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  • Dernier shoot

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    … Tu jurerais qu’elle dort, tu te l’imagines aux anges, tout apaisée, toute sereine sous son chapeau de paille, mais c’est rien que pour la photo : ce matin elle s’est fait résilier son contrat par Pat qui la trouve trop lisse et trop chère, alors voilà je te dis que ça: Nadia c’est la vraie pro…
    Image : Philip Seelen

  • Le Monsieur

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    …Mais oui Pilou, va vers le Monsieur, l’est gentil le Monsieur, l’est pas comme ceux qu’on t’a dit, le Monsieur, l’est pas vilain, le Monsieur, l'a dit laissez venir à moi les petits filous, le Monsieur, donc t'en fais pas: tu lui prends la main et tu lui dis : bonjour gentil Monsieur…
    Image : Philip Seelen

  • Les Rothko

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    … Tu dis quoi ? T’es sûre ? Attends, t’es sûre que c’en est? T’as vu la signature ? Tu crois que ça peut se trouver que ça se trouve dans le métro ? Moi je croyais que c’était rouge ou orange… T’as vu les affiches chez Léa ? Et dans la salle de bain de Fabien t’en as un, et dans le salon des Larguier, et sur le blog de Tiziana : ils sont tous rouge ou orange ou alors avec des dégradés… Tu crois que c’est l’influence de Carla sur Sarko – alors là, si c’est le cas, le nouveau ministre, on l’a, mais traîne pas, chérie, y a du bourrage à Châtelet  !

    Image : Philip Seelen  

  • Superwoman

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    …En fait on a toujours pressenti Samantha pour le poste de leader des  consultantes du Brain Tank de l’Entreprise, et le fait que son look soit à la fois old-fashioned et flashy n’y est pas pour rien - avis à celles qui se sapent Trash…

    Image : Philip Seelen

  • Spéculations

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    …Théophraste Cambremer, Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier de l’Instruction publique et Correspondant de l’Institut, ça te dit quelque chose toi qui a de l’instruction ? Il écrivait, d'après sa plume, mais c’est rien marqué. Il a l’air de réfléchir. Tu trouves qu’il a l’air d’un philosophe ? Pas trop sévère ? Pas plutôt un pasteur ? Ah, y a une citation effacée : « L’atome n’est qu’un concept ». Et là ses dates : 1879-1905; ça fait jeune malgré la barbe. Et tu crois qu’on avait déjà découvert l’atome avant 14-18 ?
    Image : Philip Seelen

  • Ceux qui vivent simplement

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    Celui qui offre du rouge à lèvres Atomic à sa nouvelle passade bègue / Celle qui fait ses cumulets derrière le remblai de la voie ferrée / Ceux qui vont tantôt à voile et tantôt à vapeur sur le Canal Jaune / Celui qu’on appelle Jésus pour sa barbe et les sandales qu’il porte même l’hiver / Celle qui va mettre un terme à la carrière de malfaiteur familial de son oncle Brutus / Ceux qui espèrent toujours cultiver des orangers dans le Borinage / Celui que la demeurée du quartier des Oiseaux appelait son Prince Brandon / Celle qui fugue en rêve sur le Tramway des Prés désaffecté en 1953 / Ceux qui prétendent que les pauvres sont souvent sots et les riches toujours malins / Celui qui surgit en soutane à la douche des pubères et se réjouit secrètement d’avoir à châtier les gestes pécheurs au moyen de son fouet à neuf queues / Celle qui traverse la rue pour ne pas avoir à saluer sa mère / Ceux qui se croient quittes de tout respect humain parce qu’il sont sûrs de détenir la Vérité / Celui qui estime qu’il faut avoir de l’imagination mais pas trop / Celle qui parle du Grand Shakespeare sans en avoir jamais lu une ligne ni vu aucune pièce / Ceux qui sont convaincu d’avoir écrit LE roman de la rentrée / Celui qui s’identifie à l’Homme des bois / Celle qui se veut l’Antigone du groupe lesbien de la banlieue de Mons / Ceux qui lèchent la main de celui qui n’ose pas les frapper à cause des nouvelles Conventions de Genève / Celle qui t’a raconté les légendes de la Suisse profonde / Ceux qui se demandent si le dépôt de bilan de la General Motors aura une incidence sur le service après-vente de leur Opel Rekord / Celui qui regrette les hivers de Brueghel l’Ancien et compagnie / Celle qui se rend à grandes enjambées à la Kermesse aux boudins / Ceux qui perçoivent en eux le Combat des Extrêmes, etc.
    Image : Philip Seelen

  • L'amérique dantesque de James Ellroy

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    Le maître du thriller socio-politique clôt sa trilogie historico-panique avec Underworld USA, saga de plus de 800 pages poussées au noir.

    Annoncé comme un « événement littéraire» par son éditeur, le dernier roman de James Ellroy s’ouvre, en force, par une séquence carabinée alignant sept cadavres en trois pages. Minutés et transcrits sous la forme de sèches phrases de rapport de police, mais illico rythmées et ciselées « jazzy» par le romancier-styliste, les faits relatent un braquage d’enfer qui donne aussitôt le ton. Le 24 février 1964, à 7h. 16 du matin, un camion laitier percute un fourgon blindé de la Wells Fargo contenant seize sacs de papier (monnaie) et quatre mallettes pleines d’émeraude. Violence et trahison : l’un des braqueurs prend la fuite après avoir « explosé » et cramé ses complices. Surgit alors  le chasseur qui « arrive toujours le premier » : Scotty Bennett, qu’on retrouvera, c’est promis, comme on retrouve divers premiers ou seconds couteaux des deux volets précédents  de la trilogie (American Tabloid et American Death Trip), violents et traîtres de tous les bords, mafieux et flics ripoux, sans compter les  « grands » de ce monde non moins pourris, du sinistre J. Edgar Hoover (patron du FBI en fin de règne)  au milliardaire vampire camé Howard Hughes, en passant par un certain Richard Nixon…
     « Ce livre est construit sur des documents publics détournés et des journaux intimes dérobés », avertit le narrateur, double voyeur et truqueur de l’auteur (violence et trahison de la fiction) qui invoque la somme de son « aventure personnelle » (à commencer par sa mère assassinée quand il avait treize ans) et de « quarante années d’études approfondies».
    Du polar reflétant l’histoire contemporaine de son pays, comme dans Le Grand nulle part ou Le Dahlia noir, voici l’Histoire avec une grand hache tissant elle-même l’intrigue d’une conspiration :   « La véracité pure des textes sacrés et un contenu du niveau des feuilles à scandale »…
    Monstrueux labyrinthe ruisselant de sang et retentissant de bruit et de fureur, Underworld USA, variante de l’Enfer de Dante,  évoque la face sombre des années Peace and Love, suite funèbre de tragédies amorcées en novembre 1963  par le « Grand Moment » de l’assassinat de JFK, véritable « tournant de l’histoire », premier des complots qui virent ensuite la mort de Martin « Lucifer » King, selon le mot de l’affreux Hoover, et celle de Bob Kennedy, en avril et en juin 1968, jusqu’à la réélection de Nixon en 1972.
    A la sarabande « historique » des psychopathes du pouvoir politique et financier et des mafieux de haute volée (tels Santos Trafficante, Carlos Marcello ou Sam Giancana) se mêle une nuée d’intrigues aux personnages souvent aussi intéressants que les premiers, tels le jeune détective privé Don Crutchfield, l’agent Dwight Holly, « bras armé de la loi » et instrument des crimes de Hoover, Marsh le génie noir de l’infiltration, ou Joan Rosen Klein  la militante charismatique,  dite la Déesse rouge.
    Du sabotage de la campagne de Humphrey par les sbires de Nixon avec l’accord du FBI, à la déstabilisation des mouvements d’émancipation noirs, du financement des attentats d’extrême-droite à Cuba par le trafic d’héroïne, au soutien d’une paradis mafieux en République dominicaine, tout y passe et nous en passons : violence et trahison. 
    LireEllroy.JPGJames Ellroy. Underworld USA.  Traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias. Rivages/Thriller - 840 p.
     
    La parano du romancier
    L’œuvre de James Ellroy, magistral conteur (storyteller, comme on dit en v.o.)  du roman noir américain, est-elle comparable à celle d’un William Faulkner, ainsi que le suggère son éditeur français François Guérif ? Tel n’est pas notre sentiment, si l’on veut bien admettre que le remarquer ne procède pas d’un élitisme exclusif. Cependant, de la poésie universelle de Faulkner, dont la frise des personnages et des grands thèmes ne cessent de nous hanter et de nous poser des questions essentielles, à l’univers plombé de l’auteur d’Un tueur sur la route, de L.A. Confidential ou de l’inoubliable Ma part d’ombre (tragédie fondatrice marquée par l’assassinat de sa mère), entre autres titres, il nous semble y avoir un saut qualitatif notable, notamment lié aux standards restrictifs propres au genre du thriller. Inversement, l’on pourrait dire que Dostoïevski est un «storyteller » brouillon en dépit de son indépassable génie.
    Or ce qui frappe, dans l’œuvre d’Ellroy, est que c’est en conteur « visionnaire » qu’il exprime le mieux « son » Amérique, plus qu’en chroniqueur achoppant aux faits « réels ». On peut comprendre évidemment, du fait de son « vécu », sa vision paranoïaque des States, qui semblent livrés aux seules forces du mal. Mais comment ne pas voir que c’est dans la fiction pure qu’il est le plus « vrai » ? À cet égard, la trilogie d’Underworld nous en apprend plus sur la parano du romancier que sur la « véracité » revendiquée de son Amérique…

    Ces articles ont paru dans l'édition de 24 Heures du 9 janvier 2009.

  • Ceux qui faussent la donne

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    Celui dont l’excessive bonté constitue un danger réel pour l’efficacité de l’Entrerprise / Celle dont on se demande ce qu’elle fait aux lieux où elle s’attarde de plus en plus longtemps et revient avec des yeux hagards signalant peut-être une Rencontre d’ordre mystique allez savoir avec une fille de pope / Ceux qui gênent leurs supérieurs avec leur façon de parler de leur vécu privé / Celui se sent de moins en moins l’incarnation typique du jeune homme d’avenir tel que le représentent les pubs de banques de crédit / Celle qui montre soudain un goût dispendieux pour les cactées rares au dam de son tuteur Anicet / Ceux qui suivent des cours particuliers pour réintégrer le troupeau sexuel / Celui qui s’inscrit au Club de Sculpture humaine dont les membres s’oignent le corps afin de se photographier en slip minimum pour leur revue sur papier glacé / Celle qui tricote des bonnets uniformes pour ses cinq fils tous bons skieurs de fond et croyants mais plus tant pratiquants à cause des concours / Ceux qui s’épilent rageusement depuis que leurs relations ont merdé avec l’Amicale des velus / Celui qui assume sa condition de meilleur indic du canton pratiquant l’infiltration tous azimuts / Celle qui pousse l’innocence jusqu’à ne pas voir se gausser ses camarades du catéchisme protestant qui lui trouvent un faciès de pourceau / Ceux qui font commerce de bons sentiments / Celle qui ne peut s’adresser à ses nouvelles majorettes sans aboyer comme un gardien de prison texan / Celle qui fredonne des airs légers en se fumant une clope devant l’ancienne léproserie transformée en club de rencontre pour AA. / Ceux qui font du curling le jour et pratiquent un peu d’échangisme le soir en croisant les équipes, etc.

    Image: Philip Seelen.