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  • Ni les mots pour le dire

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    Nous ne savons pas le savoir,
    ni ne désespérons,
    nous ne sommes que visiteurs,
    amateurs de chansons
    et voyant au gré des couleurs
    ce qui du ciel demeure…
     
    Nous demeurons les yeux ouverts:
    comme aux oiseaux passant
    nous ne savons que demander,
    nous sommes envoyés
    d’on ne sait où ni quel poème
    saurait jamais le dire…
     
    Vous nous écouterez le soir
    quand le jour aux ailleurs
    flamboie dans l’ultime lenteur
    qui va se fondre dans le noir
    où l’ange en vous demeure -
    et le dire ne se dira pas...
     
    Paul Klee, Angelus Novus.

  • Si tu étais là...

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    (Autres bribes du désarroi)
     
    Le silence advenu,
    juste le souffle de la nuit,
    et peut-être là-bas
    la rumeur d’une rue
    ou celle de la proche forêt...
     
    Ou là-haut, au rebord
    de notre balcon sur les eaux,
    l’autre silence du Haut Lac;
    et dormir et partir -
    demain nous ferions notre sac...
     
    Au-delà du sommeil
    nous attend un autre voyage;
    attends-moi donc que je m'éveille
    et reprenne courage...
     
    La nuit ne peut se taire ainsi:
    dans l’ombre je t’entends,
    j’entends la rumeur de la vie -
    dis-moi que tu m’attends...
     
    Je t’entends t’inquiéter, déjà,
    du temps qui se réveille;
    je t’entends respirer
    au tréfonds de ton grand sommeil -
    dis-moi que tu m'entends...
     
    (Peinture: Thierry Vernet)

  • Ce mot qui ne se dira pas

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    On ne devrait le prononcer
    que les yeux fermés,
    sans penser à ce qu’il veut dire
    ni vouloir de chair...
     
    Ce mot à jamais impossible
    ne sait se dévoiler
    pas plus que l’enfant ne saurait
    dénommer l’indicible...
     
    Lorsque la musique a surgi
    dans ta vie de mendiant,
    tu t’es agenouillé
    sans savoir rien ni rien vouloir...
     
    Le nom de Dieu n’y est pour rien:
    rien de ce qui se nomme
    ne rend vraiment la somme
    de cela qui sans lieu
    rayonnne absolument...
     
    La tête ainsi vous tournera:
    vous en deviendrez fou
    comme devant l’enfant donné
    par la vie à la vie...
     
    Aussi ne le prononcez pas:
    ne faites que le vivre
    comme le rêve d’un enfant ivre
    de n’être rien que là...

  • Woke or not

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    À propos de Paul B. Preciado, de Jean-François Braunstein et de notre regretté Snoopy...
     
    (Le Temps accordé. Lectures du monde VII, 2023)
     
    LE CHIEN. - Je me réveille ce matin avec une tête de chien sur mon oreiller, et peu après, dans le livre reposant à côté du chien endormi, je lis le récit d’un type qui parle du matelas de sa chienne Justine avec laquelle il a vécu pendant onze ans, comme d’une sorte d’objet affectif transitionnel : «Ce matelas - les souvenirs qu’il contient - est désormais mon seul véritable amant »...
    Ce type qui écrit vient de rentrer dans son nouvel appartement parisien où s’entassent des centaines de cartons contenant les milliers de livres qu’il a fait venir des divers points de chute de ses vies antérieures, Athènes et Barcelone, New York ou Kassel ; hier soir je lisais les pages du même livre évoquant la découverte à la télévision, par la petite fille qu’était alors l’auteur à onze ans, à Burgos, dans la cuisine familiale où elle se trouvait avec ses parents, du mot homosexuel prononcé à la télé à propos d’une nouvelle maladie frappant une catégorie de personnes violemment identifiées par le père comme des dégénérés, ce souvenir d’enfance amorçant un chapitre consacré à l’émergence, en 1981, d’un nouvel ordre somatopolitique mondial identifié sous le nom de sida : « La description de la maladie à la télévision avait été une séance de destruction de mon enfance. Là, à cet instant précis, en écoutant ce reportage , tout en mangeant ma soupe , je suis devenu adulte »...
     
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    Le type qui écrit à gardé en partie son corps de fille, et parlant du rapport qu’il entretient avec ses livres il se qualifie de lecteurice, terme dont je m’interdis absolument de faire usage tant cette greffe me semble non seulement artificielle mais esthétiquement laide, comme il en irait d’un.e fillarçon, etc.
    Or je me suis pourtant senti, hier soir , très proche de ce monstre à tête de chien en lisant ses pages consacrées aux rapports intimes ou extimes que nous entretenons avec nos bibliothèques et aux relations qu’entretiennent entre elles les bibliothèques de celles ou ceux (Preciado écrirait celleux) que nous aimons, avec qui nous couchons ou nous rompons - toute une rêverie personnelle me venant alors à la lecture de ces pages existentiellement intenses où les noms de Gomez de La Serna ou de Vila-Matas m’auront rappelé tant de moments magiques; et voici que ce matin ce même auteur-auteure-autorelle-autriceur se rappelle les poèmes de Cernuda qu’il lisait dans son lit d’enfant, juste avant de revenir au présent, dans son nouvel appartement parisien, en 2020, où , nu dans son lit, l’ordinateur sur ses genoux, il regarde le documentaire de Rithy Panh intitulé L’image manquante et décrivant l’atroce répression exercée par les khmers rouges sur le peuple cambodgien - et je me dis ce matin que je pourrais contresigner ces mots, si j’excepte la testostérone et y rajouterais plutôt l’Ukraine: « Je me sens impuissant, terrifié par la conscience d’appartenir à cette histoire, à l’histoire humaine de l’horreur qui se répète encore et encore. Je pleure presque sans interruption bien que je me sois fait une injection de testostérone il y a deux jours - je crois que la testostérone me rend plus résistant à la douleur morale ou psychologique »...
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    Relevant les yeux de ma lecture sur le portrait de Lady L. par le serbe Pierre Omcikous, je me rappelle mon escale à Korcula, ville dalmate natale de notre ami, en pleine guerre balkanique, et tant d’autres horreurs, et tant de larmes amères, et notre amour là-dedans, nos livres et nos enfants - le chien soupire (À la Maison bleue, ce 6 janvier 2023, en lisant Dysphoria de Paul B. Preciado)
     
    TRANSITS ET AUTRES TRANSES.- En reprenant ce matin la lecture des admirables Portraits de femmes de Pietro Citati, je me dis qu’en bonne logique woke je devrais rejeter ce livre au motif qu’un mâle blanc ne saurait écrire sur des femmes, pas plus que cet escroc de Flaubert n’est en droit de prétendre qu’Emma Bovary et lui c'est tout un, non mais !
    Il y a bien vingt ans de ça que l’éditeur Christian Bourgois me disait que, désormais, certains de ses confrères américains refusaient de publier des romans d’auteurs blancs contenant des personnages noirs, mais on n’en était pas encore aux généralisations du wokistan qui voit partout l’abus du pouvoir patriarcal blanc et le règne coercitif de ce que Paul B. Preciado, auteur trans faisant désormais référence au Wokistan, appelle le capitalisme pétro-sexo-racial.
    Je lis justement ces jours Dysphoria mundi de Preciado, en même temps que je lis les portraits de sainte Thérèse ou de Katherine Mansfield, de Flannery O'Connor ou de Virginia Woolf qui m’intéresseraient tout autant s’ils étaient le fait d’une Pietra au lieu de l’être d’un Pietro Citati dont je lis aussi Le mal absolu qui traverse le XIXe littéraire avec une intelligence sensible toute féminine (!) même si la nature et la biologie viriliste exigent que ce très grand sourcier du génie littéraire bisexuel se rase tous les matins contrairement à la Bienheureuse d’Avila qui se contentait de joindre ses fines mains pour complaire au Seigneur.
    Béatriz Preciado qui, dans un rêve, à reçu l’ordre de semer sa bonne parole sous le prénom de Paul, moyennant une injection de testostérone tous les douze jours (tout ira par douze dans la nouvelle religion comme dans les anciennes) a vu dans l’incendie de Notre-Dame de Paris un Signe, et c’est pour lui faire écho qu’elle/il invoque, en plurielle multitude, les 1200 avatars de Notre-Dame, à commencer par Notre-Dame des Riches, Notre-Dame du Viol, Notre-Dame du Fascisme - toi qui veilles sur notre sécurité, etc.
     
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    Jean François Braunstein, que j’ai eu le bonheur un soir de rencontrer à la table de Roland Jaccard, avant qu’il ne m’envoie dédicacée sa Philosophie devenue folle, a-t-il raison de parler du transgenre comme d’un héros de notre temps, dans La religion woke ? Je n’en suis pas sûr sauf à parler une fois de plus d’un antihéros, comme dans la littérature pré-wokiste du XXe siècle fertile en révolutions catastrophiques - jusqu'à celle, combien meurtrière et dorlotée par l'intelligentsia occidentale, des gardes rouges auxquels les gardiennes et gardiens du temple wokiste font parfois penser...