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  • Ceux qui se regardent sans se parler

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    Celui qui pianote sur les côtes de la violoniste muette / Celle qui est jalouse de ton silence / Ceux qui sourient à la danseuse en surpoids / Celui qui n'a jamais levé aucune grue / Celle qui ne sortira de chez elle (dit-elle) que par la porte-bonheur / Ceux qui ont dérobé le toupinard de Madame Cléo / Celui qui se prend la proue en pleine poire / Celle qui se payerait toute la tête de gondole pour que Venise lui soit contée / Ceux qui confondent les mètres de toile et les toiles de maîtres / Celui qui est Basque quand d'autres ne sont que bérets /  Celle qui fait le vide autour de celui qui remplit les creux / Ceux qui ne t'auront pas au jeu de qui perd crache /  Celui qui a en lui la monotonie du rythme arabe non sans sursauts latinos / Celle qui donnerait tout Picasso pour un sous-bois assorti à ses rideaux / Ceux qui aiment Paris en juillet au motif qu'on l'a tout à soi / Celui qui peint à façon comme une piqueuse de bottines / Celle qui rougit quand elle voit deux brosses se faire reluire /Ceux qui passent de l'âge bête à l'âge bestial / Celui qui s'est chassé de bonne heure et de bonne humeur du giron familial / Celle qui dit à tout moment "c'est la vie " avec l'air de penser le contraire /Ceux qui déconseillent Chicago aux liftiers pygmées / Celui qui ne sait pas si le temps vient à lui ou s'il le quitte / Celle qui se laisse aller au temps qui surgit / Ceux qui (dixit Pajak) pleurent pour se désaltérer de leurs larmes / Celui qui alterne la lecture des Esquisses pour un troisième journal de Max Frisch et le deuxième tome du Manifeste incertain de Frédéric Pajak en lisant parfois à haute voix (à sa compagne juste revenue des States) des passages de l'un touchant aux Américains ou de l'autre sur les gens qui se regardent sans se parler dans le métro de Paris et plus généralement un peu partout avec des pics dans le métro de Tokyo / Celle qui a tant pesé sur la tête de son fils qu'il l'est resté à tout jamais / Ceux qui vivent "dans la joie de la plus harmonieuse désolation", etc.

     

    Image: Frédéric Pajak, in Manifeste incertain 2. Editions Noir sur Blanc, 2013.

  • Votre attention, s'il vous plaît...

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    À propos du Café littéraire de JLK, ce jeudi 3 octobre à la Médiathèque de Saint-Maurice.

     

    Le manque d'attention est l'un des vices majeurs de notre époque, affirmait l'écrivain Maurice Chappaz à la fin de sa vie, devant un parterre de jeunes gens du Collège de Saint-Maurice, en Valais.  

     

    Or, quatre ans après la mort de celui qui fut l'un des plus remarquables écrivains romands dans la postérité de Ramuz, du même Collège où elle enseigne, la prof de latin Geneviève Erard m'a adressé une invitation à participer au Café littéraire qu'elle organise à la Médiathèque-Valais de Saint-Maurice, avec sa collègue Catherine Widmann Amoos, avant de me gratifier, plus concrètement, d'une attention plus que rare: exceptionnelle. D'abord en lisant la plupart de mes vingt livres, en les annotant et en y relevant  une quantité de citations témoignant de sa sagacité de lectrice, ensuite en préparant, pour notre rencontre, une série de questions dont les réponses exigeraient non pas une heure mais au moins dix ou cent - des soirées de palabres...  

     

    Zap02.jpgDans le contexte actuel de dispersion et de distraction exacerbées par le battage des médias et l'énervement général, de tels témoignages sont de vrais cadeaux. Comme cet autre vrai cadeau qui m'a été fait, il y a peu, par un nouvel ami du nom de Sergio Belluz, auteur lui-même d'un livre merveilleusement tonique sur la Suisse (CH, La Suisse en kit, paru aux édition Xénia) et m'envoyant de longues missives sur deux de mes recueils de carnets qu'il a aimés, à savoir Les Passions partagées et L'Ambassade du papillon.

     

    L'orgueil ou la vanité d'un auteur est une chose, et nul n'y échappe, mais le bonheur de partager réellement ce qu'on a accompli, livre ou oeuvre d'art quelconque,  à l'attention des autres autant que pour soi-même, est mille fois plus gratifiant qu'aucun honneur public, flafla médiatique, prix littéraires et compagnie. Un livre est une bouteille à la mer, et c'est toujours une grâce de le savoir recueilli et de le savoir apprécié (plus ou moins, peu importe) par quelqu'un qui prenne la peine de lire et, plus rare: de répondre. Autant dire que je me réjouis très sincèrement de cette nouvelle rencontre avec "quelques-uns"...  

     

    JLK au Tibet-Jaman.JPGCafé littéraire: À la rencontre de JLK, le 3 octobre, de 12h.30 à 13h.30. Bâtiment Saint-Augustin, 6 rue du Simplon.

    Infos et Pdf du document préparatoire de Geneviève Erard: www.mediatheque.ch/mediatheque-st-Maurice