
Chemin faisant (152)
La Flèche en pleine cible.-Si les constats les plus sévères, sinon les plus apocalyptiques, se multiplient, par les temps qui courent, à propos des ravages exercés par notre espèce sur la nature, en général, et la gent animale en particulier, de notables efforts, en sens inverse, n’en sont pas moins accomplis, depuis deux ou trois décennies, en vue de freiner ou de corriger cette désastreuse évolution, et le travail qui se fait dans le parc animalier de La Flèche, entre Nantes et Angers, illustre magnifiquement cette tendance, alliant une vocation de préservation et d’information pédagogique, de présentation ludique et de foyer de recherches.

Du petit écran à la 3D.– Fondé en 1946, le zoo de La Flèche, avec ses 1500 animaux (et plus précisément les carnets roses de sa nursery), ses responsables attitrés et compétents de chaque espèce et ses jeunes stagiaires, sont devenus autant de « stars » de la télé, puisque France 4 en documente les multiples aspects depuis des années au fil d’une émission-culte, comme on dit.
C’est ainsi que les mômes de France et de Navarre (ou de Suisse et d’ailleurs), débarquant à La Flèche avec maman ou papy (ou mamy et papa ou l'ami de maman), se précipitent auprès d’Amandine, la dresseuse d’otaries, pour lui demander un autographe après le show de celles-ci, et le vétérinaire, la blonde aux yeux bleus en charge des perroquets, ou tous leurs camarades devenus célèbres au fenestron se prêteront gentiment à cette retombée de gloire exigeant leur griffe...
Mais l’important est ailleurs. Parce que, sur ce fond de décor bon enfant, et prolongeant l’immense boulot nécessité par la logistique d’entretien de cette arche monumentale, se développent des actions croisées avec des institutions locales ou internationales diverses visant par exemple au salut des chimpanzés camerounais ou à la protection rapprochée des éléphanteaux du cru (dans une garderie ad hoc), entre autres liens avec Madagascar ou telle réserve africaine de bonobos.
Le saviez-vous ? – Approcher le panda roux ou la loutre folâtre à les toucher est une chose, et la petite ferme des animaux permet même aux gosses de caresser la chèvre naine et presque le nosy komba (qui se dérobe prestement), mais l’instituteur qui somnole en chacun de nous se réjouit particulièrement à la lecture des panneaux informatifs très complets assortis de notices intitulées Le saviez-vous ? Et force est de constater que, neuf fois sur dix nous l’ignorions et que l’apprendre est tout bonus.
Cependant le plus gratifiant est encore ailleurs, plus que dans une ménagerie de cirque ou que dans la plupart des zoos urbains :de voir se mouvoir les animaux dans un environnement reproduisant plus ou moins leur biotope d’origine, sans les contraindre à outrance, en tout cas de notre point de vue. Ce qu’ils pensent se discute évidemment, mais il semble que les otaries se prélassant au soleil n’aient rien à envier aux caissières de l’Intermarché voisin …

Or dès notre arrivée au Gentleman, cet ancien hôtel particulier à jardin et séquoia centenaire transformé en établissement **, la Qualité de l’accueil et du décor de vieux grand goût sans bluff de cette maison sobrement et parfaitement restaurée nous a ramenés au cœur de cet habitus propre à la vraie civilisation garantissant une belle et bonne vie -comme l’a évoquée Rabelais avec son Abbaye de Thèlème.
Les enfants de Gargantua. – Et précisément, bigre chance de tombola un lundi soir où tous les aubergistes lèvent le pied, c’est à l’enseigne du Gargantua que nous nous sommes retrouvés au milieu de tables bien garnies d’enfants plus ou moins dodus mais surtout pourvus, à peu près sans exception - sauf un tout petit de deux ans plongé dans un énorme livre d’images -, de smartphones multicolores au moyen desquels ils revoyaient le tigre redoutable ou les lionceaux blancs, les otaries ou la girafe et tant d’autres animaux sauvages approchés l’après-midi- tous revenant en effet du plus médiatisé des zoos de France documenté tous les jours sur France 4.
Ce détour relève-t-il, de notre part, d’une soumission conformiste à un feuilleton télévisé démagogue ? Nullement, mais je dirai demain, après notre propre pèlerinage auprès des tamarins, des suricates et autres pandas roux de La Flèche – représentant autant d’espèces menacées -, les motifs à la fois primesautiers et plus profonds, voire essentiels dans le macrocosme terrien actuel, qui nous ont fait faire ce détour.
Détours et trouvailles. – Ce qu’il ya de beau dans un voyage dont on n’attend rien a priori, c’est d’y trouver ou apprendre moult choses surprenantes, cocasses ou bonnement instructives, comme cette enseigne découverte cet après-midi dans une rue de Lude (et d’abord découvrir soudain qu’il existe au monde une bourgade du nom de Lude, riche d’un monumental château surplombant le Loir…), résumant sa raison sociale de boutique fourre-tout à A comme Bonheur, suspendue juste au-dessus d’un signal de sens interdit…
Avec le travail des paludiers des marais salants de la région de Guérande, la gamme souvent insoupçonnée des douceurs bretonnes – les peuples les plus rudement éprouvés par leurs conditions de vie ont souvent le génie pâtissier, voire confiseur – , la juste appellation des buissons de fleurs jaunes bordant les routes de Bretagne (ajoncs et non genêts) et tant d’autres particularités liées à chaque lieu, la France départementale, autant que le Paris arrondissementier ou les cantons helvètes (qui dira les trouvailles du voyageur en Thurgovie agreste !) n’en finissent pas de nous épater à proportion inverse de notre peu de goût pour l’épate…