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  • Marie Ndiaye goncourtisée

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    Romancière pur-sang du quarté final, elle a dominé la rentrée avec ses Trois femmes puissantes.

    Cette petite bonne femme a l’étoffe d’une grande romancière, se dit-on en lisant Trois femmes puissantes, huit ans après Rosie Carpe qui lui valut le Prix Femina 2001, un début de notoriété publique et l’indépendance financière. Ecrivain de race dès son premier livre, cette bonne élève de mère française et de père sénégalais entra à dix-huit ans dans la prestigieuse écurie de Jérôme Lindon, aux éditions de Minuit, avec un livre intitulé Quant au riche avenir et cousu d’une seule phrase, plus chic tu meurs. Neuf ouvrages, fictions et théâtre, suivirent à la même enseigne, ses pièces (vues en nos régions) entrèrent au répertoire de la Comédie-Française et, surtout, l’écrivain évolua sans discontinuer, se fit moins « littéraire », plus en phase avec le monde et le traduisant de plus en plus librement avec un grand art de « médium ».
    Son dernier roman, à cet égard, saisit par la pâte humaine de ses personnages et l’empathie profonde avec laquelle elle en retrace les destinées, sur fond de déracinement et d’humiliations vécues par des femmes et des hommes de notre temps. On pense à l’immense V.S. Naipaul, Nobel de littérature 2001, en lisant Trois femmes puissantes, et parfois à la Duras « annamite» ou au Simenon « africain », pour son écriture ou pour ses atmosphères et ses coups de sonde dans la psychologie conflictuelle des protagonistes. Une certaine magie, des oiseaux plus ou moins inquiétants et des dérives au bord des gouffres de la folie et du meurtre imprègnent en outre le roman de leur inquiétante étrangeté, dont on ressort ému et « sonné ».
    La première histoire de ce triptyque marque les retrouvailles de Norah, Sénégalaise devenue avocate à Paris, convoquée par son père despote (et non moins déchu) à Dakar où elle est censée défendre son frère qui s’accuse du meurtre de sa belle-mère et amante. Mais la vérité, manipulée par le terrible patriarche déchu, reste à démêler…
    Non moins retors, Rudy Descas, le prof blanc du lycée Mermoz de Dakar, qui a séduit la jeune Fanta et lui a fait miroiter un avenir meilleur en France, se retrouve là dans la peau d’un déclassé minable, entre sa femme dépitée qui le rejette et sa mère fondue en mystique débile.
    Enfin, le plus triste sort est vécu par Khady Demba, entr’aperçue dans la première histoire et retrouvée dans une accablante suite d’épisodes au fil desquels, après la mort prématurée de son conjoint la laissant sans enfant, elle va vivre le calvaire des « damnés de la terre » en quête de lendemains qui chantent.
    Or, sans préjugés politiquement corrects, remarquable par sa façon de percevoir les moindres mouvements affectifs de ses personnages, en relation avec leurs démêlés économiques, Marie Ndiaye brosse des portraits qui saisissent par leur caractère quasi symbolique et par leur vibration personnelle. Avec des vues pénétrantes sur le chantage affectif à base de calcul, la tyrannie douce ou le charme destructeur, notamment, la romancière justifie implicitement son titre en suggérant que la vraie puissance est, plus que force imposée: confiance inébranlable en soi et en la vie…
    Marie Ndiaye. Trois femmes puissantes. Gallimard, 316p.

  • Classieux

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    …Yep, c’est clair que ça pèche un peu niveau pédicure, lui faudrait un Bon gratos pour une séance chez Top Nails, mais à part ça tu vises le maintien: un front d’orteils qui s’accroche et l’autre qui se la joue lâcher-prise, c’est toute une philosophie, ça, tu pourrais dire que c’est à l’antique, genre Sénèque, mais pourquoi pas Cour de Versailles sous le Roi-Soleil ? En tout cas au G7 on a encore du chemin question posture, lol…

    Image : Philip Seelen  

  • Ceux qui s’accrochent

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    Celui qui n’en finit pas de chantonner en dépit des coups du sort successifs qui l’accablent sans répit / Celle qu’on taxe de sac de nœuds sans qu’elle parvienne pour autant à nouer les deux bouts / Ceux qui remontent la pente en train de s’effondrer / Celui qui ne voit plus sa partition d’accordéoniste mendiant amnésique / Celle qui s’éloigne peu à peu de ses semblables tout en devenant de plus en plus réelle grâce à la peinture d’après nature / Ceux qui ne s’en laissent pas conter en dépit de leur amabilité positivement irénique / Celui qui en reste à l’argentique pour une simple question d’odeur lui rappelant ses grandes années dans le sillage des Salgado et consorts / Celle qui cherche à dire de plus en plus de choses avec de moins en moins de mots / Ceux qui ont retrouvé leur potentiel préhistorique en décrochant de la DG / Celui qui évoque son corps glorieux à venir comme s’il l’avait aperçu dans le grand miroir du troquet du coin / Celle qui se dit hérétique envers toute religion sauf celle du farniente avec un bon bouquin et peut -être un mec pour faire bon poids / Ceux qui finissent par en venir aux mains au terme de la nuit qu’ils ont passée à discuter de la résurrection / Celui qui s’accroche au sexe pour ne pas perdre le contact / Celle qui est revenue de La Guadeloupe où son amant créole l’a plumée pour se consacrer à fond à son jardin d’enfants réadapté selon la méthode de La Garanderie / Ceux qui sont tellement tendres qu’on les dit de l’autre bord ce qu’ils sont parfois d’ailleurs c’est humain / Celui qui était tellement accroché à son fauteuil directorial qu’on a dû l’en détacher au fer à souder / Celle qui dit comme ça mais je m’accroche mais je m’accroche et qui s’accroche en effet alors que tu t’impatientes de baiser enfin sa cousine qui menace de s’en aller si l'autre reste / Ceux qui sont fort attachés à la vie et aux gens mais ne donneraient pas leur fils unique pour sauver ce merdier, etc.

    Image: Philip Seelen

  • Ceux qui se déploient

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    Celui qui s’impatiente de voir le cousin Pauliet faire son coming out familial qui lui permettra de l’enfoncer et de récupérer la tutelle très lucrative de l’orpheline morose / Celle qui n’en peut plus de faire le pied de grue devant l’agence de recrutement des Filles de Rêve / Ceux qui s’exercent à parler dans le micro en se servant du pommeau de la douche / Celui qui s’est précipité à la caisse de la FNAC pour se réserver un billet au prochain concert de Patrick Juvet avec lequel il faisait des concours du plus joli pinocchio à la piscine de Montreux dans les années 1960 ou un peu après / Celle qui trépigne dans la file des majorettes pressenties pour le badge assez recherché dans le canton de Joyeuse Rainette / Ceux qui courent à leur perte sans se douter que celle-ci passera complètement inaperçue au motif du séisme qui va ravager tous les comtés sud de l’Union / Celui qui affirme que la reconnaissance médiatique de sa chienne ventriloque relève désormais de l’urgence / Celle qui a acquis un style tout personnel dans la rédaction des demandes d’emploi qu’elle sait devoir finir au panier / Ceux qui obsolétisent les fausses bonnes idées d’avant-hier pour mieux maximiser celles d’après-demain / Celui qui se dit le TGV de l’amour au bureau / Celle qui a mis fin à l’agitation de la fourmilière en déployant la brigade des Amazones Casquées / Ceux dont les rêves sont autant d’émeutes, etc
    Image: Philip Seelen