UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • L'enfant mystérieux

    Rembrandt1628.jpg

    Tous les personnages de ce roman ont connu Christopher, soit pour l’avoir rencontré, soit pour en avoir entendu parler par les précédents. Les premiers seuls savent de quoi ils parlent, et d’abord parce que la première question qu’ils se sont posée en sa présence muette les renvoyait à eux-mêmes.

    « Qui es-tu, toi qui me regardes ? » était, de fait, la première question que Christopher posait de son seul regard à quiconque se trouvait pour la première fois en sa présence, et dans cette seule présence se dissolvait toute réponse.

    Simplement Christopher regardait la personne qui se trouvait devant lui, et la personne s’identifiait elle-même et, le plus souvent, se souriait intérieurement tout en se demandant qui était Christopher ?

    Est-ce à dire que Christopher fût une sorte d’angélique illuminé ou de passager inspiré des interzones ? Chacun en décidera à sa guise.

    Cécile aura surtout apprécié le voyageur attentif et le conteur à dormir debout ; Chloé, le tendre aquarelliste des sentiments ; Léa et Rachel, le compatissant ; Olga, le seul lecteur, avec Jonas, qui eût jamais lu en elle – chacune et chacun le décrivant à sa ressemblance.

    Jonas, qui avait mémorisé des milliers de sentences utiles ou belles, et qui fut à maints égards l’instituteur de Christopher, comme le vieux Sam avait été le sien, trouva cependant en Christopher une mémoire plus profonde et pénétrante que la sienne, essentiellement constituée d’empilements de faits dont la superposition des strates irradiait.

    Comme s’il parlait en langue, à la manière des prophètes anciens et très barbus, Christopher, par exemple assis à la terrasse ensoleillée de chez Hans en Grietje, non loin du grand musée rose irradié par la lumière de Van Rijn et compagnie, les yeux mi-clos et souriant à Jonas qui avait tenu, cette année-là, à lui montrer le bleu de Delft et le brun de certain café amstellodamois, avait murmuré d’une traite : « Cent millions d’entre nous sont des enfants qui vivent dans la rue. Cent vingt millions vivent dans des pays où ils ne sont pas nés. Vingt-trois millions d’entre nous sont des réfugiés. Seize millions d’entre nous vivent au Caire. Douze millions gagnent leur vie en pêchant à bord d’une petite embarcation. Sept millions et demi d’entre nous sont ouïghours. Un million d’entre nous travaillent à bord de chalutiers frigorifiques. Deux mille d’entre nous se suicident chaque jour »...

    (Extrait d'un roman en chantier)

    Peinture: Rembrandt, autoportrait.

  • Ceux qu'on embrigade

     

    Panopticon757.jpg

    Celui qui se croit élu / Celle qui se dit sœur même de ses cousins et autres voisins afghans / Ceux qui excluent celles qui n’adhèrent pas à leur Système Ouvert / Celui qui n’use de la philosophie qu’avec modération /Celle qui ne dit pas aux médias où elle trouve la source de son salut / Ceux qui disent salut j’tai vu au marchand d’orviétan / Celui qui a un nez spécial lui permettant de flairer les idéologies foireuses / Celle qui a plus d’amis morts que vivants / Ceux qui ont plus d’amis sur Facebook qu’en réalité / Celui qui attend trop de l’amitié pour diviniser celle-ci / Celle qui estime que parler de Michel Onfray comme d’un ami de la sagesse lui est aussi difficile que de partager un os avec 30 millions d’amis / Celle qui ne partirait pas en vacances avec Alain Badiou sauf s’il se désiste au dernier moment / Ceux qui distinguent nettement le Dieu des poètes (genre Goethe sei Gott, ou l’inverse) et celui des philosophes (Also sprach Spinoza) sans se prononcer sur l’arrivée de Godot même après l’entracte / Celui qui passe de l’aquarelle à l’huile sans en faire une salade / Celle qui invite les témoins de Genova à partager la projection de ses diapos de Venise / Ceux qui hésitent entre Donald Trump et Trump Donald en se demandant qui va bluffer qui / Celui qui affirme que la barque est pleine sans préciser qui baisera le mousse / Celle qui prône l’érection d’un mur autour du pays en insistant sur la notion d’érection / Ceux qui se demandent ce qu’on fera de tous ces Noirs et autres pédés quand on ne sera plus qu’entre nous avec nos piolets et autres tricots / Celui qui a porté sa croix dans toutes les sectes avant de s’exclure lui-même / Celle qui serait restée fidèle au pasteur Schlumpf si celui-ci n’avait pas exclu la communion pendant le ramadan / Ceux qui redoutent la pénétrante verte masquée de noir / Celui qui descend dans la rue pour clamer qu’il n’en est pas / Celle qui porterait volontiers la Croix si l’on passait au modèle balsa / Ceux qui le 1eroctobre prochain se précipiteront en librairie pour acheter le nouveau Dicker et le dire le soir sur Facebook qu’on sache qu’ils sont les premiers même s’ils n’ont pas le temps de le lire avant le Goncourt et tout ça / Celui qui en revient aux fondamentaux du parti consistant à penser comme lui / Celle qui critique son ex passé dans le clan des extrémistes du parti dont elle incarne déjà la droite de la droite – et ça faisait déjà problème au lit / Ceux qui en restent à la position du missionnaire décriée par les sodomixtes sociaux-démocrates du parti / Celui qui annote le papier recyclé du dernier pavé de Naomi Klein / Ceux qui disent tous la même chose mais ne changent pas forcément d’avis en même temps prouvant que la liberté d’opinion est garantie dans les cantons de l’Ouest / Celui qui partage l’opinion de son pitbull  comme le montre sa queue quand il est content/ Celle qui défile avec les tricoteuses sans fil / Ceux qui observent Dieu au télescope de la science chrétienne ou au microscope vu que l’infini a deux bouts / Celui qui raille le téléphérique qui pète un câble au défi de la tradition moniste / Celle qui fait secte à part dans le dortoir des unanimistes / Ceux qui ont vu décliner le soleil de Moon, etc.