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  • Ceux qui vivent hors du temps

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    Celui qui te fait comprendre que son temps est compté / Celle qui établit la courbe statistique des fréquences thématique des gravures de Rembrandt / Ceux qui répètent comme des andouilles blêmes que le temps ne fait rien à l’affaire / Celui qui estime qu’un miracle daté est une preuve de trop / Celle qui prétend avoir en elle une Horloge GMT qui suspend son vol durant l’Acte / Ceux qui se reconnaissent à cela qu’ils ont perdu leur montre sans le montrer / Celui qui estime que la maison close a son temps imparti / Celle qui estime avoir le droit de disposer du temps de ses domestiques pour leur enseigner la Bonne Parole / Ceux qui se sont retirés du temps pour s’aimer 24h. sur 24. / Celui qui vous confesse ses vilenies du 7 octobre dernier vers 2 heures du matin et vous en veut de ne pas obtenir la pareille / Celle qui reçoit imaginairement le souverain pontife Benoît XVI et lui fait remarquer qu’il retarde à tous égards sur le passé / Ceux qui n’ont jamais vu Dieu mais le tapotent à tout moment (prétendent-ils) du bout de leur canne d’aveugles / Celui qui lit Le livre de sable dans son bain de boue / Celle qui cite les Pères de l’Eglise pour en imposer à ses collègues de la Bibliothèque des Aînés / Celui qui dit non pour mieux dire oui / Celle qui couve l’oignon de son oncle Marcelin d’un regard indubitablement concupiscent, Ceux qui aiment bien leur vieille carcasse en dépit de sempiternels rhumatismes articulaires aggravés ces derniers temps par des accès de mélancolie liés au temps qui passe et à la disparition des loutres, etc.

    Peinture: Joseph Czapski, acryl sur toile.

  • Le Deal

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    …Cela étant, Jean-Siméon très cher, et je parle à l’ami autant qu’à l’avocat, j’aimerais que tu expliques à Wanda que ma dernière proposition n’est pas négociable, à savoir que si elle part avec l’enfant et le Buffet Louis XIII (environ 7000 euros), je garde évidemment la tunique Empire marengo griffée YSL (environ 15000 euros) en tant que souvenir de nos fiançailles et de l’attachement sentimental qu’elle me sait vouer à la maison Dior…
    Image : Philip Seelen

  • Drôle d’oiseau

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    … Le scoop c’est que Paul s’arrête et qu’il se pose juste là, et qu’il bronche plus pendant deux trois siècles, le temps qu’on vienne lui picorer le frontibus, aussi ça le rend plus cool, pour la photo, t’sais qu’il fait peur aux Ricaines et aux Japonaises avec son épée et son air bougon de père sévère, mais nous on le connaît de mère en fille, on sait que c’est pas le mauvais bougre, y gagne à être connu, en tout cas on évite de lui ch… dessus…

    Image: Philip Seelen

     

     

     

  • Pensées de l’aube

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    A propos de Simone Weil et d’Albert Camus
    A La Désirade, ce lundi 8 décembre.
    - Il a fait ce matin une aube lustrale, limpide et tonique, toute belle et toute bonne à reprendre la lecture belle et bonne de deux ou trois livres non moins toniques et limpides, à commencer par L’Insoumise, bonne et belle défense et illustration de la personne et de l’œuvre de Simone Weil par Laure Adler.
    « Car, aujourd’hui, nous avons besoin de la pensée de Simone Weil, écrit Laure Adler, de sa clairvoyance, de son courage, de ses propositions pour réformer la société, de ses fulgurances, de ses questionnements, de son désir de réenchanter le monde ».
    Weil2.jpgC’est en cheminant « dans les pas » de Hannah Arendt que Laure Adler est revenue à Simone Weil dont elle avait lu, à l’adolescence, La pesanteur et la grâce. En 2007, pour documenter un hommage sur France Culture, elle se plongea dans l’immense chantier des Cahiers après avoir lu L’Enracinement, autre livre majeur.
    « Ce fut une véritable odyssée, un vertige.
    Cette fois-ci l’admiration se transformait en passion.
    Pourquoi est-elle si peu lue ?
    Pourquoi est-elle si peu connue ?
    Ce livre est un livre d’admiration qui se donne pour but d’agrandir le cercle des amoureux de Simone Weil ».

    Rien pour autant de l’hagiographie dans cet ouvrage immédiatement dense et passionnant, qui raconte Simone Weil en l’abordant par la fin, si l’on peut dire, dès la Noël 1942 où elle se retrouve à Londres, brûlant de se faire parachuter en France pour en découdre avec l’Ennemi, mais de plus en plus faible, malade et le cachant, approchant inexorablement cette grande vérité qu’elle sait à la mort. Mais c’est la formidable vitalité intérieure, et son goût aussi pour les bonnes choses de cette bonne femme drôlement allurée, niant apparemment sa féminité (c’est à vrai dire plus compliqué) pour mieux se donner à un amour total, que fait revivre Laure Adler en mêlant vie quotidienne et travail de fond, dans le monde et à sa table, à partir de L’Enracinement.
    A Simone Weil, avant d’ouvrir L’Insoumise, j’étais revenu derniers ces jours, par Albert Camus qui en a publié la première édition, à la redoutable Lettre à un religieux, livre du feu de Dieu qu’on pourrait dire le plus chrétien des livres conspuant l'Eglise.
    Rien de plus étranger au Christ, selon elle, que le catéchisme du Concile de Trente. « Car la vérité essentielle concernant Dieu, c’est qu’il est bon. Croire que Dieu peut ordonner aux hommes des actes atroces d’injustice et de cruauté, c’est la plus grande erreur qu’on puisse commettre à son égard ».
    Albert Camus, qui la cite souvent dans ses propres Carnets, devait boire du petit lait en lisant cette Lettre à un religieux, aussi sévère envers les Hébreux nationalistes et fermés à l’esprit de douceur, qui « ont eu pour idole, non du métal ou du bois, mais une race, une nation, chose tout aussi terrestre ».
    « Tout se passe comme si avec le temps on avait regardé non plus Jésus, mais l’Eglise comme étant Dieu incarné ici-bas. La métaphore du « Corps mystique » sert de pont entre les deux conceptions. Mais il y a une petite différence : c’est que le Christ était parfait, au lieu que l’Eglise est souillée de quantité de crimes ».
    Rien d’angélique là-dedans, pas plus que dans les appels de Camus à la « trêve civile » en Algérie, mais le seul et constant souci de revenir à une religion d’amour trahie par la conquête.
    C’est en quoi, notamment, je vois la réflexion de Simone Weil comme une pensée de l’aube, plus ardente, plus profonde, plus follement verticale que la « transcendance horizontale » de Camus. Mais de celui-ci, je viens de relire La Chute, qu’on pourrait dire la face sombre de l’homme contemporain, à laquelle Camus entreprit d’opposer la face matinale du Premier homme

    Weil1.jpgLaure Adler. L'Insoumise. Actes Sud, 271p.