du Murmure du monde, à la fois une chronique d’une large porosité et un autoportrait en mouvement – comme une mosaïque dont chaque piécette, dans son treizième élément du Murmure du monde, est ce qu’il appelle une « rédac », comme au bon temps de nos débuts plus ou moins graphomanes ; et tout de suite c’est allant, prenant, crânement bandant (le « porno lyrique » se réjouit dès la première page de rejoindre une terrasse à parasols où il lui sera loisible de se « branler songeusement » en vieil innocent matinal passant de son pyjama noir à quelque chemise estivale de lin bleu ciel, illico le voici dans la foulée de Lu Yu qui disait, et d'une, que « de la non-naissance nous n’avons guère le temps de discuter » pour nous rappeler, et de deux, que « nous parlons seulement de chanvre et de mûrier », autrement dit : des objets que nous vons à proximité comme la fleur à miel de l’abeille le même Lu Yu à 80 ans, en 1205, constatant comme peut le faire Lambert de quatre ans son aîné : « J’ai lu dix mille livres. Pourtant mes yeux brillent encore »...
Ceci lancé, chacune et chacun doit en être averti(e) pour éviter toute confusion: qu’il y a deux Lu Yu...

Celui qui ne répond pas, à en croire Lambert Schlechter, du genre épicurien taoïste, a vécu entre 1125 et 1210 et l’on peut juger de son génie poétique dans le volume au titre hautement significatif, et d’ailleurs valable pour notre ami Lambert, de Celui qui n’en fait qu’à sa guise.
Quant à son homonyme, l’autre Lu Yu, plus ancien dans la chronologie (733-804) il s’illustra essentiellement par son traité intitulé Le classique du thé à l’époque mythique des Tang, célébrant le fameux breuvage comme un élément significatif de l’art de vivre à connotations philosophiques.
Enfin c’est au premier Lu Yu que nous demanderons la réponse à la question de savoir comment affronter, avec l’abeille, le nouveau jour qui se pointe: « Je me lève de bon matin avec un programme devant moi / Je rince la pierre à encre et essuie la table / Je me mets à sourire, satisfait, le sentiment tranquille », etc.