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  • Le Dantec nouveau

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    Lecture intégrale d’ Artefact. Notes.


    DANTEC Maurice G. Artefact. Machines à écrire 1.0. Albin Michel, 565p.

    Vers le nord du ciel

    - Exergue d’Ernest Hello : « Le monde est un désert où la foule va et vient ».
    - 1. La Tour.
    - Le narrateur dit être né ce matin à 8h46.
    - Mourant et naissant en même temps.
    - Dans un « endroit unique au monde ».
    - Il est « un peu plus qu’un être humain ».
    - D’origine aussi inconnue que ses destinations.
    - Sachant que les Temps viennent.
    - Il sait tout ce qui advient.
    - Est chargé d’une Mission.
    - Le rythme du récit a quelque que chose de la scansion biblique.
    - Il naît dans le hall de la firme juridique.
    - Au centre du centre-monde.
    - Qui n’est autre que le World Trade Center, à 8h.46, au 90e étage.
    - Il naît à sa nouvelle vie au moment où l’avion percute la Tour nord.
    - Le choc et le fracas sont évoqués avec beaucoup de force.
    - Il sait déjà ce qui va se passer.
    - L’événement va déclencher une guerre sans précédent.
    - Il vient du Vaisseau-Mère, auquel sa Mission le lie.
    - Mais il a déjà décidé de vivre sa liberté.
    - Ce qui se passe dans la Tour nord est une « condensation verticale de l’enfer ».
    - S’il a déjà connaissance des faits à venir, il ignore ce que lui-même va faire.
    - Il pressent que la catastrophe va révéler quelque chose.
    - « Je viens de naître au milieu de l’Enfer, je viens de naître au milieu du monde des Hommes ».

    - 2. Celle de l’étage 91.

    - Dans la Tour noir, le plein jour devient ténèbres.
    - On apprend qu’il a observé l’humanité pendant des siècles.
    - Il est Observateur.
    - Et décidé à braver tout déterminisme.
    - Pense que le sacrifice en vaut la peine.
    - Il va s’incarner pour la dernière fois.
    - Constate que l’événement marque le début du XXIe siècle.
    - L’humanité est devenue idolâtre d’elle-même.
    - Et voici qu’il entend une voix de petite fille.
    - Pressent alors qu’il est venu pour cette enfant.
    - La rejoint et la charge sur son dos.
    - Il sait déjà que 1366 personnes auront été bloquées dans le WTC-1.
    - Et se met à descendre. Sait qu’il a eu de temps avant l’effondrement de la tour, après la tour sud.
    - Il entend vaincre les nombres.
    - Et commence alors la descente effrénée.
    - A remarqué que la petite portait une croix huguenote.
    - Observe l’humanité depuis plus de mille ans.
    - « En fait, je suis le futur de votre espèce ». (p.35)
    - Il voit dans la nuit et saura dévaler les étages en mettant à profit certaines facultés extra-terrestres.
    - Il est au 40e étage lorsque la Tour sud s’effondre.

    - 3. Nuit et brouillard
    - Le chaos est bien rendu.
    - « il y a un train géant qui descend des cieux ».
    - Le récit est à la fois statique et très dynamique, limpide et très évocateur.
    - Ils arrivent dans le chaos du parterre, alors que la Tour nord commence de s’effondrer à son tour.

    - 4. Là où les rues portent 3000 noms.
    - Tandis qu’il fuit avec la petite fille, des hommes en costumes sombres quadrillent le parterre. L’un deux le repère. Que fait-il avec cette petite fille ?
    - Il la présente comme la fille du sénateur du Wyoming.
    - Etrangeté et menace bien rendues.
    - Et la Tour nord s’effondre.
    - Il se sauve avec la petite fille, auquel il fait boire le contenu d’une fiasque de whisky relique d’une de ses vies passées, durant la guerre des Boers…

    - 5. Cities on flame with rock’n’roll
    - Ils se retrouvent dans Manhattan.
    - Il l’emporte vers son domicile du sud du Village
    - Fuit le Ground Zero de la société-monde.
    - Plus une société : un champ de bataille.
    - Parvient à sa maison-piège.
    - Aux installations sophistiquées.
    - Où il prépare une salle d’op pour soigner l’enfant.
    - Qui s’appelle Lucy. Ben voyons. Skybridge. Naturally.
    - Il se prépare à un séjour ultérieur au Canada.
    - Il avait d’ailleurs tout prévu, sauf la môme.
    - Revoit la journée sur CNN.

    6. L'observatoire du monde humain
    - Il repasse ses souvenirs depuis la prise de Saint-Jean d’Acre.
    - Considère ses livres. 1003 écrits par lui, et 5000 autres.
    - Il a commencé à écrire en 998.
    - Il est devenu un authentique spécialiste du simulacre humain.
    - Au XXe siècle, il a fait tous les métiers.
    - Il a vécu une petite dizaine d’années dans la maison de New York.
    - L’intendance des Observateurs est assurée par les Truqueurs. Des sortes d’anges gardiens.
    - « L’Amérique est la première civilisation a avoir vécu à la vitesse de la lumière. Elle est probablement la civilisation qui mourra le plus vite ». (p.75)
    - Lui-même est devenu un super-Américain.
    - Les Observateur ne vieillissent pas.
    - Ou presque pas.
    - La petite fille remarque que son sauveteur a une drôle de façon de se dédoubler.
    - Il sait que la mère de la petite a cramé.
    - Elle lui apprend que son père les a abandonnées, sa mère et elle.
    - Un climat étrange, avec quelque chose d’ingénu dans le récit.

    - 7. Me and my black box
    - Il annonce à la petite fille qu’ils vont partir.
    - Elle accepte de le suivre.
    - Lui fait jurer de ne pas s’aventurer hors de la maison pendant qu’il prépare le voyage.
    - On ne sait pas qui est réellement la petite.
    - Il évoque sa bibliothèque et les morts de Ground Zero
    - 8. Un peu au nord du désastre.
    - Les Truqueurs lui bricolent une nouvelle identité.
    - Qui lui permettra de passer la frontière.
    - Se retrouve dans les Appalaches.
    - Sur la route (on the Road) il sent l’onde du bonheur le traverser.
    - Ils arrivent dans la petite maison dans la prairie, yes sir.
    - Tous deux sont sortis de l’humanité, mais l’humanité est entrée en eux dans le même temps.
    - Il a vécu mille ans et de nombreuses vies, dont quelques mariages, mais jamais il n’a procréé.
    - Les Observateurs n’en ont pas la permission.
    - En cas de transgression, les Contrôleurs sévissent.
    - N’empêche, il pense maintenant « famille ».
    - Beau début d’un récit étrangement épuré, nouveau départ après Grande Jonction, instaurant un rapport très singulier avec le temps et la fiction… (A suivre)

  • Peindre l'eau du désert

     

    1c572093d0f0c36c4faa55da2811bda3.jpgNotes pratiques

    Ce qu’il faut évidemment, pour peindre l’eau du désert, c’est apprendre à en voir chaque goutte de sable et ensuite les mettre ensemble sur la toile, ça c’est le conseil de papa : il faut. « Le matin, quand on est abeille, pas d’histoire, faut aller travailler », notait pour sa part l’oncle Michaux.
    Donc j’essaie depuis deux jours de peindre du sable et de l’eau et le grain du ciel d’un bord de grève où deux enfants jouent. J’en avais tiré une espèce de petit poème de rien du tout en trois minutes, le Number One de mes Œuvres poétiques complètes, qui en comptent sept à ce jour.
    Voici le poème en question :


    Petites filles à la mer
    Dans les herbes hautes, on voit leurs chapeaux
    de paille claire, avec des rubans ;
    elles se dandinent un peu
    sur la dune molle ;
    on les sent légères :
    il s’en faut de peu qu’elles ne décollent
    de l’arête soufflée par le vent ;
    puis elles disparaissent un instant,
    puis on les revoit, plus menues –
    entre-temps elles ont pressé le pas ;
    tout en bas la mer brasse et remue
    son pédiluve à grand fracas ;
    mais elles connaissent,
    ça ne les impressionne pas :
    elles y vont tout droit, juste pour voir,
    si c’est si froid qu’on dit ;
    elles sont jolies,
    dans la lumière belle ;
    il n’y a qu’elles
    sur le sable gris.


    Cela pour le sentiment. Mais peindre la chose est une autre affaire, j’entends : peindre le sable et la lumière du sable, peindre le détail des choses sans s’y arrêter, peindre la couleur de chaque grain de lumière et que tout ça bouge ensemble et chante la moindre, peindre avec cette petite notation des carnets de Bonnard en point de mire : « Que le sentiment intérieur de la beauté se rencontre avec la nature, c’est ça le point ». Monsieur Bonnard qui écrit en 1946 au milieu de l’Europe en ruine: «Il ne s’agit pas de peindre la vie, il s’agit de rendre vivante la peinture ». Ou ceci : « Celui qui chante n’est pas toujours heureux », qui me rappelle le chapitre de Tzvetan Todorov consacré à Rilke, mal fichu à vie, recevant de Rodin le premier conseil: de ne faire que travailler, et le second conseil de Cézanne ensuite : de travailler sans discontinuer.
    Les carnets de Monsieur Bonnard, c’est du matin au soir et tous les jours, guerre ou pas guerre. D’ailleurs en 1945, voilà ce qu’il trouve à peindre au lieu d’un hymne à la Paix ou à la Liberté : des baigneurs au soleil couchant. Le sable du premier plan est jaune chiné de vert céladon et de rose pompon avec plein de blanc comme le décrit scientifiquement le bon Théodore Monod du Musée de l’Homme de retour du désert. La mer est faite de cent bleus et de cent verts friselés d’écume, et le ciel au-dessus est une fusion de mauves orangés sur fond d’ocre sable comme si le ciel était un peu le reflet suspendu du sable du rivage. Et là au milieu fulgurent une douzaine de taches d’or orangé humain visiblement insouciantes des séquelles de la guerre. Et Monsieur Bonnard de noter sur son carnet, mais c’était en 1939 : « A l’instant où l’on dit qu’on est heureux, on ne l’est plus ».
    C’est le relatif de l’absolu que Rilke a bien connu. Monsieur Bonnard note encore : « Mallarmé / La recherche de l’absolu ». Et lui aussi est de l’aventure, Monsieur Bonnard, malgré son air placide, vaguement égaré, l’air aux abonnés absents mais pas du tout : abeille pointeuse dès le matin.
    Tout le reste il n’y a que la peinture qui le dit. La pensée de la peinture ne se pense qu’en regardant ce qui n'a été pensé que par la peinture, disait à peu près Merleau-Ponty à propos de Cézanne. Et ça continue.
    A la fenêtre de ce matin le noir est une couleur et nous sommes, salut Kerouac de notre jeunesse éternelle, on the road again. Encore une journée divine, disait la Winnie du vieux Sam, et même si ça ne se voit pas à l'instant ça y est presque. Sur son nuancier Monsieur Bonnard détaillait tel jour froid de beau temps comme il s'en prépare un rude à l'instant: Violet dans les gris. /Vermillon dans les ombres orangées, sauf qu'ici dans la neige ce sera plutôt du mauve dans les blancs crayeux et du bleu d'eau de fonte dans la terre d'ombre... 

    W.Turner, aquarelle.