UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • De lectrice à lecteur

    46445206_10218132181882900_6063692883565740032_n.jpg

    Ce qu'écrit Isabelle Roche sur son blog, à propos des Jardins suspendus.

     

    Je disais donc...
    je crois d'ailleurs savoir où j'irai en premier...

    En écrivant cela je pensais à une page très précise d'un cahier bien particulier, où le soin que j'ai mis à ne pas laisser mes phrases déborder dans la marge contraste avec l'écriture hâtée, fébrile, fortement raturée et, en bien des points, quasi illisible tant les lettres sont déformées. Écrire si mal, de manière si peu lisible, témoigne moins d'une fébrilité à capter une pensée insaisissable que d'une conviction obscure et profonde, sans doute agissante tandis que j'écrivais, que cela ne vaut rien – n'a pas en tout cas la valeur, la signifiance que je lui ai vue sous le coup de l'embrasement scriptural. La meilleure preuve est qu'en à peine quelques jours ce que je croyais avoir amené à se mouvoir dans le texte ne m'est plus perceptible. Mais en réécrivant, en retouchant, peut-être quelque chose sortira-t-il de ce chaos...

    J'ai inscrit une date en haut de la page – j'entendais ainsi marquer que le surgissement était consécutif au travail que j'effectuais alors: la lecture-correction des épreuves d'un recueil de textes de Jean-Louis Kuffer, Les Jardins suspendus* – mais elle est erronée: j'ai noté «semaine du 17/09» quand la période correspondant à ce travail est cette même semaine mais du mois suivant. Un lapsus révélateur de mon rapport au temps. Deux pages plus loin, ce fouillis au crayon, toujours issu de la lecture des Jardins suspendus:
    La présence = «arrêt sur être» que seul l’art peut rendre manifeste.

    IMG_5460.PNG

    Présence: un mot stable où se meut imperceptiblement un perpétuel flux d’être à régime variable.
    Et sur mon bureau numérique, contemporain de cette page de cahier mi-ordonnée mi-chaotique, un fichier-texte sauvegardé sous le titre BROUILLON:

    C'est bien souvent sous les mots des autres – quand on est lecteur goûteur de mots et que ces «autres» sont d'authentiques écrivains – que l'on découvre quelques clés menant à l'une ou l'autre de ses propres vérités. Ainsi ai-je tout juste – juste avant de consentir à taper, ici, ces lignes, pour une fois cédant à la pulsion brute de «filer la phrase» à défaut de métaphores pour donner forme à l'un, au moins, de ces innombrables afflux discursifs qui sans cesse me traversent – tout juste compris, donc, à travers de savoureuses phrases de Jean-Louis Kuffer le concernant lui ou d'autres écrivains dont il dit si bien l'art, de quelle nature pouvait être ce mystérieux embrasement d'où naissent tant de sublimités textuelles.

    La littérature – c'est-à-dire cet usage non ustensilaire de la langue qui fait proliférer confluences et ambiguïtés sémantiques, jeux sonores, interpolations lexicales... toutes choses qui fondent la littérarité – a ce pouvoir unique...
    Quel pouvoir? Bien vite mon élan a été coupé, ne restent que ces points de suspension par lesquels je me signifiais qu'il y aurait une suite à écrire. Je crois qu'elle est là, sur la page de cahier – oui, en effet:

    La littérature a ce pouvoir unique de faire vibrer entre les mots, les phrases, une ineffable présence, un «au-delà de ce qui est écrit» peignant à l’horizon de la lecture un vague paysage qui donne à celle-ci sens et relief – un vague paysage propre à chaque lecteur et dont l’auteur ne saura jamais rien. Le vrai critique, le critique lumineux, est celui qui sera capable de rendre justice à la littérarité d’autrui non pas seulement en citant de larges extraits – car ce faisant il reste en surface, dans une monstration qui n’amène pas le lecteur dans les profondeurs bouleversantes de l’écriture dont il est question – mais en faisant à son tour advenir dans ses phrases une littérarité singulière, en suscitant à son tour un «vague paysage». Celui qui saura aussi, en même temps, faire entrevoir au lecteur ce «paysage» qu’il a lui-même entrevu en lisant, et souligner comment l’écrivain dont il parle parvient à rendre manifeste la présence mystérieuse.

    Jean-Louis Kuffer est de cette confrérie des critiques lumineux.

    Mais avant que d'avoir extrait de la note broussailleuse ce qui précède, quelque peu désordonnée et pressée surtout d'attraper un peu de sens quand des phrases avenantes se présentent qui paraissent le servir, j'avais ajouté au bas de ce BROUILLON :

    Un livre admirable, où en toute page se révèle la langue d'un orfèvre-joaillier – non pas «langue de poète», une expression si figée qu'elle me semble rapetisser le «poète», et l'auteur de Jardins suspendus, poète assurément, ne mérite en aucune façon pareil sort – qui excelle à faire rutiler l'écriture des autres mais aussi, taillant à facettes ses propres mots et rythmes, les émerveillements qui tiennent son âme en éveil, qu'ils soient suscités par les livres ou par les innombrables percepts offerts à tout moment par le monde environnant.
    Donnant irrésistiblement envie de lire les livres dont il parle, d’aller à son tour, par les chemins littéraires, à la rencontre des écrivains auxquels il prête l’oreille, Jean-Louis Kuffer s’avère un passeur majuscule pour cette autre raison qu’en ces délectables «jardins suspendus» il fait advenir ce miracle rare: à travers des expériences profondément intimes dont il transfigure par son écriture la singularité, l’irréductibilité, il tend à qui le lit de ces mêmes clefs de vie, de ces mêmes clefs d'être qu'il a trouvées au creux des livres. Ainsi dit-il, par exemple, de la lecture: Avant de commencer à écrire, entre seize et vingt ans, j’ai d’abord vécu les mots, si l’on peut dire: j’ai vécu ce rapport parfois vertigineux qu’on peut éprouver devant l’étrangeté mystérieuse des mots qui découle de l’énigme insondable de notre présence au monde.

    … Voulant rapiécer toutes ces bribes à seules fins introscopiques – car sous les mots de Jean-Louis Kuffer, je crois bien avoir ramassé deux ou trois clefs d’or, dont il me faut maintenant apprendre à me servir – je me suis aperçue que je retouchais et réécrivais non pas tant pour cerner de plus près quelles jouissives lumières m’avaient apportées ce livre mais pour, au bout du compte, tâcher de rendre hommage à un auteur que je lisais pour la première fois. Mais alors il me faut rajouter deux ou trois petites choses à propos du livre.

    À l’évidence compilation de textes déjà publiés c’est avant tout une totalité qui se tient par elle-même et pensée comme telle, où chaque pièce a été subtilement retaillée pour prendre place à l’intérieur d’une architecture extrêmement précise.

    Outre que se glissent ici et là des poèmes, de petites fugues autobiographiques, on voit que les interviews, les articles critiques ont été habilement pérennisés, non pas coupés artificiellement de leur époque d’écriture (certains sont explicitement datés) mais revus de telle manière que celle-ci en relève la saveur dans notre présent en dépit des années écoulées. L’on a ainsi un recueil exceptionnel, qui mérite d’être lu comme un ensemble mais dont on peut, aussi, goûter chaque texte isolément, dans l’ordre que l’on veut – et quel que soit le mode de lecture adopté, le plaisir sera pareillement intense.

    Pour toutes les richesses que contient le livre dont je ne laisse rien paraître, des points de suspension suffiront qui vaudront invite à visiter sans attendre ces Jardins…

    Jean-Louis Kuffer, Les Jardins suspendus, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2018. 416 p. - 27,00 €.

    Ce texte est extrait du blog: http://terres-nykthes.over-blog.com

    Portrait de JLK: Philip Seelen.

  • Arbor

    18559011_732121903634657_6523408757483484023_o-1.jpg

     

    …Ce qui nous a branchés, et cela nous est sans doute resté de nos interminables entretiens philosophiques dans les sous- bois de notre université buissonnière, c’est l’arborescence de tout ça, dans la turbulence nébuleuse des cosmologies restées à l’état de conjectures, l’arbre des curiosités sous nos doigts de gamins, le grand jeu princier de la poursuite prétendue triviale soudain accessible à tous, l’encyclopédie feuilletée dans le cliquetis insonore et tout qui s’allume sur la Toile comme un vitrail quand le jour se lève…

    Image: Philip Seelen.

  • Couleurs du noir

    26910434_851586275021552_8675519926598107958_o.jpg

     

    L’argentique reste ce qu’il fut comme le noir et blanc du cinéma le plus pur, mais une nouvelle modulation de la nuit américaine redonna, par l’usage approprié des computeurs de pointe, du mordant mélancolique à ces moments d’effarement solitaire où tout à coup tout semble sculpté au ciseau d’obsidienne.

    Image: Philip Seelen.

  • Connexions V

    16807347_686380278208820_5740769876503205924_n.jpg

    …À un moment donné les voisins du quartier des Oiseaux avaient cessé de se parler d’une fenêtre ou d’un jardin à l’autre, les femmes avaient renoncé depuis longtemps à chanter aux fenêtres, alors que les pelouses étaient désormais traitées aux produits infanticides, mais de nouvelles relations propices à l’échange et au débat à tous les niveaux s’étaient rétablies via les réseaux sociaux de sorte que Madame du Perron, dont la nouvelle villa sécurisée jouxtait l’ancienne demeure des Reynier revendue à la cheffe de projet d’une start up en vue, avait enfin pu commencer de partager avec sa voisine sur la question du recyclage des déchets urbains…

    Image: Philip Seelen.

  • Connexions IV

    26756697_851586615021518_5654446519201956751_o.jpg

     

    …Certains ne voient plus que la clôture et l’obstacle, quitte à se fabriquer des murs urbi et orbi, mais d’autres continuent de voir le monde étinceler entre les parois et les palissades, et d’ailleurs on le voit aussi en traversant le Nullarbor australien, le désert scintille, et tout autour des anciennes mines abandonnées, au Chili, on voit de petites flammes roses que lancent ces espèces de fleurs quant la neige fond sur le sol noir - ça vaut le coup de jeter un oeil et si ça vous chante je vous le balance sur Instagram vite fait…

    Image:Philip Seelen.

  • Connexions III

    25395100_835989959914517_8178803941013156591_o.jpg

     

    …La vision multiple et simultanée requiert elle aussi une nouvelle forme d’attention à sélection intégrée qui devrait inventer à mesure ses propres formes au lieu de reclasser les nouvelles données dans le déjà vu au goût de vieille tisane réchauffée, et j’te dis pas ce que ça nous ouvre à tout ce qu’on voyait jusque-là sans le voir, à l’instar de ceux qui n’y ont jamais rien vu qu’encadré sur le mur du salon, signé et coté sur le Marché…

    Image: Philip Seelen.

  • Connexions II

    26849982_851586378354875_770789818872276775_o.jpg

    …En outre les critères de la beauté seraient à redéfinir selon les lieux et les cieux, se dit le Chamane assis en lotus sous le nuage dont il sait les composants biochimiques à retombées durables, mais il a choisi de tout savoir et c’est en somme ce qui fait sa force douce, entre deux manifs et deux cérémonies à l’ayahuasca, un clic et le voici reparti de friches industrielles en lointains bleutés…

    Image: Philip Seelen.

  • Connexions I

    25587145_838903322956514_1737695142360756505_o.jpg

     

    …Que les autoroutes de l’information soient à la fois des tunnels, des passerelles, des allées de pistes santé, des entonnoirs d’antimatière ou des échappées spatio-temporelles dépend évidemment de la potentialité panoptique du regard et de son ouverture aux quatre sens de la vie selon l’Eclairé, souligne notre neveu chamane qui gère son profil Facebook, sur le Mac Big Screen installé dans sa yourte, avec une attention flottante jamais en défaut et, tous les quarts d’heure, un peu de méditation devant les épilobes roses sur fond de ciel bleu, clope à la main…

    Image: Philip Seelen.