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Retour à Georges Haldas

medium_Haldas4.JPGA La Désirade, ce samedi 17 février. - Ma première pensée de ce matin a été vouée à Georges Haldas, auquel j’ai décidé de consacrer la prochaine ouverture du Passe-Muraille. Il y aura dix ans cette année que j’ai cassé cette relation, choqué par son rejet du Viol de l’ange, qu’il disait un livre sale. Comme il m’a fait à la même époque un mot suave, et donc hypocrite, pour l’envoi de je ne sais plus quel nouveau livre de lui, je lui ai renvoyé celui-ci en lui écrivant qu’il pouvait aussi bien m’oublier. Et c’est ainsi que je n’ai plus rien lu de lui. Je lui ai rendu poliment hommage lorsqu’il a reçu le Prix Rod, mais c’est tout. Notre longue amitié ne s’en remettra pas, mais ses livres existent, le vieil homme est dans sa nonantième année et tout à coup j’ai envie de revenir, non pas à l’homme mais à ses livres. La dernière fois que j’ai ouvert un de ses livres, dans une librairie, je suis tombé sur cette page où il traitait la philosophe genevoise Jeanne Hersch d’« amazone pisseuse ». J’ai eu moi-même un conflit carabiné avec Jeanne Hersch, après un abus de pouvoir caractérisé de sa part, mais traiter cette dame d’ « amazone pisseuse » m’a semblé indigne de la part d’un écrivain prônant, par ailleurs, l’Attention à l’Autre à grand renfort de majuscules.
Mais le temps passe, il nous crible, nous serons bientôt tous morts tandis que les livres continueront de témoigner de ce qui nous dépasse, et j’ai envie à l’instant de retrouver l’âme de Georges Haldas, ses petits matins, ses balades en Grèce, ses lectures de Cavafy ou de Saba, ses commentaires de l’Evangile, ses coups de gueule, ses chroniques merveilleuses du père (Boulevard des Philosophes) et de la mère (Chronique de la rue Saint-Ours), nos rencontre Chez Saïd où nos engueulades parfois chez Dimitri – tout ce qui fait le sel de la vie, et tout ce qu’il a cristallisé dans ses livres sans pareils.
Un jour j’ai reçu de la part de Jacques Chessex, après que j’eus publié un grand papier élogieux sur Georges Haldas, une carte postale m’apostrophant pour me reprocher de dire du bien de ce « cuistre christique » écrivant une espèce de galimatias, et quelques années après le même Chessex célébrait Haldas à la remise du prix Rod. Petite foire aux vanités de la littérature, à laquelle survivent les livres. Lorsque nous étions amis, Jacques Chessex m’a dit un soir sa réelle admiration pour Haldas, malgré leur brouille de toute une vie, de même que Chappaz m’a dit la sienne. Le premier jour que nous nous sommes rencontrés à Genève, en 1973, Georges Haldas a dit au petit crevé que j’étais alors : « Méfiez-vous des écrivains, il y a un diable en chacun de nous ». J'ai noté.
Mais à l’instant, le regard perdu sur les crêtes enneigées des montagnes qui de tout cela se foutent comme du dernier fossile, je ressens le besoin de dire ma reconnaissance à Georges Haldas, et de ce pas j’irai tout à l’heure faire l’acquisition des derniers livres qu’il ne m’a pas envoyés...

Commentaires

  • Avec le temps...

  • Le lucide Alexandre Jollien m'a appris que "la confiance, même trahie, n'est pas un mensonge, elle aide à tenir debout et ne regarde que le présent sans se charger des douleurs à venir".... cette phrase me hante depuis que je l'ai lue....

    Au dela de la juste révolte et de nos combats face à l'injustice, ce et ceux qui nous ont brûlés si profondement ne nous ont ils pas fait plus avancer sur le difficile chemin?

    Et le tarif prohibitif de tous ces voyages ne serait il pas le prix à payer pour une marche de plus sur "The stairway to heaven" "on our own sweet way"?

    Je vous envoye le cheval bleu, qui sait souffler chaudement sur les blessures, qui sait d'un baiser, d'une caresse les appaiser et qui peut d'un galop effreiné vous emporter sur les plages des rêves....

    A vous tous de la Désirade, à Julie, à Fellow, à JLK, je vous souhaite le meilleur en attendant le dégel et les hirondelles....

  • Thanks a lot matelote

  • Les brisures sont toujours dures... C'est vrai que l'homme peut être tranchant, blessant. Bien qu'avec moi il a toujours été lumineux, bienveillant.
    Mais il en a conscience. Et c'est le premier à regretter certains propos fulminants.
    Il est tout entier, si entier, que des fois on peut avoir du mal à trouver sa place dans son oeuvre (les chroniques, les poèmes et les carnets c'est différent).
    De toute manière cette histoire ne me regarde pas.
    Alors pourquoi j'y reviens?
    Parce qu'il m'en avait touché un mot, il y a quelques mois de cela, et il m'a semblé qu'il était attristé de cette rupture.
    Ce sera une note au bas du mur de ce billet.
    Et à défaut d'aller le voir, si je peux me permettre et si vous avez le temps - et si ce n'est pas déjà fait- allez vous asseoir sous l'auvent de la Petite Fontaine que les autorités du Mont lui ont dédiée. Par une froide nuit d'hiver étoilée ou à l'aube, c'est une minute heureuse.

  • Il n'est pas de jour où je ne pense à lui et à tout ce que m'a apporté et continue de m'apporter son oeuvre. L'autre jour encore, Dimitri me racontait sa vie actuelle, difficile. Nous lui avons consacré un hommage dans Le Passe-Muraille. Vous en trouverez des extraits sur ce blog. Si vous le désirez, je vous en envoie un exemplaire. Pour moi, ce fut le premier écrivain rencontré et le compagnon occulte, presque de tous les jours. Ce que je lui ai reproché n'est rien à côté de ce qu'il m'a donné, et c'est parfois dans l'éloignement qu'on apprend à apprécier vraiment quelqu'un. C'est un immense bonhomme. Pareil pour Dimitrijevic, plus jeune qu'il y a 15 ans, plus accueillant et entreprenant, avec lequel les conversations sont sans pareilles. Lisez Personne déplacée, que nous venons de rééditer: c'est une belle chose.

  • ... la vie fait les choses à sa manière, tellement surprenante. Ce que vous avez écrit, j'aurais pu l'écrire. Je peux même dater ma première rencontre avec lui: 5 novembre 1989, il y donc bientôt 19 ans. Et depuis, comme pour vous, ce fut un dialogue ininterrompu. Il est des êtres qui vous accompagnent même en leur absence. Georges Haldas a un vrai don de présence. Dans ces carnets, il offre un havre de paix (je pense en particulier au Carnet du Désert).

    Je vais parfois lui faire la lecture. Vous imaginerez aisément les moments vibrants passés avec Fargue ou encore autour de la préface des "Grands cimetières sous la lune" de Bernanos.

    Et bien entendu que j'ai lu votre hommage dans le Passe-Muraille (je suis même abonné, si, si).

    "Etre fidèle à soi-même, aube permanente." Je me remets donc au travail.

  • Votre mot me touche beaucoup, merci. Ce matin je pense à Céphalonie en voyant le jour si limpide se lever sur le lac, à mes fenêtres, de Saint-Gingolph à Yvoire, et donc aux lumières grecques des livres de Georges Haldas, à sa présence en effet irradiante. Je vous souhaite une belle et bonne journée au pays d'ici et maintenant.

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