
À propos de l'IA utilisée à fins guerrières, des fondateurs orwelliens de la nouvelle gouvernance numérique et des jeunes gamers jouant les démiurges. La stimulante grille d'interprétation de Giuliano Da Empoli...
(Encore un rêve)
Le type qu’on appelait désormais le Fondateur, par référence à ses innombrables initiatives dans le domaine de la tech mondiale, m’avait convié à Davos au titre de confident particulier spécialiste de Giotto et bon connaisseur des millésimes de Vega Sicilia, et c’est là, à l’enseigne du Golden Dragon, qu’il m’avait présenté celui qu’il appelait le Conquérant, dont la première apparition me glaça sans que je ne le montre évidemment.
Avec sa chemise hawaïenne débordaant de son short cargo froissé (remarquable sur le fond enneigé de la Talstrasse), les snowboots remplaçant ses tongs habituel et son air d’enfant guerrier trop vite et mal grandi, le prodigieux junior (dix-huit ou dix-neuf ans ) issu des marges belliqueuses de la Silicon Valley, avait déjà revendu à Facebook son combiné de réalité virtuelle supérieur à tout ce qui existait alors pour deux milliards de dollars , et venait de fonder sa société au nom d’Anduril, dont le premier produit avait été une tour de surveillance de la frontière américano-mexicaine inaugurée aux premiers jours de la deuxième présidence de Donald Trump...
Le youngster ennemi juré du régime chinois (mais se régalant des chinoiseries culinaires du Golden Dragon) , se plaisait visiblement à me provoquer en évoquant les drones de combat à vue qu’il avait vu copilotés par des gamers de son âge en Ukraine et en Israël (j’avais encore à l’exprit les opérateurs de Tsahal en action dans le docu Naza ), se réjouissant maintenant de l’avenir du nouveau Battlefield passé du jeu vidéo à l’exercice sur le terrain, affirmant qu’un ado de sa connaissance avait conçu un simulateur de vol hyperréaliste pour les armées et accompagnant les dronistes au front (dans le Donbass) pour peaufiner le modèle, avec cette conclusion visant déjà la prochaine étape sus à la Chine populaire : on aura des essaims de drones fonctionnant à l’intelligence artificielle collective, et s'autoprogrammant sans intervention humaine, un peu comme un banc de poissons...
L’image me fit me réveiller (je pensais aux poissons des tapisseries chinoises incitant à la rêverie pacifique), je me rappelai alors ma lecture de la veille au soir, et la réflexion de l’Auteur sur son personnage, lui-même lié au Fondateur et au personnage réel non moins fascinant qu’était et qu’est encore le milliardaire Peter Thiel aux innombrables fondations et initiatives d’utopiste réactionnaire...
À proos du jeune gamer, Giuliano Da Empoli ajoutait encore : « Le dernier stade, ce n’était pas de créer un jouet qui simule la guerre, mais bien un jeu qui deviendrait la guerre ». Et là je me rappelai le frémissement de plaisir évoqué par l’opérateur de Tsahal indiquant à distance des cibles à attaquer par le truchement de l’IA...
Nous en étions donc là. Pendant que nos petits marquis littéraires s’inquiétaient de voir leur aura ternie par des soupçons de recours à l’IA, possiblement productrice de textes mieux fichus que les leurs, une autre bascule mondiale se préparait que décrivait ce Rital à moitié suisse dont la connaissance du « terrain » et la lucidité géopolitique faisaient merveille, etc.
Donc dans l’immédiat : attention aux gamers guerriers, milliardaires narcissiques et autres ados patriotes passé du jeu vidéo au fantasme réalisé entre Kiev et Gaza, obsédés par les ogres russe et chinois, attention à vos pieds - attention les jeunes ça pue le vieux démon...