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  • Rentrée à la paresseuse

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    Dialogue du lecteur et de son double à propos d’Une forme de vie d’Amélie Nothomb.

    Moi l’autre : - Et c’est reparti pour la rentrée…
    Moi l’un : - C’est en effet reparti, et avec Amélie Nothomb, ponctuelle comme l’abricot de fin juin.
    Moi l’autre : - Croquant, son dix-neuvième titre ?
    Moi l’un : - Al dente, quoique pas loin du jabotage. Amélie joue son propre personnage en fana de l’épistole. On sait qu’elle entretient une correspondance surabondante…
    Moi l’autre : - Tu te rappelles la dernière fois que nous lui avons serré la pince chez Albin Michel : elle débarquait dans son bureau avec une pile de lettres plus haute qu’elle.
    Moi l’un : - Tout juste Auguste : c’est son lot quotidien, auquel elle répond brièvement à raison de douze par jour...
    Moi l’un : - Et donc, Une forme de vie parle de correspondance…
    Moi l’autre : - … Avec un de ses lecteurs fervents, qui lui écrit de Bagdad. C’est le 2e classe Melvin Mapple, en Irak depuis six ans, qui souffre comme un chien et bouffe pour oublier qu’il en bave.
    Moi l’un : - Je ne t’ai pas senti passionné…
    Moi l’autre : - Disons que ce n’est pas du meilleur Nothomb, au niveau par exemple des Catilinaires. Mais c’est quand même intéressant, comme toujours. D’abord parce que le correspondant en question bluffe complètement la romancière, en lui écrivant des lettres dictées par une absolue nécessité, en tout cas à ce qu’il semble. Et ensuite par les rebondissements. La façon par exemple, de suggérer à Melvin, qui va sur ses deux cents kilos, de s’assumer en tant que « sculpteur » de son corps, et de se vendre à une galerie de Body Art, vaut son pesant de grinçante malice. Et puis l’art de la digression de Nothomb, et sa patte, sa vivacité, son humour font toujours mouche.
    Moi l’autre : - J’aime bien aussi ses notations sur l’art épistolaire, Sévigné qui écrit « Pardonnez-moi, je n’ai pas le temps de faire court », ou sur Truman Capote, ou encore sur les relations entre écrivains et lecteurs, et puis c’est une espèce d’autoportrait en mouvement assez vif.
    Moi l’un : - On y découvre, notamment, que notre graphomane en est à son 65e manuscrit, et qu’elle ne manque pas une occasion d’exercer son droit de vote belge.
    Moi l’autre : - Et puis ça rebondit. Et le personnage de Melvin Mapple s’étoffe. Et l’on voit que l’apparente transparence de la correspondance peut s’ouvrir à des jeux de miroirs vertigineux.
    Moi l’un : - Or c’est là, aussi, que la romancière nous laisse une fois de plus sur notre faim, mais c’est aussi sa signature. Elle a des idées souvent formidables, qu’elle ne développe pas. Pourtant ce n’est pas vraiment qu’elle reste en surface. Non : c’est autre chose : c’est sa mesure.
    Moi l’autre : - C’est cela même : c’est vif, fin, ça a l’air jeté mais ça ne l’est pas, c’est plein d’aperçus inattendus et parfois pénétrants…
    Moi l’un : - Ici un peu moins qu’ailleurs, mais ça ne mange pas de pain, comme on dit. Et les gens vont rentrer de vacances complètement crevés, fin août ils se « feront » donc un p’tit Nothomb genre limonade acidulée, fraîcheur de limoncello - on se réjouit pour eux, si ça se trouve...
    Amélie Nothomb. Une forme de vie. Albin Michel, 168p

  • Ceux qui restent partants

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    Celui que rien n’a blasé / Celle que toute déception fortifie / Ceux qui sont trop poreux pour moisir / Celui qui parie pour le meilleur des gens / Celle qui coupe court à toute jérémiade / Ceux qui ont découvert l’origine de la guerre en jouant de la pétanque et qui n’en ont pas moins continué de jouer paisiblement / Celui qui sait qu’un éclair suffit à distinguer ce qui est de ce qui n’est pas / Celle qui plaint ceux qui se plaignent de ce qu’elle ne se plaigne pas avec eux / Ceux qui trouvent en chaque aube l’image du neuf / Celui qui reste connecté en dépit du vertige glacé que lui inspire le virtuel / Celle qui se signale dans son réseau par un pseudo de célébrité vintage / Ceux qui ont donné un petit nom (secret) à leur webcam / Celui qui fait de tout une expérience à bien prendre / Celle qui règle ses comptes sur les murs de Facebook / Ceux qui n’ont plus rien à craindre qu’eux-mêmes / Celui qui se sent surveillé / Celle qui laisse partout des messages sans réponses / Ceux qui résistant à l’indiscrétion générale / Celui qui s’exprime sans attendre de retour / Celle qui se répand en confidences énervées / Ceux qui se raccrochent les uns aux autres / Celui qui suit sa ligne déconnectée / Celle qui ajoute à la beauté sans s’en douter / Ceux qui participent au chant du monde, etc.
    Image : Philip Seelen