UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le Passe-Muraille au rebond

     

     PasseMur1.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Zschokke.JPGFrochaux3.jpgFismeisterImage.jpgAU SOMMAIRE DU No 78. Juin 2009: Claude Frochaux (ouverture inédite + entretien avec JLK + présentation de ses ouvrages) - Andrzej Stasiuk, par Bertrand Redonnet - La Bibliothèque nomédienne, par Jean-François Thomas - Cesare Pavese, par Jean Perrenoud - Owen Sheers , par Bruno Pellegrino - Alice Tawhai, par Claire julier - Matthias Zschokke, par Laurence de Coulon - Abu El Qasim Chebbi, par Jalel El Gharbi - Julien Burri, par Bruno Pellegrino - Blaise Hofmann par Jean-Michel Olivier - Jean-François Sonnay, par René Zahnd - Jil Silberstein, par Patrick Vallon - François Ascal, par JLK. Textes inédits de Miroslav Fismeister, traduit par Petr Kral, et de Françoise Ascal.

    Abonnez-vous au Passe-Muraille
    et abonnez-y vos amis en nous adressant
    le bulletin ci-dessous ou en nous envoyant un courriel!
    passemuraille.admin@gmail.com
    BULLETIN D'ABONNEMENT
    (Les prix s'entendent tous frais compris)
    … Abonnement ordinaire 5 numéros
    (Suisse : 30 CHF / EU : 25! / Autres pays : 40 CHF.)
    … Abonnement de soutien (50 CHF pour tous pays.)
    Nom : …………………… Prénom : ………………
    Adresse : ……………………………………………
    ………………………………………………………
    Date : …………………… Signature:
    Le Passe-Muraille
    Service Abonnements
    Ch. du Levant 5
    CH – 1005 Lausanne

  • Révélations d’un regard

    Ascal5.jpg
    À propos de Rouge Rothko de Françoise Ascal
    Certaines peintures nous regardent autant que nous les regardons, et probablement nous arrêtons-nous précisément, pour les regarder, devant les peintures qui nous regardent. Il en va alors de rencontres réelles, telles exactement que Françoise Ascal les évoque dans Rouge Rothko, grand petit livre qui m’accompagne depuis le début de l’année et que je reprends souvent pour en revivre les observations méditatives. Le support de celles-ci se réduit à peu de chose : dix-sept piètres reproductions, et voulues médiocres, en noir et blanc, du genre des cartes postales que nous achetons à la sortie de telle exposition ou de tel musée pour avoir sous la main l’objet de LA rencontre, qui déclinent ici les noms illustres de Rembrandt et de Munch ou de Dürer et de Bonnard, mais également ceux moins connus de Barocci ou de Kupka, de Sima ou de Wols. Le prestige de la « marque » n’a aucune importance, et l’événement de chaque rencontre éclipse les vénérations convenues, souvent feintes, que Thomas Bernhard fustige dans ses Maîtres anciens. Il ne sera question ici que des transfusions vitales que la vie accorde au cœur et à l’esprit par le truchement de l’art, et dans toutes les nuances sombres ou claires de l’expérience et de l’émotion. Il y a aussi de l’autoportrait en son «atelier intérieur» dans ce livre intense et grave, mais aussi sensuel et joyeux, lesté de douleur secrète ou partagée, par exemple avec Wols « au camp des Mille », mais aussi riche de sensations et de saveurs, de désirs et de couleurs, enfin porté par cet « instinct de ciel » que cherchait Mallarmé et que trouvent ici Bonnard ou Kandinsky dans leurs « immensités heureuses ».
    Ascal3.jpgLa mère de Rembrandt est la première « rencontre » de Françoise Ascal, qui l’identifie aussitôt à la sienne avec ses « mains de lessive des matins froids au lavoir communal », et nos mères humbles s’y reconnaissent : «Ainsi luisent les femmes de l’ombre, comme des lampes ».
    Françoise Ascal vit la poésie de la peinture dans ses modulations les plus candides ou les plus lucides, des délicates violettes de Dürer à la fureur baudelairienne du Cygne enragé de Jan Asselyn. Saluant un « maître à voir profond en Joseph Sima », elle consacre des pages d’une émotion toute personnelle à une miniature indienne où elle trouve la représentation de sa « sœur du bout du monde », et conclut en deux pages inspirées face rouge incandescent de Rothko qu’elle apparie au soleil de Tabriz chanté par le poète Rumi. Et la question de vibrer à travers tout le livre : « Séjour de la lumière, comment te rejoindre ? »

    Françoise Ascal. Rouge Rothko. Apogée, 58p.

    Ce texte est à paraître dans la prochaine livraison du Passe-Muraille, No 78, disponible fin juin.

    Ascal7.jpgAscal2.jpg

  • Stasiuk le merle blanc

    stasiuk4.jpg

    Par Bertrand Redonnet
    Il nous arrive – il nous est arrivé plutôt ou, encore mieux, il nous arrivait parfois - autour d’une table enfumée où refroidissaient les restes d’un repas abondamment mouillé d’un jaja rouge et noir, de refaire le monde, tard dans la nuit, sous des lunes incertaines et la chevelure en bataille.
    Tunnel à sens unique, sans embouchure ni sortie, que les espérances décousues de ces soirées ! Et maudit soit ce maudit temps qui passe sans nous laisser le temps de peaufiner nos rêvasseries !
    Le plaisir n’était pourtant pas de refaire le monde car il résidait dans l’idée même, substantielle, de le défaire. Comme un ravissement présexuel. Celui qu’on connaît avant d’aborder le fulgurant mystère de l’orgasme.
    Qu’aurions-nous fait , franchement, d’un monde à refaire? Nous étions de simples fainéants faiseurs de néant, des voyous en mal de philosophie et notre talent résidait exclusivement dans une espèce d’insatisfaction obstinée.
    A l’heure qu’il est dans ma vie, avec cet horizon de plus en plus prometteur de la fin des horizons, avec les priorités qui s’accélèrent aussi, je me dis qu’on a bien eu de la chance de n’avoir pas eu à faire ça, d’avoir laissé le monde s’accomplir tout seul, sur sa lancée, accompagné de nos seules diatribes.

    Je vis dans un pays où le monde n’a quasiment jamais cessé de se faire et de se défaire. Un pays où ça s’écroule aussi vite que ça s’élève, où l’éphémère a jusqu’alors tenu lieu de sempiternel. À tel point que les Polonais, parfois, semblent vouloir marcher sur la pointe des pieds, comme s’ils craignaient de provoquer une nouvelle avalanche, avec, encore, derrière elle, des montagnes et des vallées à remodeler.
    Leur monde, celui que nous appelions, nous, dans nos soirées anarchistes, le vieux monde, est tout neuf. L’ancien s’est écroulé de lui-même, tel un mur qu’aurait trop longtemps miné l’humidité d’une gouttière pourrie.
    Et un mur qui s’écroule, ça produit un grand nuage de poussière et une onde de choc qui frappe l’intérieur des cervelles. C’est physique. Peu importe alors si cet éboulement libère des espaces, élargit des horizons, ouvre de nouveaux champs et procure plus d’oxygène !
    Ça, c’est au mieux de la morale sociale, au pire, de la phraséologie politique.
    C’est l’onde de choc qu’il faut considérer, quand un monde défait demande imagination et énergie phénoménales pour déblayer les ruines et qu’on est encore tout éberlué, suffoqué par le souffle du cataclysme, celui-ci fût-il de bonne augure.
    On a déjà vu des prisonniers condamnés à de longues peines et ne plus savoir trop quoi faire de leur cœur et de leurs bras et de leur âme une fois remis à l’air libre, pourtant des années et des années convoité, sublimé, fantasmé ! Encombrés de la responsabilité de vivre et du devoir d’exister. Des prisonniers forgés, entièrement construits par l’enfermement, par les murs, le silence, la privation et les barreaux. Souvent même, de guerre lasse, on les a vus qui repassaient sous les fourches caudines pour aller s’endormir de nouveau dans le ventre hermétique d’une cellule, là où l’existence se nourrit du non-être, là où on devient, par définition, un vieillard sans devenir.
    Les espaces contraignants de la dictature sont tels. Il faut, quand le ciel s’éclaircit soudain, cligner des yeux et s’accommoder à la lumière. S’impose alors l’envie d’aller au bout de ce rien qu’on entrevoit devant soi.
    Le mur s’écroule. Le monde crie à la libération enfin.. Mais que font donc les ex-emmurés, compagnons de Stasiuk ?
    Ils ont trente ans, la gorge nouée par la fumée des cigarettes et le cerveau bousculé par les flots de la Vodka et de la bière.
    Qu’apporte ce nouveau monde qui naît au moment même où sombre leur jeunesse délabrée par l’enfermement ? Que donne t-il d’espérance ? L’espérance, c’est du temps qu’on a devant soi…Et devant, il n’y a rien…Que de la laideur. Le mot liberté se traîne comme un fantôme dans la grisaille de Varsovie, dans ses rues froides et désœuvrées et dans ses nuits de bohème absurde.
    Le leurre est encore plus pernicieux que l’autorité de la botte car, enfin, comment se plaindre d’être désormais libre ? À quelle calamité imputer son mal-être ?
    La liberté dont on ne sait par quel bout la prendre se mue souvent en allégorie de la liberté.
    Les ex-emmurés de Stasiuk rejoignent donc les montagnes et la neige et le froid du « Far East » polonais, à la recherche d’une vieille ferme vaguement entrevue par l’un d’entre eux, avant, dans le brouillard communiste.
    À la recherche d’une vision, d’une sublimation de leurs paniques d’exister.
    Tenter de faire reculer encore plus loin les murs. Voir s’il n’y aurait pas autre chose que ses ruines n’auraient pas dévoiler. Elargir ces murs à la grandeur des paysages de montagnes et de neige. Pour aller nulle part. Sinon au bout d’une indicible chimère , jusqu’à la folie et même jusqu’à la mort.

    Un corbeau blanc, Biały Kruk, oiseau étrange des solitudes montagnardes, est le témoin fortuit de cette escapade dont ne saura pas si elle est testamentaire ou initiatique. Détail insignifiant du récit, le corvidé albinos se pose par deux fois au sommet des arbres de la vallée.
    En polonais, Biały Kruk est une expression figée pour signifier un homme qui n’est pas à sa place, un décalé. Ou alors une chose rare, le rara avis latin, et plus spécialement un livre, un livre d’exception, un chef-d’œuvre introuvable.
    L’introuvable chef d’œuvre de vivre sa vie, peut-être, et à la recherche duquel s’épuisent les ex-emmurés de Stasiuk.
    Qui, avec Biały Kruk, offre peut-être à la littérature contemporaine un vrai Biały Kruk.

    B.R.

    Stasiuk3.jpgAndrzej Stasiuk. Le Corbeau blanc. Editions Noir sur Blanc, 2007.

    Ce texte de Bertrand Redonnet vient de paraître dans la livraison d'été du Passe-Muraille, No 78. À recommander aussi: le dernier livre de Bertrand Redonnet, paru récement à l’enseigne du Temps qu’il fait, sous le titre de Zozo, chômeur éperdu, d'une saveur immédiate et d'une belle langue rappelant à la fois Maupassant et Marcel Aymé, frottée d'humour et de mélancolie. Autre piste: l'ouvrage de Bertrand Redonnet accueilli chez Publie.net en 2008 sous le titre de Chez Bonclou et autres toponymes.  

    A signaler en outre, et qui feront l'objet d'autres commentaires, la parution de deux nouveaux livres de l'écrivain polonais, chez Christian Bourgois: un recueil de textes magnifiques, intitulés Fado, qui nous plonge au coeur de l'extrême Europe de l'Est, dans un monde non encore policé, voire oublié,  et qui nous interroge, et le roman Neuf brassant la nouvelle réalité urbaine et mafieuse.  


    A ne pas manquer enfin tous les jours que Zozo chôme: le blog de Bertrand Redonnet en son exil des marches polonaises: http://lexildesmots.hautetfort.com/

  • Ceux qui se défilent

    Panopticon.jpg


    Celui dont l’érudition sans pareille fait un imbécile incomparable / Celle qui prétend qu’il faut relire Pascal pour se situer une bonne fois entre les deux infinis / Ceux qui restent insouciants le long des falaises de marbre / Celui qui allait trouver sa voie quand il a été poignardé dans l’impasse de l’Avenir / Celle qui se laque les lèvres en noir pour accentuer son genre Garbo de la grande époque / Ceux qui font l’acquisition d’un hamster pour se rapprocher de la nature / Celui qui a entendu plus qu’il n’a vu le loir choir dans le dévaloir / Celle que le dégoût de la chair a poussée dans l’élevage du ver à soie / Ceux qui connaissent leurs limites en matière de performances morales / Celui qui recherche l’âme frère / Celle dont la peur de toute virilité fait craindre qu’une barbe ne pousse à son sac à main Vuitton de cuir blanc / Ceux qui se retrouvent à Lourdes pour des motifs inavoués / Celui qui a tout fait pour dissuader sa mère intégriste de toiletter leur chienne Lula dans le style Jeanne d’Arc / Celle qui ne sait à laquelle des Trois Personnes Divines s’adresser pour que lui revienne son cher Anatole / Ceux qui se perdent à se chercher / Celui qui se rappelle sa jeunesse en Silésie par le seul jeu des réminiscences olfactives / Celle qui a découvert (dit-elle) le point G de l’éternité en elle / Ceux qui se retrouvent enfin en rupture d’enfer, etc.

  • Vie intérieure

    Panopticon359.jpg

    …J’t’avais dit, Cindy, qu’y te suffirait de gratter un peu pour trouver un autre mec sous ma gueule que j’ai, j’t’avais dit que j’étais plein de romans genre Marc Levy, j’t’avais dit qu’avec moi ça voyagerait, j’t’avais dit que j’te ferais découvrir des pays, j’t’avais promis que rien qu’à me gratter dehors tu découvrirais, finalement, ce que je suis dedans…
    Image : Philip Seelen