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  • Les Jardins suspendus dans Le Temps

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    Jean-Louis Kuffer rassemble une vie de lectures dans «Les jardins suspendus», invitation vibrante à vivre en lisant et à lire en vivant...

    par Lisbeth Koutchoumoff

    A se promener dans Les jardins suspendus de Jean-Louis Kuffer, on est pris de vertige comme on le serait devant une bibliothèque immense et accueillante, de celles qui donnent envie de poser son sac, et de fureter des heures durant, volant d’un monde à l’autre, d’îles en péninsules, au contact des mots. Car il s’agit bien de cela dans ce livre merveilleux. Jean-Louis Kuffer, écrivain et journaliste, figure de la scène littéraire de Suisse romande, longtemps responsable des pages Livres de 24 heures et nourrissant aujourd’hui son blog «Les carnets de JLK», rassemble ici ses critiques et ses interviews d’écrivains, comme on construit une bibliothèque, une vie durant. Avec émotion, au gré des éblouissements, des révélations. Avec reconnaissance.

    Ainsi si ces Jardins suspendus – le titre désignant ce lieu à la fois calme et électrique où se produit la rencontre entre le lecteur et l’écrivain –, si ces Jardins donc déploient un charme puissant, c’est que Jean-Louis Kuffer y déploie, page après page, un art de lire qui n’est rien de moins qu’un art de vivre.

    1204726962.2.jpgLe sésame du conte

    Avant de débuter la visite, où chaque livre apparaît comme une rencontre, avant de pénétrer dans cette «Maison Littérature» aux mille et une pièces et recoins, Jean-Louis Kuffer a placé quelques textes en prologue, comme autant d’anti-chambres. Sur ce que la lecture ouvre en soi, tel le sésame du conte. Sur «l’imperceptible frontière entre les livres et la vie» dès lors qu’une «présence se manifeste par le seul déchiffrement des lettres inscrites sur une page».

    Ainsi les mots de Blaise Cendrars, dans Vol à voile, qui ont révélé à l’adolescent que le voyage est d’abord «l’appel à la partance d’une simple phrase». «J’avais lu […]: «le thé des caravanes existe», et le monde existait, et j’existais dans le monde.» Sur le métier de critique, sorte de Noé «appelé à faire cohabiter, dans son arche, les espèces (d’écrivains) les plus dissemblables, voire les plus adverses» et qui doit distribuer «ses curiosités entre toutes les espèces sans tomber dans l’omnitolérance ou le piapia au goût du jour».

    En inspirateur d’une critique créative et tonique pratiquée comme une palpitante «chasse aux trésors», Jean-Louis Kuffer choisit John Cowper Powys (1878-1963), qui, dans Les plaisirs de la littérature, évoque ces quelques livres où se concentre «la somme des rêves et des pensées que l’énigme du monde a inspirés à nos frères humains».

    Le temps de l’oiseleur

    L’aventure que constitue la lecture des Jardins suspendusdémarre avec les écrivains de langue française. Et c’est une fête vraiment de voir défiler, sous la plume précoce de Jean-Louis Kuffer (première critique à 19 ans dans La Tribune de Lausanne), Henri-Frédéric Amiel («Nombriliste cosmique»), Alexandre Vialatte («Le rebouteux mirifique»), Albert Cossery («Le dandy révolté»), Georges Haldas, Jacques Chessex ou Maurice Chappaz. A chaque fois, il est question de s’approcher de ce qui fait le cœur vivant d’une langue, d’une façon de transmettre le monde et d’être au monde. Une mention spéciale pour les pages que Jean-Louis Kuffer consacre à Charles-Albert Cingria, baptisées «Le temps de l’oiseleur» et qui saisissent la modernité «non voulue» du vélocipédiste.

    Continent russe

    Une mention aussi pour les pages dédiées aux auteurs du continent littéraire russe, à «l’ami Tchekhov», à Nabokov au moment de sa mort à Lausanne, à Soljenitsyne. Les écrivains américains sont rassemblés sous le chapitre «Le rêve éclaté» avec le chéri et trop oublié Thomas Wolfe, mais aussi Flannery O’Connor ou encore Philip Roth. Beaucoup de rencontres mémorables avec Doris Lessing en 1990 à l’occasion de la parution de son roman Le cinquième enfant, avec Imre Kertész lors d’une conférence de presse à Paris; avec Patricia Highsmith, chez elle au Tessin, en 1988; passionnante aussi l’interview de Milan Kundera, de passage à Genève, en 1979.

    Avec Annie Dillard

    Si Jean-Louis Kuffer fait bien entendre la voix écrite, la voix parlée de tous ces écrivains, il lui faut aussi, pour y parvenir si bien, le talent du poète. «Vivre, lire et écrire ne représentent à mes yeux qu’une seule démarche. Ecrire m’est devenu aussi vital que respirer, mais écrire sans vivre ou sans lire, qui renvoie à la vie et à l’écriture des autres, me semblerait tout à fait vain», précise-t-il, au tout début du recueil, lui le grand lecteur d’Annie Dillard. Et c’est bien cette ronde entre écriture, lecture et la vie au milieu qui donne à ces Jardins suspendus leur vibrant éclat.


     


    CHRONIQUES


    Jean-Louis Kuffer
    «Les jardins suspendus. Lectures et rencontres 1968-2018»
    Pierre Guillaume de Roux, 416 p.

  • Pour tout dire (19)

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    À propos du combat littéraire de Karl Ove Knausgaard. De ce qui est réellement intéressant sous le verre grossissant de l'écrivain, entre loupe et longue-vue. Qu'une attention particulière est requise à la lecture d'Un homme amoureux.

     

    Les soins et devoirs élémentaires requis par un enfant en très bas âge sont-ils compatibles avec ce qu'un mâle ordinaire de l'espèce Sapiens considère comme son rôle ou sa dignité ? Un mec qui se respecte peut-il réellement pouponner sans arrière-pensée réticente ? Un père-à la-maison-qui-assume, même s'il fait le job aussi bien que sa compagne, vit-il vraiment la chose comme celle-ci ?

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    De telles questions se posent, même sans connotations polémiques dans un sens ou l'autre, à la lecture d'Un homme amoureux de Knausgaard, dont les 100 première pages s'attachent à l'auto-observation de l'auteur dans ses vacations de père engagé dans l'accompagnement quotidien de ses enfants, et plus précisément au cours de l'anniversaire convivial auquel est invitée sa fille Vanja, qui traîne d'abord les pieds pour y aller puis s'en réjouit à l'idée de porter ses chaussures dorées, puis se ravise, puis y va avec ses parents et sa petite sœur Heidi, puis veut rentrer, puis reste quand même sur l'insistance de son père, et le tire par la manche alors que le père fait semblant de s'intéresser aux conversations des autres parents dont il n'a que faire en réalité, etc.


    De quoi s'agit-il ? D'un reportage sur la vie d'un couple de jeunes parents norvégiens embarqués dans la co-animation d'un jardin d'enfants ? Bien plus que ça. Des états d'âme d'un écrivain norvégien installé avec sa seconde femme et ses enfants dans une grande ville suédoise ? Pas seulement non plus. Du scannage verbal de tranches de vie ordinaire auquel se greffent des considérations sur le sens de tout çà, entre autres notes très sensibles relevant des interactions affectives ? Sans doute, mais autre chose encore.
    Ce que décrit Knausgaard pourrait sembler d'un intérêt nul, alors que son autobiographie a passionné des centaines de milliers de gens? Par effet de conformisme grégaire, pour la story qu'il raconte ? Sûrement pas, vu qu'il n'y a aucune story dans ses livres et qu'il ne flatte ni ne caresse le lecteur dans le sens du poil. Alors quoi ? Alors je dirai: l'extrême attention à la vie, ressentie d'une manière qui engage aussitôt l'attention du lecteur à sa propre vie à lui.


    À la première page d'Un homme amoureux, Knausgaard écrit ceci alors qu'il vient d'achever un livre et qu'on est en principe en vacances avec les enfants à la maison: "je n'ai jamais compris l'intérêt des vacances et n'en ai jamais ressenti le besoin, au contraire, j'ai toujours eu envie de travailler plus"...

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    Et quel est ce travail ? Ce travail est l'œuvre en chantier sous le titre de Min camp, mon combat, en allemand hitlérien : Mein Kampf. Pour faire bon poids dans le genre provocateur, on pourrait inscrire au fronton fictif de son bureau la cynique formule des bourreaux nazis à l'entrée d'Auschwitz: Arbeit macht frei, le travail libère!
    Or cette provocation n'en est pas une. Hitler n'a pas le monopole d'un titre, et penser que le travail au sens noble, libère, est tout à fait légitime. La visée du combat d'Adolf d'Hitler était d'asservir, et celui de l'écrivain est de (se) libérer. Nuance !

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    Ce qu'on ressent en lisant Mein Kampf est un tremblement de ressentiment et de haine, tandis que le combat de Knausgaard est frémissant d'intensité et de vie. À un moment donné, le père se voit défaillir de tendresse en observant l'une de ses filles, comme si elle incarnait la vie même, mais juste après il pique une colère en trouvant sa femme devant la télé au lieu de se montrer aussi bonne mère qu'il se croit (ben voyons) bon père, et tous nous avons vécu ces intermittences du cœur et autres sautes d’humeur avec autant de vivacité.


    On comprendra mieux ce qu'est le combat de Karl Ove Knausgaard contre ce qu'il entrevoit d'affreux dans l'uniformité croissante et dégradante des gens et des pays et du monde globalisé, en lisant bien attentivement les pages 88 à 90 d'Un homme amoureux.
    Ceci par exemple : « La vie quotidienne, avec son lot de devoirs et d’habitude, je l’endurais. Mais elle ne me réjouissait pas, je n’y voyais aucun intérêt et elle ne me rendait pas heureux. Ce n’était pas le manque d’envie de laver par terre ou de changer les couches mais quelque chose de plus profond que j’avais toujours ressenti : l’impossibilité d’y voir une quelconque valeur doublée d’une profond aspiration à autre chose. Si bien que la vie que je menais n’était pas la mienne. J’essayais de la faire mienne, c’était mon combat, je le voulais vraiment, mais en vain, car mon envie d’autre chose vidait tout ce que je faisais de son contenu ».
    Ou ensuite : « Quel était le problème ? Était-ce le ton factice et surfait de la société que je ne supportais pas, ces pseudo-personnes, pseudo-endroits, pseudo-événements et pseudo-conflits qui nous faisaient vivre par procuration, et voir sans prendre part, cette distance que la vie moderne avait crée face à notre propre et inestimable présence au monde ? »
    Ou encore : « Ou bien y avait à la base de mon aversion cette égalité rampante qui rapetissait tout ? Il suffisait de traverser la Norvège d’aujourd’hui pour voir la même chose partout. Les mêmes routes, les mêmes maisons, les mêmes stations-service, les mêmes magasins (…) Et l’Europe est en passe de devenir un seul et même pays ».
    Après six cents pages de ses deux premiers volumes traduits, qui en font 1200 - sur trois et en attendant les trois suivants -,  le « roman » autobiographique de Karl Ove Knausgaard me semble s’inscrire à l’opposé d’une littérature d'évasion: toute d’invasion et d’immersion, mais jamais étouffante ni consolante non plus, jamais flatteuse ni factice, relevant d’une humble mais haute lutte que Friedrich Dürrenmatt situait « entre le cendrier et l’étoile »…

     

    Peinture: LK. Petite fille. Huile sur toile, 2010.

     

  • Une série suédoise «de rêve», ou le paradis des illusions…

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    Sous les dehors trompeurs d’une satire acide, la série suédoise « 30° en février », à voir sur ARTE est une fresque humaine très détaillée où le regard critique le plus vif n’exclut pas une exceptionnelle empathie. Et si les paumé(e)s qui rêvent d’une vie meilleure en Thaïlande étaient nos sœurs et frères humains ? Chiche…
    Prenez une brochette de bipèdes plus ou moins cabossés par la vie: Majlis la quasi sexa à long nez que fascinent les poissons de grand fond, tyrannisée par son mari Bengt, ancien pilote de ligne en chaise roulante, puant de méchanceté et ne pouvant se passer d’elle; Glenn le prolo plouc blond suant et mal dans sa couenne de bientôt quadra en surpoids, rêvant de se trouver une femme qui lui donne plein de kids pour lui faire oublier le drame de sa propre enfance; Kajsa la quinqua larguée à Stockholm par son jules avec deux filles, l’ado Joy et la petite Wilda, qui rachète un groupe de bungalows au nom prometteur de Happiness; et Chan son voisin et rival, beau macho thaï revenu d’un long séjour de Suède où il vendait des nouilles, mal reçu au retour par sa femme et son fils Pong auquel il a tant manqué que le garçon a sombré dans la dope…
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    Aux quatre adultes suédois mal barrés, flanqués du Thaï revenu de ses espérances nordiques, ajoutez une famille de «locaux» dont la fille, prénommée Dit, a elle aussi été abandonnée deux fois par ses compagnons avec son petit garçon, restant avec ses parents alors que son frère Kran se livre à la prostitution à Phuket en «ladyboy» exploitée par un maquereau…suédois.
    Et enfin, pour la pureté du regard qui éclaire toute la série, n’oubliez pas les enfants, entre sept (Wilda) et à peu près dix-sept ans (Joy et Pong), qui seront témoins autant qu’acteurs du désastre et des embellies des dix épisodes de la première saison de 30° en février…
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    Voilà pour le «casting» sur papier, dont l’incarnation en 3D me semble une réussite totale, à croire que les personnages ont été moulés sur les acteurs…
     
    Rêve exotique et tourisme sexuel, mais encore ?
    Il y a quelques années, le réalisateur autrichien Ulrich Seidl proposait, dans un triptyque intitulé Paradis, un aperçu, à sa terrible manière de réaliste «panique», des tribulations d’un groupe de femmes autrichiennes entre deux âges, débarquant au Kenya pour apaiser leurs frustrations affectives et sexuelles.
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    Relevant presque du documentaire social, le film sarcastiquement sous-intitulé Amour, comme pour accentuer l’absence totale d’amour qui y régnait, avait cependant quelque chose de touchant dans son approche très physique de la misère sexuelle aux pitoyables épisodes de non-rencontre, tel ce pauvre strip-tease d’un jeune Noir se tortillant devant trois «clientes» empêtrées dans leur gêne rigolarde. Bref, c’était affreux quoique plus vrai que nature…
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    Film d’auteur, Paradis modulait le regard et la patte d’un auteur remarquable et déjà remarqué par Import/Export et Amours bestiales, où il évoquait déjà des femmes et des hommes un peu perdus dans l’épaisseur glauque du réel et leur recours au sexe, aux animaux de compagnie ou au rêve kitsch, en tirant du moins une espèce de beauté de pas mal de laideur, comme le peintre réaliste Lucian Freud quand il magnifie le «quotidien».
    Surtout, Ulrich Seidl, devant ce que les critiques marxistes de sa génération appelaient «l’aliénation du monde capitaliste», marquait la différence entre ceux qui «dénoncent» ou «démontrent» et ceux qui montrent; et telle est aussi la position des auteurs de 30° en février, qui me semble rejoindre l’éthique artistique de Tchekhov estimant qu’un écrivain ou un artiste n’a pas besoin d’ajouter un sous-titre moral à un roman, un tableau ou un film, la représentation honnête de la réalité suffisant à l’appréciation critique de celle-ci.
    Comme on s’en doute, nos amis suédois ne font pas plus l’apologie du tourisme sexuel qu’ils ne se complaisent à célébrer les couchers de soleil à Phuket et environs, mais ce qu’ils montrent ne relève pas pour autant de la démonstration édifiante ni de la dénonciation politique, leur propos «moral» étant plutôt de saisir ce qu’il reste de bon et de brave chez chacune et chacun malgré les dégâts multiples de ce que Montaigne appelait l’«hommerie», etc.
     
    Au piège des sentiments
    Le moins qu’on puisse dire est que la série suédoise ne fait pas dans la dentelle des sentiments, avec des situations relationnelles frisant souvent l’atroce; et pourtant c’est bien par la tendresse, l’amour où on ne l’attendait pas et le «bon fond» des individus que ceux-ci échappent à la haine et à ses violences. S’il y a meurtre à un moment donné, c’est par accident, et s’il y a combines ou arrangements parfois sordides entre nantis et plus démunis, c’est que la relation, faussée à la base par le tourisme, où la dignité est bafouée par le pouvoir de l’argent, suscite le mensonge et la ruse, la dissimulation et le double jeu par nécessité de survie.
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    Or tout cela ne fait pas l’objet d’un « discours », mais est vécu par des gens qui, au fil de la série, évoluent. À cet égard, alors même que le «ressenti» des femmes constitue l’élément dominant de la narration, l’évolution de Glenn, le bidochon mal aimé, maladroit et traînant ses douloureux souvenirs d’enfance, qui rate même son suicide avant de tomber amoureux d’une femme qui n’en est pas tout à fait une, relève du miracle de tact, de la part des auteurs, sans parler du formidable acteur tenant ce rôle. De la même façon, c’est à fleur de sensibilité qu’évoluent les jeunes personnages, de Joy, l’adorable ado au redoutable regard porté sur les errances de sa mère, à Pong son boyfriend aussi pur et doux qu’elle et sa petite sœur, Wilda, elle aussi à vif du point de vue émotionnel.
    Aussi, l’empathie de la série est totale en ce qui concerne les personnages thaïlandais, pas plus idéalisés que les autres, le personnage de Kran, le garçon-fille, ayant la consistance d’une puissante figure romanesque quasi balzacienne dans son mélange de rouerie cynique et, finalement, d’amour sans calcul.
    Le feuilleton, entre détracteurs et «fans» à la Jaccottet…
    Bien entendu, vous qui ne jurez que par Marcel Proust et Marguerite Duras, vous ferez la moue et me taxerez de complaisance envers un produit de la sous-culture populaire, les séries télé relevant a vos yeux de l’industrie du divertissement juste bonne à formater des stéréotypes de feuilletons, et vous aurez à moitié raison.
    À moitié, car l’inventeur du roman à visée universelle, en la personne de Balzac, fut d’abord un fabriquant pléthorique de feuilletons, comme un Georges Simenon après lui, et que nombre d’auteurs contemporains, de Doris Lessing à Margaret Atwood, ou de Duras elle-même à Fellini, se sont intéressés aux «genres» dits inférieurs, alors même que des réalisateurs de haut vol commençaient à signer des séries télévisées de qualité croissante, à commencer par David Lynch avec Twin peaks. Enfin qu’on se rappelle qu’un Philippe Jaccottet, si exigeant et raffiné dans ses jugements, raffolait de Downtown abbey
    Pour l’autre moitié du jugement, l’on admettra que 30° en février ne fait pas vraiment le poids à côté du très feuilletonesque Splendeurs et misères des courtisanes de Balzac, et que sa première saison, finissant en happy end évidemment téléphoné, nous aurait amplement suffi.
    N’empêche : la «touche humaine» de la série suédoise, autant que ses qualités d’élaboration et sa sympathique «philosophie», la rattachent aux meilleures productions du genre. Or il n’est que d’y aller voir pour en juger, sur pièce…