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Quelle contagion ?

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(Page d'un journal à propos d'un oeil sanglant, de la façon de traiter les vieux, des toniques d'enfer d'Albert Caraco et de la hantise faisant trembler l'Espèce)

À la Maison bleue, ce lundi 2 mars. - À dix jours de l’angioplastie de mes artères fémorales, dont j’espère qu’elle me permettra de recouvrer l’élasticité de la marche, je me découvre ce matin, au miroir, l’œil gauche complètement ensanglanté, comme jamais.

Je l’oins alors du contenu d’un flacon minidose d’Arteoptic (20ml de Carteololo hydrochloridum) après quoi je me rends sur Internet pour plus ample information, où je tombe d’abord sur un article concernant le sang dans les selles du chien, avant de m’alarmer un peu plus à la lecture d’une mise en garde contre l’AVC de l’œil ; sur quoi je me demande si j’ai bien pris hier mon remède contre l’hypertension (Candesartanum/Hydrochlorothiazidum) , et si je ne me suis pas attardé trop longtemps devant l'écran de mon laptop ?

Mesquines inquiétudes personnelles, à vrai dire, ces jours où l’Espèce entière panique devant les risques de contamination virale, au point que nos sages du Gouvernement ont interdit désormais les rassemblements de plus de 1000 pelés et tondues - ce qui n’est pas pour me déplaire à supposer qu’on sévisse sévèrement contre les dangereuses agglutinations du tourisme de masse ou contre les défilés d’armes de destruction massive, entre autres rassemblements contraires au bon entretien de la civilité.

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LE REMÈDE DU Dr SWIFT. – Avant que de découvrir, tout à l’heure, mon œil sanglant, j’avais développé tout une réflexion quelque peu délirante, à haute voix donc plus au moins au dam de Lady L., sur la façon de traiter aujourd’hui « nos Seniors » – grave « problème de société » au vu de leur nombre excessif et croissant inexorablement – comme Jonathan Swift proposait qu’on résolût le non moins grave problème des enfants pauvres en Irlande qu’il conseillait d’accommoder en viande de boucherie pour leur propre agrément, étant entendus que ces misérable marmots verraient « comme un grand bonheur d’avoir été vendus pour être mangés à l’âge d’un an et d’avoir évité par là toute une série d’infortunes par lesquelles ils sont passés et l’oppression des propriétaires ».

L’idée d’une « thérapie de choc » analogue visant les vieillardes et les vieillards, qui ne seraient pas cannibalisés ni exilés dans les forêts à la manière nippone mais consignés en de vastes Espaces de Bonheur, eux-mêmes confinés sous de vastes dômes transparents et dûment désinfectés, m’est venue en lisant le petit roman du jeune Adrien Gygax, intitulé Se réjouir de la fin et constituant aussi bien un aperçu de la fin de vie d’un vieil homme absolument normal et donc perdu après la disparition de son épouse Nathalie et le renoncement à sa Mercedes cossue, confronté à lui-même – merveille de platitude – et découvrant, comme la poule au couteau en sa cour de ferme, les agréments de le Bonne Petite Vie déjà fort appréciée de nos ancêtres cueilleurs, entre autres hédonistes des siècles successifs, dont notre ami Roland Jaccard est un représentant encore bien vivant, vibrant et outrageusement libre – Dieu le préserve de finir dans un mouroir semblable à celui du vioque évoqué par le jeune Adrien Gygax.

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CARACO SOURIRAIT. – Retombant l’autre jour sur Ma confession d’Albert Caraco, je me suis dit dès les premières pages que ce livre de sa cinquantaine, l’année précise de son suicide annoncé (il avait résolu de ne pas survivre plus d’une nuit à la mort de son père), serait aujourd’hui vilipendé par les bien pensants bien plus que ceux de Gabriel Matzneff, et probablement interdit de vente pour peu qu’on en publie des extraits dans les journaux , à commencer par Le Monde qu’il ne cesse de conspuer comme un parangon de conformisme aveugle.

Le Monde aimerait pourtant cette citation tirée de la page 102 de Ma confession. «Je suis de cœur avec les révoltés de l’an 68, ils éprouvaient ce que je sens, ils ne se concevaient eux-mêmes, d’où leurs faiblesses, ils valaient mieux que leurs idées et leurs méthodes, nous reverrons demain ce que nous vîmes, nous sommes arrivés au point où la subversion est le dernier espoir, la légalité n’étant qu’une imposture ».

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Caraco écrivait ces lignes en 1971, après avoir suivi les événements de mai 68 dans son Semainier de l’incertitude, où il regrettait de n’avoir plus vingt ans et vilipendait Charles de Gaulle, mais la suite de cette page, que je cite sans souscrire du tout à son racisme endiablé, ferait hurler les lectrices et lecteurs du Monde. «Le Maquignon de l’Elysée est aussi l’homme qui capitula vers 1962 face à la vermine algérienne et grâce auquel l’Algérie tient la France, ce paradoxe est le plus beau des temps modernes, la France a payé cher, très cher, trop cher l’amitié problématique des Arabes, la voilà pleine d’Africains hideux, noirs, bruns ou jaunes, syphilitiques, vicieux et dangereux, encore une autre génération et ce sera la métissage. Moi, je m’en réjouis et j’attends les Dupontt crépus et les Dubois camus, les Durand olivâtres et les Dupuis lippus »…

Albert Caraco n’aimait pas la vie, et c’est notre premier désaccord à part de multiples divergences d’opinions (sa détestation des chrétiens et sa conviction que les Juifs sauveront le monde, notamment, entre autres jugements sur la littérature ou les arts qui sont au mieux d’un galant homme du XVIIIe siècle…), mais son génie m’intéresse autant que m’horripile son gnosticisme, et ses observations me saisissent souvent par leur pénétration, sans parler de son savoir immense, bref lire Caraco me semble un tonique appréciable, effet répulsif compris.

TERESA. – Notre femme de ménage occasionnelle (un lundi tous les quinze jours) , en voie de se faire opérer bientôt, a dû subir un test de dépistage du coronavirus lors de son passage récent au CHUV, et je m’attends à la même mesure prochaine, mais elle réagit avec le même fatalisme débonnaire que moi, affirmant qu’il ne faut pas dramatiser et que les occasions d’« attraper la mort» ne dépendent pas que des chauve-souris chinoises.

Or je me rappelle, devant la pandémie psychologique actuelle, tous les écrits et les films qui ont plus ou moins fasciné les foules de ces deux derniers siècles sur d’analogues canevas catastrophistes – apprenant à l’instant que Contagion de Steven Soderbergh revient en vogue aux States où Donald Trump ne semble pas encore éternuer sur Twitter...

Et puis quoi ? Et puis rien, à cela près que l’aspirateur de Teresa reste, aux yeux du chien Snoopy, le sujet d’effroi principal de cette matinée au ciel agréablement ennuagé d’un 2 mars où se fête saint Jacob « dans nos pays où les pies commencent leurs nids »...

 

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