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  • Ceux qui changent la donne

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    Celui qui se vante d’envoyer des lettres de refus à tous les éditeurs qui le sollicitent / Celle qui porte le pantalon à l’envers / Ceux qui donnent aux riches sans les remercier / Celui qui croit faire son effet dans la réunion de paroisse en lançant comme ça qu’un rat inverti en vaut deux, ah, ah / Celle qui met la main au derche du banquier militariste / Ceux qui se retirent dans leur suite nuptiale pour faire la haine / Celui qui échangerait monde parfait contre défaut à la cuirasse de la Super Woman / Celle qui fait cracher le morceau à son confesseur bigame / Ceux qui se font passer pour l’Etat islamique au téléphone arabe / Celui qui te jette ses sentiments distingués à la gueule / Celle qui dit à très vite à l’homme-tortue / Ceux qui donnent le change à leur propre insu / Celui qui se fait un plan à trois tout seul / Celle qui vole une peluche au psy de sa mère dominatrice / Ceux qui se menacent de ne plus s’appeler eux-mêmes sauf urgence / Celui qui lit l’Evangile en croix / Celle qui s’évite pour ne pas se rencontrer à l’improviste / Ceux qui ont été de toutes les révoltes et de toutes les révolutions avant de découvrir à la fin que ce n’est qu’un début, etc.

     
  • Journal des Quatre Vérités,XXI

     
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    À La Désirade, ce 13 avril. Je reprends ce journal dans l’esprit qui était le mien entre seize et vingt ans, avec la même espèce de ferveur, mais l’expression à bout de souffle convient plus exactement à mon état physique actuel, à quoi j’ajouterais celle de jambes en coton. Rien que d’accompagner Snoopy au coin de la forêt, à 50 mètres de la datcha, donc 100 mètres aller-retour, m’est pénible; à quoi s’ajoutent des troubles de type probablement neurologique, avec la sensation d’avoir la tête sous l’eau et de tituber au bord d’un abîme, mais cet état de relatif délabrement, qui énerve un peu ma fierté, n’entame en rien mon allégresse et la productivité de ma firme.
     
    ENTRE LES GOUTTES. - L’époque veut qu’on surveille de près le moindre de ses éventuels symptômes, et je m’en suis inquiété la moindre lors de mon dernier séjour à l’hosto, après l’angioplastie, quand je me suis retrouvé dons la salle de réveil à quinze boxes peu isolés où reposaient divers opérés plus ou moins gémissants et sûrement porteurs de multiples germes, mais ensuite mon bon naturel m’a préservé de tout début de psychose et je me dis, ces jours, que rescapé du cancer (merci à l’excellent Dr Matzinger et à ses jolis techniciens ferrés dans l’usage de l’accélérateur linéaire) après avoir coupé au sida tout à fait compatible avec les frasques de mes jeunes années, épargné par une chute de pierres aux Aiguilles dorées en mai 68 et relevé de plusieurs autres opérations à travers les années, je ne vais pas m’en laisser conter par ce microbe mondial de mes deux; et d’ailleurs nous faisons tout, mains propres et distance tenue, pour nous en protéger.
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    Ce mardi 14 avril. – Ma bonne amie toujours aussi courageuse, mais physiquement un peu à la peine ces jours, me semble-t-il, alors même que nous vivons le confinement sans grand changement par rapport à notre vie ordinaire ; mais je sens en elle un peu de tristesse sans doute liée à l’interdiction qui nous est faite de voir les petits lascars – ce qui ne l’empêche pas de nous fricoter des plats délicieux avec une sorte d’application particulière ; et puis elle m’a convaincu de me lancer dans la biographie de Léonard de Vinci par Walter Isaacson alors que je regimbait connement à l’idée qu’un Juif Américain pût consacrer 600 pages au génial Toscan dans un pavé distribué par Amazon…
     
    UBU AUX STATES. - Au cours d’un long et bon téléphone avec l’Abbé, celui-ci me dit que ça valait bien la peine de se faire crucifier pour en arriver là, et que la religion mêlée à l’argent et au pouvoir n’a jamais donné rien de bon. Puis, à propos des nombreux appels qu’il reçoit de ses ouailles plus ou moins déroutées, il me dit qu’il leur propose de voir là comme une répétition générale de l’accession au Royaume où il n’y aura pas plus d’hostie que de satrapes à la Donald Trump, ni de vin ni de cours du dollar, mais rien que de la Présence. Alors moi de m’exclamer : « Plus de vin !? Vous en êtes sûr ? » Alors lui : « Sûr de rien ! » Et comme Pâque vient de passer, nous rions à l’évocation des célébrations virtuelles où le Seigneur s’est entretenu par Skype avec ses followers, enfin il me dit que ce que recevront de nous nos petits enfants est inappréciable mais qu’il ne faut surtout pas y penser, etc.
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    Ce vendredi 17 avril. – Mon cher René me ravit en m’évoquant les chasses sylvestres de son jeune Luca, dix ans, flanqué d’un compère de douze ans à moitié latino fondu en ornithologie tropicale, qu’il dépose, ces matins de confinement, à la lisière de telle forêt ou au bord de telle rivière, pour les récupérer le soir avec leur matériel et leurs carnets d’explorateurs, et cette mine que le paternel, lui-même féru d’observation ornithologique, résume d’une expression : la banane ! Du coup j’en ai tiré une chronique à venir… Mais ce soir c’est un autre oiseau qui m’inquiète un peu, dans sa cage thoracique, que j’abreuve aussitôt d’eau plate additionnée de Paracetamol 500.
     
    DE LA CONFIANCE. – Je me dis parfois que j’aurai eu pour vocation, dès mon enfance, d’être déçu, même si mes parents n’ont jamais entamé ma confiance absolue en eux, et je me rappelle cette lettre assez mesquine de Philippe Jaccottet, à propos de L’Ambassade du papillon où je raconte, entre mille autres choses, les hauts et les bas de mon amitié naïve pour Dimitri ou Maître Jacques et le dépit que j’ai pu en concevoir, et puis flûte, me dis-je : ces deux-là ont beau m’avoir déçu plus souvent qu’à leur tour, pour ne pas parler de trahison : je leur reste finalement plus attaché, et même à leurs pires défauts, qu’à notre vertueux poète prônant prudence et ne se mouillant jamais en rien sauf en poésie poétique, alors que la vie est là pour nous décevoir tous les jours, déjouer notre confiance et nous garder du désespoir. Mais tout n’était-il pas dit un jour que le même Jaccottet m’a dit à propos de je ne sais plus quoi : « Ah vous, savez, quand on a choisi de viser haut ! », avec ce regard me laissant en somme tout en bas. Cette hauteur défiante et si froide, et moi que la confiance aveugle, etc.
     
     
    vignette-julien-green-72474.jpgDE L’OBSESSION. – Des années durant, Julien Green a couru comme un fou, tous les soirs, en quête de plaisirs charnels, et il dit lesquels, et comment, dans son journal intégral où il a pris le parti de tout dire, mais qu’en dire précisément, et notamment aujourd’hui où l’impudeur de mise se prétend moins hypocrite que la pudibonderie de naguère ? Chacun en fera ce qu’il veut en fonction de sa propre expérience, et pour ma part je ne bronche pas sur les pages les plus crues, jusqu’à ce passage où le digne Julien détaille la félicité profonde que lui fait éprouver le léchage et la succion du trou du cul de son Robert, y voyant l’accès au plus intime de l’être aimé - je le relève comme un trait singulier mais n’y vois pas pour autant de saleté, au sens commun ou même vulgaire, dans la mesure où cette obsession relève d’une espèce de sainte folie, évidemment liée à l’âge et à un tempérament ardent, mais aussi à autre chose, comme si le tréfonds du plaisir charnel, l’extase de quelques secondes, dites par les uns « la petite mort » ou par tel autre « l’infini à la portée des caniches », signifiait autre chose, etc.