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  • De l’Harmonie cuisinière

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    Fourier, l’opéra et la gastrosophie

    Comment éduquer l’Enfant ? se demandent aujourd’hui les parents désorientés, et comment se perfectionner soi-même en vue de l’Harmonie ?
    A ces questions légitimes on répondra, les vacances venues, en revenant bonnement à l’étude de l’Harmonie, justement, selon Charles Fourier, dont les visions restent lumineuses et roboratives.
    La meilleure reconduction à cette université buissonnière me semble ce matin la lecture attentive de L’opéra et la cuisine qui vient de s’ajouter au catalogue de l’indispensable Cabinet des Lettrés.
    Il y est rappelé, premièrement, l’importance basique de la formation matérielle de l’enfant, c’est à savoir l’exercice essentiel et premier de son corps, préludant à l’éducation spirituelle. Or l’apprentissage des 7 branches de l’opéra (le Chant, la Danse, le Geste, la Gymnastique, la Poésie, la Peinture et la Féerie mesurée) constitue naturellement le fondement de cette formation matérielle de la tige humaine qui portera demain d’harmonieuses fleurs. Sans bonne connaissance de l’opéra dans ses 7 parties, peu de chance de réalisation industrielle, nous dit Fourier, mais il n’y a pas que ça : il y a la Cuisine.
    La Cuisine, avec majuscule, est non moins essentielle en ses 4 parties que forment la Culture, la Conserve, la cuisine avec minuscule (au sens de la pratique) et la Gastronomie. Au lieu de bourrer prématurément le crâne de l’enfant à trop grand renfort de préceptes et de concepts, laissons-le découvrir les agréments naturels de la cuisine où sa gourmandise et son esprit de service se développeront de concert, l’une aiguisant l’autre. En Harmonie fouriériste, où chaque jour au moins mille volailles se plument dans une phalange de phalanstère, pas moins de 600 petites volailles seront ainsi plumées par les bambines de 3 à 4 ans, et 400 autres plus grosses par les chérubines de 4 à 6 ans. Ainsi l'agréable se mariera-t-il avec le nécessaire.
    Telle étant la première leçon de Fourier en ce matin d’été : « A l’opéra, l’enfant se forme à la manœuvre, à la perfection des mouvements corporels ; mais c’est à la cuisine qu’il se forme aux combinaisons de fonctions agricoles et industrielles, aux raisonnements d’analyse et synthèse qui l’engagent de bonne heure dans l’étude des sciences fixes »…
    Charles Fourier. L’opéra et la cuisine. Gallimard, Le cabinet des lettres, 82p.

  • L’aura de Tracy

    medium_Chapman.jpgmedium_Chapman2.jpgTracy Chapman au Montreux Jazz Festival. Après les électrochocs d’Eels, la chanteuse a fait oublier la touffeur du Miles Hall pris d’assaut par 2000 fans.
    Amorcée par une véritable charge de la cavalerie lourde avec, en première ligne des anguilles survoltées, un Everett à dégaine de trappeur barbu à lunettes de conquérant des sommets, soutenu à la mitrailleuse rythmique par un batteur semblant rescapé de la guerre de Sécession, la soirée vouée à Tracy Chapman aura rappelé, aux amateurs d’émotions fortes, que ce n’est pas forcément dans le déchaînement de décibels et les vociférations que réside la puissance de la musique. Ainsi le bref concert d’Eels, en dépit de quelques ballades relevant d’un blues-rock moins « hardeur », nous a-t-il semblé relever de la démonstration de force tournant à vide.
    En contraste absolu, c’est sur une tonalité gospel, avec Say Hallelujah que Tracy Chapman, paraissant d’abord toute menue sur scène, en simple jean, annonce la « couleur » à la fois dense et grave, mais non moins « punchy » , d’une suite mêlant les compositions des deux derniers albums (Let it rain et le récent Where you live) aux morceaux plus anciens, entre autres « standards » revisités, comme ce fleuron de la musique folk américaine que représente The house of the rising sun, naguère illustré par Bob Dylan et The Animals, entre autres, qu’elle module en beauté avec une lenteur et une densité émotionnelle prenantes.
    Si Tracy Chapman a découvert Montreux en son âge de teenager, ainsi qu’elle l’a rappelé avec humour, à une époque où elle n’avait pas les moyens de se payer un billet d’entrée au festival, c’est rubis sur l’ongle que son ticket avec le public s’est concrétisé mercredi soir en dépit du double désagrément de la salle transformée en étuve et de la diversion parfois bruyante d’un certain match suivi sur les portables…
    Une fois encore, pourtant, la qualité musicale de son concert, qui associe intensément les musiciens (Joe Gore à la guitare, Quinn à la batterie et Kiki Ebson aux claviers), la pertinence et la beauté des textes et de la musique, enfin la grâce de Tracy Chapman auront fait de ce concert un moment privilégié.