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L'errance de Jean-sans-terre

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(Shakespeare en traversée. Drame histoiriques)

32. La vie et la mort du roi Jean (1595)

Pourquoi les hommes, et les familles, et les nations n’en finissent-ils pas de se faire du mal ? La Genèse biblique a répondu à cette question par le mythe fondateur de Caïn et Abel, qui traite à la fois d’envie et de jalousie, de rébellion et de violence fratricide, de malédiction divine et de séparation anthropologique opposant le berger et le bâtisseur de la première ville, le cueilleur plus ou moins pacifique et nomade, et le bretteur conquérant à palais et palefrois, etc.

Notre bouillon de culture reste frémissant de tous ces ingrédients, qu’on retrouve dans ce prélude médiéval à la seconde tétralogie historique du Shakespeare des débuts, qui nous ramène historiquement avant la première avec les tribulations de Jean dit « sans terre », dont la légitimité contestée alimente un triple conflit avec la France, le Vatican et la noblesse anglaise.

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Si la pièce elle-même, par trop linéaire et statique, pèche et flotte passablement (et la mise en scène bien plate de David Giles n’arrange rien) du point de vue dramatique, ses thèmes majeurs (la filiation royale, la bâtardise, le bon gouvernement en butte aux convoitises personnelles et aux rivalités, notamment) intéressent pourtant à proportion de leur côté brut de décoffrage sur fond de troubles et d’incertitude, avec deux manipulateurs d’inspiration toute shakespearienne en les personnes du bâtard (flamboyant) Philippe, fils illégitime de Richard Cœur de Lion, et du machiavélique légat du pape.

La tendresse fondamentale du Good Will est aussi présente dans cette chronique d’un règne versatile marqué par un meurtre raté (Jean ordonne la mort du petit Arthur dont il a usurpé le droit de succession, mais le brave Hubert, chargé de l’assassinat, flanche au moment de crever les yeux du gosse, qui se tuera en sautant du haut des remparts) et une suite de pactes pourris et de revirements.

Tout le théâtre de Shakespeare est traversé par une réflexion à la fois réaliste, lucide voire amère, sur la recherche effrénée du gain, que le bâtard commente non sans cynisme puisqu’il sait que lui-même céderait à cet appât si les circonstances s’y prêtaient.

Autant dire qu’on partage le désarroi et la perplexité du jeune fils du roi Jean, crevant empoisonné , quand lui échoit une couronne qui fera tomber encore pas mal de têtes et couler beaucoup de sang, etc.

 

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