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  • Aléas des douleurs

    le-cauchemar-fussli_638528.jpg
     
    Nous nous étions perdus là-bas
    dans cet obscur dédale
    où l’espace était fait de cris,
    d’effrois et de cabales
    à déchaîner les cannibales
    aux dents en coutelas
    fouaillant le corps en ses viscères...
     
    Dans les artères ou déferlaient
    le fiel et le décri
    la ville abandonnée
    à la nuit vrillée de sirènes
    fuyait traquées par les murènes
    aux yeux vagues de fous
    comme jaillis de ses égouts,
    et dans leurs blêmes enveloppes
    les nocturnes cyclopes
    inexorablement
    battaient le pavé de leur sang...
     
    Ce qui se passe dans le corps
    en cas de cauchemar
    est insensé et sans rapport
    avec le règlement,
    objecte d’un ton important
    le plus docte des doctorants
    en sa pose altière:
    il est interdit de rêver
    quand l’animal repose
    sous le voile des somnifères...
     
    Et l’âme de nos tendre chairs
    ne trouve plus de mots,
    n'a plus même d'yeux pour pleurer -
    ne croit plus qu’aux oiseaux
    en effusions de vif-argent
    se perdant dans le ciel
    des songes innocents...
     
    Peinture: Johann Heinrich Füssli, Le Cauchemar, 1781.