UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Génération sous vide

1176390-blooma_opalbau_3250_02.jpg

À propos de L'Âme désarmée d'Allan Bloom, qui vient de reparaître en version augmentée, parallèlement à la publication originale de L'Amour et l'amitié, aux éditions Belles-Lettres.

En 1987 paraissait la première traduction d’un livre percurtant d’Allan Bloom : L’Âme désarmée, récompensé par le premier Prix Roussau au Salon du livre de Genève.

L’ouvrage vient d'être réédité dans une version complète, parallèlement à la publication d’un très substantiel recueil d’essai intitulé L’Amour et l’amitié, où il est notamment question de Rousseau, de Tolstoï et de Shakespeare. À noter qu’Allan Bloom a fait l’objet d’un portrait romanesque saisissant, de la part de son ami Saul Bellow, dans le roman de celui-ci intitulé Ravelstein, paru chez Gallimard.

images-2.jpeg

Quant à L'Âme désarmée, c'est un très grand livre constituant à la fois un aperçu saisissant de l’évolution des mentalités et des comportements dans les campus américains depuis les années 60, une analyse sans complaisance des profits et des pertes découlant du «progressisme» tous azimuts, et enfin une réflexion tonique sur les menaces que représentent, pour la civilisation, le relativisme creux, le nihilisme latent et l’utilitarisme borné qui marquent l’atmosphère des hautes écoles américaines (mais les observations de Bloom nous interpellent également),et sur la manière d’y faire face.

L’enjeu de ce combat, qu’on pourrait dire, en simplifiant, contre l’esprit philistin, n’a rien d’académique. Au reste, il concerne l’ensemble de la société autant que l’université.

Unknown.jpeg
En pédagogue généreux et exigeant (le contraire du démagogue flatteur), Allan Bloom établit une série de constats qui ne relèvent pas, pour autant, de l’acte d’accusation. L’on sent bien que c’est par respect de ses étudiants qu’il stigmatise leur inculture et leur manque de curiosité, leur apathie et leur conformisme.

Bien qu’il ne soit pas tendre avec la tendance dominante des sixties qu’il faut bien dire «de gauche».,Allan Bloom ne saurait être catalogué comme un penseur strictement « de droite ». Au-delà de cette opposition, c’est plutôt de l’antagonisme entre indifférence et curiosité, platitude et passion, amnésie et mémoire, médiocrité et qualité qu’il s’agit en l’occurrence. Des racines ont été arrachées et des liens rompus : d’où le désarroi et l’isolement des « solitaires sociaux » que sont devenus les jeunes d’aujourd’hui. Mais il n’est pas trop tard, nous souffle Allan Bloom. Ce que nous croyons vivre pour la première fois, les Anciens l’ont déjà vécu. Encore faudrait- il que nous leur prêtions la moindre attention...

L’essentiel de L’âme d é sa r m é e est consacré au bilan des grandes illusions nourries depuis deux décennies à l’enseigne de l’égalitarisme et du défoulement libertaire. On croyait l’égalité et la liberté, ces deux valeurs fondamentales de l’idéal démocratique, infiniment extensibles. Mais à semer l’utopie, on a récolté du vent.
L’esprit d’« ouverture » systématique a fait de chaque jeune un citoyen du monde potentiel, mais qui ne sait plus rien aujourd’hui des cultures étrangères. La critique non moins radicale de toutes les valeurs traditionnelles (mythologie des fondateurs, liens familiaux, rites religieux et autres croyances) n’a pas abouti à la libération des esprits, mais à d’autres formes de crédulité, tandis que l’individu se retrouvait isolé. De même la liberté sexuelle se solde-t-elle par un nivellement des passions, et par des situations souvent cuisantes dont les femmes, les premières, font les frais.

Or cette vague de propagande, soumise à l’influence dégradée du nihilisme nietzschéen continue de déferler sur une génération qui se défend de moins en moins bien, parce qu’elle manque de plus en plus de références.
« Nos étudiants souffrent d’un manque d’intelligence psychologique effarant», remarque Allan Bloom, à quoi s’ ajoute ce phénomène catastrophique à ses yeux : que ses étudiants ne lisent rien. Mais au fait, qu’auraient-ils à apprendre d’un Dante «sexiste» ou d’un Shakespeare «raciste»? La musique omniprésente achève alors de diluer leur émotivité et leur jugement dans une orgie d’« extase prematurée ».

Et cependant Allan Bloom ne désespère pas. Car tant qu’il y aura, à notre portée, un seul Grand Livre à redécouvrir, rien ne sera perdu. Et l’auteur de relever, dans la foulée, la soif intense de ses étudiants à cet égard. Dommage que l’université défende trop mal cette discipline absolument essentielle à ses yeux que représente, précisément, la simple lecture commentée.

Car telle demeure finalement la meilleure arme qu’on puisse donner à un individu en quête de « quelque
chose » : un Grand Livre …
Allan Bloom L’âme désarmée » Julliard, 1987. Réédition aux éditons Belles-Lettres, avec L'Amour et l'amitié, 2019.

images-4.jpeg

 

 

Écrire un commentaire

Optionnel