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Chanson

  • Jonasz à la source

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    Chanson française

    Au tournant de la soixantaine, dont il a franchi le cap en janvier dernier, Michel Jonasz entame un hommage qu’il aimerait tripler, « si Dieu le veut », à ses trois sources d’inspiration musicale : ici à la chanson française, plus tard au blues et enfin à la musique tzigane.
    En souvenir de ses premières émotions d’adolescence, au début des années 6o, avant le rock du Golf Drouot et les groupes de son quartier de Drancy, le sexa bluesy « attaque» avec Les copains d’abord de Brassens, sur un rythme chaloupé de bossa nova dont la sensualité ne devrait pas déplaire à tonton Georges, même si ce n’est pas avec celui-ci que Jonasz est le plus en phase, plus proche en revanche de l’emphase lyrique de Léo Ferré, dans La mémoire et la mer ou Avec le temps, et plus encore avec le Nougaro jazzy d’Armstrong.
    Au nombre des meilleurs moments de ce parcours en douze étapes, on ne s’étonnera pas, à côté d’une bien tendre interprétation de La chanson des vieux amants de Jacques Brel, de trouver Michel Jonasz le plus à l’aise chez… lui-même, avec Léo et Chanson française.
    Au demeurant, le climat musical sobre qu’il donne au Fernand de Brel, la touche toute personnelle apportée aux Feuilles mortes de Prévert et Kosma, ou à La foule, clin d’œil affectueux à la môme Piaf, participent également d’un geste de reconnaissance appréciable.
    Michel Jonasz. Chanson française. MJM.

  • Nanar revisite l’anar

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    Bernard Lavilliers rafraîchit le répertoire de Léo Ferré

    « Je chante pour passer le temps/Petit qu’il me reste de vivre », tels sont les mots de Louis Aragon, dont Léo Ferré a fait cette chanson que, seul avec sa guitare, après deux heures de concert en impétueux crescendo, Bernard Lavilliers module en douceur, la voix grave et belle, par manière de conclusion sur un deuxième rappel.

    C’était jeudi soir à l’Octogone, devant un public oscillant entre trente-cinq balais et le double, les fidèles de l’anar mêlés à ceux de Nanar : un Lavilliers à sa fine pointe, entouré de potes musiciens de haute volée, plus un gracieux et juvénile quatuor à cordes féminin.

    Dans La marge, déjà, son album datant de 2003, Bernard Lavilliers avait chanté les poètes, annonçant la couleur avec une profération-manifeste de Léo Ferré contre la poésie de salon qui rampe et fait des chichis : « La poésie est une clameur. Elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie. Elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche »…

    Rien de gueulard pour autant ni de mégalo (à la Léo des dernières années) dans cette traversée de l’univers d’un grand lyrique de la chanson libertaire qui sut habiller de notes de merveilleux poèmes (d’Aragon, mais aussi de Rimbaud ou de Verlaine) ou revisiter les chansons des autres (d’un Jean-Roger Caussimon et son inoubliable Monsieur William), comme Lavilliers le revisite à son tour en prenant des libertés (musicales surtout) sans le trahir jamais.

    Très sobrement d’abord, accompagné du seul piano (avec Les poètes, La mélancolie et le Merde à Vauban de Pierre Seghers), Lavilliers est bientôt rejoint par ses musiciens avec lesquels il vibre en symbiose sur des arrangements souvent magnifiques: ainsi de L’étrangère en frénésie gitane, L’Affiche rouge au fort impact émotionnel, Avec les temps en dissonances déjantées, Comme à Ostende ou La mémoire et la mer dans toute leur somptuosité chromatique.

    Mêlant délicatesse et sensualité, gouaille et spleen, modulations minimalistes et foucades explosives, cet hommage à Léo Ferré restitue le meilleur de celui-ci, avec le « plus » d’une vraie cure de rajeunissement.

    Photo: Chris Blaser

    Cet article a paru dans l'édition de 24Heures du 21 octobre

  • Clara la frondeuse




    Clara Moreau, née en France mais établie en Suisse, s’est fait coller une amende de 80 francs par la police zurichoise, en décembre 1992, pour avoir chanté sans autorisation dans les souterrains de la gare...

    Or plus que des rives propres-en-ordre de la Limmat, c’est au bord de la Seine, sur la Butte des Renoir (Auguste pour les modèles bien en chair et Jean pour La complainte qu’elle reprend) et plus encore Rive Gauche, avec Boris Vian, Brassens ou Brel, que Clara Moreau nous ramène dans la plus pure tradition de la bohème germanopratine.

    Avec le seul accordéon de Bertrand Lemarchand pour accompagnement, l’interprète s’impose autant par sa voix chaleureuse et ferme que par ses modulations expressives, jamais emphatiques dans le genre rebelle mais puissantes (comme dans Les Assis de Rimbaud et Léo Lerré) ni fades dans les inflexions plus sentimentales (Un jour tu verras de Mouloudji).

    Dans l’unité de ton que détermine une forte personnalité, c’est un choix très varié de magnifiques chansons que nous propose Clara Moreau, qui ne craint pas de reprendre des classiques de la chanson protestataire (Le déserteur de Vian ou l’admirable Affiche rouge d’Aragon), se risque même à une reprise du mythique Amsterdam, de Brel, et propose plusieurs (re)découvertes, de La fin du bal de Vyssotski et La vieille chèvre de Michèle Bernard à Todo cambia de Julio Numhauser, entre autres. Chansons que tout cela ? Mais quelles...

    Clara Moreau. Chansons que tout cela. RecRec