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  • Ceux qui vont au Fleuve

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    Celui qui sort à reculons de la case du sorcier / Celle qui voit ce qui est comme c'est / Ceux qui pensent ne pas savoir sans le dire / Celui qui constate que la matière brute du mensonge est sans éclat / Celle qui confirme que la matière brute du réel ne se négocie pas au rabais / Ceux qui se sont bercés de la chanson Un jour tu reviendras au pays / Celui qui n'en peut plus d'entendre leurs "alleluiardises" / Celle qui s'en remet aux artistes de rue / Ceux qui réapprenent à lire dans l'effacement du rationnel / Celui qui regarde le Fleuve se jeter dans l'océan comme une trombe expulsée par un trou de serrure / Celle qui se demande si vraiment l'état du monde la regarde / Ceux qui se trouvent au seuil d'un monde inconnu / Celui qui s'est mis à l'écoute des voix innombrables / Celle qui demande aux gens ce qu'ils mangeaient avant la guerre et pendant et après / Ceux qui découvrent la ville-monde aux couleurs délavées / Celui qui redécouvre l'unvers tactile / Celle qui ferme les yeux quand l'aïeul parle / Ceux qu'éblouit le blanc du manioc / Celui qui remplit un carnet des propos précis de l'homme-mémoire / Celle qui nettoie la poire à lavement du Tout-Vieux / Ceux qui sont plus grands que vous en "pouvoir de Dieu" / Celui dont la vie recoupe l'histoire de son pays sous divers régimes politiques et alimentaires / Celle qui se rattache à ceux qui sont "du fleuve" / Ceux que la curiosité fait bouger partout sans bouger parfois / Celui qui est ému par le seul terme de rift à cause du souvenir d'Olduvaï / Celle qui compare l'immense forêt vue d'avion à un brocoli sans fin / Ceux qui ont appris que le terme de bantou est le pluriel de mantu qui signifie les gens / Celui qui parle volontiers de l'élasticité de sa conscience tribale à ses potes de la fameuse boîte-monde Tram 83 / Celle qui se gave de bananes plantain dont les moustiques anophèles n'aiment pas l'odeur / Ceux qui communiquent par le moyen d'un langage tambouriné plus subtil que celui des SMS / Celui qui va passer une semaine de rêve dans le chalet Sun Arbois à Megève (France socialiste) qui se loue 35.000 euros les sept jours sans compter les massages et le chauffeur / Celle qui n'a jamais pris le train au Congo RDC vu qu'il n'y en a pas / Ceux qui apprécient la déco africaine très cool du chalet de sept pièces qu'ils louent à Verbier avec leurs amis échangistes investisseurs au Katanga / Celui qui sait qu'au XVIe siècle un missel valait plus q'un esclave à la courbe du Fleuve / Celle qui sourit quand elle lit ici que "le rêve et l'ombre sont de très grands camarades" / Ceux qui disent au poète qu'il ferait mieux de trouver un job utile genre médecin des riches ou trafiquant de produits structurés / Celui qui compte au nombre des disparus non recensés donc supposés inexistants / Celle qui s'est peroxydée afin de reconquérir le sexa qui se la joue Abou Chraibine Salem / Ceux qui slament en strings / Celui qui colle ses poèmes sous les roues de la locomotive 83 pour en marquer les rails virtuels / Celle qui a vu les cheveux de son fils blanchir en une nuit de cris / Ceux qui gardent la Parole comme un feu, etc. 

    (Cette liste a été jetée en marge de la lecture des Carnets nomades de Bona Mangangu, de Congo. Une Histoire de David Van Raybrouck, et de Tram 83 de Fiston Mwanza Mujila )

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  • Ceux qui reviendront

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    Celui qui n'en finit pas de se poser des questions éternelles voire sempiternelles sur la véranda de l'hôtel colonial décolonisé / Celle qu'appelle le Seigneur mais qui ne l'entend pas vu qu'elle est en boîte-là / Ceux qui évoquent le "problème congolais" avec des mines concernées tout en préférant sans l'avouer le Continental Breakfast et les boutiques du Sheraton de Vegas/ Celui qui reste muet devant le Monument aux porteurs / Celle qui se rappelle que l'uranium des premières bombes A venait du site de Shinkolobwe près de Likasi / Ceux qui restent médusés devant la termitière / Celui qui invoque ses ancêtres bantous présents sur cette terre de Lushi dès l'âge de fer / Celle qui a fait son mémoire d'histoire sur les tribulations du roi des Baluba / Ceux qui vénèrent Moïse Katumbi le papa du Tout Puissant Mazembé l'équipe vedette du foot congolais / Celui qui a parlé de la richesse du sous-sol katangais comme d'un "scandale géologique" qui n'a pas vraiment scandalisé les compagnies minières de divers pays / Ceux qui se promettent de revoir Katanga Business après avoir serré la papatte de l'avenant Gouverneur aimé de ses concitoyens / Celui qui dédie un beau poème à la Lolita Kasaï / Celle qui reste baba devant les chutes de la Lofoï carrément plus hautes que celle de Lauterbrunnen pourtant chantées par Wolfgang von Goethe le poète teuton / Ceux qui font de la pêche à la bougie sur le lac Mwero / Celui qui chemine sur la piste de Kilela Balanda en fredonnant un hymne au Congo River / Celle qui se trouve réellement bouleversée (bouleversifiée écrirait l'écrivaine Maguerite Duras) par la nappe d'eau claire sous un calme ombrage figurant la source du fleuve / Ceux qui ont une pensée émue pour les étudiants massacrés à l'université-là par les séides du Maréchal vous-savez-qui / Celui qui va faire du beach volley au nouveau complexe sans complexes de La Plage avant d'aller draguer les belles expats du Karibu / Celle qui danse avec les locaux chez Ntemba / Ceux qui se promettent de se revoir au PICHA et plus si affinités, etc.   

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  • Ceux qui colloquent dans la forêt

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    Celui qui débarque pour la première fois en Afrique noire et se pique d’échapper aux moustiques grâce à l’application de l’Anti-Brumm Forte / Celle qu’interloque la première panne d’électricité générale sur le marché nocturne / Ceux qui viennent de diverses planètes au pied du baobab avec le même appareillage informatique / Celui qui présente son passeport à croix blanche avec le geste délié d'un danseur de flamenco que raillent ses amis à passeports bleus ou verts / Celle qui refile cinq euros au jeune type a veste marquée Katanga Express qui lui a promis de retrouver sa valise dans le tas de bagages empilés jusqu’au plafond devant le tapis roulant ne roulant plus et qui en concède cinq autres quand l’objet lui est ramené une heure plus tard / Ceux qui se sont juré de garder un flegme plus afro que british / Celui qui a rêvé dans l’avion qu’il dormait dans un lit de format King Size flottant sur le fleuve Congo / Celle qui recopie les enseignes lyriques des boutiques multicolores des bords de routes style Au jardin du seigneur ou Au bon poil coiffure ou Bienvenue marteau tout l’outillage ou Chez Vertu les beaux agrumes / Ceux qui découvrent le campus de l’Université de Lushi dont les étudiantes et les étudiants en surnombre lui évoquent une volière en folie / Celui qui raffole illico de la rue africaine après la tombée de la nuit / Celle qui esquisse un mouvement de rumba congolaise après avoir retrouvé son amant zoulou en costume lamé argent de prof de linguistique à Namur / Ceux qui remontent le fleuve de la rue bigarrée aux petits marchands / Celui qui est vacciné contre la fièvre jaune mais pas contre la transe de bonheur qui l’envahit dans la rue des gens / Celle qui a été nommée Commandante des ateliers d’écriture finalement remplacés par des tables rondes disposées en carré / Ceux qui descendent dans l’ancien hôtel colonial aux chambres vastes comme des cases de réus tribales / Celui qui écoute les parleurs parler / Celle qui a développé un petit projet culturel dans la région des grands lacs / Ceux qui ont lu Tintin au Congo et ne retrouvent pas Milou dans les couloirs de l’hôtel ex-belge / Celle qui prend l’évidence de la pauvreté en pleine poire / Ceux qui ont en Suisse un permis C et en Afrique un permis de sourire dont ils usent à bon escient / Celui qui se sent plus chez lui dans la foule congolaise que dans celle du métro de Tokyo à l’heure de la ruées aux bureaux / Celle qui aime les écrivains comme ils sont ce qui est tout dire / Ceux qui ont tant des choses à dire qu’ils le disent tous en même temps / Celui à qui sa mère recommande de Douala de ne pas oublier la parole en se pointant à ce congrès des écrivvaisn où il doir honorer la Suisse / Celle qui engage tout le monde à danser sur le rythme irrésistible de Karibu kwetu ku katanaga / Ceux qui redécouvent les vertus de la langue-geste, etc.

    (Cette liste a été jetée sur un carnet vert de marque PaperBlanks en marge des débats du Congrès des écrivains francophones de Lubumbashi en la chambre 212 du Park Hotel aux dimensions d’une suite ministérielle à véranda surplombant les rues populeuses).

  • Le parloir aux oiseaux

    Notes en Bofane7.jpgchemin (32) Premiers débats ardents avant la pluie battante, le 24 septembre.

    Le cafard du corbillard. - L'hymne solennel de la francophonie avait déjà marqué l'ouverture du Congrès de Lubumbashi mais nous avions manqué ça, nous avions manqué Fiston et roulions maintenant à tombeau entr'ouvert dans le 4x4 noir corbillard du Chef du Protocole à faciès de fossoyeur hilare, nous étions tombés du ciel des songes dans la réalité cauchemaresque de la route congolaise où le spectre de l'Accident me semblait déjoué follement par le chauffeur entre déboîtements slalomés et déhanchements zigzaguants, mais curieusement je n'éprouvai aucune anxiété réelle, tout à l'observation des visions quasi surréelles qui se déroulaient en travelling le long des chaussées aux boutiques chamarrées et aux enseignes lyriques, et partout les gens , partout des chantiers amorcés, de bizarres arbres perchés sur des buttes, des femmes portant de hauts paniers en ondulant noblement, et la ville s'annonçant, des terrains vagues et des friches et voici qu'a main gauche notre guide protocolaire nous signalait les bâtisses de l'Administration universitaire avant de bifurquer dans une zone défoncée flanquée de bâtiments décatis aux diverses inscriptions de facultés, enfin nous avions rejoint le Congrès - enfin la délégation suisse se pointait au seuil du grand parloir ouvert aux oiseaux où, tout soudain, une présence intruse se signala dans mes cheveux encore mal démêlés de notre récent vol de nuit, et Max le Bantou de chasser l'importun d'une chiquenaude élégante : bah, mon cher Milou, ce n'est qu'un cafard échappé de la calèche protocolaire, mais vise plutôt là-bas les beaux scarabées !

    L'Aréopage . - Plus beaux en effet, plus lustrés, plus étincelants dans leurs costars à rayures et leurs chaussures à reflets, plus dignes et plus fringants que les magisters universitaires africains, jamais je n'avais vu jusque-là et jamais mêlée, surtout, à tant de théâtrale apparence, tant de débonnaireté; et les écrivains nous accueillaient eux aussi tout sourires, plus décontractés en leur apparat, dont j'identifiai quelques-uns rencontrés entre Paris ou Genève et Saint-Malo; et voilà que se présentait ce grand diable de Jean Bofane que depuis trois jours j'avais tant espéré rencontrer...

    Voleurs et violeurs. - De nos premiers débats de francophones aux multiples provenances se dégagea, dès ce premier après-midi du parloir aux oiseaux, le thème délicat assurément du vol de la langue et du viol de celle-ci. Les avis étaient partagés, contrastés, aiguisés par la présence de quelques dames se tenant les côtes. Tel estimait que son usage de la langue française relevait d'un indéniable vol, tandis que tel autre objectait que les langues africaines pouvaient se prévaloir d'une antériorité remontant au siècle d'Hérodote ou à de plus haute sources dont le français découlait parfois, et la question du droit de cuissage exercé par l'écrivain fut également l'objet d'un échange peu académique tandis que l'orage y allait de ses arguments grondants.

    Or le premier jour des travaux tirait à sa conclusion. Le vent et la pluie à larges gouttes nous circonviendraient bientôt. Je n'en finissais pas pour ma part de m'enchanter d'un peu tout. Nous filions enfin le long d'une route aux boues ocres éclaboussée par les sacs de pluie crevant dans les nuées. Nous nous trouvions comme dans un rêve éveillé sur une chaussée élastique bordée de campements à feux couverts. L'on voyait des silhouettes bouger entre vapeur et fumée. C'était l'Afrique tout cela, me disais-je, mais comment le dire en français ?

    Image:In Koli Jean Bofane

  • Ceux qui accueillent le multimonde

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    Celui qui constate que son courrier électronique vespéral s’africanise à vue d’œil / Celle qui fonctionne au fluide sympathique / Ceux qui apprennent en se taisant / Celui qui a plein de devises étrangères dans ses poches et pas une coupure ni une pièce pour la mendiante décharnée / Celle qui sentimentalise toutes ses observations style paroissienne protestante bien intentionnée / Ceux qui faisant partie des cadres de la délégation de la firme Ernst & Young se tiennent à l’écart des autres sur le tarmac de Kinshasa en tant que produits structurés à l’occidentale / Celui qui se fait capturer dans le ravin des Reguibat où il s’est aventuré par intérêt ethnologique sincère de spécialiste des ouvrages artisanaux en pis de chamelle / Celle qui se fait monstre chier au Malawi en sa qualité d’étudiante berlinoise spécialisée en on ne sait trop quoi / Ceux qui découvrent à l’escale aérienne que le Malauwi est un pays comme c’est vérifié sur Wikipedia / Celui qui ne se console pas vraiment de la famine dans le monde à se dire qu’au moins les financiers prédateurs et autres organismes genre FMI seront punis « plus tard » / Celui qui a fait ses premières armes de critique littéraire dans La Liberté de Fribourg (Suisse) aux mains des Sœurs de Saint-Paul qui ont pas mal contribué à l’éducation des enfants africains et possèdent toujours la librairie principale de Lubumbashi / Ceux qui n’ont jamais ressenti au Texas ou au Japon ou en Norvège ou en descendant la Bahnhofstrasse de Zurich ce qu’ils ressentent au Katanga et environs / Celui qui ressortissant de Douala t’a appris que la tour de pierre du pont de bois fameux de Lucerne était un château d’eau et qui croit malin de te le rappeler alors qu’il ne sait même pas lui qui fut Lord Byron auteur du Chant du prisonnier dédié à Bonivard au château de Chillon / Celle que le rasta congolais fait réellement planer / Ceux qui se retrouvent dans l’anthologie Renaître ensemble publiée à Kigali par la Plateforme des écrivains des Grands Lacs / Celui qui a déjà rencontré Boubacar Boris Diop quelque part mais où était-ce encore ? / Celle qui ne trouve au Burundi que les contes pour échapper à tous les interdits visant les femmes y compris celui de la parole en public / Ceux qui descendent à haute voix des trains et racontent à haute voix des histoires d’argent / Celui qui a écouté pendant des heures le récit de vie de Fiston Mwanza Mujila en lequel ses antennes télépathiques ont aussitôt identifié un mec à part comme le corrobore ce matin la lecture de ses textes si magnifiqueent déjantés / Celle qui a pris le taxi du diable à défaut d’être reçue dans la limousine de Dieu / Ceux qui ont bricolé leur identité en rupture avec tous les discours identitaires mais sans jamais renier leurs sources sûres, etc.

     

  • Ceux qui palabrent sous le tamarinier

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    Celui qui arbore un uniforme de policier sous lequel il porte une camisole de prêtre poète auteur d’un hymne au sous-bois / Celle qui affabule comme on ne l’apprend pas à l’école / Ceux qui affirment que la nouvelle génération ne lit plus - faute de l’écouter slamer / Celui qui égrène son rosaire de prof libanais bilingue en invoquant le printemps arabe à vrai dire peu probable au Katanga vu que de printemps il n’y a pas là-bas / Celle qui observe attentivement les caciques universitaires en se disant qu’en somme blancs ou noirs c’est les mêmes bonnets blancs que Rabelais disait bonnets noirs / Ceux qui parlent des « locaux » avec quelque chose de locomachique / Celui qui se sert de la théorie des champs littéraires de Maître Bourdieu avec la même application que ses pairs profs de Trois-Rivière ou de Lausanne ou de Bratislava mais sa tenue vestimentaire reste stricte alors que dans le Nord on se laisse aller n’est-ce pas / Celle qui danse sur place en se disant qu’i y a trop de mots froids qui sortent de la bouche du Professeur éminent / Ceux qui ont appris à conduire sans permis et s’en tirent mieux en fin de compte dans la circulation chaotique qu’en Suisse où la prudence et la pusillanimité font des ravages / Celle qui amène le coq noir au féticheur / Ceux qui te conseillent de diviser au marché le prix des objets en malachite à raison de la moitié de la moitié dont tu retracheras le tiers / Celui qui vous accueille dans son palais de gouverneur et ne se départit point de son sourire affable pour vous signifier que la littérature est elle aussi un palais et d’autres amabilités n’est-ce pas tandis que la guerre perdure au Nord-est de la région on est bien d’accord / Celle qui te fait un portrait carabiné du jeune gourverneur qu’elle compare à Berlusconi genre subtropical en plus stylé à ce qu’il semble mais faut voir / Ceux qu’on amène au stade de foot du club sponsorisé par le Gouverneur qui a fait soigner les pelouses qu’on dirait de la même moquette que celles de sa salle de bain / Celui qui trouve à In Koli Jean Bofane la même énergie concentrée qui caractérise ses formidables Mathématiques congolaises, et la même gouaille féroce et la même révolte sourde et la même façon de pratiquer la danse dite du gorille / Celle qui allume l’écrivain à femmes dans la boîte dont les patrons lisent peu / Ceux qui laissent tomber la veste style gendelettres pour se déchaîner sous les stroboscopes / Celui qui capte les avoirs du petit marchand de manioc / Celle qui secoue la tête lorsque tu lui apprends que tu as lustré tes santiags avec de l’anti-moustiques alors qu’il y a des gosses qui crèvent la dalle qui te les cireraient pour presque rien / Ceux qui savent que le sourire tout suave de l’Adjudant chef cache une mâchoire de caïman / Celui qui sent en lui la tristesse monter par bouffées en constatant l’état du monde pour ceux qui n’ont rien / Celle qui a participé à la modélisation du Rapport final du Colloque et continuera de « faire avec » malgré ça / Ceux et plus encore celles dont le courage sidère / Celui qui s’exclame à l’escale que l’Afrique lui il a donné point barre / Celle qui surprend le salafiste en train de se branler au closet mal closé de l’Airbus ce qui signifie qu’en somme la vie continue / Ceux qui affirment qu’il faut instaurer en ces lieux une politique culturelle mais qu’il faut au préalable établir un état des lieux et qu’il faut en conséquence reconnaître quil'ne sera pas de trop d’un nouveau colloque pour en examiner le projet / Celui qui reste positif sans se faire d’illusions / Celle qui affirme que dans ces congrès tout se joue en coulisses / Ceux qui honorent l'expression d'hommes de bonne volonté / Celui qui rencontre un jeune poète apparement tout timide dont le verbe de feu justifie tout à fait les douze mille bornes qu’il a franchi en deux nuits / Celle qui reçoit un oeuf de jade des mains de ce drôle de Suisse en jeans qui lui a demandé qui de la femme et de l’homme était la poule et l’œuf / Ceux qui ont kiffé grave le slameur engagé de la scène locale / Celui qui est tellement amoureux des gens qu’il les embrasserait parfois de façon inappropriée / Celle qui se repose sur un parpaing comme s’il s’agissait d’un trône / Ceux qui t’émeuvent par leur aristocratie naturelle genre princesses bantoues,etc.