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  • Ceux qui vont où va la feuille

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    Celui qui affirme que la terre est plate et non sans motifs vu que sur le motif il peint en Beauce sur des plats / Celle qui n'a de préjugés que ceux qui l'en défont / Ceux dont la liberté d'esprit consiste à ne point s'en prévaloir quand ils s'enivrent à la Taverne de Cluny / Celui qui réfléchissant devant son miroir y voit filer l'alouette lulu / Celle qu'à marquée tel jour telle allusion à tel accent particulier du chant de Vinteuil que lui rappelle tel passage souligné à l'encre violette sur telle page (209) de tel exemplaire de La Recherche que lui a offert Untel: " Ce chant, différent de celui des autres, semblable à tous les siens où Vinteuil l'avait-il appris, entendu ? Chaque artiste semble ainsi comme le citoyen d'une patrie inconnue, oubliée de lui-même, différente de celle d'où viendra, appareillant vers la terre,un autre grande artiste" / Ceux qui voyagent dansle temps des livres / Celui qui se gave de chocolat noir au Concept Store / Celle qui se tape un Why not ? à son Singapour sling / Ceux qui brunchent au Train Bleu avec la Dame aux bas vert Véronèse / Celui qui se rappelle la Flèche rouge de son enfance / Celle dont le grand-père a inauguré la ligne Pétersbourg-Dairen et qui t’envoie une mésange en MMS pour te remercier de lui avoir envoyé par le même canal le chat crème du Train Bleu / Ceux qui pissent en arabesques dans l’urinoir Art Déco/ Celui qui a dit à la Rom chiante qu’il n’avait plus de thune et qui se paie un verre de Mercurey à 13 euros / Celle qui se mangerait la main plutôt que de mendier / Ceux qui se retrouvent à la plonge du Train Bleu avec le sentiment d’être embarqués / Celui qui dit n’être pour rien dans les tractations foireuses et frauduleuses de l’Union de Banque Scélérate (UBS) quoique faisant partie de son gang directorial / Celle qui ne dira rien de ce qu’elle a appris sur l’oreiller du banquier scélérat Gospel vu qu’on ne crache pas dans la soupe / Ceux qui estiment qu’un procès public fait à l’Union de Banque Scélérate serait dommageable aux privés dont toi et moi mon p’tit gars / Celui qui ne dira rien à son homologue chinois vu que c’est pas avec des droits de l’homme qu’on fait tourner la boutique et surtout pas une fabrique d’horlogerie à complications / Celle qui ne comprend rien aux lois du marché mais estime que si le ministre en charge estime que les lois du marchés sont les lois du marché alors faut lui faire confiance vu qu’il a quand même fait l’école de commerce celui-là / Ceux qui renoncent à changer de banque vu que toutes sont soumises au lois du marché les pauvres / Celui qui te plume en souriant du fait que tu n’as jamais rien pigé aux lois du marché / Celle qui t’a épousé en toute connaissance de cause en se disant qu’elle pourrait te revendre le cas échéant conformément aux lois du marché / Ceux qui se couchent devant les puissants et se justifient en se tortillant devant les médias innocents, etc.

    Peinture: Robert Indermaur

  • De qui sont ces sonnets ?

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    De qui sont ses sonnets qui sourdent de sûre source ?

    Sans rêves

    Abel, ce n'est pas moi, c'est cette lourde pierre
    Qui t'a ôté la vie, et tu m'en vois surpris.
    De mon triste forfait, comment payer le prix,
    Même en me repentant pendant ma vie entière ?
    Abel, ton nom sera toujours dans mes prières,
    Chaque année je ferai l'offrande d'un cabri,
    Même quand mes cheveux seront devenus gris,
    Et la veille du jour où je serai poussière.
    Abel, si tu le peux, dans mes rêves surviens
    Pour guider mon esprit, chaque nuit, vers le bien,
    Comme une étoile guide un marin vers son havre.
    Or, quelques jours plus tard, la voix d'un revenant
    Vint prédire à Caïn : « Ton sommeil maintenant
    Sans rêves coulera, tel celui d'un cadavre. »

    Verdier130003.JPG Fraternité
    Abel, mon compagnon, accepte un peu de bière !
    Car, depuis bien des jours, tu n'en as pas repris ;
    Pourtant c'est un plaisir qui toujours vaut son prix,
    L'homme qui a bien bu aime la terre entière.
    Abel, mon doux frangin, prends un peu de gruyère !
    Le mangeur de fromage est gai comme un cabri ;
    Il oublie la fatigue, il oublie le ciel gris,
    Et que l'homme est un corps qui retombe en poussière.
    Abel, tu ne bois pas, et tu ne manges rien,
    Mais tu devrais, pourtant, puisque c'est pour ton bien,
    Je fais tous mes efforts... ah, vraiment, ça me navre.
    Or, Caïn continue à être prévenant,
    Cela fait quelque temps qu'il parle, maintenant ;
    Abel ne répond rien, ce n'est que son cadavre.

    À qui le soufflera au silence le sort sera suave...