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  • Ceux qui préféreraient ne pas

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    Celui qui décline poliment quand on l'invite à un déjeuner de presse ou un dîner de décideurs stressés / Celle qui n'accorde des interviews qu'à titre posthume / Ceux que leur indépendance d'esprit et leur liberté de parole font mal voir dans les cercles où il est recommandé de penser du Président que c'est un fils de pute sans le dire évidemment / Celui qui persévère en dépit de ses erreurs de père peu sévère / Celle qui perd ses verres de contact dans le bain maure / Ceux que la chiennerie revigore / Celui qui ose se dire tout haut ce qu’il vit sans cesser de le vivre tout bas / Celle qui entend tout à demi-mot qu'elle répète à double sens/ Ceux qui se préparent à l’aveu retenu / Celle que l’indiscrétion généralisée ramène à la pudeur de ses aïeux / Ceux qui ne se livrent que dans leurs livres à clefs / Celui qui ne sait pas trop qui il est ni qui elle est ni qui ils sont pour ceux qui d'ailleurs n'en ont rien à scier / Celle qui n’ose dire à la télé que son rêve est d'être encore plus connue dans le quartier / Ceux qui ont un plan Q avec des Malaises / Celui qui acquiert un gris du Gabon puis s’en lasse et l’oiseau dépérit mais dans l’émission ça finit bien / Celle qui regrette le temps de 30 millions d’amis qui était aussi celui de sa relation avec Victor-André / Ceux qui aiment les films d’éléphants / Celui qui s’apprête à tout dire à sa mère quand elle lui dit c'est ça mon chéri dis tout à ta mère alors il se tait / Celle qui va TOUT DIRE dans son poème sur le RIEN / Ceux qui pratiquent la confidence du ventre / Celui qui a horreur de la familiarité sauf entre gays irlandais originaires du même bourg orangiste / Celle qui n’a aucun préjugé ce qui ne la rend pas plus attrayante qu’une rivière d’eau canalisée ou quelque chose du même genre/ Ceux qui se servent de vos confidences pour vous scier / Celui qu'on dit le Bartleby de l'Entreprise encore qu'il préférerait plutôt pas / Celle qui ne force jamais l'hésitant à ne pas se forcer d'hésiter / Ceux qui préfèrent coucher avec de belles indécises qu'avec des décideurs qui "en ont", etc.

    Photo JLK: Amoureux à Salonique

  • Chiennerie d'époque

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    À propos de l'Honneur de DSK, des menées torves de Marcela Iacub, de l'autofiction et d'autres choses délicates...

    Le micmac nauséeux lié depuis ses débuts à l'affaire DSK, relancé ces jours par la publication du livre non moins glauque de Marcela Iacub, brasse une matière d'époque qu'on aimerait bien voir ressaisie par un romancier digne de ce nom.

    Sous le titre avenant de L'Enculé, Marc-Edouard Nabe s'y est essayé l'an dernier, sans résultat probant à mes yeux. L'auteur s'est félicité d'avoir fait un vrai roman profond et drôle, composant un personnage de baiseur cynique affligé d'une épouse d'un sionisme hystérique, mais tout ça m'a paru mal fagoté et sans aucune épaisseur réelle, plombé par la recherche de l'effet et surtout sans style. Nabe se voudrait le nouveau Bloy ou le descendant de Céline, mais il n'a ni la profondeur spirituelle et la méchanceté géniale du premier, ni le sens du tragique et la musicalité du second.

    Quant à Belle et bête de cette dame Iacub, que d'aucuns s'efforcent de tirer vers la littérature, comme s'y est employé Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur, condamné depuis lors sans que le livre ne soit retiré de la vente (une hypocrisie de plus !), il suffit d'en flairer quelques pages, publiée par le Nouvel Obs, pour s'épargner un examen plus approfondi alors même que toutes les circonstances de sa composition puent la fabrication de circonstances à seul fin de scandale et de fric. On sait d'ailleurs que la dame aurait elle-même regretté, dans un mail adressé à DSK, une machination à laquelle elle se serait prêtée. Tout cela dont je me contrefous, pour ma part, non sans prêter la plus vive attention à un autre micmac éditorial construit dans la dernière livraison de l'Obs lié à la pratique de l'autofiction, à ses "dommages collatéraux" éventuels et à ses retombés judiciaires.

    Dans quelle mesure un auteur a-t-il le droit d'impliquer nommément (ou sous un nom d'emprunt) ses proches ou ses connaissances dès lors qu'il a choisi de brasser la matière de sa vie "réelle". La question touche évidemment ce qu'on appelle aujourd'hui l'autofiction (terme à l'improbable définition et aux équivoques multiples), comme elle a touché le roman et les écrits intimes publiés ?

    Comme il m'est arrivé, personnellement, de publier plus de mille pages de mes carnets, incluant le plus souvent le nom de personnes vivantes sans la précaution des initiales (je laisse à d'autres la prudence cauteleuse et un peu tartuffe consistant à désigner "cet imbécile de N." ou cette peste de B."), je me suis souvent posé la question: de quel droit t jusqu'où ? Un ami, le cinéaste Richard Dindo, qui a lu mes carnets avec passion, m'a reproché un jour d'être trop explicite "par honnêteté", trop cruel par franchise, trop humiliant en exposant ainsi autrui, et je l'ai écouté. Après la publication de mon dernier livre, Chemins de traverse, je me suis reproché cependant de n'en avoir pas tiré assez de conséquence, en parlant trop durement de tel ou tel de mes proches avec lequel, à un moment donné, j'étais en conflit. En écrivant, je me disais que toute l'affection que je manifestais ailleurs au même personnage pouvait "supporter" ces réserves, en oubliant l'exposition que représente la publication. De drames privés très pénible que nous avons vécus, et que j'évoquais longuement dans mes carnets, j'ai tout retiré de ce livre, et cette réflexion vaudra plus encore pour la longue chronique sur laquelle je suis en train de travailler - on apprend...

    Cela pour dire que je me sens assez bien placé pour apprécier les dangers de toute interférence entre vie ordinaire et transposition littéraire, auxquels se mêlent aujourd'hui toute une spéculation, parfois sordide, sur les profits pécuniers que peut alimenter le recours à la justice, nouveau micmac.

    Le dossier de l'Obs sur les séquelles judiciaires de certains livres récemment parus, sous les signatures de Lionel Duroy ou de Christine Angot, nous apprend que les éditeurs font examiner certains ouvrages par des avocats avant de les mettre en circulation. Mais jusqu'où cela ira-t-il ? À vrai dire le serpent se mord la queue, qui n'a plus rien à voir avec la littérature. Au lendemain de la publication de L'enculé, Marc-Edouard Nabe déclarait à un journaliste qu'il espérait vivement qu'on le traîne en justice. Hélas on ne lui fit même pas cette fleur: son livre passa quasiment inaperçu. Or cette recherche de la publicité, via l'opprobre, est-elle plus défendable que les poursuites entamées par DSK contre Marcela Iacub, sous prétexte que sa "vie privée" se trouvait pour ainsi dire violée ?
    Reste qu'une bonne partie de la littérature et souvent de haute volée, se nourrit des "secrets" de la vie privée, qu'il serait vain ou absurde de censurer. Un Proust compose un personnage (disons Robert de Saint-Loup) en mêlant les "modèles" de dix de ses amis, mais rien n'interdirait aujourd'hui qu'un de ceux-là ne l'attaque en justice. On dira que l'autofiction ou les écrits intimes sont plus exposés à celle-ci, mais le passage à la fiction n'a jamais exclu les susceptibilités ou le goût du lucre de ceux qui croyaient se reconnaître dans un roman, et légiférer en la matière paraît difficile.

    Je préfère, pour ma part, interroger la sensibilité et le respect humain de chacun, qu'il soit auteur ou lecteur. Mais le climat général d'indiscrétion et de clabaudage, la curiosité vulgaire et l'exhibitionnisme relayés par les médias ne facilitent pas la juste appréciation des choses. La seule apparition de DSK triomphant, pour ainsi dire, au sortir du palais de justice où il a "fait la peau" de Marcela Iacub et du Nouvel Obs en invoquant son "honneur", achève de donner, à tout ça, son tour abject et néanmoins intéressant, par delà toute morale, pour un romancier...