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Les amis retrouvés

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Chroniques de La Désirade (12)
 
Que l’amitié se mesure à sa résistance aux temps qui courent, et que ceux-ci se comptent parfois en années de chats ou de chiens. Un souvenir de Toscane, cette année-là...
 
Ils ne s’étaient plus vus depuis trop de jours et de semaines et de mois, presque des années, mais ils se sont retrouvés comme s’ils s’étaient quittés la veille, juste un peu plus décatis sans se l’avouer, elle maintenant, la Professorella, à la retraite de l’Université et donc libérée du souci des intrigues sentimentales de la jeunesse toscane, et lui, le Gentiluomo, ne cessant de jouer les prolongations de son job d’avocat en ne cessant de vitupérer la Casta, “povero paese” !
 
Or c’est à l’état de leur chienne Thea et de leurs sept chats que nous aurons mesuré le mieux les effets du temps écoulé depuis nos dernières fois, mais l’amitié vraie est une braise vite ravivée dans la cendre du temps.
Et voici donc Bella qui va vers sa vingtième année, autant dire qu'elle vire centenaire, ainsi nommée naguère par exorcisme conjuratoire tant elle incarnait la Miss Mocheté quand notre amie l’a recueillie toute cassée et cabossée, d’abord rejetée par la smala de ses congénère mais se cramponnant et se remplumant aux bons soins de nos infirmiers bénévoles - Bella qui honora quelque temps son nom et que voici réduite à l’état mouillé dépenaillé de chouette tricolore claudiquant sur place, roucoulant du moins et s’attardant longtemps sur mes carnets ouverts, comme pour se persuader d’exister encore...
 
°°°
Ce qui fait qu’on appelle ces gens-là nos amis tient à des riens : disons qu’on se trouve bien en leur compagnie, sans rien à se prouver moins que jamais, parce que c’était nous et que c’était eux, disons qu’on se comprend à demi-mot, mettons que nous partageons pas mal de goûts et pas mal d’idées aussi mais pas toutes, avec des rites amicaux établis entre café du matin à renfort de dolci et marchés populaires de l’après-midi, flâneries et causeries; et le soir le Gentiluomo ne manquera pas de répéter « povero paese ! » aux dernières nouvelles de la télé abhorrée, à quoi nous rétorquerons non moins rituellement « caro paese » en savourant les produits de pays de la Fattoria Marinella, “maraviglioso paese” en voyant tourbillonner les gangs d'étourneaux sur les feuillées - poveri uccellini dans le ciel à la Tiepolo de l’arrière-printemps marin, cari uccellacci !

Commentaires

  • "...Que l’amitié se mesure à sa résistance aux temps qui courent, et que ceux-ci se comptent parfois en années de chats ou de chiens. Un souvenir de Toscane, cette année-là..."
    Ce souvenir, on le lit sur la pointe des pieds, pour ne pas déranger.
    Ce blog est la présence fidèle de l'ami, île au milieu des voyages de la vie. L'île au trésor. Quand on ouvre... que de présences...

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