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  • Mémoire vive (48)

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    Leopardi :« La barbarie ne tient pas principalement dans le manque de raison, mais dans le manque de nature ».

     

    °°°

    Mémoire vive

     

    Au miroir de mémoire

    le soleil des instants

    rallume le papier d'Arménie:

    douce douleur de combustion

    soudain fulgurante.

    Ensuite,

    lueurs du revenir

    de loin en loin.

    Dans la nuit d'oubli,

    les failles,

    ces mains agitées,

    ces voix éparses dans le vent d'oubli.

    Revenir alors

    va de l'avant.

    Mémoire vive.

    Prodigue passé,

    présence à venir.

     

    °°°

     

    Locarno77.jpgLocarno, all’Alba, ce mercredi 6 août. - Départ ce matin vers midi. Passons par Ulrichen où je m’arrête au cimetière dans lequel repose notre lointain aïeul l’abbé toscan qui engrossa la mère-grand de notre grand-mère – illico chassée des lieux pour inconduite -, montons au col du Nufenen dont je découvre les majestueuses hauteurs, puis gagnons Locarno en tirant la langue aux automobilistes immobilisés par les calamiteuses files d’attente du sud du Gotthard.  Tout au long de la route, je lis à ma bonne amie, entre autres, le petit roman de Bertrand Redonnet, Le Diable et le berger, toujours très Maupassant poitevin et néanmoins très Redonnet, charnel de langue et rebelle de ton. Enfin nous avons retrouvé notre point de chute de l’Alba avec reconnaissance, le sourire amical des employées portugaises et de la patronne à perruque de bronze noir, la piscine bleu Hockney et la vue sur le lac et les monts – la terrasse de Da Luigi et, ce soir, la Piazza Grande où quelque 8000 spectateurs assistaient à Lucy de Luc Besson, genre BD d’anticipation où je m’étonne de ne m’être pas ennuyé une minute en dépit de l’ineptie de la chose.

     

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    Ne plus accorder la moindre attention aux foutriquets médiatiques. Pas une pinute à merdre. Il s’agit cependant de lutter contre le vide et la stupidité, plus encore : contre les hyènes des médias, les fumistes et les cyniques.

     

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    Dimitri.JPGAll’Alba, ce dimanche 10 août. – En songeant ce matin à mon projet de papier sur L’Ami barbare, magistralement remanié et amélioré par JMO, le mot de légende me vient, qui en amorcera la première phrase : la légende est une manière, pour l’homme, d’exorciser la mort en transformant le plomb de la vie quotidienne en or, etc.

     

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    Jules Renard : « Tâchons de voir un peu clair en Dieu ». 

     

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    Du blanc

     

    Cézanne

    laissera

    de plus en plus de blanc

    entre les touches de couleur.

    C’est

    comme de l’air

    entre les pierres

    et le ciel.

    Ou même : entre les gris

    et les bleus et les jaunes

    et les verts des pierres.

    Silence

    entre les mots.

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    À La terrasse de la FEVI, ce lundi 11 août. -  Pas convaincu, du tout, par le nouveau film d’Andrea Staka, Cure – The Life of Another, dont  la « quête d’identité » de la protagoniste, plus encore que peu crédible, me semble traduire une démarche psychologique bancale, sans rapport avec la réalité de la guerre en ex-Yougoslavie. C’est l’histoire du meurtre d’une jeune Croate, qui a passé les années de guerre à Dubrovnik, par son amie revenue de Suisse, qui la pousse du haut d’une falaise avant d’endosser plus ou moins son identité – ce « plus ou moins » se rapportant à l’improbable réalité de la chose, relevant du fantasme et de la fabrication tout intellectuelle.

    Après Das Fraülein, qui évoquait une réalité sans doute ressentie et vécue par la réalisatrice, celle-ci me semble s’être égarée dans une narration par trop artificielle, dont la forme léchée n’arrange rien s’agissant de ces années de guerre. Ce qui est sûr, à ce propos, c’est que je n’ai rien retrouvé du climat ni de tout de ce que j’ai observé en 1993 à Dubrovnik. Surtout, je me suis ennuyé, et ma bonne amie s’est montrée à peine plus indulgente que moi…

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    All’Alba, ce mercredi 13 août. – Pluie diluvienne ce matin. Me réjouis de me retrouver à La Désirade et d’y reprendre la peinture,la préparation de mes nouvelles, mes lectures de l’éléphant et autres travaux vitaux.

    Sans nous concerter, ma bonne amie et moi avons décidé que cette édition de Locarno, notre dixième ensemble, serait probablement notre dernière. Le festival devient une grande bastringue où le nombre prend le dessus, comme un peu tout dans cette société de consommation à outrance. Du moins avons-nous apprécié, ce matin, la projection de Bound for Glory, très belle évocation biographique du chanteur de folk Woodie Guthrie, par Hal Ashby, et ce soir une charmante comédie de Comencini

     

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    Certains textes sont, ou paraissent, insondables, liés par exemple à telle ou telle tradition spirituelle ou mystique. Plus ou moins obscurs au premier regard, codés, chiffrés, supposant une initiation, ils sont censés contenir un secret, et peut-être le secret des secrets, quittait ? Or, comment trouver la clef du langage secret ? À quoi rime le secret entretenu par certaines langues ? Et que faire de ce secret :le respecter ou le violer, le préserver ou l’éventer ?

    Telles sont les questions qui se posent, incidemment ou plus explicitement, à la lecture du dernier récit traduit de l’écrivain-poète italien Erri de Luca, Le tort du soldat, dont le noyau secret a, sous la langue, la douceur et la saveur de fruit de la pulpe del’oursin, entouré comme on sait de redoutables piquants.

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    Locarno-20130813-03272.jpgAll’Alba, ce jeudi 14août.- Nous avons rejoint ce midi nos amis Jasmine et Pascal Rebetez dans un grotto de Verscio où nous avons bien mangé (polenta à la tessinoise) et passé de bonnes heures. Pascal me raconte une histoire assez tordante à propos de Godard, à qui il demandait un jour – à propos d’un projet de film pour l’Expo – ce qu’il en serait des droits d’auteurs des innombrables citations émaillant le film. Alors Godard (bonne imitation par Pascal de l’accent traînant de celui-ci) de répondre : « Ben quoi, ils peuvent me faire un procès, c’est sûr ; et s’ils me font un procès, je fais un film du procès… »

     

    Richard-Dindo-ok.gifEnsuite à La Sala pour y voir Homo Faber, le dernier film de Richard. L’intro de celui-ci, mordante à souhait à l’égard desperroquets, est intéressante, et j’ai été bonnement émerveillé de revoir la chose sur grand écran, tant les trois femmes et les images sont belles, et puissante la mélodie du texte de Frisch.

     

    À mon goût, c’est le plus beau film de Richard Dindo, d’une grande valeur poétique et philosophique à la fois. Bien plus qu’une illustration du roman, c’est une transposition libre, à la fois elliptique et très concentrée, touchant au cœur de l’œuvre et modulant admirablement trois portraits de femmes. À ce seul égard, et s’agissant d’une succession de plans fixes intégrés dans le flux de la narration, le travail avec les actrices est impressionnant de sensibilité et de justesse. Marthe Keller, dans le rôle d’Hanna, irradie l’intelligence sensible à chaque plan, dans tous les registres de l’extrême douceur et de la véhémence blessée, de la mélancolie ou de la lucidité. Avec la jeune comédienne Daphné Baiwir, incarnant la jeune Sabeth, Dindo a  trouvé une interprète infiniment vibrante de présence elle aussi. Sans autre dialogue que le récit modulé par le comédien Arnaud Bedouet, Dindo parvient à exprimer en images l'essentiel du roman, dans lequel le personnage d' Ivy (Amanda Roark) est également parfait. Bref, tant ces trois présences féminines que le découpage narratif des plans, le remarquable choix musical et le montage relèvent d’une poésie  inspirée de part en part, jusqu'à la sublime déploration finale rappelant la mort de Didon de Purcell. Enfin avec la variation de perception philosophique marquée du début à la fin par le protagoniste, de son positivisme initial d’homme ne croyant qu'à ce qu’il voit, à une vision plus profonde des êtres et du Temps, Richard Dindo a  restitué ce qu’on pourrait dire le sentiment du monde de Frisch, tel par exemple qu’on le retrouve dans L’Homme apparaît au Quaternaire, l’un de ses plus beaux livres. 

     

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    Oscar Wilde: « S’aimer soi-même, c’est se lancer dans une belle histoire d’amour qui durera toute le vie. »

     

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    Jean_Michel_Olivier.jpgPiazza Grande, ce vendredi 15 août. – Repris complètement, ce matin, mon texte sur L’Ami barbare, dont Isabelle Falconnier, qui me l’a commandé pour L’Hebdo, s’est dit enchantée ce soir. Je me suis efforcé de bien mettre en rapport fiction et vérité, faits et légende,en soulignant la verve épique du livre. Je ne crois pas avoir forcé la note, tout en laissant filtrer mon enthousiasme alors que la première mouture du livre, ce printemps, m’avait laissé perplexe à certains égards – mais ce diable de JMO a écouté cet emmerdeur de JLK et fait honneur à notre ami le barbare…

     

    L'Ami barbare en légende et en vérité.

     

    D’un souffle épique et d’un humour rares, le nouveau roman de Jean-Michel Olivier évoque, dans un flamboyant mentir-vrai, la figure de Vladimir Dimitrijevic, grand éditeur serbe mort tragiquement en juin 2011.

     

    La légende est une trace de mémoire, orale ouécrite, qui a toujours permis à l’homme d’exorciser la mort et de célébrer sesdieux, ses saints ou ses héros.

     

    Vladimir Dimitrjevic (1934-2011), Dimitri sous son surnom de légende vivante, ne fut ni un saint ni un héros ! Pourtant la vie du fondateur des éditions L’Âge d’Homme relève  du roman picaresque à la Cendrars que  Jean-Michel Olivier, son ami, en a tiré avec une verve sans pareille. Des ingrédients que lui a servis la vie, il a fait un plat de fiction pimenté à souhait.  Dimitri, qui ne tirait jamais le couteau ni ne fréquentait les bordels à notre connaissance, se serait régalé  en se retrouvant dans la peau d’un fou de foot et de livres qui délivre un âne aux pattes prises dans la glace, casse la figure de ceux qui le rabaissent et fustige ceux qui « freinent à la montée » en terre littéraire plombée par le calvinisme. Dans la foulée, aux foutriquets médiatiques  qui prétendent que rien ne se passe dans nos lettres depuis la disparition de Chessex, l’auteur de L’Amour nègre prouve le contraire en célébrant tout ce qui vit et vibre, par le livre, ici autant que partout !    

     

    Brassant la vie à pleines pages, fourmillant de détails tragi-comiques, L’Ami barbare déploie un récit à plusieurs voix autour d’un cercueil ouvert. En celui-ci repose Roman Dragomir, alias « le dragon », mort dans un terrible accident de la route mais parlant comme il a vécu, tour à tour chaleureux et véhément. Tendre au vu de sa fille gothique ou de ses fils de diverses mères. Vache envers telle dame patronnesse de la paroisse littéraire romande ou tel vieil ennemi juré au prénom de Bertil. Avec son soliloque alternent les dépositions de  sept témoins majeurs, qui évoqueront les grandes étapes de sa vie passionnée.

     

    Voici donc Milan Dragomir, frère cadet (fictif) du défunt, brossant le tableau hyper-vivant d’une enfance en Macédoine puis à Belgrade, marqué par la passion du football et des livres, mais aussi par laguerre, le père emprisonné (d’abord par les nazis, ensuite par les communistes) et l’exil que son frère continue de lui reprocher comme une trahison. Dimitri était fils unique, mais l’invention des frères Dragomir est une belle idée romanesque, autant que la figure récurrente d’un âne à valeur de symbole balkanique et biblique à la fois.

     

    La suite des récits alternés entremêle faits avérés et pures affabulations. Une libraire juive de Trieste, Johanna Holzmann,évoque le premier séjour de Roman à Trieste, en 1954, sous le signe d’une passion partagée. C’est un personnage rappelant d’autres romans de Jean-Michel Olivier, mais l’exilé en imper à la Simenon a bel et bien passé par le Jardin des muets. De même Dimitri fut-il, en vérité, footballeur à Granges, comme le raconte l’ouvrier d’horlogerie et gardien de but Georges Halter, surnommé Jo. Les Lausannois se rappellent le libraire yougoslave mythique de chez Payot, au début des années 60, et Christophe Morel, en lequel on identifie le fidèle Claude Frochaux, est le mieux placé pour ressusciter  ce haut-lieu de la bohème lausannoise que fut le bar à café Le Barbare aux escaliers du Marché. Quant à la fondation des éditions La Maison, dont Roman Dragomir fera le fer de lance des littérature slaves plus ou moins en dissidence, elle est narrée au galop verbal par le même Morel, compagnon de route athée et libertaire aussi fidèle à Roman qu’opposé à ses idées de croyant « réac » lançant du« vive le roi ! » sur les barricades de Mai 68… 

     

    Avec Roman Dragomir, l’âme slave rayonnera deLausanne à Paris et Moscou, et c’est une dame russe voilée qui poursuit, devant le cercueil, le récit des tribulations de l'exilé bientôt confronté à l’implosion de son pays. Révolté par la propagande occidentale diabolisant sa patrie, Roman Dragomir défendra celle-ci avant de découvrir, sur le terrain, l’horreur de la réalité. Sur quoi l’écrivain Pierre Michel, double transparent de l’auteur, décrit l’opprobre subi par son ami en butte à la curée des « justes ».

     

    Un magnifique épisode, évoqué par la dame russe, retrace la visite d’une inénarrable cathédrale de livres, dans une usinedésaffectée, en France voisine où l’éditeur génial a stocké des milliers delivres. Mausolée symbolique, ce lieu dégage une sorte d’aura légendaire. Or ce dépôt pharaonique existe bel et bien ! Et c’est de la même aura que Jean-MichelOlivier nimbe le personnage du « dragon » Roman, que les amis de Dimitri se rappellent aussi bien.

     

    À un moment donné, Christophe Morel avoue n’avoir parlé que des qualités de Roman Dragomir, alors qu’il faudrait plusieurs livres, selon lui, pour détailler ses défauts. Pour autant, L’Ami barbare n’a rien d’une apologie myope : c’est un roman de passion et d’amitié, une stèle à la mémoire d’un grand passeur dont les derniers mots ont valeur d’envoi : « La vie seule continue dans les livres. Priez pour le pauvre Roman ! »

     

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    Jules Renard en son Journal : « J’ai plus d’une fois essayé d’être triste un jour entier. Je n’ai pas pu. Pas même ça ! »

     

     

     

    La dimension de l’humour comptera pour beaucoup dans La vie des gens, mon recueil de nouvelles en train de tourner au roman. L’humour comme mise à distance par rapport à la lourdeur, la stupidité, la vanité, le simulacre et le faux en général. Il ne s’agit pas tant de se moquer que de déjouer les faux semblants, l’hypocrisie, la prétention creuse et toutes les formes d’idiotie.

     

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    À son réveil, Jonas, protagoniste de La vie des gens,  se rend compte, tout à coup, qu’un jour il ne sera plus là. Plus de Jonas. Vertige, scandale absolu, et cela nous arrivera à tous nom de Dieu…

     

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    Peter Sloterdijk : « Grand-mère et petits-enfants : pas la plus profonde, mais la plus belle, la plus humaine des relations sur terre ».

     

  • Ceux qui ont le mot pour dire

     

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    Celui qui est né coiffé de traviole / Celle qui vendrait un cercueil pour trois /  Ceux qui ont du chien dans leur bottes / Celui qui boude aux dominos / Celle qui ne mange pas de pain perdu à la graisse d’oie/ Ceux qui ont la patate à carotter / Celui dont la tête dépasse les cheveux /Celle qui crache sa Valda dans le val d’Oise / Ceux qui casent le greluchon / Celui qui se berlue sur l’air du lendemain / Celle qui nage comme un chien de plomb / Ceux dont la trique ne vaut pas troc / Celui qui schmecke l’Alsachien / Celle qui est fada de fado / Ceux qui vont droit de bizingue / Celui qui lit le livre de Levy à la galope / Celle qui achète chat en poche revolver / Ceux qui ont de la branche morte / Celui qui fait foin de la basoche / Celle qui broie du native / Ceux qui se comprennent en iroquois traduit de l’hébreu genre SMS en dialecte bernois / Celui qui tire le cordon bleu/ Celle qui commet le péché de chair à canon / Ceux qui cherchent noises à l’oison de Pontoise / Celui qui franchit le Rubicon comme la lune / Celle qui jette le gant à la main chaude / Ceux qui ont les yeux bordés d’anchois / Celui qui est rond comme une queue de poêle à gratter / Celle qui a l’os du foie qui chicane/ Ceux qui ont le calosse cabossé / Celui qui fait pleurer l’aveugle dans le caniveau borgne / Celle qui se commande un suaire de chez Dior / Ceux qui filent du mauvais cocon, etc.

     

    (Cette liste résulte d’un premier pillage-gorillage des Trésors  de notre langue en 1001 expressions, recensées par Marianne Tillier, Pascale Lafitte-Certa et Gilles Henry, aux  bons soins de la collection Points dirigée par Philippe Delerm, 2o14, 567p.)  

  • Mémoire vive (47)

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    Leopardi, du Zibaldone : « Les enfants trouvent le tout dans le rien ; les hommes, le rien dans le tout ».

     

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    Abel.jpgÀ La Désirade, ce vendredi 4 juillet 2014 – Très intéressé, cet après-midi, par le premier volet de la série documentaire  consacrée à l’Amérique par Oliver Stone, qui s’est attaché à des aspects méconnus de l’histoire contemporaine, à commencer par les tenants et les aboutissants du recours à la bombe atomique, avec un accent porté sur le rôle du vice-président Wallace, écarté par Truman au profit des vautours anticommunistes. Je suis impressionné par la virulence autocritique du propos, qui tourne même, parfois, au procès radical à la Michael Moore, jusqu’à l’excès me sembe-t-il. Du moins rompt-on avec les pieux mensonges…

     

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    Slow.jpgCe que j’apprécie énormément chez Peter Sloterdijk est son regard panoptique et la remarquable porosité de sa perception, à la fois d’un dialecticien très libre et d’un historien de la philosophie, d’un écrivain et d’un véritable poète dans ses visions et autres mises en rapport.

    Bref, à la lecture de Tu dois changer ta vie, son dernier essai traduit , ce penseur hors norme est en train de devenir, après René Girard et Gustave Thibon ou Philippe Muray, mon compagnon de route de prédilection, d’autant plus proche qu’il est lui aussi de juin 1947…

     

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    Ziegler19.jpgÀ La Désirade, ce dimanche 6 juillet. – Il est probable que mon entretien avec Jean Ziegler, paru le 25 juin dernier dans 24heures, aura été ma dernière contribution à notre « grand quotidien », et je le note sans aigreur mais non sans mélancolie, tant m’attriste la dérive de nos pages culturelles dans la démagogie clientéliste et l’insignifiance à tous égards. J’y vois la fin d’un monde, et plus particulièrement la disparition d’une société lettrée, mais je ne tirerai pas pour autant l’échelle derrière moi. En outre je vais consacrer quelques heures, aujourd’hui, à la transcription de mon entretien avec Bruno Deville, à propos de Bouboule, son premier long métrage, qui sera sans doute ma dernière production journalistique à tire de mercenaire. Après quoi je ne serai plus, décidément, « sur un plateau »…  

     

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    Lorsque Bruno Deville, après de longues recherches, repère le petit David Thielemans à la sortie d’une cour d’école, le gosse, à qui il explique ce qu’il cherche, lui lance comme ça : « C’est caméra cachée ou quoi !? » Parfaite repartie d’époque !

     

     

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    BookJLK8.JPGJ’ai ces jours, travaillant à La Vie des gens,  le sentiment de revenir à la fiction comme au moment où la matière du Viol de l’ange a commencé de cristalliser, en été 1995, à l’époque du massacre de Srebrenica. C’est grâce à ce roman que j’ai commencé à dire « plus de choses », à proportion de la liberté que ménage, précisément, la fiction.

     

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    Du Zibaldone de Leopardi :« Pour jouir de la vie, un état de désespoir est requis ».

     

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    À La Désirade, ce vendredi 18 juillet. – J’arrive aujourd’hui au bout de mes 100 séquences délirantes des Tours d’illusion,dont je vais offrir une version reliée à Robert Indermaur, mais aussi à Max Dorra et Peter Sloterdijk.  Je manque encore un peu de recul par rapport à ce nouveau livre, mais il me semble peu banal et j’y ai mis beaucoup du plus profond de ma perception et de mon lyrisme rhapsodique.

     

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    FallingMan2.jpgPensé ce matin à une liste dédiée à Ceux qui tombent des nues, inspirée par le chaos des derniers événements du monde : crash en Ukraine, agression israélienne dans la bande de Gaza, Berlusconi blanchi, construction d’un pont à Hong-Kong, chasse au trésor, lecture des Ombres du métis de Sébastien Meier, meurtre de Chloé, etc. L’idée m’en est venue en repensant à ces divers événements comme issus d’un mauvais rêve alors qu’ils émanent de la plus ordinaire réalité, comme les enfants nés malformés dont parle Annie Dillard dans Au Présent. Très bon sujet pour ce dimanche orageux.

     

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    Nos forestiers  appellent Vénérables les immenses arbres de grand âge dont quelques-uns entourent ici l’isba. Comme de l’éléphant ou du poisson-lune, me touche et me parle leur silencieuse présence, énorme et douce.

    L’idéologie écolo n’étant pas mon fort, et moins encore l’abstraite vénération des vieillards (le respect des vieilles personnes est tout autre chose) aussi fabriquée de nos jours que l’imbécile flatterie des jeunes, je n’en aurai qu’au murmure du vent du soir dans les hautes branches tandis que le jour décline ses bleus de plus en plus sombres sur le lac là-bas où s’attardent quelques voiles. 

     

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    Tchekhov7.jpgJe fais ces jours retour à Tchékhov, avec le recueil de récits traduits etprésentés par André Markowciz sous le titre Le violon de Rotschild. Très intéressé par la préface de Gérard Conio, qui évoque une dimension spirituelle, voire évangélique, souvent méconnue de cet écrivain classé témoin lucide mais en somme désenchanté, voire cynique. À propos de Tchékhov, Dimitri parlait, comme de Céline, de la vision du médecin qui constate, prend en compte les maux dont souffrent ses semblables et, sans illusions, les décrit et envisage la meilleure façon d’y remédier. C’est la vision du réformiste patient, combien plus honnête et constructive que celle durévolutionnaire. À cela s’ajoutant l’homme de cœur, enquêtant au bagne alorsqu’il crève de tuberculose, chrétien de fait plus que de foi ou de théorie.   

     

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    Ramallah113.jpgÀ La Désirade,ce jeudi 24 juillet. – Je pensais ce matin au côté sale de la réalité, à propos des Ombres du métis de Sébastien Meier. Saleté des images de Gaza. Saleté de la mort. Saleté des corps tombés du ciel en Ukraine, encore visibles sur les images de la télé. Saleté des tas de cheveux à Auschwitz (souvenir de1966). Saleté des tabloïds. Saleté des photos de l’abject journal Détective. Et tout de suite, à lire Les ombres du métis : saleté de la prison, de la promiscuité, de la vulgarité brutale des échanges entre prisonniers - et cette sensation d’être pris au piège, littéralement empêtré, comme les personnages de Tchékhov ou de Simenon sont pris au piège et empêtrés.Mais curieusement, comme chez Tchékhov ou Simenon, toutes proportions gardées évidemment, la saleté de l’univers des Ombresdu métis se révèle, peu à peu, porteuse d’émotion et de vérité, à l’opposé d’une réalité propre-en-ordre, blanchie (au sens du blanchiment de l’argent) par le refus de voir ce qui est, l’hypocrisie et le mensonge.

     

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    Faire un jour le compte des journées perdues, qui le furent sans l’être. Comme il en va de la peinture, quand on peint sans peindre, parfois pendant de longues périodes, pour s’apercevoir ensuite qu’on a réellement travaillé sa vision sans rien faire juste en l’aiguisant à mieux regarder.

     

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    Giacomo Leopardi : « Terrible et awfull est la puissance du rire. Qui a le courage de rire est maître des autres, comme celui qui a le courage de mourir ».