UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Ceux qui tendent au Contrôle

     PanopticonM6.jpg

    Celui qui agit toujours sur pesée d’intérêt / Celle qui sait ce qu’elle fait même quand elle ne fait rien / Ceux qui invoquent la menace du Système avant le moindre signe perceptible de quoi que ce soit / Celui qui ne juge que les fautes tenues pour telles par le Consensus / Celle qui assimile toute réflexion éthique à une prise de tête / Ceux qui invoquent la logique comme une instance animiste / Celui qui a toujours laissé ses femmes gérer sa fortune dont l’effondrement ne le chagrine que pour elles / Celle qui a confié sa carte de crédit à son amie scientologue et en constate les effets matériels à motifs il est vrai spirituels / Ceux qui ont renoncé au culte de Maman pour embrasser celui de Mammon / Celui qui sent qu’on attend qu’il consente à dire le mot / Celle qui se dit la Tour de contrôle de son Hollandais volant  / Ceux qu’une même soif de vertu rassemble dans le Bunker des Justes / Celui qui affirme que Vincent (Van Gogh) a manqué d’un bon psy et d’une amie sûre / Celle qui pense qu’elle aurait pu guérir Francis (Bacon) de son éthylisme chronique et de sa déviation sexuelle prononcée / Ceux qui estiment qu’il y a un Génie par génération mais pas toujours en France / Celui qui pratique la composition séquentielle avec des bouts de fer et des bouts de papier carbone dont il mixe les frottements au moyen d’un ordi super sophistiqué en tout cas c’est nouveau / Celle qui pense que Rembrandt n’aurait rien fait de bien sans sa mère et sa fidèle épouse qui étaient quand même aux fourneaux on l’oublie / Ceux qui achètent des rames de papier et commandent des roses pour écrire comme Garcia Marquez / Celui qui contrôle les finances de l’Entreprise tout en aimant rappeler sa rencontre avec Jean Cocteau mais ce n’est pas ce que vous croyez non non non / Celle qui s’est mise à la peinture sur porcelaine qui lui reviendra moins cher que son antidépresseur / Ceux qui considèrent l’écriture comme un chouette hobby / Celui qui présente les premier poèmes lettristes de son fils Justin (quatre ans) à un ami éditeur introduit dans les médias / Celle qui se dit que si Marc Levy ramasse des millions pourquoi pas elle ? / Ceux qui fondent le collectif Nouvelle Pléiade destiné à restaurer l’Amour courtois dans les banlieues sensibles / Celui qui fait l’acquisition d’un Stradivarius et se rend bientôt compte que le jouer va lui demander de prendre des cours et trouver du temps qu’il n’a pas donc la seule solution sera le safe vu la recrudescence des vols dans les beaux quartiers / Celle qui se décide enfin à écrire au Vatican pour leur dire de faire retraite loin des tentations / Ceux qui savent qu’ils sont des Rimbaud en puissance mais préfèrent se lancer dans de solides études qui leur permettront de faire du commerce dans la région d’Aden et du Harrar où c'est reparti depuis quelque temps, etc.

    Image :Philip Seelen

  • Zone critique

    Lecteur09.jpg

    Autour de Paul Auster, Henry Bauchau, Patrick Modiano, Michèle Lesbre, Emmanuelle Bayamack-Tam


    Littérature : le direct du jour sur RSR/Espace 2.
    Autour de la table : Louis-Philippe Ruffy (meneur de jeu), Sylvie Tanette (L’Hebdo), Elisabeth Vust (Culturactif) et JLK (24 Heures).
    Rediffusion : dimanche 18 avril, 12h.

    En débat : Invisible de Paul Auster, L’Horizon, de Patrick Modiano ; Le Déluge, d’Henry Bauchau ; Nina par hasard, de Michèle Lesbre ; La Princesse de. d’Emmanuelle Bayamack-Tam.

    L’émission est diffusée tous les jours de 11h – 12h, sur le deuxième programme (culturel) de la Radio Suisse Romande (RSR). Les domaines alternent. C’était aujourd’hui le tour de la littérature. Louis-Philipe Ruffy présente chaque livre dans les grandes lignes avant d’engager le débat. Son regret du jour : pas assez d’étincelles, ses trois invités se montrant massivement d’accord dans le rejet de deux titres (Auster et Bauchau) autant que dans leurs adhésions (Modiano et Bayamack-Tam, avec un bémol négatif pour Lesbre de la part de Sylvie Tanette.)

    Auster2.jpgPaul Auster, Invisible. Actes Sud.
    D’entrée de jeu, LPR introduit le thème de l’auteur qui se répète, ressasse les mêmes thèmes, voire réécrit le même livre. Quid de Paul Auster, dont les derniers livres ont parfois déçu ? JLK craignait le pire, à l’annonce d’un nouveau roman travaillant le thème de l’identité «d’un point de vue philosophique », mais Invisible lui semble renouer avec l’énergie de la fiction et la lisibilité, après deux gros passages à vide, sans convaincre vraiment par sa «déconstruction». EV se montre plus sévère : montage artificiel et incohérent. Nuance le jugement à propos de la jeunesse du protagoniste et de sa relation incestueuse avec sa sœur, mais dans l’ensemble : roman raté. Même déception manifestée par ST, qui évoque toute une catégorie d’auteurs américains bons techniciens mais pauvres de contenu. JLK rappelle pourtant les Philip Roth, Saul Bellow, John Updike et autres Cormac Mc Carthy, qui échappent à ce jugement. Bref, grosse déception…

    Bauchau.jpgHenry Bauchau. Le Déluge. Actes Sud.
    Avec plus de 30 ouvrages (romans, essais, poésie), cet auteur nonagénaire s’est acquis une grande estime. LPR rappelle son passé de psychanalyste, qui se ressent fortement dans cette histoire d’un peintre fou sur les bords, qui a cela de particulier qu’il détruit tout ce qu’il fait par le feu. Or, la psychiatre parisienne qui le coache le confie aux bons soins d’une jeune universitaire rongée par le cancer, qui va aider l’artiste à réaliser son chef-d’oeuvre en y mettant elle-même la main avec l’aide d’un mécanicien rallié à la bonne cause. Convaincant ? Absolument pas ! objecte EV : pas crédible du tout. Trop d’images naïves et trop de grandiloquence. On regrette d’égratigner l’auteur de La Déchirure, mais trop c’est trop ! JLK pleinement d’accord : selon lui le livre le plus kitsch qu’il ait lu depuis longtemps, qui donne une image grotesque du travail d’un artiste. Celui-ci sans intérêt, et les thèmes de la thérapie par l’art et de la création collective sont traités de façon démagogique, sur fond de lyrisme infantile. Vraiment rien à sauver, s’inquiète LPR ? Hélas rien, regrette ST qui daube également sur l’indigence de ce roman aux personnages «complètement improbables».

    Modiano5.jpgPatrick Modiano. L’Horizon. Gallimard.
    Et Modiano, lance LPR en présentant son dernier opus, ne fait-il pas toujours le même livre, comme il l’a reconnu lui-même ? Le fait, d’ailleurs à nuancer en finesse, ne gêne pas ST qui aime tout de Modiano : son univers, sa façon inexplicable de parler si justement de la pluie ou des rues de Paris, son rapport avec le temps, sa mélancolie aussi. Mais qui expliquera pourquoi Modiano nous touche ainsi ? JLK fait remarquer que le charme d’un écrivain ne s’analyse pas plus que la musique de la pluie. Or Modiano a une musique à lui, qu’il module sans monotonie. EV Pleinement d’accord elle aussi. Bref, le quatuor unanime y va de la même chanson : lisez le dernier Modiano…

    Lesbre2.jpgMichèle Lesbre. Nina par hasard. Sabine Wespieser.
    LPR rappelle ensuite le parcours de Michèle Lesbre, du roman noir à quelques romans évoquant finement la condition des femmes sur fond d’usines en difficultés dans le nord de la France. Seule Française autour de la table, ST vibre moins que ses confrères pour ce livre qu’elle trouve un peu gâché par les clichés d’un regard forçant un peu sur l’opposition du noir et du blanc, les gentils d’un côté et les moins gentils de l’autre. EV se montre moins sévère, pour un roman dont elle apprécie la sobriété de la langue et la justesse de l’évocation des relations entre les personnages, malgré leur côté « typé ». JLK plaide lui aussi pour le ton et le climat du roman, qui annonce le tchékhovien Canapé rouge (Nina par hasard est en effet une réédition de 2001), et relève le fait que les clichés sont parfois le fait de la réalité même…

    Bayamack.jpgEmmanuelle Bayamack-Tam. La Princesse de. P.O.L.
    Dernier livre choisi par LPR : un roman assez tortueux, voire scabreux parfois, qui « travaille » les questions de notre relation au corps et à l’identité sexuelle, dans un monde où cela « transite » grave dans le transgenre. Daniel, adopté par un père qui rêvait d’une fille et une mère impatiente de le voir affirmer sa virilité, sera plutôt une fille « dans un corps de macaque ». Réussite ? Pleine réussite pour EV, qui souligne la force expressive de la romancière et sa façon de rendre les émotions du protagoniste. Très bluffante réussite pour JLK, qui ne pensait pas s’intéresser jusqu’au bout à un transformiste camé fou de Julio Iglesias et de Dalida. Et l’opinion, partagée par LPR, l’est aussi sans réserve par ST que le talent de la romancière a subjuguée, notamment capable de « décrire » une fellation à répétition sans complaisance ni vulgarité. Autant dire que c’est « la révélation » du moment pour les critiques réunis sur la Zone…
    L’émission sera retransmise dimanche 18 avril à 12h. sur Espace 2. Podcast également possible sur le site.http://www.rsr.ch/espace-2/zone-critique