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  • Ceux qui ne manquent pas d'air

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    Celui qui dit tout haut ce qu'il croit que les masses pensent tout bas / Celle qui affirme qu'avoir quelque argent donne des droits / Ceux qui estiment que les éoliennes c'est du vent / Celui qui réserve ses attaques les plus virulentes contre le médias aux tabloïds encore près du peuple / Celle qui a un coeur de pierre dans son poumon d'acier / Ceux qui sont à l'écoute de leur coffre-fort / Celui qui ouvre son parachute doré dans le trou d'air de la nouvelle crise qu'il avait prédit vu que c'est un expert / Celle qui espère que Donald Trump et son équipe finiront le boulot avec tous ces criminels à nez crochus genre juifs musulmans sûrement communistes / Ceux qui en reviennent aux fondamentaux des classes de  neige et autres colos / Celui qui a des opinions tranchées sur les livres qu’il ne lit pas / Celle qui milite pour la professionnalisation des caresseuses et caresseurs éthiques / Ceux qui prônent l’autogestion des garderies de vieillards / Celui qui en appelle à une pornographie responsable et pédagogique / Celle qui opte pour la double pénétration spirituelle / Ceux qui restent ZEN en plein gang bang suisse allemand / Celui qu’on dit le Père Teresa des anciens beatniks de Goa et environs/ Celle qui accompagne sa sœur aveugle chez le marabout manchot / Ceux qui voient un bon placement dans l’adoption des enfants non désirés / Celui qui s’écrase sur le macadam faute d’avoir eu le temps d’ouvrir son parachute doré / Celle qui constate que la libido du banquier sans visage n’est pas top / Ceux qui disent aux Anglais de tirer leur coup les premiers / Celui qui réclame la concrétisation de la solidarité et du profit zéro avant de remarquer que le caviar de ce midi n’a pas la fraîcheur désirée en haut lieu / Celle qu’on dit l’icône du silicone / Ceux qui te taxent de cryptocommunisme parce que tu te demandes encore QUE FAIRE ? comme le Russe Vladimir Illitch Oulianov dit Lénine en 1902 / Celui qui se sent vraiment lui-même en savourant son Coca Light comme la miss de la pub / Celle qui sublime la malbaise en crochetant des napperons / Ceux qui partagent l’opinion de l’écrivain français Louis-Ferdinand Céline (1883-1961) selon lequel "l’enfer est né d’une indiscrétion" / Celle qui se dit rebelle dans sa robe de soie sauvage griffée Rykiel / Ceux qui estiment tranquillement que « les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés », comme le pensait La Bruyère / Celui qui pourrait avoir signé cette réflexion selon laquelle « la rébellion c’est l’école des sentiers battus qui se prend pour le chemin des écoliers » et qui n’est pas de Vialatte alors devinez de qui les malins / Celle qui n’en a rien à souder de la constante intimidation que lui fait subir son beauf en matière d’art contemporain et de théâtre de rue alors que ce blaireau ignore tout de la Physique des trous noirs et des vendanges tardives / Ceux dont la culture du Moi n’a d’égale que la mentalité fileuse et frileuse voire filandreuse du ver à soie, etc. 

    Image : Philip Seelen

  • Pour tout dire (95)

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    À propos du TOUT DIRE de la poésie. D'un printemps éternel qui ne rime pas qu'en vers. Quand Yves Bonnefoy prend Shakespeare au mot. Que je ne suis jamais arrivé à mémoriser un seul poème de Jacques Chessex. Houellebecq ou la possibilité d'une lueur poétique dans le chaos, etc.


    Après la journée mondiale de la Femme, voici fleurir le Printemps de la poésie. À quoi cela rime-t-il ? À faire semblant, pour beaucoup, de s'intéresser à un genre littéraire dont, croit-on, tout le monde se fout ? Mais qui dit cela sinon ceux qui, de fait, n'ont de la poésie qu'une idée toute faite.
    Moi la poésie, depuis mes douze ou treize ans, et jusqu'à maintenant, je l'ai toujours considérée comme une espèce d'île au trésor, dont je savais qu'elle existait mais ou je ne revenais que de loin en loin, comme si je me gênais d'en abuser.

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    Entre douze et quinze ans, j'ai mémorisé des milliers de vers sans y être obligé par l'école ni par aucune tradition familiale ou sociale, juste pour retenir des mots qui sonnaient juste en moi, durs ou tendre, du Baudelaire baroque ou du limpide Verlaine, du tendre Musset ou du cristallin Rimbaud. Un poème existait à mes yeux pour peu qu'il pût être mémorisé, qu'il fût du vieil Hugo ou du jeune Apollinaire, d'Aragon dans ses bons moments ou de Nerval en retour amont. Sur quoi j'ai tout oublié...

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    Or lisant ce matin les réflexions d'Yves Bonnefoy sur Shakespeare, qu'il a connu et reconnu pour l'avoir traduit, je me disais que cette approche sans pareille de la poésie à la fois savante et simplissime d'une œuvre dégagée de la gangue première de la forme formelle des sonnets, pour s'ouvrir à l' immensité du poème de scène adressé à tous, racontait en somme le voyage à travers le temps de la poésie, de l'oral partage au cabinet du lettré et des corsets de la forme à un retour à la nudité - encore que tout ça se discute ...
    Yves Bonnefoy, de même que Michel Houellebecq, qui ne se sont pas concertés à ma connaissance (!) disent à peu près la même chose de la poésie, qui est en somme le dépassement du discours raisonné par un plus grand langage oublié ou peut-être à venir ? Il en va de l'affectif et de l'utopie. Homère me parle à travers l'Ulysse de Shakespeare que relit Bonnefoy. L'Italie de Roméo m'est expliquée par un Angliche rompant avec le mensonge romantique de la poésie maniériste.

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    Mais qu'est-ce, au fond, que la poésie ?
    À propos de Shakespeare, Yves Bonnefoy parle d'un "événement dans les mots" qui va bien au-delà du discours dramatique captant l'attention du spectateur: "Cet événement des mots, dans chaque mot, dans la mise en question de cela même que ce mot pourrait sembler vouloir dire" et cela "par la transgression des concepts " et par "un afflux d'intuitions immaîtrisées ou même inconscientes"...
    Bonnefoy parle magistralement de la contrainte de la forme qui, chez le tempêtueux Shakespeare, peut constituer un appauvrissement, comme dans les sonnets, et de cet autre corset que constitue, à la bascule du Moyen Âge et de la Renaissance, l'idéologie religieuse structurant l'ordre du monde, dont Hamlet voit la fissure profonde. "Le grand écrivain, relève alors Bonnefoy, est celui qui sent fléchir cette foi dans le sens du monde qui assure à la société sa survie sinon son bonheur ; celui qui fait de cette syncope son seul souci, dont la monotonie même, qu'il ne craint pas, lui permet d'embrasser l'immense diversité des situations et des êtres".

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    Dans ses diverses Interventions, Michel Houellebecq, qui fut d'abord poète avant sa célébrité de romancier, s'appuyant à la fois sur les écrits théoriques de Jean Cohen, auteur de Structures du langage poétique et du Haut langage, et sur sa pratique personnelle, notait que "la poésie est le moyen le plus naturel de traduire l'intuition pure d'un instant", non sans relever le caractère a-logique de la poésie et la rupture qu'elle opère en redonnant une vibration originelle aux mots, à la fois musicale et émotionnelle. Jean Cohen voit dans la poésie "le chant du signifié" et j'ajouterai que cette incantation parfois proche du cri ou de la lamentation use d'un mot pour un autre jusqu'au délire, sinon à l'écriture automatique.

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    Le poète Antonio Rodriguez m'ayant invité, à l'enseigne du Printemps de la poésie, a une rencontre consacrée à l'œuvre poétique de Jacques Chessex, je lui ai objecté qu'à mes yeux le meilleur de la poésie de Maître Jacques se trouvait dans ses proses, ses récits et ses nouvelles, alors que ses vers me paraissent trop souvent "voulus poétiques" et péchant par excès de rhétorique, au détriment de la musique et du sentiment pur. Or j'attends des étudiants qu'ils me prennent en défaut, tout en me rappelant que jamais je n'aurai mémorisé un seul poème de Chessex, alors que j’en savais plusieurs par coeur du très mémorable Jean-Pierre Schlunegger ou du sombre Francis Giauque. Cependant j'irai à cette réunion prochaine car l'œuvre de Jacques Chessex relève bel et bien de la poésie en de multiples pages, comme celles de Gustave Roud et de Charles-Albert Cingria, lesquels n'écrivirent jamais ce qu'on appelle des vers finissant par ce qu'on appelle des rimes, etc.

  • Ceux qui s'envoient des fleurs puantes

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    Celui qui se flatte de ses flatulences / Celle qui se remercie d'exister non mais vraiment chou tu m’épates/ Ceux qui invitent l'Arabie saoudite à goûter leurs petits fours démocrates / Celui qui affirme qu'il y a un lien caché entre Jeanne d'Arc et François Fillon qui entend des voix courtoises sur Radio Sens Commun / Celle qui est si contente de son pudding qu'elle le montre sur Instagram / Ceux qui déroulent un tapis de roses verbales sous les chenilles de leurs tanks / Celui qui trouve le national-socialisme plus franc que le social-nationalisme / Celle qui félicite les Suisses pour leur beau pays qu'on sent qu'ils ont bien travaillé / Ceux qui remercient leurs fidèles employés au propre et au figuré / Celui qui lance une fleur en béton à la patronne du chantier / Celle qui caresse le membre d'honneur dans le sens du poil / Ceux qui voient le mâle partout quand ils déplacent le débat dans les vestiaires / Celui qui remercie Dieu d'avoir fait le monde comme il est même avec tous ces noirs vu qu'ils peuvent servir / Celle qui lance une œillade au bel étalon souverainiste qui en a plus que les socialopes du Midi-Libre / Ceux qui se demandent si les débats politiques des Lettons et des Lapons sont aussi vides et nuls que ceux de la France hollandaise crypto-masochiste par réalisme libéral de gauche populiste, etc.

    Image: Michael Sowa.