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  • Lumières

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    …Et t’appelles ça comment encore ? / On appelle ça fanal, ou falot, ou plus exactement falot tempête pour l’usage spécial qu’on en fait / Mais quand y a pas de tempête c’est une lanterne, quoi... / Une lanterne est plutôt carrée et le mot vient de lumière tandis que le mot fanal vient de feu / Mais y a pas de feu dans ce fanal, et tes lanternes tu me les ferais prendre pour des vessies, dis, tu m’éclaires pas tant ce matin, Prof de mes deux - heureusement que le jour y se lève…


    Image : Philip Seelen

  • Adieu poète

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    Deux poèmes de Maurice Chappaz

    Comptine des poètes absents

    Revenez, revenez du futur
    mélancoliques frères,
    revenez à la pluie quotidienne,
    revenez vous abriter sous l’auvent,
    allons prenez de l’embonpoint
    comme les curés, les passe-crassanes,
    ne bougez pas au soleil.
    Laissez flâner la pluie
    sur l’écorce.
    Vous êtes toujours loin,
    vous allez chez les morts,
    vous parlez aussi à des bonshommes
    qui ne sont pas encore nés.
    Mais vous risquez de perdre en route
    votre sac plein d’âmes.
    Et de sécher au lieu de mûrir.
    Envoyez-nous une carte
    d’Assise ou d’Egypte.
    Priez je vous le dis
    toute la nuit.
    Tuez les mots
    pour faire naître les images
    et puis sacrifiez les images
    pour connaître le sens.
    Et si votre espace intérieur
    ne se remplit d’univers
    revenez, revenez, insensés…
    à la petite maison
    et aux bons poiriers.

     

    Le Litre d’ombre

    Sur la table
    un nuage dans un litre,
    je ne désire rien de plus.
    Mais l’épicier du coin,
    les temps sont durs,
    a dû devenir espion pour vivre.

    Oh ! je ne comprends pas,
    J’étudie beaucoup ;
    en chemin j’ai rencontré deux marguerites
    dans le jardin de l’hôpital.
    Elles me disaient : « Ils n’ont pas supprimé la Mort
    Vêts-toi de blanc
    et sois tendre malgré tout,
    nous sommes des fleurs de là-bas,
    la patrie que nul n’aperçoit :
    … c’est la terre ».

    Rues et rues, étoiles bouillantes.
    L’apostrophe des motos !
    L’eau de l’évier
    sur la motte de beurre en chaleur.
    Qu’est-ce que l’amour ?
    Depuis que ce quartier a été bâti
    je me retourne dans mon lit :
    partout la violence du rat.
    Je désire dormir,
    je désire ne pas être.


    De ma fenêtre
    les garages montent au ciel,
    les librairies-pâtisseries
    voisinent avec les fabriques de marteaux-pilons.
    Elle bourdonne, notre ruche !
    et dans la millième alvéole : un poète
    Un seul mot sur sa feuille de papier :
    Silence !

    Je suis chanoine à l’Eglise de Saint-Ogre ;
    Je suis gros et gras ;
    Je cultive mes immeubles locatifs.
    Dieu n’existe pas
    mais le journal et le chocolat glacé.

    M.C.

    Maurice Chappaz. Pages choisies II. L’Age d’Homme, Poche suisse, no145.
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