
Celui qui a racheté une plage avec son parachute doré pour y établir son bidonville perso / Celle qui gêne un peu les familiers de l’intéressé en se prétendant la fille préférée de Jacques Chazot / Ceux qui lancent une nouvelle secte dans laquelle ils recueillent les déçus de la Scientologie qu’ils se promettent d’essorer par des moyens encore plus scientifiques / Celui qui est entré au couvent des Ursulines rasées en se prévalant de son diplôme de sociologue et son état de veuf pacsé / Celle qui se torche d’être sans-papiers/ Ceux qui ne sourient pas à leur bourreau pour lui enlever l’illusion qu’ils sont meilleurs que lui / Celui qui ne lit même plus les lettres qu’il s’envoie / Celle qui se raconte son prochain roman dans l’eau du bain qui en a refroidi / Ceux qui ont gardé leur soutane après l’avoir jetée aux orties mais on ne sait jamais / Celui qui a décidé d’en finir avec la vie sans trop savoir laquelle / Celui qui s’est donné un jour par semaine pour connaître un peu de la condition de l’auteur en période de vaches maigres / Celle qui écrit des poèmes sur les SDF auxquels elle donne toujours quelques centimes d’euros s’ils ont vraiment l’air d’en avoir besoin / Ceux qui se disent chercheurs et trouvent depuis des lustres le bon moyen de renouveler leur Bourse / Celui qui s’est fait connaître en tant que poète du Nouveau Zen alors qu’il n’en a rien à braire du vide de son verre/ Celle qui se lamente volontiers de ses succès outrageants aux jeux de casino qui l’empêchent finalement d’être reconnue en tant que poétesse mystique / Ceux qui se disent à l’écoute des humbles qui n’écoutent pas vraiment leurs conseils tarifés / Celui qui sait que la fin du tunnel risque de déboucher sur une vallée de larmes en espérant qu’il ne manquera pas le début du dernier épisode des Experts / Celle qui craint d’entrer en retraite où on lui a dit qu’on n’avait plus de vraies vacances / Ceux qui ont l’air de s’excuser de reposer dans leur cercueil en dépit des efforts consentis par les employé de l’Espace Funétique, etc.
Image: Philip Seelen
Celui qui surgit dans la clairière de la véranda / Celle qui repose sur le divan chamarré / Ceux dont la chair vibre au blanc de Krems / Celui qui enlace la grande chienne glabre à ventre rose / Celle qui étale ses longs cheveux orangés sur le demi-queue / Ceux qui ne voient pas dans les corps de Lucian Freud le moindre académisme ni la moindre obscénité / Celui qui fait observer à la vieille Frau Professor de Tübingen la délicatesse des bourses du jeune Irlandais rougeaud /Celle qui résume bien l’esprit de la peinture de Lucian Freud en affirmant que tout y est large ouvert / Ceux qui rêvent d’un jardin où chacun serait accueilli dans sa splendeur mince ou dans sa pantelante décrépitude / Celui qui trouve une émouvante beauté au dos monumental du performer trônant gras et ferme sur son cul / Celle qui a rarement vu des chiens si chiens en peinture / Ceux que le respect de ce peinture pour son sujet (qui est essentiellement sujet de peinture-peinture) incitent eux-mêmes à une sorte de silence sacré devant La Chose / Celui qui remarque que le timbre de la voix de Lucian Freu commentant ses œuvres a la même douceur que celle de Bergman prenant un acteur dans ses bras ou que Francis Bacon dans le chaos de son propre atelier / Celui qui affirme que l’essence de l’art de Freud (le petit-fils de Sigmund) se concentre dans ses fusains et ses gravures / Celle qui redécouvre la grâce de ses bourrelets graisseux sous la lumière d’une fin de matinée / 



