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L'ange dévasté

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De la belle dernière pièce de René Zahnd, consacrée à Annemarie Schwarzenbach, Christian Egger a tiré un spectacle inventif à Nuithonie.
Le personnage d’Annemarie Schwarzenbach (1908-1942), fille rebelle d’une famille richissime de l’establishment helvétique, fait aujourd’hui figure d’«icône» romantique de la résistance et de la transgression, au risque de se figer dans le cliché de la femme « libérée ». Antinazie, bisexuelle, cherchant la «vraie vie» loin des conventions d’un milieu matérialiste, dans l'écriture et le journalisme d'intervention, le voyage et la drogue, l’amie intime des bohèmes Erika et Klaus Mann, compagne compliquée d’Ella Maillart sur la route de l’Orient, incarne une ambigüité fondamentale qui lui valut d’être comparée à un ange, « inconsolable » pour un Roger Martin du Gard, « dévasté » pour Thomas Mann. Romanesque et tragique à la fois, sa destinée d’individualiste engagée en proie à toutes les contradictions nous interpelle aujourd’hui encore. La meilleure preuve en est la pièce, à la fois stylisée et très dense, révélatrice aussi par  ses composantes historiques et politiques, qu’en a tiré René Zahnd, créée cette semaine à Nuithonie par Christian Egger.
Comme un film dont les séquences, de 1931 à 1942, retraceraient les pérégrinations d’Annemarie en focalisant l’attention sur ses relations conflictuelles avec sa mère, et, plus sensuellement légères, avec ses amis Erika et Klaus, Annemarie reconstruit un tableau vivant et vibrant, à la fois intimiste et en phase avec  la tragédie collective. Renée Schwarzenbach (Marie Iracane) y fait figure de teigneuse gardienne de l’ordre familial et de la respectabilité, Erika Mann ( Marie-Aude Guignard) incarne l’intellectuelle vaillante, plus forte que son frère Klaus (Cédric Dorier) au croissant désespoir, alors qu’Annemarie elle-même (Anne Carrard) apparaît d'une grâce vive et délicate, en butte à un déséquilibre psychique de plus en plus perceptible. Au lieu d’un ange: une femme-enfant brûlant d’amour et plus encore de manque d’amour. Or un ange (Yves Adam), dédoublé, l’accompagne bel et bien de bout en bout sous la forme d’un personnage dansant, nu et bleu, balbutiant au début puis déployant un langage d’émotion rayonnante de lyrisme. Tout cela que la mise en scène de Christian Egger restitue avec une remarquable originalité, dans la scénographie d’Yann Becker d'une plasiticité efficace en dépit de praticables un peu envahissants. En crescendo, la réalisation de la Compagnie T2 impose à l’évidence la «vision» de la pièce de René Zahnd, dont on espère  une reprise prochaine.

René Zahnd. Annemarie. Actes Sud-Papiers.

A voir à la Cinémathèque suisse, à Lausanne, le 2 novembre, à 20h: les films de famille de René Schwarzenbach-Wille, mère d'Annemarie.

Commentaires

  • je vous signale qu'une Véronique Aubouy, qui se consacre depuis quinze ans à faire lire Proust à des inconnus, a le projet d'un film sur Annemarie - et que vous avez omis (volontairement peut-être ?) deux incidentes : elle fut un amour de Carson Mac Cullers, et elle finit comme le fou Hallier, d'une chute de bicyclette...

    bien à vous

    Clopine Trouillefou

  • Mais non, Clopine, je n'ai rien omis, surtout pas volontairement. L'"affaire" avec Carson McCullers n'est pas évoquée dans la pièce, au contraire de la relation avec Erika Mann et Ella Maillart, et quant à la chute de vélo, bien réelle en effet, et citée dans la pièce, je n'ai simplement pas eu la place d'en parler, ni du séjour au Congo ni d'un tas d'autres choses - un petit article en est réduit à cela. Quant la fin d'AnneMarie, elle ne saurait se réduire à cette chute de bicyclette , incomparable par ailleurs avec celle de JEH. Sa fin est un calvaire, que René Zahnd "raconte" par le truchement d'une lettre (imaginaire) de sa mère. La réduire à une chute stupide est un peu court, même s'il est vrai que cet accident "infantile" fait partie du personnage. Mais on sait tout le reste: la déchéance, la drogue, le malamour, le rejet de la famille, les traitements à Prangins, tel psychiatre qui indique "euthanasie conseillée", entre autres...

  • Ah,merci de m'avoir répondu. Rien que cela, n'est-ce pas, les soirs noirs où l'on se demande si ce que l'on écrit n'est pas que sable, au milieu de sable.

    Vous êtes pour moi un "gentilhomme", le savez-vous ? Et un authentique brûlé des mots, brûlé des maux.

    bon je m'avance, mais c'est que la journée a été rude, de la faute d'un certain Paul Edel, que je m'épuise à rencontrer.

    douce nuit à vous


    Clopine Trouillefou

  • Faut pas s'épuiser Marie, faut juste vivre juste et c'est déjà toute une journée stylée...

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