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  • Ceux qui longent les frontières

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    Celui qui s’attarde dans la guérite des contrebandiers / Celle qui fournit un alibi au briseur de grèves / Ceux qui préfèrent leur banlieue grise à la ville morte / Celui qui entre en complicité avec la serveuse polyglotte / Celle qui ne kiffe pas les Viennois que veux-tu c’est comme ça / Ceux qui font du grabuge sur le Graben / Celui qui te montre où Thomas Bernhard buvait son café et posait son derrière et se grattait où ce que ça prouve qu’il en avait / Celle qui monte dans l’avion avec son bourreau / Ceux qui mangent italien dans le restau slovaque tenu par un japonais germanophone / Celui que sa belle-sœur salzbourgeoise ramène aux réalités de ce bas-monde / Celle dont le beau-frère est un parasite social (dit-elle) dont les poèmes ne se vendent même pas / Ceux qui sont essentiellement adonnés aux travaux de l’esprit mais qui devraient changer de linge de corps plus souvent quand même / Celui dont la cousine surveille les lectures pour en référer au Maître de la secte / Celle qui a fui au Venezuela le raseur absolu qu’elle croyait un Nobel de chimie potentiel / Ceux qui subissent la Loi de leur marâtre hostile au rap / Celui qui aime voir les fleuves de très haut et les fleurs de tout près / Celle qui croit voir sa mère dans le reflet de la vitrine de la bijouterie alors que c’est elle et d’ailleurs pas mal conservée sans lifting / Ceux qui reconnaissent Céline Dion sur le ferry qui n’est en fait que son sosie tchèque / Celui qui se poile en lisant Béton de Thomas Bernhard à l’emplacement de l’ancien Rideau de fer / Celle qui laisse jouer ses enfants dans le bunker repeint en rose bonbon / Ceux qui interagissent au niveau du mental en mâchant des saucisses noires / Celui qui booste le petit génie psychorigide / Celle qui soigne la goutte du manchot / Ceux qui font les poches des invités du consul, etc.

    Image : Peintre local. Dans la région de Presov, Slovaquie de l'Est, aux confins de l'Ukraine.

  • D'autres part, entre passeurs...

     

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    EDITORIAL 

     

    Un petit livre épa­tant vient de pa­raître chez un petit éditeur lausannois à l’en­seigne fluette de Paulette, en quoi nous voyons un petit événement.

    On nous dira : ça y est, le snobisme du minuscule les reprend, plus c’est pe­tit et plus c’est grand, on connaît ce genre de fadaises d’esthètes à chichis ! À quoi nous rétorquerons pour­tant : que nenni !

    Car ce petit livre dont nous saluons l’apparition quasi miraculeuse, intitulé Chroniques d’un Occident nomade, et marquant la révélation non moins ra­dieuse d’Aude Seigne, 25 ans, se déploie au contraire dans les grandes largeurs d’une littérature qui respire, et ce n’est pas par jeunisme non plus que nous félicitons l’éditeur Sébastien Meyer, 23 ans, de cette belle et bonne découverte.

    Une nouvelle collec­tion littéraire, à l’enseigne du Passe-Muraille, vient également d’apparaître en librairie, en complicité avec les éditions d’autre part de Pascal Rebetez, dont la vi­sée affirmée est d’accueillir et d’escorter des auteurs suisses ou étrangers « re­marquables par la singula­rité de leur voix ».

    Or la voix d’Aude Seigne, comme celles de Douna Loup ou de Sébastien Meyer écrivain, déjà présen­tées dans Le Passe-Muraille, sont précisément de celles que nous aimerions dé­fendre et illustrer, comme nous le faisons d’ailleurs depuis bientôt vingt ans. Pascal Rebetez lui-même, écrivain et éditeur, mani­feste lui aussi, depuis belle lurette, cette attention vive aux voix originales de ce pays : les derniers titres de son catalogue, marqués par un tenace esprit d’indé­pendance, le prouvent une fois de plus dans la variété des tons très personnels de François Beuchat, Jean- Yves Dubath, Pierre-André Milith et Frédéric Mairy.

    Enfin, ce nouveau com­pagnonnage des éditions d’autre part et du Passe- Muraille ne fait que relan­cer nos désirs respectifs de passeurs. Cela seul compte en effet, sur fond de satura­tion et d’empoigne, de gros tirages et de battage : que passent de nouvelles voix à travers le bruit…

     

    (Ce texte constitue l’éditorial de la nouvelle livraison du Passe-Muraille, No 85, Mars 2011.)

  • Ceux qui voient passer le brun Danube

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    Celui qui bute sur des murs de froideur / Celle qui s’est fermée comme une huître / Ceux qui ne se touchent plus / Celui que plombe l’indifférence / Celle qui s’éteint dans la chambre sans écho / Ceux qui se figent dans les attitudes de l’habitude / Celui qui se détourne de la foule avide / Celle qu’un voile de tristesse enveloppe dans l’Institution à l’odeur de soupe / Ceux qui se renfrognent sur leurs transats / Celui qui n’est plus caressé que par son chat Mohair / Celle qui joue dans son bain / Ceux qui se taisent et pèsent en se matant / Celui qui revit avec l’enfant petit / Celle qui adoptera un kiwi à Canberra / Ceux qui soupçonnent l’idiot du village / Celui qui a fini par s’adapter à l’Autriche rurale / Celle qui a bien connu le jardinier municipal Thomas Bernhard homonyme du greffier de Salzbourg / Ceux qui ont fait de la plongée avec le chef du NKP / Celui qui ne sait dire que Sacher Torte en autrichien / Celle qui fait sonner le pavé inégal de Bratislava de son talon de claveciniste ruthène / Ceux qui murmurent au fond du Café Malewill / Celui qui a toujours visé haut dit-il de son mètre soixante-six et des bricoles / Celle que n’a pas remarquée celui dont elle eût peut-être fait le bonheur en Slovaquie septentrionale où ça sent déjà la Pologne / Celui qui a la vocation des sommets et la vertu d’un paratonnerre ce qui fait qu’y tombe jamais de haut / Celle qui signe ses vaisselles et ses lessives faute d’être reconnue en haut lieu / Ceux qui sont tellement content d’eux-mêmes que ça se voit / Celui qui s’excuse de se trouver un peu surhomme / Celle qui dit à son mari qu’il est son élu et que ça l’engage auprès de leur oncle banquier à Budapest / Ceux qui mendient la sympathie de leur chauffeur ukrainien / Celui qui se régale de l’apéro à la mort du concierge / Celle qui se prend pour Sissi en posant devant le palais jaune des Hohenzollern / Ceux qui relisent Le Sceptre d’Otokar dans le bus menant au palais désaffecté par les soviets et relooké Western Union Hotels, etc.

    (Cette liste à été jetée sur un coin de table du Café Malewill à Bratislava)