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  • Une bonne nouvelle


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    Notre compère Bruno Pellegrino, dix-neuf ans et des poussières, vient de décrocher le prix du Jeune Ecrivain 2011 pour sa nouvelle intitulée L’Idiot du village. À lire dans le recueil paru chez Buchet-Chastel sous ce titre. Chapeau, gamin…

    Décidément, le p’tit Bruno n’en finira pas de nous étonner. Il y a deux ou trois ans de ça, ses profs n’en croyaient déjà pas leurs yeux : que ce baby leur balance des copies pareilles ! Le père, la mère, l’oncle furent soupçonnés : que non pas, c’était lui le coupable! Même que, bien avant son bac, lui fut attribué le prix de la meilleure composition de son établissement scolaire, publiée in extenso dans le journal 24Heures.

    Dans la foulée, je lui proposai de collaborer au journal littéraire Le Passe-Muraille, puis à la rubrique culturelle du grand quotidien dont je suis le mercenaire. Il écrivait, alors, comme un digne sexagénaire de 17 ans. Je lui suggérai de rajeunir un peu. Il s’y employa. À dix-huit ans, il écrivait comme on le fait à quarante ans, trente ans même. Et puis il passa son bac, entra en fac de lettres, s’envola bientôt pour les States avec sa bonne amie, pour y passer une année d’études.

    C’est de là-bas qu’il a débarqué l’autre jour au Salon de Paris où l’équipe du prix du Jeune Ecrivain, Christiane Baroche en tête, l’attendait pour lui remettre le Premier prix de l’année 2011. À préciser qu’en 27 ans, le prix du Jeune Ecrivain a déjà reçu 20.000 textes de toute la francophonie et publié 150 lauréat, révélant notamment Marie Darrieussecq, Antoine Bello et Jean-Baptiste Del Amo.

    Cette année, sous le titre éponyme de L’Idiot du village, la cuvée 2011 nous révèle douze textes en recueil, avec la nouvelle de Bruno Pellegrino en point de mire. Christiane Baroche, éminente nouvelliste comme chacun sait, la présente en ces termes : « Cette nouvelle terrible, jaillie des dix-neuf ans de Bruno Pellegrino, démontre que la peur trouve en quelque sorte une raison de se venger des morts inattendues, des catastrophes brutales et de l’annonce d’une guerre imminente, sur un bouc émissaire commode, l’idiot du village du coin ».

    L’idiot du village représente en effet, comme pour illustrer, admirablement et sans doute en toute ingénuité, la thèse de René Girard, le phénomène de la crise mimétique collective à l’origine de nombreux mythes et légendes. Dans une langue voulue fruste, pour mieux pointer le type du narrateur frotté de veulerie populaire, le jeune écrivain parvient à établir une tension crescendo dans un contexte villageois évoquant à la fois la terre vaudoise de Ramuz et, plus universellement, une province profonde de n’importe où. En une vingtaine de pages, le drame se prépare, implacablement, et débouche sur l’issue prévisible mais qui nous prend néanmoins à la gorge. C'est fort, le môme...

    L’idiot du village, de Bruno Pellegrino, et autres nouvelles. Prix du Jeune écrivain 2011. Buchet-Chastel, 293p.



  • Kundera sans parasite !

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    L'édition définitive de l'Oeuvre de Milan Kundera paraît en deux volumes à La Pléiade. Sans appareil critique ! Seule gloire au Texte !

    Une lecture me met en joie ce matin, et c’est, sous la plume de François Ricard, celle de l’introduction à l’œuvre de Milan Kundera dans les deux volumes de La Pléiade qui viennent de paraître, où l’excellente nouvelle est annoncée: que cette édition ne pâtira d’aucun appareil critique.

    À la bonne heure ! On croit rêver, s’agissant d’une collection qui a parfois souffert d’une vraie dérive savantasse, et qui redevient ici, par la volonté manifestée de l’auteur, le lieu privilégié des lecteurs «qui n’ont nul besoin de lunettes empruntées pour comprendre et apprécier une œuvre aussi ouverte et limpide que celle de Kundera ».

    La Plaisanterie sans « variantes », Le Livre du rire et de l’oubli sans « brouillons », L'insoutenable légèreté de l'être ou L’immortalité sans paragraphes rayés par l’auteur !

    Et parce que l’auteur l’a bel et bien voulu, contre les « fouilleurs de poubelles » de la critique prétendument scientifique, ainsi qu’il l’écrivait dans les Testaments trahis, parce que «la volonté esthétique se manifeste aussi bien par ce que l’auteur a écrit que par ce qu’il a supprimé », et que «supprimer un paragraphe exige de sa part encore plus de talent, de culture, de force créatrice que de l’avoir écrit. »

    Ainsi donc, concluait-il : « Publier ce que l’auteur a supprimé est le même acte de viol que censurer ce qu’il a décidé de garder ».

    Qui plus est, cette édition paraît sans biographie de l’auteur, celle-ci étant remplacée par la biographie des œuvres ! Autant dire qu’on est dans le contre-courant absolu de la critique académique ou du « journalisme » littéraire au goût du jour et que l’Oeuvre seule compte.

    Cela pourrait sembler un brin prétentieux, voire snob, tant cela rompt avec les pratiques usuelles ou au goût du jour. Pour ma part, gardant (notamment) en mémoire l’abominable édition des Œuvres complètes de Ramuz par les cuistres de l’Université de Lausanne, dans les gloses imbuvables desquels le Texte de Ramuz se trouve bonnement englouti, je pavoise avant de retrouver, tout nus et tout neufs, les romans et les essais de Milan Kundera...