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29/09/2016

Pour tout dire (40)

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À propos de ce qu'un enfant risque en répondant à son père et comment notre voisin Müller passa de l'Opel Rekord à l'Opel Kapitän. Le suicide du petit junkie et les quartiers de nos enfances vus de la fenêtre de Simenon

...

Lorsque Karl Ove, protagoniste et narrateur de Jeune homme répond à son père, celui-ci le fusille du regard ou lui bat froid ou le punit plus ou moins durement, de façon tout à fait imprévisible.
C'est cela surtout qui effraie le petit garçon: le caractère changeant et aléatoire de la colère paternelle. Un fils ne répond pas à son père: punkt Schluss, point barre, terminé bâton. Un fils, ça se dresse, et d'ailleurs celui-ci est beaucoup trop sensible, il chiale même quand je ne le cogne pas, une vraie fille manquée mais ça se corrige. Pourtant, si la mère, sans intention mauvaise, par inattention, achète en vitesse un bonnet de bain à fleurs pour bonnes femmes au garçon qui, outré, n'en veut pas, c'est pareil pour le père: tu réponds, malappris, tu porteras ce que ta mère t'a acheté, point final ! Et si les garçons se foutent de toi à la piscine, sois un homme !

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Quant à John, il se ramasse une gifle de sa mère parce que lui, vraiment, est d'une insolence caractérisée. John est le plus encanaillé des camarades de Karl Ove, réputé pour avoir le plus d'oncles de toute l'équipe. Or un jour qu'il se pointe chez John dont la mère est en bikini, le lascar lui lance: « Ah ah, tu regardes le derrière de ma mère ! ». Ce qui interloque Karl Ove vu qu'il n'en a rien à souder et que c'est faux. Mais la mère en bikini, qui reçoit toujours plein d'oncles à la maison, n'en colle pas moins une baffe à John, lequel ne répond pas seulement à sa mère mais aux maîtres d'école dont l'un d'eux, comme le père Knausgard , jette volontiers les récalcitrants contre les murs…

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En lisant Jeune homme, je me suis rappelé la Lettre au père de Kafka, même si la famille petite-bourgeoise norvégienne et le père politicien de gauche sont très différents du milieu juif et du pater familias des K., mais la pétoche de l'un rappelle bel et bien celle de l'autre.

 

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Moi qui n'ai jamais eu peur de mon père ni de nos divers oncles ou maîtres d'école , sauf un peu de Besson quand il brandissait sa baguette, je réagis moins aux petits sévices infligés par le père Knausgaard qu'au climat de méfiance et de crainte latentes évoqué par l'écrivain, qui me rappelle le climat empoisonné régnant chez nos voisins Müller, fatal à l'aîné, drogué et finissant par se jeter du fameux pont Bessières, en pleine ville de Lausanne, suscitant ce seul commentaire de sa mère à la nôtre: "J'pensais pas qu'il en aurait le courage, ce connard", etc.

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Le monde décrit par Knausgaard n'est pas aussi sordide ou dramatique que la vie de nos voisins si propres-en-ordre d'apparence, dont le fils aîné était non désiré et qui furent « punis » du suicide de celui-ci par la mort en montagne du cadet adoré, mais l'évocation de son enfance par Knausgaard, virtuellement riche d'innombrables échos personnels chez tout lecteur, m'intéresse surtout par la qualité de son observation aux multiples focales, entre loupe et longue-vue, et surtout par son extrême porosité affective et son objectivité "sociologique" et "psychologique ».

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Avec le même regard, je pourrais faire un plan à la fois riant et terrible du quartier de notre enfance, entre jeux interminables des nombreux enfants du baby boom des années 50-60, les soirs d'été, et comptabilité des suicides dans le même périmètre - sept à ma connaissance -, avant la construction de l'ensemble périurbain de Valmont aux trois tours de 12 étages et à la barre pourrie dont j'ai tiré la matière "sociologique" et "psychologique" d'un roman de plus de 400 pages intitulé Le viol de l'ange et qu'avec le recul je trouve trop littéraire, pas assez Simenon ou assez limpide à la Knausgaard.Simenon2.jpg


Georges Simenon , presque mon voisin quand je créchais dans une ancienne ferme à moitié en ruine sise au lieudit Grand Chemin, en dessus d'Epalinges, sur les hauts de Lausanne, disait à peu près que le romancier soulève le toit des maisons, comme d'une boîte dont il détaillerait le contenu.
On a parlé de « Proust norvégien » à propos de Knausgaard, ce qui se justifie à la limite extrême par sa façon de théâtraliser en 3D sa matière de mémoire, mais à cet égard , compte non tenu de l'immense frise des personnages des « romans de l'homme », l'on pourrait rapprocher la saisissante mémoire des lieux et des situations de son autobiographie de la comédie humaine du romancier, sans parler de « Simenon scandinave » pour autant.

Cependant Knausgaard me ramène au lotissement typique du début des années 50, où mes parents ont investi notre maison familiale en 1947, avec la description « photographique » du lotissement typique de la fin des années 70 dans lequel ses parents se sont installés huit mois après sa naissance, en 1968.

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Les maisons qu'il passe ainsi en revue, des Gustavsen (dont le père était pompier) ou des Kanestrøm (dont le père était postier), des Christensen (père marin) ou des Jacubsen (père typographe), m'ont immédiatement rappelé les maisons des Spahn (père architecte) et des Rossier (père mécanicien-brocanteur) ou des Jaton (père ouvrier, mère recevant divers oncles l'après-midi) et des Müller (père employé de banque passé en vingt ans de l'Opel Rekord à l'Opel Kapitän, et mère se tapant le facteur dit Verge d'or), et la carcasse de voiture encastrée dans un ravin dont les chenapans norvégiens se servent comme d'un bolide ou un vaisseau spatial est la réplique parfaite de la vieille Studebaker champion rose sortie de la route avant notre naissance et restée au fond du ravin voisin de la Vuachère, ruisseau qu'à l'instar de Karl Ove et ses potes fascinés par les souterrains inondés, nous aurons suivi le long de son long tunnel, de notre quartier à son débouché en amont du mythique Centre mondial de documentation anarchiste aujourd'hui remplacé par un espace arboré où les chiens sont priés de chier dans le carré de sable suisse prévu à cet effet, etc.


Peinture ci-dessus: Chaïm Soutine.

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28/09/2016

Pour tout dire (39)

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À propos de notre premier jour d'école et du langage des arbres. De l'hyper-réalisme sans pareil de Karl Ove Knausgaard. Où il est question du réel fantasmé par certains littérateurs style Régis Jauffret et de la réalité réelle transformée par la poésie.

Est-il digne de la littérature de parler du plaisir d'un enfant à se regarder dans la glace un premier jour d'école ou de certaines chiottes souterraines dans la ville de New York, comme le fait Céline dans Voyage au bout de la nuit ? Un écrivain est-il moins écrivain qu'un autre parce qu'il raconte son envie de mettre le feu au motif qu'il a trouvé des allumettes ou détaille ce que lui disent les arbres ? Et le TOUT DIRE du réalisme ou de l'hyper-réalisme a-t-il des comptes à rendre à la la police des mœurs littéraires à la française ou à l'allemande ou style NSA ou genre KGB ?

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Comme il fait encore nuit ce matin et que seule la rumeur de la mer toute proche accentue cette sensation particulière d'être au monde que je ressens à l'instant présent avec juste une envie de café, je me trouve en bonne disposition pour clarifier deux ou trois choses sur ce que je vois précisément maintenant (l'écran plat d'une petite télé merdique au-dessus du frigo-congélo de l'espace cuisine attenant à l'espace séjour du studio 27 que nous occupons depuis dix-neuf jours dans la subdivision locative marquée 0 de l'ensemble architectural Héliopolis avec vue imprenable sur la mer et environs trois cent mètres des vingt-trois kilomètres de dunes nous séparant de la cité portuaire de Sète, plus trois mouches qui vont se prendre une claque mortelle - mais là je me réchauffe un café avant de revenir, Tchékhov à l'appui, à mon propos d'avant l'aube.

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Le 11 septembre 1890,à bord du navire Le Baïkal, dans le détroit de Tartarie, l'écrivain russe Anton Pavlovitch Tchékhov écrit, à son ami éditeur Alexeï Souvorine: "J'ai tout vu. La question n'est donc pas actuellement ce que j'ai vu mais comment je l'ai vu".
Cette distinction n'a l'air de rien, alors que c'est un double programme éthique et esthétique à valeur universelle, pas moins.
Tchékhov ne bluffe pas quand il dit qu'il a tout vu. Une enfance qui n'en fut pas une, pourrie par un père ivrogne et confit de bigoterie, soutien de famille pendant ses études de médecine, les yeux grand ouverts sur une Russie de toutes les dèches, la maladie des autres et le sang qu'il commence à cracher à vingt- quatre ans, le bagne sibérien de Sakhaline où il se rend pour en témoigner (on verra qu'il en dit tout et comment), bref la vie comme elle va et les hommes comme ils vont et ne vont pas : tout ca l'autorise, plus que certains littérateurs en chambre, à dire qu'il a tout vu, mais là n'est pas le problème ajoute-t-il: la question est de savoir comment le dire.
Les réponses à cette question sont innombrablement variées, n'en déplaise aux petits juges et policiers autoproclamés des instances de consécration littéraire qui voudraient qu'un écrivain ne parle que de ce qu'eux ont vu, ou plus exactement cru voir avec leurs lunettes à courte vue.

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Comme je lis toujours trois ou sept livres à la fois, je gambergeais hier, à une table de l'Hippopotamus enclavé dans l'hyper U du Grand Cap, entre Agde et le canal du Midi, après avoir acheté deux bouteilles de soupe de poisson et de gaspacho ainsi que les nouvelles de Sam Shepard réunies sous le titre d'À mi-chemin et Corniche Kennedy, un petit roman de Maylis de Kerangal que je n'avais pas encore lu, en édition scolaire éclairant la propension de l'auteur à "travailler le réel".
La première nouvelle de Shepard, intitulée Le guérisseur, "travaille le réel" d'un kid, quelque part dans un trou de l'Amérique rurale profonde, qui assiste au sauvetage imprévu d'un hongre malappris que son père a décidé de liquider, par un inénarrable boiteux qui donne à l'enfant la preuve qu'un type à la coule peut ressusciter un cheval aussi bien que notre Seigneur l'a fait de Lazare.
Si que tu demandes au docteur Tchékhov ce qu'il pense du "travail sur le réel " accompli par Sam le crack dans ce récit de douze pages, probable qu'il répondra en russe: "good job". Pareil à ce qu'on pourrait dire, dans un autre genre et de plus grandes largeurs, du roman Naissance d'un pont de Maylis de Kerangal, superbe ouvrage d'ingénieure littéraire "travaillant le réel" au dam des littérateurs craignant de salir les mains de la muse fameuse en sa tour d'ivoire.

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On a lu, à ce propos, la solennelle condamnation du juge Millet (l'écrivain Richard Millet, pas le peintre des bottes de foin au soleil couchant) à l'encontre de Maylis de Kerangal, gravement coupable de "travailler le réel" autrement qu'il l'entend ou que l'entend un Régis Jauffret, dont chacune et chacun se rappelle qu'il faisait partie des rares rescapés du tsunami critique déclenché par le même Millet (alors coiffé de sa casquette d'éditeur chez Gallimard) et feu son compère Jean-Marc Roberts, concluant à l'inanité de la littérature français actuelle - sauf eux et quelques-uns s'entend.
Or le réel "travaillé" par Régis Jauffret est- il littérairement moins entaché de "lourdeur réaliste " que celui de Maylis de Kerangal, honorant plus noblement la littérature ? Tout dépend de ce qu'on appelle littérature. Pour ma part, ce que je me suis dit, à propos des mille pages de réalisme prétendu littéraire des Microfictions de Jauffret, c'est qu'en effet ce réel fantasmagorique, systématiquement noirci par l'auteur, avérait l'expression courante selon laquelle "tout ça n'est que littérature "...

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En lisant Sam Shepard, Réparer les vivants de Maylis de Kerangal ou Jeune homme de Karl Ove Knausgaard, je constate à présent, tandis que le jour se lève sur la mer au-dessus de laquelle plane la silhouette noire d'un mouette qui sera blanche tout à l'heure -, que ces auteurs, comme un Tchékhov ou un Amos Oz, sans rapport apparent entre eux, ont en commun un respect quasi sacré de la réalité qu'ils ne se contentent pas de reproduire comme le ferait un photomaton sans âme d'un visage, mais qu'ils transposent avec plus ou moins de précision et d'exactitude ou de justesse modulée par la patte ou la voix de chacun.

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Je n'en finis pas de m'étonner, à la lecture du Jeune homme de Knausgaard, par la lumière qui émane de ce récit d'une enfance prodigieusement ordinaire, où le premier jour d'école est raconté comme un véritable événement à quoi contribuent la couleur et l'aspect tout neuf des effets scolaires du kid ou ses habits revêtus pour la grande occasion, avant que l'enfant ne découvre en lui l'envie plus ou moins démoniaque de mettre le feu à n'importe quoi ou détaille le langage muet des arbres, chacun selon son essence, etc.

JLK, Martin le pêcheur. Aquarelle, septembre 2016.


Lorsqu'un écrivain se pose en idéologue théoricien plus ou moins sectaire, décriant "l'universel reportage" comme le fit un Mallarmé ou prônant le seul "réalisme socialiste", la gratuité sublime de l'art pour l'art ou l'engagement dans la bonne troupe, il se condamne lui-même à l'étriquement au nom d'une prétendue réalité artistique plus réelle que celle de la vie, quand tout devrait se fondre et se dépasser par la poésie non dogmatique mais hyper-précise, dont la beauté se conjugue platoniquement (yes, sir) avec la bonté et la vérité, à moins de crises de dents ou de coups de sang, de révolte primaire ou de chagrins délétères , de contradictions insurmontables comme en contiennent l'art imitant la vie ou vice-versa, etc.


Anton Tchékhov. Conseils à un écrivain. Éditions du Rocher / Anatolia,2004, 238p.
Karl ove Knausgaard. Jeune homme. Denoël, 2026, 681 p.
Sam Shepard, À mi- chemin. Laffont, Pavillons poche,2016, 291 p.
Maylis de Kerangal. Corniche Kennedy. FolioPlus, 2o16, 235 p.

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27/09/2016

Pour tout dire (38)

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À propos des correspondances ferroviaires et du TOUT DIRE poétique, modulés par la lecture de Lambert Schlechter, d'Olav H. Hauge et d'Adam Zagajewski, tous bien connus (!) des grandes surfaces...


Le plus court chemin entre mon jardin suspendu et les Crêtes siennoises, via le Campo de Sienne et la Libreria senese dont le rayon poésie est au-dessous de la ceinture et suppose donc la génuflexion, serait le fil tendu du vol de missile, qui exclut hélas l'escale baroque au cimetière de Milan et le goûter de fin septembre auprès du petit Silène des jardins Boboli, donc j'opterai une fois encore pour le Pendolino et la micheline jaune aux vitesses réglées pour l'Italie variable.

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Lorsque la dernière fois j'ai vu de loin le poète luxembourgeois Lambert Schlechter à la terrasse du bar-brasserie al Mangia, sur le Campo de Sienne, je me suis gardé de le déranger dans sa computation méditative (il annotait le dernier recueil de Guido Ceronetti, Insetti senza frontiere , du biseau de sa Plumix de Pilot) en me hâtant de rejoindre mon propre repaire de papier donnant sur cour à la pension Pianigiani.

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Vingt ans plus tard je constate, en lisant ses Inévitable bifurcations, que notre chien fou de l'herméneutique buissonnière cite le poète norvégien Olav H. Hauge dont Karl Ove Knausgaard évoque l'interview qu'il en a faite pour un journal d'étudiants, d'abord intimidé par le revêche taiseux qui, après avoir remballé une équipe intempestive de télévision, revint tout docile et tendre au fervent garçon et à son pote photographe, pour leur accorder un entretien jugé plus tard le meilleur dde son press-book par la femme du grand poète dont la belle tête est visible sur Google Images - t'as qu'à cliquer.
Or voici ce qu'écrit Lambert avant de citer nommément Olav H. Hauge: « on sait qu’on ne dira jamais rien de décisif, mais aux moments où se déclenche l’écriture, la plupart du temps, on pense que cette fois-ci, ça va possiblement être décisif, il y a cette sorte de remue-ménage dans les méninges, ça palpite & tremblote, il se pourrait bien que ça se déclenche, on ne sait pas encore quoi, mais ça promet, il se fait une sorte de table rase, quelque chose va commencer, peut-être, quelque chose d’inouï, littéralement quelque chose de pas encore entendu, et tout ce qu’on avait cogité auparavant, pendant des mois et des années, aura servi à préparer le déclenchement, fallait préparer le terrain, avec ses alternances d’ensemencement et ses friches, ses enchaînements de gueulerie et de mutisme, Olav H. Hauge a eu des moments pareils sans s’en rendre compte, je vis et me consume, sans rien comprendre aujourd’hui la monde qui va avec ses fleurs et ses femmes est à moi, le ciel est tout bleu, avec quelques petits chiffons blancs de nuages, puis de temps en temps une rafale de vent, au loin il se prépare sans doute un orage, d’un coup cette saloperie de parasol s’envole, avec une grosse ficelle je l’attache àma table, et je perds le fil de ma cogitation, reprends le poème de hauge, personne ici ne le connaît, il est mort il y a vingt ans, dans la solitude norvégienne, tu posséderas toute la beauté sur la terre quand moi je serai depuis longtemps parti, parti depuis vingt ans Olav, et ses syllabes viennent me contaminer la page, le monde avec ses fleurs et ses femmes », etc.
Cela me rappelle quelques vers d'Adam Zagajewski, dans le tendre et poignant poème intitulé L'aéroport d'Amsterdam et dédié à sa mère:


« Il faut veiller les morts
sous l’immense chapiteau de l’aéroport.
De nouveau nous étions des nomades,
tu cheminais vers l’ouest en robe d’été,
étonnée par la guerre et le temps,
par la moisissure des ruines et le miroir où
se reflétait une petite vie fatiguée »…


Ce qui traluit des poèmes de Zagajewski (traluire est le verbe romand qui suggère en transparence la lumière du soleil à travers la grappe mûre) c'est la palpitation d'une âme vibrante, et voilà qu'une autre page des Inévitables bifurcations s'impose décidément à la citation: « quand à côté de moi elle dort et que je veille, regardant tout attendri dans la pénombre son visage paisible et infiniment beau, sentant le chaud de son corps dans toute sa fragilité et tout son mystère, j’ai l’impression, dans le noir de la nuit, de veiller sur son âme, si je reste en vie, écrit Chalamov à propos des camps staliniens, c’était la formule consacrée qui préludait toujours aux réflexions portant sur toute période au-delà du lendemain, anima vagula blandula, l’âme nous la sentons, mais ne la voyons pas, alors nous disons, pour simplifier, qu’elle est invisible, mais les conteurs et les peintres ont besoin de nous la faire voir, il n’est d’histoire que de l’âme, dit énigmatiquement Valéry ».

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Ensuite, les lignes qui suivent, relatives à l'Ange de la mort et à notre âme qui tremblote, ne sont pas moins à tiroirs, mais t'as qu'à commander l'opuscule sur Amazon ou faire un saut au kiosque d'à côté où tu trouveras Tout Schlechter entre Tout Marc Musso et Tout Guillaume Dicker – et le poète aux mains brûlées conclut doucement « et quand je dis des mots d’amour, je dis parfois Séilchen qui signifie petite âme, animula, nous sortons du noir de la nuit, nous vivons, et quand elle me regarde en souriant, c’est qui tremble, c’est mon âme ».


Lambert Schlechter. Inévitables bifurcations. Les doigts dans la prose, 2016, 161p.
Adam Zagajewski. Mystique pour débutants et autres poèmes. Fayard/Poésie, 1999, 149p.

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26/09/2016

Ceux qui gèrent leur bronzage

Rodgers25.jpgCelui qu'insupportent les airs supérieurs de la médiéviste en paréo se situant à la gauche de la gauche  au bar du Glamour / Celle qui se vexe de n'être point assez regardée ou trop / Ceux qui sont un peu justes et se prennent donc un Mojito pour trois / Celui qui offre un reste de homard aux témoins de Jéhovah qui le refusent poliment d'une seule voix avant de passer au mobilhome des Alsaciens / Celle dont le sourire soleilleux irradie l'allée Bel Horizon du camping de Palavas désormais enclos de barbelés / Ceux qui ont vu l'eau vrombir d'écluse en écluse  avant de s'écouler plus tranquillement dans la plaine où l'on voyait les péniches au ras des champs de coquelicots / Celui qui te fait un cours sur les cathares dans les dunes qui ne se souviennent de rien les connes / Celle qui est toujours de mauvais poil en constatant que son bronzage prend du retard sur celui de sa voisine du studio Manhattan / Ceux que le début de canicule fait râler autant que la dernière entrée maritime / Celui qui se sent abeille dans la ruche conviviale de la Grande Motte dont il envisage l'achat d'un studio d'où se voit la grande bleue au bout du parking hélas éclairé toute la nuit / Celle qui s'exclame "tous ces zobs" en se risquant pour la première fois sur la plage naturiste où se remarquent également "toutes ces mottes" / Ceux qui oublient qu'ils bossent au McDo de Pézenas quand ils se retrouvent a pelos  sur la plage de Cap d'Agde où se mêlent toutes les classes sociales et même des amis anglais des Giscard d'Estaing / Celle qui le premier jour a lu la première page du denier livre de Marc Musso et ensuite elle s'est concentrée sur son bronzage et maintenant qu'elle va repartir elle va se mettre au deuxième chapitre où il y a paraît-il un passage osé / Ceux qui n'ont bronzé que d'un côté cette année  et se finiront l'année prochaine / Celui qui a félicité la patronne du Lagon bleu pour ses moules frites aussi correctes que celles de Belgique et là j'exagère pas / Celle qui a gardé le moral grâce à son wi-fi / Ceux qui lisent du Huysmans avant de s'enfiler dans le Jul's si bien décrit par Michel Houellebecq à l'époque où sa peau supportait le soleil de Cap d'Agde / Celui qui se finira aux U.V. dans son 2 pièces sur cour de Vesoul / Celle qui dit "à l'année prochaine" à la Grande Bleue qui compte ses noyés  de la nuit dernière / Ceux qui ne seront pas au soleil cet après-midi mais à Roland-Garros, etc.     

 Peinture: Terry Rodgers

20:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Divtseserimnet etasvil

littérature
Le creaveu hmauin lit dnas le dsérorde


Sleon une étdue de l’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des lteetrs dans les mtos n’a pas d’ipmortncae. La suele coshe ipmortnate est que la pmeirière et la drenèire ltetre sionet à la bnone pclae. Le rsete puet êrte dans un désrorde ttoal snas cuaser de prbolème de letcure. Cela prace que le creaveu himaun ne lit pas chuaq ltetre dstinciteemnt et à la stuie, mias le mot cmome un tuot.

Cttee rvéélaiton ve-t-lale ficaliter la tchâe des cnacres dans les éocles ? Et les hmomes se cmoprenrdont-ils miuex en s’exrimpant dans le désrorde ? Le dréosdre mnodial va-t-il bnéfiécier de ce nuovaeu mdoe d’exrpession en nuos fisanat vior la réatilé d’un oiel noavueu ? L’vaneir de l’epsèce hamuine s’en truoerva-t-il chngaé, voire aémiolré ?

L’édtue de l’Uerisnivté de Cibramdge plare de leutcre mias pas d’esspreixon olrae. Si vorte ceervau lit chqaue mot cmmoe un tuot, tuot se cpmlioque au memont de vuos empxrier de vvie voix !

Si vuos lsiez : « Le cehin oibét à son mtaîre », vuos ne pvouez oodnrner à votre cbles : « Moédr, dnone la pttapae à pnapouet ! » Le pruave Mdéor n’y pgiera que piouc ! De mmêe la crtlaé du Tjéléouarnl rsqiue de piâtr du pssaage des mtos éicrts aux mtos écnonés à 20 hurees par Pactrik Pvoire de Cazhal. Rien que Mdaame, Msonieur, Boionsr ! » jetetra la csonfuion dnas le caerevu des téésltpeucaters les puls déots en la mtraièe…

On viot arlos la litmie de l’iérntêt de l’édtue fauemse. Ce qui se lit frot bien ne psase pas à la tléé. Est-ce à drie que le cevreau huiamn n’a pas été cçnou pour fonnonctier à plein rmiége en fcae d’un piett écran ? Tllee est puet-êrte la quioestn fonnemdatale à mteédir suos le cauqse de la cousfeife...

Peinture: Pierre Omcikous

17:09 Publié dans Fatrasie, Livre | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature

Pour tout dire (37)

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À propos de la souffrance enfantine filtrée par le Jeune homme de Karl Ove Knausgaard. Un père atrocement normal et la bénédiction du scorpion dans le Judas d'Amos Oz. Qu'une enfance heureuse peut être aussi source de douleur...


S'il est de notoriété universelle que la vérité sort de la bouche des enfants, le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'est pas toujours exprimée et plus rarement encore entendue. On commence certes, dans nos pays moins soumis que naguère à l'omertà des familles et de la société, à écouter les enfants maltraités et les femmes battues, mais une zone reste grise, où la tristesse d'une enfance ne tient pas tant à la brutalité d'un père ou à la méchanceté d'une mère, mais simplement au sentiment lancinant d'un manque d’amour latent ou d’une peur patente, comme celle qui plomba les jeunes années de Karl Ove Knausgaard et de son frère Yngve.
Mais de quoi donc se plaint cet "enfant gâté", comme le qualifiait son père, du genre inflexible, bien-pensant de gauche et ne tolérant pas la moindre contradiction de la part de ses fils ?


On a compris, en lisant La mort d'un père, premier des sept volumes de la monumentale autobiographie romanesque de Knausgaard, que celui-ci et son frère aîné détestaient leur paternel, sans que le portrait de celui-ci ne soit détaillé dans ces quelque 600 premières pages. Or Jeune homme est plus explicite, sans nous proposer pour autant le portrait d'un monstre. Ce qui frappe en revanche, c'est la peur terrible qu'il inspire à l'hypersensible Karl Ove. Parce qu'il le gifle, le pince, lui pique le dos de la pointe de son couteau de cuisine, ou le cogne, le rabaisse ou l’ignore ? Pas seulement. À vrai dire, ses colères froides, sa façon d'humilier l'enfant et de le dominer d'un seul regard tueur ou d'une parole blessante, sont pires que les dégelées d'un paternel brutal mais capable de tendresse.


Nous avons eu, à l’école primaire de Chailly, sur les hauts de Lausanne, un instituteur de cet acabit qui, dans sa blouse blanche immaculée et avec ses cheveux noirs brillantinés, incarnait le maître d’école « sévère mais juste », pratiquant encore l’alternative des mille lignes à recopier ou des coups de baguette, poussant même la rigueur jusqu’à la menace de la fessée à « culotte baissée ». Mon souvenir de ce Monsieur Besson n’est d’ailleurs pas tout négatif, tant il savait aussi nous intéresser à mille choses, mais je lui en voudrai toujours, petite humiliation cuisante, d’avoir accueilli, avec quelle surprise dépitée, la nouvelle de mon examen d’admission au collège réussi, moi qui n’étais que le fils d’un banal employé d’assurances, alors que mon voisin François, rejeton de médecin très en vue, restait sur le carreau contre toute logique sociale, n’est-ce pas…

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La force du récit de Jeune homme ne tient pas à la noirceur du tableau, mais à l'accumulation de petits faits mesquins attestant le caractère totalement égoïste et froidement convenable de ce père dénué de toute empathie. Deux exemples : de manière inattendu, le père se pointe dans la chambre du fils en train de se livrer à des patiences, et lui propose de lui enseigner un nouveau jeu de cartes. Et de s’emparer de celui-ci, de jeter les cartes en l’air et d’ordonner au gosse de ramasser. Ou encore, quand Karl Ove emprunte la nouvelle pelle à neige paternelle pour aider son vieux voisin dans un bel élan de charité chrétienne (le garçon a décidé d’être bon dans ce monde méchant), voici le père surgir et injurier son fils coupable d’avoir volé SA pelle, etc. On sait déjà, longuement évoquée dans La mort d’un père, la déchéance finale du personnage, sombré dans l'alcoolisme et crevant auprès de sa propre mère, mais c'est surtout entre les lignes et entre les signes que se forme ici son portrait complété de triste Occidental social-démocrate propre sur lui et glaçant.


14322419_10210583873699913_2064777347146797636_n.jpgUne enfance plus sombre, à la limite du sordide, fut celle du jeune Shmuel Ash à tête d'homme des cavernes et coeur de tendron, l'un des trois protagonistes du dernier roman d'Amos Oz, sûrement l'un des rares grands livres de cette rentrée d'automne. Or cette enfance, marquée par la mésentente des parents de Shmuel et son confinement dans un corridor moisi lui tenant lieu de chambre, est comme illuminée par un épisode tragi-comique qui rappellera à chacun le confort délicieux de ses convalescences enfantines, quand la maladie fait de vous un roi ou un princesse...
Plus précisément, la piqûre d'un scorpion, à vrai dire assez promptement soignée, pousse l'enfant à s'imaginer mort et recevant l'hommage plein de regrets de ses parents désolés d'avoir été si nuls à son égard, avant le défilé, devant son cercueil, de la parentèle et de ses petites amies également effondrées et repentantes….
« Heureux ceux qui ont souffert étant enfants » écrivait feu mon éditeur et ami Vladimir Dimitrijevic dans la postface dont il gratifia mon premier livre, au déplaisir de notre chère mère qui ne voyait pas en quoi notre enfance avait été souffrante. Or elle avait raison, autant que mon ami qui savait qu'un enfant catastrophiquement sensible peut très bien souffrir dans un environnement stable voire harmonieux.
De la même façon, une enfance objectivement calamiteuse, comme celles de Tchékhov ou de Dostoïevski, ou marquée par la dureté mesquine, comme celles de Jules Renard ou de Knausgaard, peuvent donner lieu à des transposition littéraires « heureuses », dont le petit Marcel Proust, choyé et n'en finissant pas de se délecter de son malheur au fil de la Recherche du temps perdu, est l'exemple inégalable…


Karl Ove Knausgaard. Jeune homme. Denoël, 581p.
Amos Oz. Judas. Gallimard, 347p.

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25/09/2016

Pour tout dire (36)

 

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À propos de la notion de chef-d'oeuvre. L'éclairage appréciable de Charles Dantzig. Un crétin nommé Gérard de Villiers. L'admirable Judas d'Amos Oz et le très attachant Homme amoureux de Karl Ove Knausgaard...  

Notre époque d'hystérie consommatrice et de délire publicitaire raffole des superlatifs, qui le plus souvent n'enveloppent que du vide. L'appellation de chef-d'œuvre, en matière de littérature, signale assez cette inflation, qui voit proliférer les livres incontournables ce matin et promis à l'oubli ce soir.

L'excellent écrivain et critique Charle Dantzig a fort bien traité du sujet dans À propos des chefs-d'œuvre, dont il montre la relativité des critères de définition et l'impossibilité d'en établir des listes fixes.

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La seule idée de la réussite absolue ou de l'objet parfait est même contraire à ce qu'il y a de souvent très imparfait dans une oeuvre géniale, dont les romans de Dostoievski, à l'obscurité fuligineuse desquels le stendhalien Dantzig est peu sensible, sont la preuve multicéphale. Et la Recherche du temps perdu de Proust, chef-d'oeuvre pour son ensemble ou seulement dans Le Temps retrouvé ?

À propos de cette somme romanesque sans équivalent au XXe siècle, le très raffiné Gérard de Villiers, juste pour me river mon clou (il sentait bien que j'étais venu l'interviewer comme on va voir quelque monstre au musée des horreurs), me lança comme ça que forcément un Proust devait me faire saliver, que lui-même estimait un crevard nul. Et l'auteur des immortels S.A.S d'affirmer que le chef-d'oeuvre contemporain par excellence était Love story, etc.

6589936.jpgEn écoutant le crétin en question formuler ce jugement, je regardais, songeur, la statue stylisée qu'il y avait au milieu de son bureau, dans son hôtel particulier de l'avenue Foch, représentant une femme dans le sexe de laquelle le sculpteur avait soudé un kalachnikov...

On connaît l'origine du terme, qui appelle chef-d'oeuvre l'ouvrage accompli d'un artisan aspirant à être reçu par les compagnons de son métier. Georges Simenon aimait dire de son oeuvre qu'elle était d'un artisan, mais lequel de ses centaines de romans peut être dit son chef-d'oeuvre ? Le Bourgmestre de Furnes ? Ou Les gens d'en face ? Ou vingt autres ?

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Ce qui me semble défendable, c'est de conclure au chef-d'oeuvre "absolu" dans le cas d'une oeuvre-somme du genre de La Divine Comédie de Dante, enclose sur elle-même comme une grande sphère, tels aussi Don Quichotte ou Anna Kamarazova de Tolstoïevski.

En lisant ces jours Judas,  le dernier roman de l'écrivain israélien Amos Oz, qui ferait un super Nobel en octobre prochain, je me disais que ce livre admirable en tous points, tant par l'originalité de sa thématique (Judas supposé le plus fervent disciple pré-chrétien de Jésus, qui se pend de désespoir en constatant que le Rabbi ne descend pas en gloire de la croix) que par l'intensité tragique de son atmosphère (Jérusalem en hiver à la fin des années 50) ,la formidable présence de ses personnages et la beauté de sa langue, a bel et bien l'étoffe des chefs-d'œuvre, mais deux autres romans au moins du même auteur Seule la mer et Histoire d'amour et de ténèbres, sont du même tissu.       

Ce que je ne dirai pas, en revanche d'Un homme amoureux de Karl ove Knausgaard, que j'aime tout autant que Judas mais qui ne me semble pas avoir cette espèce d'accomplissement hors du temps qui caractérise à mes yeux le chef-d'oeuvre littéraire, ou Mona Lisa en peinture ou la 9e de Ludwig Van en musique, etc.

Comme il en va des paysages habitables, la meilleure littérature n'est pas faite que de pics sommitaux et c'est tant mieux, d'autant que l'air respirable se raréfie là-haut. Pareil pour le Paradis de Dante, par trop saturé de lumière et de cantilènes en gelée divine.

Quel chef-d'oeuvre dans l'ensemble des récits ou du théâtre de Tchékhov ? Les douze pages de L'étudiant, nouvelle cristallisant peut-être le noyau spirituel de cet écrivain qui fut autant l'honneur de la littérature que de l'humanité bonne ? La réponse devrait faire la pige à  la question...

Conclusion d'un dimanche matin nuageux à couvert au bord de la Grande Bleue dont le doux ressac berce les ondins : révérence au paon littéraire et à l'oiseau de paradis, mais n'oublions pas le reste de la volière et la foule du métro, etc.

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24/09/2016

Pour tout dire (35)

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À propos des notes de mémoire, d'un mot de Jean Dutourd et du TOUT DIRE quotidien de Iouri Olécha. Des phobies enfantines de Karl Ove Knausgaard et des considérations croisées d’un jeune Russe et d’un jeune Norvégien sur la mémoire, à un siècle d’intervalle...


« Une idée notée est une idée perdue », me dit un jour l'académicien fumeur de pipe Jean Dutourd, ronchon de droite au style tonique et aux coups de gueule parfois bienvenus. Il le disait en romancier, et c'est vrai que le meilleur de l'invention romanesque se fait le plus souvent sans notes ou en les oubliant au moment de l'écriture.
Une nuance peut être faite, cependant, en ce qui concerne l'écriture qu'on pourrait dire « diurne », par opposition à une composition plutôt « nocturne ». Le poète et romancier néerlandais Cees Nooteboom écrit ainsi que la rédaction d'un journal personnel ou d'un essai se caractérise par le fait qu'on sait ce qu'on va écrire, alors qu'un poème ou qu'un texte de fiction nous viennent souvent comme tombés du ciel, ou dictés de nos profondeurs.
Cela m'est arrivé pendant les quinze ou vingt mois de composition d'un roman en vue duquel j'avais pris des cahiers entiers de notes, mises de côté tous les matins où, dès cinq heures, encore à fleur de sommeil, et jusqu'à huit heures, mes pages se remplissaient d'encre verte quasi sans ratures...

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Le 5 mai 1930, le jeune auteur russe Iouri Olécha, déjà célèbre pour un premier roman qu'on dirait aujourd'hui « culte », intitulé L'Envie, entreprit la rédaction d'une sorte de journal par fragments qu'il poursuivit des années durant sans le publier (il fut longtemps en butte à là surveillance stalinienne) et qui se développe de son enfance à sa vieillesse, suite kaléidoscopique à la fois très réaliste et pleine de charme à laquelle j'ai repensé en lisant le troisième volume de l'autobiographie de Knausgaard évoquant son enfance. Le grand critique russe Victor Chklovski parlait de « rayon laser » à propos du regard porté par Olécha sur le monde environnant, au gré d'une technique inédite. « Olécha maîtrisait le moyen de réveiller la fraîcheur de la perception », écrit Chklovski « il maîtrisait le caractère premier des sensations. »

Au début de son journal, Iouri Olécha écrivait : " Au lieu de commencer à écrire un roman, j’ai commencé à tenir un journal… À quoi bon inventer, « composer ». Il vaut mieux honnêtement, jour après jour, noter le véritable contenu du vécu, sans chercher à finasser autrement. Puisse tout le monde écrire son journal : employés, ouvriers, écrivains, illettrés, hommes, femmes, enfants… Quel trésor ce sera pour le futur ! Nous, qui vivons aux premiers jours de fondation d’une nouvelle société humaine, devons en laisser une multitude de témoignages ».
Et d’ajouter vers la même époque : « J’extrais en ce moment des morceaux de ma mémoire, je les trie et les emmagasine. Il faudra ensuite en confectionner des plaques du genre de celles qu’on glisse dans les lanternes magiques et inventer un appareil qui puisse les illuminer et les projeter ».


Dès le début de la première partie consacrée à son enfance, Olécha précise encore sa démarche : « Un jour, j’ai prêté une autre oreille au vieil adage qui dit qu’un écrivain ne saurait vivre un jour sans écrire au moins une ligne. (allusion à la phrase de Pline l’Ancien : Nulla dies sina linea, précise le traducteur). J’ai décidé de commencer à m’en tenir à cette règle et j’ai sur-le-champ écrit la première « ligne » en question. Il en est sorti un fragment assez court et, ainsi qu’il me semblé, parfaitement achevé. La même chose s’est reproduite le lendemain, et ainsi de suite, jour après jour, je me suis mis à écrire ces « lignes ».
Et de conclure non sans candeur: « Il me semble que l’unique œuvre que je puisse écrire qui soit de quelque importance et utilité pour les gens, c’est le livre de ma propre vie ». Ce livre, jamais publié du vivant de l’auteur, mort en 1960, a été reconstruit à partir de ses archives, publié en russe en 1965 et dans sa traduction française signée Paule Lequesne, en 1995 à L’Âge d’Homme, avec une préface de Victor Chklovski. Celui-ci, insistant sur la fraîcheur très frappante des images de la « lanterne magique » d’Olécha, trouverait maints point de rapprochements entre la vision de l’enfance russe de celui-ci et celle, un siècle plus tard, de l’enfance norvégienne du jeune Karl Ove.
Le Russe écrit : « En fait, qu’est-ce exactement que nous premier souvenir ? Vraisemblablement ce que nous prenons pour tel et qui certainement est loin d’être le premier. Nos premiers souvenirs se sont inscrits dans nos mémoires sous la forme, qui sait, de ces cauchemars qui nous visitent parfois la nuit au plus profond de notre sommeil, quand nous nous réveillons terrifiés, sans rien pouvoir nous rappeler de ce qui nous est arrivé, bien que notre cœur cogne si fort et si vite que force est de penser que l’horreur était encore avec nous à la seconde où nous avons réussi à sortir du sommeil ».

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Et le Norvégien. « Chiens, renards et tuyaux étaient des menaces concrètes et tangibles et de ce fait elles restaient à leur place soit elles étaient là, soit elles ne l’étaient pas. Mais l’homme sans tête et le squelette grimaçant appartenaient au monde des morts, donc impossible de les maintenir à leur place de la même façon, ils pouvaient être partout, dans l’armoire qu’on ouvrait dans le noir, dans l’escalier qu’on empruntait, dans la forêt et même sous le lit ou dans la salle de bains. J’associais mon propre reflet dans les vitres à ces créatures venues de l’au-delà, peut-être parce qu’il n’apparaissait que quand il faisait nuit dehors, mais c’était horrible de voir mon reflet dans la vitre noire et de penser que ce n’était pas ma propre image mais celle d’un mort me regardant avec insistance ».
S’ils n’ont rien de convenu ou de sucré, les regards portés sur leur enfance par ces deux auteurs ont enfin cela en commun que leur puissance d’évocation éveille en nous maints souvenirs qui nous sont propres. Ainsi de ce que raconte Knausgaard à propos de son attrait pour les souterrains ou de sa peur des ondins, de la quête à plusieurs camarades des trésors enfouis aux pieds de l’arc-en-ciel ou des odeurs respectives des maisons, etc.
Le jeune Russe à propos de la mémoire : « Le travail de la mémoire est étonnant. Nous nous rappelons certaines choses pour des raisons qui nous sont parfaitement inconnues. Dites-vous : « À présent je vais me souvenir de quelque chose de mon enfance ». Fermez les yeux et dites-le. Vous retrouverez un souvenir que vous n’aviez absolument pas prévu. Toute participation de la volonté est ici exclue. Une image s’allume, branchée par on ne sait quels ingénieurs en arrière de votre conscience. Le diable l’emporte, ma propre volonté réside à peine en moi-même ! Elle est plutôt à côté ! Aussi, combien peu d’influence elle peut avoir sur mon être tout entier ! Combien le moi conscient, qui possède nom et désirs, occupe peu de place dans mon moi entier qui lui n’a ni désir ni nom ! Je fais la conversation, mais dans le même temps j’appartiens tout entier à la nature, et la nature ignore que pour parler je reste assis sur le divan de mon bureau. Je suis une sorte de particule électrique dans le flux d’électricité qui parcourt l’univers, dans le flux de la matière ».
Et le jeune Norvégien : « La mémoire n’est pas un élément fiable dans la vie, pour la simple raison que la vérité n’y est pas primordiale. Et ce n’est jamais l’exigence de vérité qui détermine si la mémoire se souvient fidèlement d’un événement ou pas, mais l’intérêt de chacun. La mémoire est pragmatique, elle est traître et rusée bien que sans animosité ni méchanceté, au contraire, elle fait tout pour satisfaire son hôte. Elle refoule certaines choses dans le néant de l’oubli, en déforme d’autres jusqu’à les rendre méconnaissables, se trompe galamment sur d’autres encore, et pourtant elle se souvient de quelques-unes clairement, correctement et exactement. Mais voilà, il n’est jamais donné à personne de savoir ce dont on se souvient correctement »…


Iouri Olécha. Pas un jour sans une ligne. Traduit du russe par Paul Lequesne. Préface de Victor Chklovski. L’Age d’Homme, 1995, 278p.


Karl Ove Knausgaard. Jeune homme. Traduit du norvégien par Marie-Pierre Fiquet. Denoël, 2016, 579p.

Peinture ci-dessus: Joseph Czapski.

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Devant les ruines

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Sur une exposition, à Sète, de l’artiste Yan Pei-Ming, Chinois naturalisé français, dont le regard sur les décombres du monde actuel a quelque chose de saisissant...


Ce vendredi 23 septembre. – Intrigués par un article paru il y a quelques jours dans les pages culturelles de l’édition sétoise du Midi libre, où il était question des oeuvres d’un artiste chinois du nom de Yan Pei-Ming, exposées jusqu’au 25 septembre au Centre Régional d’Art Contenporain (CRAC) de Sète, nous nous sommes pointés cet après-midi sur le quai où se trouve le haut-lieu artistique en question, dans les anciennes halles frigorifiques magnifiquement réaménagées par un architecte en vue et entièrement investies par les immenses toiles de Yan Pei-Ming.

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De cet artiste d’origine chinoise mais naturalisé français, très en vue dans l’establishment culturel et politique (Fabius était d’ailleurs présent au vernissage sétois), je ne savais rien jusque-là en dépit de son passage au Louvre et autres cimaises prestigieuses, et l’aperçu que m’en ont donné les images de Google m’ont fait craindre le faiseur pseudo-rebelle à la mode (genre assez couru chez les Chinois occidentalisés), dans la mouvance du réalisme-post-pop surfant sur les vagues plastiques de Warhol ou de Lucian Freud à grand renfort de portraits plus ou moins déformés de célébrités (d’Obama au pape François) et autres scènes d’actu si possibles trash; mais d’emblée, dès la première salle réunissant deux immenses toiles « citant » Le Caravage à vigoureux coups de brosse-balai, dans un camaïeu de nuances grises entre le noir et le blanc reproduisant pour ainsi dire les couleurs et le clair-obscur du génial Rital, nous avons été saisis.

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Puis ce furent les variations colorées plus convenues (m’a-t-il semblé) sur le fameux pape Innocent de Francis Bacon, déjà démarqué de Velasquez, et du coup je me demandai : est-ce encore de la peinture, et quoi de nécessaire et d’unique dans ces répliques plastiques de photos d’actualité où la découverte du cadavre d’Aldo Moro voisine avec l’attentat contre Jean-Paul II, et cette virtuosité, ce savoir-faire magistral ne font-ils pas que relancer les prouesses techniques du réalisme socialiste (première inspiration de l’artiste né à Shanghai en 1960 et formé à l’époque de la révolution dite culturelle) ou du pompiérisme bourgeois de la fin du XIXe siècle ?

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Je me suis posé la question en me rappelant nombre de démarches similaires, aux quatre coins de l’Occident artistique, puis nous sommes tombés en arrêt devant tel cauchemar pictural rappelant de loin Goya ou Saura, qui nous confronte à un vaste charnier nocturne où des chiens se disputent la pauvre chair humaine, tel portrait de Khadafi dont la tête du cadavre semble réduite à un cri réduisant à rien le jugement des Justes, ou tel grand singe à figure rouge, au milieu d’autres décombres, paraissant se demander ce qui est arrivé au monde en proie à ses cousins inventeurs de la poudre et du tout-nucléaire…

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(À voir jusqu’au 25 septembre 2016, au CRAC de Sète)

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23/09/2016

Lettre à Jacques Chessex

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Lettre à Maître Jacques entre la mer, le ciel et la forêt, à l'occasion  de la remise du prix Edouard-Rod à Pierre Béguin, marquant les vingt ans de cette distinction littéraire.

Mon cher Jacques,

Je ne serai pas là quand notre ami Jean-Michel Olivier lira ce matin cette lettre à l’assistance réunie à Ropraz pour célébrer le vingtième anniversaire du prix Edouard-Rod que tu as fondé, mais toi non plus n’y sera pas, et cependant je l’écris comme si tu allais la lire toi-même, de même que je continue de lire tes livres comme si tu étais encore de notre côté de la vie.

En me rappelant nos relations parfois houleuses, que m’évoque à l’instant la mer assez agitée de ce matin d’arrière-été quelque peu orageux, je me dis que, par delà les eaux sombres, les livres seuls auront été entre nous ces messagers ailés, hors du temps, semblables à ces oiseaux dont un de tes recueils de nouvelles que je préfère se demande où ils vont mourir, si tant est que les oiseaux meurent jamais dans l’imagination des poètes.

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De ton côté, tu m’as dit avoir beaucoup aimé l’un de mes textes, intitulé Tous les jours mourir, dans lequel je raconte nos adieux à notre père, qui nous convia un dimanche matin à une dernière journée en famille, et nous quitta en fin de soirée. Ce que je me rappelle d’Où vont mourir les oiseaux est une certaine grâce et une certaine lumière qui te sont propres, et cette une lumière semblable, dans l’évocation de la dernière journée de mon père, qui t’a touché, m’as tu dit dans la plus belle lettre que j’ai reçue à propos du livre qui nous a rapprochés, intitulé Par les temps qui courent, dans laquelle tu louais un autre récit du même ensemble autobiographique évoquant mes errances aux Etats-Unis, où je m’étais trouvé d’ailleurs à cause de toi puisque tu avais refusé une première invitation de présenter, au Texas (!) le merveilleux Charles-Albert Cingria. Or le texte en question s’intitulait Nus et solitaires, c’était une sorte de blues bleu sombre et comme l’un de tes autres textes que je préfère, dans L’Imparfait, célèbre le blues avec grâce et lumière, nous ne quittons pas la clairière de nos meilleures rencontres.

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Je reviendrai à ce très beau moment que nous aurons vécu ensemble ici même, à Ropraz, à l’occasion de la remise du premier Prix Edouard-Rod attribué à Par les temps qui courent en 1996, mais j’aimerais évoquer d’abord un autre moment de grâce et de lumière vécu un matin de mai de je ne sais plus quelle année, sur une petite place de Saint-Maurice, en présence d’une centaine de collégiens plus ou moins du même âge que tes fils, au pied des falaises marquées VIVE CHAPPAZ où, à l’occasion d’un festival philosophique, tu avais été convié à prononcer ton Credo.

Nous étions alors à couteaux tirés pour je ne sais plus quelle raison, mais je n’en étais pas moins présent et ce que tu as dis alors aux jeunes gens qu’il y avait là m’a si profondément touché que je suis venu, en fin de séance, te remercier et te serrer la main ; tu m’as dit que mon geste te touchait particulièrement et nous en sommes restés là, sous la belle lumière oblique qui tombait du haut des Dents du Midi, dans la grâce d’un instant.

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Au moment où tu a fondé le prix Edouard-Rod avec quelques amis écrivains et le syndic de Ropraz, l’auteur romand le plus célèbre à Paris, au début du XXe siècle, était pratiquement retombé dans l’oubli, et je dois avouer que je n’avais pas lu un seul de ses trente romans ni aucun de ses essais quand j’ai appris que j’allais être le premier lauréat de ce nouveau prix littéraire.

Je connaissais la bienveillante attention qu’Edouard Rod avait manifestée à Ramuz en ses jeunes années, mais j’ignorais que l’écrivain avait été proche de Zola et qu’il avait refusé d’entrer à l’Académie française pour garder sa nationalité suisse. Or ce qui m’a touché plus particulièrement, dans la définition que tu as établie du prix, c’est qu’il devait récompenser un auteur à ses débuts (ce que je n’étais plus au moins depuis vingt ans) ou à un moment de renouveau de son travail, ce que j’étais à l’évidence puisque Par les temps qui courent a été pour moi un livre-charnière, et le début de ma collaboration avec Bernard Campiche, qui en a immédiatement accepté le manuscrit et avec lequel j’ai noué des liens d’amitié et publié ensuite huit livres en moins de dix ans, dans les meilleures conditions.

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L’émulation entre écrivains de générations différentes est un phénomène assez courant, mais les vraies complicités sont plus rares entre les bêtes d’écriture que nous sommes, selon ton expression, et le rapport qui s’est établi entre nous quelque temps, entre la composition de mon roman Le Viol de l’ange, que tu as suivie de très près, et la parution de L’Imparfait, l’un de tes plus beaux livres, est lié dans mon souvenir à un mémorable moment de partage.

Plus récemment, assistant à la remise du prix Rod à Antoine Jaquier, j’ai repensé avec reconnaissance à la cérémonie de 1996 ; et brassant, ces dernières semaines, cinquante ans de courrier et de documents de toute sorte que je m’apprête à remettre aux Archives littéraires de la Bibliothèque nationale, suivant ton exemple, ce souvenir a été revivifié par les nombreuses cartes et autres lettres de félicitations qui m’ont été adressées à cette occasion. Moi qui me suis souvent montré critique, dans les journaux où je sévissais, envers le système parisien des prix, j’ai trouvé très bien en revanche, vraiment très bien, de recevoir ce prix Rod décerné, de surcroît, par des écrivains, sans parler de la pincée de billets qui nous a permis de surprendre nos petites filles en leur annonçant, un beau matin de février 1997, à Cointrin, que nous nous envolions pour La Guadeloupe !  

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Vingt ans plus tard, alors que l’un de tes derniers livres revit sur les écrans par le truchement d’une adaptation où tu apparais à divers âges, alors que tu me reste infiniment plus présent par la seule magie de ton verbe, la littérature de qualité et ce que tu appelais les « saintes écritures » survivent tant bien que mal dans le chaos du monde où la fausse parole submerge trop souvent celle des poètes.

J’ai dit longuement, devant le nombreux public qui t’a entouré à Berne pour la remise de tes archives, la reconnaissance que nous te devons, et je ne vais pas me répéter, d’autant que c’est à tous ceux qui défendent encore la littérature, soit en écrivant de nouveaux livres de qualité, comme Pierre Béguin aujourd’hui, soit en les défendant ou n’était-ce qu’en les lisant, que j’aimerais dire merci.

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Il est possible que, me pointant tout à l’heure à l’Hyper U d’à côté, je ne trouve pas un seul de tes livres, pas plus que ceux d’aucun des lauréats du prix Rod de ces vingt dernières années. Qu’à cela ne tienne: tes livres te survivent, comme ceux de Georges Haldas ou d’Yvette Z’graggen que le prix Rod a couronnés, et d’autres œuvres d’écrivains lauréats se poursuivent avec Jacques Roman ou Janine Massard, Jil Silberstein ou François Debluë, pour n’en citer que la moitié…

De ce bord de mer à ta lisière de forêt, cher Jacques, que les oiseaux de la poésie nous survivent…

Cap d’Agde, en la Cité du Soleil, ce 14 septembre 2016.

 

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