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        <title>Carnets de JLK - le_maitre_des_couleurs</title>
        <description>Riches Heures de lecture et d'Ã©criture</description>
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                <title>Le maÃ®tre des couleurs</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 04 May 2008 07:13:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/1232219377.JPG&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/1232219377.JPG&quot; alt=&quot;1232219377.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-998661&quot; name=&quot;media-998661&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/2065701876.JPG&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;En mÃ©moire de mon pÃ¨re&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Un jour, au bureau, ils mâ€™ont dit que je nâ€™&lt;em&gt;assurais&lt;/em&gt; plus: câ€™est cela quâ€™ils mâ€™ont dit, mais je nâ€™ai pas bien saisi sur le moment. Tout a basculÃ© Ã  partir de lÃ , mais je nâ€™ai pas compris, alors, le sens de cette expression.&lt;br /&gt; Vous savez que jâ€™ai toujours Ã©tÃ© trÃ¨s Ã  cheval sur les expressions, et celle-ci me semblait dâ€™autant moins comprÃ©hensible que nous nous trouvions dans une compagnie dâ€™assurances oÃ¹ jâ€™Ã©tais employÃ© depuis plus de trente ans et oÃ¹ jamais on ne mâ€™avait fait la moindre remarque dÃ©sobligeante sur la qualitÃ© de mon travail, sauf en apprentissage.&lt;br /&gt; Ils se sont mis Ã  trois pour me le dire. De lâ€™une Ã  lâ€™autre de leurs &lt;em&gt;entrevues&lt;/em&gt;, comme ils disaient, je me rappelle que jâ€™avais lÃ©gÃ¨rement desserrÃ© ma cravate, signe chez moi de nervositÃ©.&lt;br /&gt; Ils se sont succÃ©dÃ© dans mon bureau pour me dire Ã  peu prÃ¨s la mÃªme chose. Trois jeunes employÃ©s qui me devaient en principe le respect, et qui jamais, en tout cas, vingt ans, plus tÃ´t, ne se seraient permis une telle observation. Deux &lt;em&gt;consultants&lt;/em&gt; et la nouvelle responsable des ressources humaines, selon lâ€™expression. Trois nouveaux qui nous connaissaient Ã  peine et qui ont commencÃ©, comme un seul, par me dire merci.&lt;br /&gt; Je ne voyais pas pourquoi. Il nâ€™y avait aucune raison de me fÃ©liciter de quoi que ce fÃ»t. Je nâ€™avais fait, ces derniers temps, que ce que jâ€™avais toujours accompli pour la Maison: Ã  savoir ce que jâ€™Ã©tais supposÃ© faire prÃ©cisÃ©ment pour mon salaire.&lt;br /&gt; Dâ€™ailleurs je me demande sâ€™ils y croyaient ? Jâ€™avais plutÃ´t lâ€™impression quâ€™ils rÃ©citaient une leÃ§on apprise. Ils avaient les mÃªmes sourires que les gens des sectes religieuses qui se prÃ©sentent Ã  votre porte, de lâ€™espÃ¨ce que je tiens prudemment Ã  distance, quitte Ã  paraÃ®tre inhospitalier.&lt;br /&gt; Ils Ã©taient cordiaux jusquâ€™Ã  lâ€™indiscrÃ©tion. Je nâ€™ai pas du tout apprÃ©ciÃ© cette approche prÃ©cipitÃ©e Ã  lâ€™objet mal dÃ©fini. Pourtant je me suis interrogÃ©. Avais-je mal fait dâ€™une maniÃ¨re ou de lâ€™autre ? Mâ€™Ã©tais-je Ã©garÃ© Ã  lâ€™occasion de mon deuil ?&lt;br /&gt; Je savais, bien entendu, que tous mes collÃ¨gues sâ€™Ã©taient posÃ© bien des questions Ã  mon sujet Ã  travers les annÃ©es, et notamment du fait que jâ€™avais toujours refusÃ© tout avancement, mais ma fidÃ©litÃ© Ã  la Maison et ma rÃ©gularitÃ© absolue mâ€™avaient valu lâ€™estime des anciens et la considÃ©ration parfois ironique des plus jeunes, au dÃ©but, qui apprenaient ensuite Ã  me connaÃ®tre et que je mettais souvent dans ma poche en leur parlant de mes collections.&lt;br /&gt; Du vivant de Rose, au demeurant, je nâ€™accordais quâ€™une importance secondaire Ã  la faÃ§on dont on me regardait au bureau. Nous avions admis une fois pour toutes que tel serait notre gagne-pain jusquâ€™Ã  ma retraite, juste augmentÃ© du produit de la vente des dÃ©coupages folkloriques de ma soeur aux AmÃ©ricains et aux Japonais.&lt;br /&gt; Rose apprÃ©ciait ce quâ€™elle disait mon sacrifice, qui nâ€™Ã©tait Ã  vrai dire, pour moi, quâ€™un arrangement commode me permettant de me concentrer sur mes vraies prÃ©occupations; et tout aurait pu continuer ainsi quelques annÃ©es encore, ponctuÃ©es de voyages de plus en plus lointains avec Rose, si celle-ci nâ€™avait pas Ã©tÃ© frappÃ©e par la maladie lâ€™annÃ©e mÃªme oÃ¹ les &lt;em&gt;managers&lt;/em&gt;, selon la nouvelle dÃ©nomination, entreprirent les changements.&lt;br /&gt; De ceux-ci, les premiers signes ne mâ€™apparurent guÃ¨re, tant jâ€™Ã©tais absorbÃ© par lâ€™Ã©tat de Rose. Certains anciens mâ€™avaient certes mis en garde, qui sâ€™inquiÃ©taient de rumeurs provenant de lâ€™Agence GÃ©nÃ©rale, mais jâ€™avais toujours estimÃ© peu digne de sâ€™alarmer sur des rumeurs, et les silences de Rose, succÃ©dant Ã  lâ€™apaisement de chaque dÃ©coupage, me causaient tant dâ€™inquiÃ©tude que plus rien dâ€™autre nâ€™existait.&lt;br /&gt; A la mÃªme Ã©poque, en outre, lâ€™engagement des trois jeunes cadres formÃ©s Ã  la &lt;em&gt;mÃ©diation interne&lt;/em&gt; selon les termes du communiquÃ© de la Direction GÃ©nÃ©rale, avaient suscitÃ© de vives rÃ©actions chez certains de mes pairs, sans mâ€™Ã©branler du tout pour ma part. Mes visites quotidiennes au pavillon dâ€™isolement, oÃ¹ jâ€™avais vu plusieurs jeunes gens sâ€™en aller, mâ€™avaient tellement Ã©mu que jâ€™en Ã©tais arrivÃ© Ã  ne plus discerner les nuances de lâ€™Ã¢ge ni craindre de rÃ©els bouleversements liÃ©s Ã  je ne sais quelle lutte de gÃ©nÃ©rations.&lt;br /&gt; Jâ€™avais pourtant relevÃ© diverses nouvelles expressions, dans les conversations Ã  la cafÃ©tÃ©ria, telle &lt;em&gt;lâ€™optimisation des fonctions de la chaÃ®ne&lt;/em&gt;, dont la tournure me dÃ©concertait autant que celle des fameuses ressources humaines; et ce fut le mÃªme langage que me tinrent bel et bien ces trois-lÃ  quand ils me dirent quelques mois plus tard que je nâ€™&lt;em&gt;assurais&lt;/em&gt; plus.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ils mâ€™ont dit pour commencer, peut-Ãªtre pour mieux faire passer la pilule, quâ€™ils me respectaient. Non sans malice, Ã  ce quâ€™il mâ€™a semblÃ©, la nouvelle responsable des ressources humaines, une blonde du genre efficient prÃ©nommÃ©e Ariane, mâ€™a fait valoir que jâ€™Ã©tais unique en mon genre, tandis que ses deux collÃ¨gues sâ€™accordaient Ã  me trouver intÃ©ressant.&lt;br /&gt; Tous trois ont reconnu que je reprÃ©sentais un monde qui avait jouÃ© son rÃ´le, ils en Ã©taient conscients, seulement voilÃ : pour eux je nâ€™&lt;em&gt;assurais&lt;/em&gt; plus.&lt;br /&gt; Et naturellement ils mâ€™ont expliquÃ©. Et jâ€™ai bientÃ´t compris. Jâ€™ai compris beaucoup plus vite quâ€™ils ne sâ€™y attendaient, et cela les a dÃ©contenancÃ©s Ã  leur tour. Jâ€™ai compris quâ€™il ne sâ€™agissait pas forcÃ©ment de se dÃ©barrasser de moi mais en tout cas de me &lt;em&gt;reformater,&lt;/em&gt; selon leur expression, et du mÃªme coup je me suis braquÃ©, et ce fut dÃ¨s ce moment-lÃ  que je retrouvai Rose ou, disons, lâ€™esprit de Rose, le coeur de Rose que jâ€™avais cru perdre Ã  tout jamais dans la confusion du chagrin.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Nous avions toujours vÃ©cu, aux Oiseaux, comme si nous Ã©tions venus au monde pour rester ensemble. Les vingt ans, puis les trente ans, les quarante ans de Rose avaient passÃ© sans que jamais elle ne me parle de frayer ailleurs. La petite maison que Maman nous avait laissÃ©e en hÃ©ritage, dans la zone villa oÃ¹ nous avions passÃ© notre enfance, convenait Ã  notre genre de vie. Les gens des alentours se posaient peut-Ãªtre eux aussi des questions Ã  notre propos, mais ce nâ€™Ã©tait mÃªme pas sÃ»r, et de toute faÃ§on Ã§a ne portait pas Ã  consÃ©quence tant les relations entre voisins sâ€™Ã©taient distendues avec les annÃ©es, surtout depuis lâ€™histoire des pervers de la maison bleue.&lt;br /&gt; Jâ€™y repense avec tristesse. Jâ€™ai parfois lâ€™impression que seule Rose a conÃ§u avec moi ce qui sâ€™est rÃ©ellement passÃ© alors. Il me semble que tout le monde sâ€™est protÃ©gÃ© de la rÃ©alitÃ© des faits. Et maintenant, repenser Ã  ces Ã©vÃ©nements me fait honte. Notre quartier, notre pays, notre monde, notre espÃ¨ce devraient avoir honte de cela.&lt;br /&gt; Jâ€™en ai parlÃ© avec Marcelo, mon correspondant brÃ©silien, naturaliste Ã  Sao Paulo, qui sait que tous les jours des choses terribles se passent dans les rues de sa ville. Je lui ai dit: Marcelo, voici ce que nous avons vÃ©cu au quartier des Oiseaux, et tels sont mes cauchemars, puis je lui racontai ceux qui me hantÃ¨rent Ã  lâ€™Ã©poque de Da Nang. Il mâ€™a rÃ©pondu le soir mÃªme quâ€™il avait entendu parler de cette affaire par le satellite et quâ€™il imaginait ce que je ressentais, que lui-mÃªme vivait dans une cage dorÃ©e gardÃ©e par des vigiles et que ce nâ€™Ã©tait sÃ»rement pas un hasard si nous prÃ©fÃ©rions lâ€™Ã©tude de la nature Ã  celle de ces animaux dÃ©naturÃ©s que sont nos semblables.&lt;br /&gt; Tout le temps de lâ€™histoire des pervers de la maison bleue, nous nous Ã©tions tenus Ã  lâ€™Ã©cart. Lorsque les gens du quartier sâ€™Ã©taient laissÃ©s contaminer par le dÃ©lire public et la haine, jâ€™avais dit Ã  Rose que je pensais prÃ©fÃ©rable de ne pas se ranger dans un camp ou dans lâ€™autre, et elle me rÃ©pondit en mouillant un scone dans son infusion de verveine: vous avez raison, Gottlieb - mais câ€™Ã©tait avant tout parce quâ€™elle-mÃªme avait mal et quâ€™elle savait mes cauchemars.&lt;br /&gt; Rose pensait aux enfants. Pour ma part je me contentais de subir les visions nocturnes qui mâ€™Ã©taient envoyÃ©es par je ne sais quelle terrible divinitÃ©, je voyais lâ€™horreur pure ou plutÃ´t je la sentais se dÃ©ployer en moi comme un film en trois dimensions dans lequel je ne pouvais agir, je me rÃ©veillais paralysÃ© au milieu de lâ€™horrible laboratoire quâ€™avaient dÃ©crit les journaux, comme je mâ€™Ã©tais rÃ©veillÃ© dans les souterrains vietnamiens nettoyÃ©s au lance-flammes, mais dÃ¨s que je me rÃ©veillais je me sentais incapable dâ€™exprimer quoi que ce fÃ»t, nâ€™Ã©tait-ce Ã  Rose qui mâ€™Ã©coutait en tremblant elle aussi, et dâ€™autant plus quâ€™elle ressentait autrement que moi la torture des enfants, la souillure et la torture.&lt;br /&gt; Elle disait que câ€™Ã©tait trop tard. Elle essayait de se reprÃ©senter une femme livrant Ã  un homme un enfant en bas Ã¢ge. Elle ne pensait quâ€™aux actes commis. Elle voyait en rÃªve ces chaÃ®nes et ces colliers de chien, ces extenseurs de fer, ces lames de rasoir et ces cutters dont avaient fait usage les deux fous dont les camÃ©ras rÃ©jouissaient plusieurs centaines dâ€™autres dÃ©ments ordinaires. Elle voyait lâ€™enfant laissÃ© seul un mois dans ses dÃ©jections et marquÃ© au fer rouge. Elle se rÃ©veillait en hurlant. Elle se voyait en mÃ¨re rÃ©clamant son enfant. Elle prenait chaque mot des journaux au sÃ©rieux, et peut-Ãªtre est-ce cela aussi qui lâ€™a tuÃ©e ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Pour en revenir Ã  mes jeunes consultants, je savais quâ€™ils Ã©taient supposÃ©s faire vite. Jâ€™avais devinÃ© quâ€™ils nâ€™Ã©taient que des truchements. Je me doutais bien quâ€™aucun dâ€™eux ne me voulait du mal et quâ€™ils ne faisaient quâ€™appliquer des directives. Du moins les voyais-je venir de loin car jâ€™avais alors, de ce qui se tramait, une idÃ©e de plus en plus claire.&lt;br /&gt; - Vous avez cinquante-cinq ans, ce nâ€™est pas si vieux, Gottlieb, nous pouvons encore faire quelque chose de vous.&lt;br /&gt; VoilÃ  ce que mâ€™a dit le jeune homme au costume voyant quâ€™on avait engagÃ©, avec son non moins fringant compÃ¨re Lemercier, comme &lt;em&gt;consultant externe de mÃ©diation.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Il sâ€™appelait Moreno et paraissait le moins enclin Ã  mâ€™Ã©couter, mais je lui sentis bientÃ´t des failles.&lt;br /&gt; Il mâ€™avait demandÃ©, ce soir-lÃ , si je mâ€™identifiais vraiment Ã  lâ€™esprit de lâ€™Entreprise, et comme je paraissais hÃ©siter, il avait rÃ©itÃ©rÃ© sa question.&lt;br /&gt; - Je vous ai parfaitement entendu, avais-je rÃ©pondu en me levant, et, dÃ©signant mon siÃ¨ge, je le priai de sâ€™asseoir pour mâ€™Ã©couter.&lt;br /&gt; Alors je lui parlai du Grand NacrÃ©.&lt;br /&gt; Je lui dis les moires. Je lui dis les diapres. Je lui dis toute la combinatoire des couleurs. Je le transportai en divers lieux que nous avions explorÃ©s Rose et moi.&lt;br /&gt; Moreno nâ€™en revenait pas.&lt;br /&gt; Il a dâ€™abord fait celui Ã  qui lâ€™on a serinÃ© que savoir Ã©couter est un atout indispensable Ã  la bonne gestion.&lt;br /&gt; Puis il a tentÃ© de mâ€™interrompre. Il Ã©tait, en station debout, nettement plus grand et mieux dÃ©couplÃ© que moi, mais Ã  lâ€™instant, sur ma chaise tournante dâ€™une autre Ã©poque, il semblait contraint de se soumettre Ã  mon discours, que je lui tins avec une douceur persuasive sans cesser de lui tourner autour.&lt;br /&gt; Â«Il faut voir le Grand NacrÃ© se poser sur la fleur de budleyaÂ», lui dis-je en guettant sa moindre rÃ©action, et, ne voyant rien venir, je prÃ©cisai que cette sorte dâ€™accouplement avait quelque chose de fortement symbolique, tout en relevant la nuance dâ€™Ã©tonnement vif qui anima du mÃªme coup son regard.&lt;br /&gt; Puis je lui racontai la venue au monde du sphinx PolyphÃ¨me que ma correspondante de Shadyside, Annie D., mâ€™avait longuement dÃ©crite dans lâ€™un de ses mails. Maintes fois jâ€™avais revÃ©cu cette scÃ¨ne grÃ¢ce au rÃ©cit de mon occulte amie, dont les mots avaient un tel pouvoir Ã©vocateur que je mâ€™Ã©tais pour ainsi dire appropriÃ© son souvenir.&lt;br /&gt; Je racontai Ã  Moreno cette pÃ©ripÃ©tie naturelle sans le laisser mâ€™interrompre.&lt;br /&gt; Lui qui me parlait de restructuration, il devait se reprÃ©senter, lui dis-je, la mue de la grande chrysalide empaquetÃ©e dans sa feuille de chÃªne cousue, et commenÃ§ant de bouger puis de taper, de marteler son enveloppe comme de derriÃ¨re la porte de bois dâ€™un romanesque souterrain Ã  la Monte-Cristo.&lt;br /&gt; A force de me reprÃ©senter la scÃ¨ne, jâ€™Ã©tais en mesure de la raconter comme si je lâ€™avais vÃ©cue moi-mÃªme. Et je suggÃ©rai des analogies: dâ€™une vie toute dâ€™ombre et de repli, comme ce garÃ§on se figurait un peu la mienne, voici quâ€™allait Ã©merger une tÃªte pelucheuse et deux longues antennes Ã  plumes, un abdomen couvert de fourrure et de longues pattes hirsutes autant que celles dâ€™un ours trempÃ© par lâ€™averse, enfin ces ailes repliÃ©es et vernissÃ©es ressemblant Ã  sâ€™y mÃ©prendre aux plis encore collants dâ€™un parapluie refermÃ©.&lt;br /&gt; - Ceci pour lâ€™ancien bureau, et cela pour le nouveau, lui lanÃ§ai-je, avec une oeillade sardonique qui lui Ã©chappa, en lui dÃ©signant ensuite lâ€™image rutilante, au-dessus dâ€™un classeur mÃ©tallique, du mÃ¢le PolyphÃ¨me aux immenses ailes dâ€™un brun veloutÃ©, bordÃ©es de bandes bleues et roses aussi dÃ©licates que celles dâ€™un lavis, avec lâ€™ocelle Ã©norme, ornant chaque aile postÃ©rieure de son splendide oeil doux et dur Ã  la fois, dont le bleu sombre se fondait en un jaune immatÃ©riel.&lt;br /&gt; A vrai dire il Ã©tait mÃ©dusÃ©.&lt;br /&gt; Il ne sâ€™attendait pas du tout Ã  ma propre mÃ©tamorphose, lui qui sâ€™Ã©tait imaginÃ© quâ€™on pouvait mâ€™Ã©pingler comme une poussiÃ©reuse mouche grise, sous prÃ©texte que mes gilets et mes vestons, mes chaussons hors dâ€™Ã¢ge et mon lorgnon de bureaucrate exhalaient la vieille ambiance des chambres mal aÃ©rÃ©es. Il croyait mâ€™avoir jugÃ© une fois pour toutes quand je bÃ©nÃ©ficiais moi-mÃªme, Ã  cet Ã©gard, dâ€™une assez confortable avance sur ses observations.&lt;br /&gt; De fait je lâ€™avais, dâ€™ores et dÃ©jÃ , radiographiÃ© de mon oeil de morphopsychologue amateur.&lt;br /&gt; Tout en donnant lâ€™apparence dâ€™un battant, ce garÃ§on Ã©tait un mou, un vellÃ©itaire et un sensitif. Il y avait en lui un indÃ©niable ressort dâ€™ambition sociale qui lui avait permis de donner le change, mais je voyais bien quâ€™il ne croyait pas aux mots vides quâ€™il prononÃ§ait et quâ€™il Ã©tait en somme meilleur quâ€™il ne sâ€™en doutait lui-mÃªme.&lt;br /&gt; Ce fut ce qui me permit de marquer mes premiers points sur la voie de son Ã©veil, sans me faire trop dâ€™illusions pour autant. Il faut dire que son propre statut Ã©tait en jeu, et quâ€™il y avait la question de lâ€™Ã¢ge qui se reposait Ã  ce moment-lÃ . La conformitÃ© sâ€™imposait Ã  ses yeux comme garante de survie, et je me doutais quâ€™il ne pourrait sâ€™affranchir si facilement dâ€™une illusion si rÃ©pandue. En outre, je restais par trop mÃ©fiant Ã  lâ€™Ã©gard des mutations artificielles, qui me faisaient me dÃ©fier justement des transformations dÃ©cidÃ©es pour lâ€™Entreprise, et que je savais le contraire des vraies mÃ©tamorphoses auxquelles je prÃªtais mon attention depuis des lustres.&lt;br /&gt; Jâ€™avais dâ€™ailleurs Ã©voquÃ© ces questions avec ma correspondante Annie D., qui me soutenait par de petits messages quotidiens dans ma boÃ®te Ã©lectronique tandis que les managers de La Vie assurÃ©e prÃ©paraient en douceur (pensaient-ils) la liquidation de mon cas.&lt;br /&gt; A propos dâ€™ Annie D., dont jâ€™avais dÃ©couvert les travaux par lâ€™entremise de Marcelo, je mâ€™aperÃ§us bientÃ´t que cette femme admirable avait tant de traits intÃ©rieurs comparables Ã  ceux de Rose que je lui en prÃªtai le visage avant quâ€™elle ne mâ€™envoie son portrait numÃ©risÃ©, et de fait elle avait les mÃªmes lignes pures et le mÃªme regard dâ€™enfant tÃªtu que ma Rose.&lt;br /&gt; Annie D., en marchant dans sa vallÃ©e des Montagnes Bleues, en Virginie, ne cessait de penser aux vraies conditions de la transformation de lâ€™humain, et tout de suite je me sentis compris par elle lorsque je lui envoyai mes rÃ©flexions sur lâ€™analogie que jâ€™avais Ã©tablie entre les mutations codifiÃ©es de la momie Ã©gyptienne et la mÃ©tamorphose du papillon. Par mail, le soir mÃªme - enfin son soir Ã  elle, de notre jour prÃ©cÃ©dent, puisque nous en Ã©tions dÃ©jÃ  nous-mÃªmes Ã  lâ€™heure des croissants -, elle mâ€™Ã©crivit que, by Jove, jâ€™avais bien mÃ©ritÃ© mon prÃ©nom de fan de Dieu.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; De tout cela, je ne pouvais Ã©videmment parler avec qui que ce fÃ»t Ã  La Vie assurÃ©e, oÃ¹ les prÃ©occupations terre Ã  terre constituaient lâ€™essentiel des conversations de la cafÃ©tÃ©ria, des performances amoureuses des jeunes gens le samedi soir au championnat de football du mercredi.&lt;br /&gt; Comme jâ€™avais toujours fait figure dâ€™original, apparemment figÃ© dans les anciennes maniÃ¨res mais capable dâ€™Ã©couter toute conversation, fÃ»t-elle du dernier cri, et que mes jeunes examinateurs en avaient parlÃ© aprÃ¨s nos premiÃ¨res entrevues (la pÃ©tulante Ariane avait elle-mÃªme Ã©tÃ© subjuguÃ©e par ma connaissance de la faune de BornÃ©o oÃ¹ lâ€™un de ses oncles chasseur avait sÃ©journÃ©, et Lemercier, lâ€™autre consultant, sâ€™Ã©tait laissÃ© amadouer dâ€™autant plus facilement quâ€™un sÃ©jour aux Maldives lâ€™avait portÃ© Ã  sâ€™intÃ©resser aux grands fonds marins qui nâ€™avaient guÃ¨re de secrets pour moi ), je compris que, pour quelque temps au moins, jâ€™aurais un peu de rÃ©pit et dâ€™autant plus que mon nouvel Ã©tat de solitaire, depuis la mort de Rose, me laissait une complÃ¨te disponibilitÃ© dâ€™esprit.&lt;br /&gt; Notre fier trio se relayait dans le petit bureau oÃ¹ lâ€™on mâ€™avait relÃ©guÃ© et dont jâ€™avais fait, comme chaque fois, un repaire tout personnel Ã©voquant un grand livre dâ€™images.&lt;br /&gt; TroublÃ©s par le fait que câ€™Ã©tait moi qui les recevait et non lâ€™inverse, mes jeunes gens avaient de la peine Ã  exposer clairement ce quâ€™ils pensaient. Ils manquaient de prÃ©cision dans leur vocabulaire et plus encore de suite dans lâ€™exercice de la raison. Je me gardais de me gausser dâ€™eux, mais je restais nÃ©anmoins sur mes gardes.&lt;br /&gt; Je les regardais en souriant. Jâ€™Ã©tais gai comme toujours et cela les faisait changer de contenance.&lt;br /&gt; Je savais bien ce quâ€™ils Ã©taient censÃ©s faire sur ordre de la Direction GÃ©nÃ©rale. Je voyais quâ€™ils sâ€™Ã©taient entendus sur la suite tactique des opÃ©rations, mais quelque chose semblait clocher. Ils cherchaient Ã  dÃ©finir leurs critÃ¨res et moi je sentais bien que je leur posais un problÃ¨me inattendu, leur tapais sur les nerfs et les sÃ©duisais en mÃªme temps.&lt;br /&gt; Visiblement cela ne se passait pas comme avec les autres vieux dÃ©bris, selon lâ€™expression que jâ€™avais surprise entre eux au dÃ©tour dâ€™un couloir, dont la plupart avaient Ã©tÃ© remerciÃ©s par lâ€™Entreprise avec des salamalecs.&lt;br /&gt; Avec moi ce serait diffÃ©rent, ils le pressentaient, plus mÃªme ils constataient tous les jours quâ€™il y aurait un problÃ¨me dans mon cas et qui ne pourrait se rÃ©gler selon les termes prÃ©vus.&lt;br /&gt; Ils avaient Ã©tabli, sans doute, que je mâ€™en tiendrais dÃ©cidÃ©ment Ã  ma pratique Ã©prouvÃ©e et Ã  mon goÃ»t. Ils devinaient que je ne renoncerais Ã  rien de ce qui avait Ã©tÃ©. SimultanÃ©ment, ils savaient que je ne ferais valoir aucune exigence matÃ©rielle ni aucune espÃ¨ce de droit liÃ© Ã  mon anciennetÃ© ou Ã  mes Ã©tats de service. Ils devaient Ãªtre convaincus que ma cause Ã©tait dÃ©sespÃ©rÃ©e: que jamais on ne me reformaterais, et pourtant ils ne mâ€™en voulaient pas pour autant. Plus mÃªme: ils devaient Ãªtre tentÃ©s de penser que je nâ€™avais pas tout tort - et peut-Ãªtre mÃªme mâ€™enviaient-ils ?&lt;br /&gt; Bien entendu, ils avaient les moyens de mâ€™abattre et je mâ€™en doutais. Pourtant aucun dâ€™eux ne lâ€™a voulu. Je ne sais comment cela sâ€™est arrangÃ© finalement, avant que je ne prenne moi-mÃªme la dÃ©cision de mâ€™en aller, mais probablement est-ce Ã  cause de nos discussions sur la pelouse de la plage de Rivebelle, cet Ã©tÃ©-lÃ .&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Câ€™est avec le responsable de la maintenance informatique, un Vietnamien cultivÃ© du nom de Pham Thuan, avec lequel jâ€™avais beaucoup appris sur la population amphibienne des rives du MÃ©kong et dont je mâ€™Ã©tais fait un ami rare en lui rÃ©vÃ©lant la musique de Monteverdi et de Gabriel FaurÃ©, que nous inaugurÃ¢mes cette coutume de fin de journÃ©e dÃ¨s le dÃ©but du mois de juin de cette annÃ©e-lÃ .&lt;br /&gt; Pham Ã©tant fort apprÃ©ciÃ© de tous, et la splendide Ariane, que jâ€™appelais la Vestale de la Ressource, sâ€™Ã©tant jointe Ã  nous en nous proposant le dÃ©placement Ã  bord de sa vaste Chevy blanche, notre groupuscule devint bientÃ´t une jolie bande qui se retrouva parfois, aussi, les fins de semaine et les dimanches sur la moelleuse moquette vÃ©gÃ©tale de Rivebelle.&lt;br /&gt; Ariane mâ€™avait dÃ©sormais Ã  la bonne: elle mâ€™Ã©tait reconnaissante de lui donner de prÃ©cieux conseils tactiques ou psychologiques Ã  propos de cas parfois Ã©pineux, puis (dÃ©tail cocasse en ce qui concerne le personnage entiÃ¨rement chaste que je reprÃ©sente) elle fut impressionnÃ©e par la douceur nacrÃ©e de ma peau tout imberbe, elle me dit que je lui avais fait dÃ©couvrir un nouveau concept de sensualitÃ© malgrÃ© mon air de clerc anachronique, enfin elle fut heureuse de trouver en moi un partenaire de ping-pong aussi vif que certains play-boys de sa connaissance, et ma courtoisie fit le reste, ma neutralitÃ© complÃ¨te en matiÃ¨re galante et ma courtoisie.&lt;br /&gt; Et de fait, ma faÃ§on dâ€™Ãªtre absolument libre, mais aussi tout pur, Ã©tonnait et sÃ©duisait mÃªme mes jeunes compagnons. Mes questions trÃ¨s prÃ©cises mais bienveillantes sur leurs moeurs respectives, loin de les gÃªner, sâ€™Ã©taient naturellement incorporÃ©es dans lâ€™ensemble de nos discussions sur le sens de la vie ou des changements de la sociÃ©tÃ©, les fluctuations du yen ou la valeur de lâ€™amitiÃ©, les merveilles du monde animal quâ€™ils ne se lassaient pas de mâ€™entendre dÃ©tailler ou les peines de coeur de celle-ci, les soucis domestiques de celui-lÃ .&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La profonde mÃ©lancolie que jâ€™avais Ã©prouvÃ©e, aprÃ¨s la mort de Rose, se trouvait ainsi allÃ©gÃ©e par le bain et la conversation. Du vivant de Rose, nous avions toujours nagÃ©, Ã©tÃ© comme hiver, mon seul regret Ã©tant de ne pouvoir planer et plonger dans les airs comme les oiseaux voiliers, les fous de Bassan que nous avions observÃ©s en Ecosse ou nos majestueux aigles de montagne.&lt;br /&gt; Avec Pham Thuan, deux apprentis aux corps lisses et flexibles mâ€™accompagnaient volontiers et nous faisions des concours de brasse coulÃ©e avant de nous Ã©tendre sur la pelouse et de confronter nos vues sur lâ€™avenir de lâ€™espÃ¨ce.&lt;br /&gt; - Pensez-vous rÃ©ellement, Gottlieb, me demandait Valerio, que les insectes soient amenÃ©s un jour Ã  supplanter le genre humain Ã  moyen ou plus long terme ?&lt;br /&gt; Je restais mesurÃ© dans ma rÃ©ponse, tout en rÃ©pÃ©tant ce que mâ€™avait longuement expliquÃ© un autre de mes correspondants, le professeur huguenot ThÃ©odore M. du MusÃ©e de lâ€™Homme, Ã  Paris, pour lequel cette Ã©ventualitÃ© Ã©tait Ã  prendre en considÃ©ration.&lt;br /&gt; Ou nous parlions de la possibilitÃ© constante de se rÃ©gÃ©nÃ©rer en quelque situation quâ€™on se trouve, quâ€™on soit larve de libellule ou mineur aux Asturies; et quelque chose se passait entre nous: il nous suffisait de rester lÃ , sur lâ€™herbe, le corps comme Ã©purÃ© par la lumiÃ¨re et lâ€™eau chlorÃ©e, pour Ã©changer des opinions purgÃ©es de lâ€™ordinaire indiffÃ©rence et nous sentir des ailes.&lt;br /&gt; Ce fut une belle saison de notre bref sÃ©jour terrestre et ma faÃ§on, aussi, de prendre congÃ© de la Maison.&lt;br /&gt; Tout Ã  coup, en effet, jâ€™eus envie dâ€™apprendre dâ€™autres langues et de voyager un peu partout. Jâ€™eus envie de rajeunir extÃ©rieurement aussi et de me dÃ©pouiller de mes camisoles. Mais au prÃ©alable, jâ€™eus besoin de parler de Rose Ã  mes jeunes amis.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Rose mâ€™a donnÃ© les couleurs, commenÃ§ai-je de raconter au crÃ©puscule diaphane dâ€™un des derniers jours de lâ€™Ã©tÃ© indien de cette annÃ©e-lÃ . Rose mâ€™a rÃ©vÃ©lÃ© les couleurs quâ€™il y avait en moi. Rose a pressenti ma rÃªverie et lâ€™a protÃ©gÃ©e. Câ€™est une prescience assez rare aujourdâ€™hui oÃ¹ lâ€™on prÃ©tend tout soumettre Ã  lâ€™efficace, mais câ€™est ce que je puis vous dire avant de mâ€™en aller par les chemins: ne permettez pas quâ€™on vous empÃªche de vous abandonner Ã  la rÃªverie, il nâ€™y a quâ€™elle qui nous fera concevoir le bon monde de demain.&lt;br /&gt; Je ne leur ai pas parlÃ© de mes cauchemars, qui donnaient Ã  ce que je disais de la rÃªverie son soubassement vrai. Plus exactement, je nâ€™ai parlÃ© de mes cauchemars quâ€™avec Pham Thuan, en lequel je mâ€™Ã©tais dÃ©couvert comme un frÃ¨re. Je nâ€™ai pas Ã©tÃ© surpris de constater, en me confiant Ã  cet homme dÃ©licat Ã  lâ€™Ã©pouse silencieuse et aux beaux enfants musiciens, que tout ce que jâ€™avais cauchemardÃ© trente-trois ans plus tÃ´t lui rappelait les rÃ©cits de son pÃ¨re Ã  Da Nang.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Aux autres jâ€™ai dit, surtout, que les couleurs nâ€™avaient rien Ã  voir avec une parure cosmÃ©tique. Je leur ai dit quâ€™un aveugle savait les couleurs. Je leur ai dit que les lignes de la sculpture participaient de la couleur et que ressentir la couleur, en ce qui me concernait, mâ€™Ã©tait une faÃ§on dâ€™assurer, selon leur maudite expression.&lt;br /&gt; Mais les mots vous savez, leur ai-je dit, les mots on les prend, on les essaie, on essaie de les ajuster au sentiment ou Ã  ce quâ€™on ressent par le ventre, et la plupart du temps Ã§a ne suffit pas, les mots ne sont pas tout Ã  fait adÃ©quats, pourtant il ne faut pas jeter les mots, il vaut mieux les garder dans son atelier en cherchant des couleurs, parce que la couleur câ€™est autre chose que les mots, la couleur et la mÃ©lodie.&lt;br /&gt; Enfin je leur ai dit, pour parachev&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/2065701876.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-998659&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/2065701876.JPG&quot; alt=&quot;2065701876.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-998659&quot; /&gt;&lt;/a&gt;er ma litanie grave, je leur ai dit de faire bien attention.&lt;br /&gt; Je leur ai dit que lâ€™inattention Ã©tait la perte des couleurs et quâ€™avec elle nous venait lâ€™indiffÃ©rence et la mort annoncÃ©e. Je leur ai dit que je ne pourrais plus, pour ma part, assurer Ã  La Vie assurÃ©e. Je leur ai dit que je les libÃ©rais de mon fardeau, et ils ont protestÃ© pour la forme, mais tous savaient aussi que je ne les quittais pas absolument.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Parfois lâ€™un ou lâ€™autre mâ€™envoie un mail, me demande quand je serai de passage en notre ville, et me propose une entrevue, selon lâ€™expression dÃ©sormais assortie dâ€™un sourire. Câ€™est toujours moi qui les reÃ§ois, le plus souvent au jardin, dont la femme de Pham est chargÃ©e de lâ€™entretien en Ã©change de la jouissance, par la famille de mon ami, de notre maison des Oiseaux.&lt;br /&gt; Je ne suis plus, pour ma part, quâ€™une sorte de nomade Ã  vie. Tous les matins que Dieu fait je me sens des ailes. Il nâ€™y a plus guÃ¨re que mes cauchemars qui mâ€™empÃªchent de vraiment assurer...&lt;/p&gt; 
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                <title>Le violon du treiziÃ¨me</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Fri, 27 Jul 2007 22:55:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/e1cb1dfed515c54bd60fabcb07d904b1.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-474882&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/e1cb1dfed515c54bd60fabcb07d904b1.jpg&quot; alt=&quot;e1cb1dfed515c54bd60fabcb07d904b1.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-474882&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;En mÃ©moire de Thierry Vernet et Floristella Stephani&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; LÃ©a est si sensible Ã  la beautÃ© des choses que cela la touche, parfois, Ã  lui faire mal.&lt;br /&gt; Elle resterait des heures, ainsi, Ã  regarder la CitÃ© de son douziÃ¨me Ã©tage. Elle aime les Ã¢pres murs couverts de graffitis et lâ€™enfilade des blocs au pied desquels les premiers matinaux se hÃ¢tent vers les parkings ou lâ€™abribus de la ligne numÃ©ro 6.&lt;br /&gt; Il y a ce matin des gris Ã  fendre lâ€™Ã¢me. On dirait que le ciel et la ville sâ€™accordent Ã  diffuser la mÃªme atmosphÃ¨re un peu triste en apparence, Ã  vrai dire plutÃ´t grave, qui lui Ã©voque lâ€™Irlande et leur dernier automne parisien Ã  regarder les feuilles du Luxembourg tourbillonner dans les allÃ©es, juste avant la mort de ThÃ©o.&lt;br /&gt; Elle vit toujours au milieu de ses portraits et de leurs paysages. Cependant elle aborde chaque jour en se poussant plutÃ´t vers les fenÃªtres. Câ€™est sa meilleure faÃ§on de continuer Ã  lâ€™aimer. Leurs tableaux continuent eux aussi quelque chose, mais elle ne les regarde pas comme des tableaux.&lt;br /&gt; Tout Ã  lâ€™heure, en entendant la nouvelle de lâ€™exÃ©cution de la pauvre Karla Faye Tucker, elle sâ€™est dit que ThÃ©o se serait fendu dâ€™une lettre aux journaux pour clamer son indignation contre la barbarie de lâ€™Etat de lÃ -bas: cela nâ€™aurait pas fait un pli. En ce qui la concerne, elle prÃ©fÃ¨re se reprÃ©senter la tranquillitÃ© du dernier visage de la suppliciÃ©e, juste avant quâ€™on nâ€™escamote le corps dans le sac rÃ©glementaire.&lt;br /&gt; Elle les a vu faire cela Ã  ThÃ©o. Ils font Ã§a comme ils le feraient dâ€™un chien crevÃ©, sâ€™Ã©tait-elle dit sur le moment; ils doivent Ãªtre dÃ©nuÃ©s de tout respect humain. Ce sont eux-mÃªme des chiens ou moins que des chiens puisque lâ€™os quâ€™on leur jette ils le foutent dans un sac.&lt;br /&gt; Pourtant elle a rÃ©visÃ© son jugement durant la pÃ©riode de nouvelle clairvoyance qui a marquÃ© la fin de sa thÃ©rapie, quand elle a lancÃ© Ã  Joy que ce sac de merde irradiait une sorte de beautÃ©.&lt;br /&gt; Et cela sâ€™est fait comme Ã§a: dâ€™eux aussi elle a fini par reconnaÃ®tre la beautÃ©; dâ€™eux et de leurs femmes Ã  varices; dâ€™elles et de leur chiards. Elle a dÃ©couvert, auprÃ¨s de Joy, quâ€™ils Ã©taient tous dignes dâ€™Ãªtre repÃªchÃ©s et contemplÃ©s. Et tout Ã§a lâ€™a aidÃ©e Ã  sâ€™affranchir de Joy. Et plus tard, elle le sait maintenant, elle reviendra Ã  la peinture. Et plus tard encore elle enfantera un ThÃ©o bis rien quâ€™Ã  elle, son premier enfant nÃ© de leur relation Ã  blanc qui aura peut-Ãªtre bien la gueule dâ€™ange de Vivian.&lt;br /&gt; Or, ce matin de fÃ©vrier 1998, quatre ans aprÃ¨s la mort de ThÃ©o, LÃ©a ne peut quâ€™associer ceux qui lâ€™ont mis en sac et celles et ceux, lÃ -bas, qui ont participÃ© Ã  lâ€™exÃ©cution de Karla.&lt;br /&gt; AprÃ¨s tout ils nâ€™auront fait que leur job. Et quâ€™aurait-elle fait elle-mÃªme ? Quâ€™aurait-elle fait de ThÃ©o sâ€™ils ne sâ€™Ã©taient pas chargÃ©s de la besogne ? Que pouvait-elle faire de la dÃ©pouille de ThÃ©o ? Fallait-il sâ€™allonger Ã  ses cÃ´tÃ©s ? Fallait-il faire comme si de rien nâ€™Ã©tait ? Fallait-il attendre lâ€™odeur ?&lt;br /&gt; LÃ©a se sent, dÃ©sormais, au seuil dâ€™une nouvelle vie. Lorsquâ€™elle a dit Ã  Joy quâ€™elle se voyait Ã  peu prÃ¨s prÃªte Ã  peindre ce putain de sac dans lequel ils ont fourrÃ© ThÃ©o, la psy lui a rÃ©pondu, aprÃ¨s un long silence, quâ€™elle serait contente de la revoir de temps Ã  autre en amie.&lt;br /&gt; Bien entendu, LÃ©a nâ€™a jamais peint le sac, pourtant ce quâ€™elle contemple Ã  lâ€™instant dÃ©coule de sa vision et de ne cesse de lâ€™alimenter. Ce quâ€™elle aurait trouvÃ© sinistre en dâ€™autres temps, tout ce bÃ©ton et ces grillages, le dallage du pied de la tour oÃ¹ la camÃ©e du seiziÃ¨me sâ€™est fracassÃ©e lâ€™an dernier, les arbres dÃ©foliÃ©s du ravin dâ€™Ã  cÃ´tÃ©, les blocs Ã©tagÃ©s aux faÃ§ades souillÃ©es de pluies acides et la ville, lÃ -bas, avec son chaos de toits se fondant dans le brouillard, tout cela chante en elle et lui donne envie de se fumer une premiÃ¨re Lucky.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; LÃ©a fume comme par dÃ©fi depuis la mort de ThÃ©o. Câ€™est sa faÃ§on de rÃ©sister. La phrase des carnets de son compagnon la poursuit: Â«La mort, ma mort, je veux la faire chier un max Ã  attendre devant ma porte, Ã  piÃ©tiner le paillasson. Mais quand il sera manifeste que le temps viendra de la faire entrer, je lui offrirai du thÃ© et la recevrai cordialementÂ».&lt;br /&gt; Autant quâ€™elle fume, elle pense en outre quâ€™elle se fume elle-mÃªme comme un saumon pÃªchÃ© par un Indien (comme Vivian elle aime les Indiens), elle sâ€™imagine quâ€™elle se dÃ©pouille du superflu et se purifie peu Ã  peu comme un arbre qui se minÃ©ralise, elle aime en elle ce noyau dur sans lequel ThÃ©o disait que rien ne pourrait jamais se graver de durable.&lt;br /&gt; Depuis quelques semaines, LÃ©a consacre ses matinÃ©es dâ€™hiver, aprÃ¨s ses premiÃ¨res cigarettes et le cafÃ© fumant sur les pages ouvertes du Quotidien, Ã  retaper Ã  la loupe le visage dâ€™un jeune homme du XVIe siÃ¨cle salement amochÃ© par les ans.&lt;br /&gt; La ressemblance du regard du jeune noble bÃ¢lois et de celui de son ami amÃ©ricain lâ€™a tellement troublÃ©e quâ€™elle a hÃ©sitÃ© Ã  accepter cette commande, avant de penser Ã  Dieu sait quel transfert qui sauverait Vivian contre toute attente; et les premiers temps elle a cru voir le visage du malade recouvrer sa lumiÃ¨re orangÃ©e et sa pulpe, mais de nouvelles taches lâ€™ont bientÃ´t dÃ©sillusionnÃ©e.&lt;br /&gt; La maladie faÃ§onne Vivian et donne Ã  sa peau quelque chose de transparent et dâ€™un peu friable qui lui Ã©voque les papyrus Ã©gyptiens, et les mains de Vivian deviennent le sujet prÃ©fÃ©rÃ© des dessins de LÃ©a chaque fois quâ€™elles reposent, car Vivian passe beaucoup de temps Ã  lâ€™aquarelle et Ã  Ã©crire, et les yeux de Vivian, son insoutenable regard semblant maintenant sâ€™aiguiser Ã  mesure quâ€™il sâ€™enfonce dans lâ€™autre monde, ses yeux aussi deviennent le moyeu sensible dâ€™une nouveau portrait Ã  la maniÃ¨re ancienne, qui remonterait le temps pour rejoindre celui de ce jeune Mathias von Salis quâ€™elle travaille Ã  restaurer avec Ã  peu prÃ¨s rien dans les mains.&lt;br /&gt; LÃ©a voit toujours plus large et dans le temps en travaillant Ã  la loupe. Cela lui rappelle lâ€™observation dâ€™elle ne sait plus quel Ã©crivain qui disait travailler entre le cendrier et lâ€™Ã©toile. Plus elle fouille lâ€™infiniment petit et mieux elle ressent les vastes espaces en plusieurs dimensions&lt;br /&gt; Câ€™est dans cet intervalle, qui signifie une sorte de mise Ã  distance de lâ€™intimitÃ©, quâ€™elle vit le mieux Vivian, comme elle dit, pour atteindre, de plus en plus souvent, un Ã©tat dâ€™allÃ¨gement et de douceur grave dont participe aussi la lumiÃ¨re des toiles de ThÃ©o.&lt;br /&gt; Vivian la comprend si bien que chaque fois quâ€™il peint lui-mÃªme un fragment de nouvelle lumiÃ¨re sur la chaÃ®ne du Roc dâ€™Yvoire, de lâ€™autre cÃ´tÃ© du lac (Vivian ne peint que ce quâ€™il voit par la fenÃªtre de son fauteuil ou de son lit quâ€™il fait dÃ©placer vers la fenÃªtre), il rend toute la lumiÃ¨re et les quatre Ã©lÃ©ments du pays et de ce jour et de cette heure et de son propre sentiment qui se concentrent en quelques touches Ã  la fois rapides et lentes.&lt;br /&gt; Autant la peinture de ThÃ©o Ã©tait une vitesse qui arrÃªtait les chronos, et tout Ã©tait donnÃ© dans la vision de telle ou telle lumiÃ¨re, autant LÃ©a vit, dans la lenteur, le travail du temps qui fait monter la couleur de couche en couche, Ã  travers le glacis des jours.&lt;br /&gt; Quant Ã  Vivian, il nâ€™a jamais pensÃ© quâ€™il faisait de la peinture. Longtemps il nâ€™a fait quâ€™aimer celle des autres, et celle de ThÃ©o lâ€™a touchÃ© entre toutes, parce quâ€™il est des rarissimes Ã  ses yeux (avec le Russe Soutine, le FranÃ§ais Bonnard, lâ€™Anglais Bacon et le Polonais Czapski) Ã  peindre la couleur, puis il a trouvÃ© en ThÃ©o vivant une sorte de frÃ¨re aÃ®nÃ© dont il a su calmer les pulsions, avant de redÃ©couvrir auprÃ¨s de lui, de mieux perceveir et de rendre Ã  son tour la musique brasillante des pigments.&lt;br /&gt; Aux yeux de LÃ©a qui Ã©tait un peu jalouse naturellement, au dÃ©but, de la complicitÃ© ambiguÃ« des deux amis, Vivian est bientÃ´t apparu, par lâ€™Ã©lÃ©gance folle de ses gestes de rÃ©sidu de la Prairie dÃ©nuÃ© de toute Ã©ducation, comme une espÃ¨ce de poÃ¨te vivant, dâ€™artiste sans oeuvre ou plus exactement: dâ€™oeuvre Ã  soi seul en jeans rouge, mocassins verts et long cheveux argentÃ©s avant lâ€™Ã¢ge. Puis leur rapport a changÃ©.&lt;br /&gt; Le soir de la mort de ThÃ©o, marchant avec elle le long du lac aprÃ¨s lâ€™enterrement dans la neige, le jeune homme lui a dit que bientÃ´t il sâ€™en irait lui aussi et quâ€™il essayerait Ã  son tour de retenir quelques nuances de vert et de gris pour Ãªtre digne de son ami; et LÃ©a, ce mÃªme soir, a commencÃ© dâ€™aimer Vivian presque autant que ThÃ©o.&lt;br /&gt; Enfin lâ€™amour: elle trouve ce mot trop bourgeois, trop cinÃ©ma, trop feuilleton de tÃ©lÃ©, trop bateau.&lt;br /&gt; Quand elle a commencÃ© dâ€™aimer Joy parce que transfert ou parce que pas - elle sâ€™en bat lâ€™oeil -, jamais elle nâ€™a pensÃ© quâ€™il y avait lÃ -dedans du saphisme et quâ€™elles allaient bientÃ´t se peloter dans les coussins. Il ne sâ€™agit pas lÃ  de morale mais de peau. LÃ©a pense en effet que tout est affaire de peau, de peau et de fumet qui exhalent ni plus ni moins que lâ€™Ã¢me de la personne. Or la peau de Joy ne lui disait rien.&lt;br /&gt; Au contraire, la peau de son jeune nobliau, que le peintre a fait presque dorÃ©e comme un pain, avec un incarnat orangÃ© aux parties tendres, lâ€™inspire autant que la peau de Vivian quâ€™elle peut caresser partout sans problÃ¨me.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Souvent elle sâ€™est interrogÃ©e sur tous ces prÃ©jugÃ©s qui, prÃ©cisÃ©ment, nous arrÃªtent Ã  la peau.&lt;br /&gt; Dans lâ€™ascenseur de la tour rÃ©sidentielle des Oiseaux par exemple: excellent exemple, car souvent elle aimerait toucher cet enfant ou cette adolescente, le scribe ombrageux de lâ€™Ã©tage dâ€™en dessus ou sa femme au visage de madone nordique ou leurs jeunes filles en fleur ou lâ€™ami de lâ€™Ã©crivain Ã  gueule de romanichel qui dÃ©barque avec ses 78 tours - elle pourrait tous les prendre dans ses bras et mÃªme dormir avec eux tous dans un grand hamac, tandis quâ€™elle se crispe et se braque nâ€™Ã©tait-ce quâ€™Ã  serrer certaines mains ou Ã  renifler certains remugles.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Vivian a cela de particulier quâ€™il a le visage le plus nu quâ€™elle connaisse et le plus pudique Ã  la fois.&lt;br /&gt; Vivian ne ment jamais et ne se met jamais en colÃ¨re, ce quâ€™elle sait une incapacitÃ© de prendre flamme quâ€™elle relie Ã  son manque total de considÃ©ration pour lui-mÃªme.&lt;br /&gt; Ce nâ€™est pas que Vivian se mÃ©prise ni quâ€™il ne sâ€™aime pas: câ€™est une affaire dâ€™Ã©nergie, dâ€™indiffÃ©rence et mÃªme de tristesse fondamentale.&lt;br /&gt; Le fait quâ€™il soit hÃ©mophile et quâ€™il ait Ã©tÃ© contaminÃ© par une transfusion de sang lors dâ€™un voyage Ã  Nicosie, que la plupart des gens qui le voient aujourdâ€™hui le supposent homosexuel ou toxico, que certains de ses anciens amis le fuient depuis la nouvelle et que les siens aussi semblent lâ€™avoir oubliÃ©, - tout Ã§a nâ€™a presque rien Ã  voir, si ce nâ€™est que cela confirme son sentiment fondamental que le monde a Ã©tÃ© souillÃ© et que câ€™est irrÃ©mÃ©diable sauf par la priÃ¨re Ã  lâ€™Inconnu et par lâ€™accueil de la beautÃ©, quand celle-ci daigne.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ces observations sur son ami (et mÃªme un peu amant depuis quelque temps) ramÃ¨nent LÃ©a au sort de Karla Faye Tucker, Ã  propos de laquelle tous trois ont dÃ©veloppÃ© des doctrines diffÃ©rentes mais en somme complÃ©mentaires.&lt;br /&gt; ThÃ©o, par principe, abominait la peine de mort et dâ€™autant plus que la Karla junkie trucidaire avait fait un beau chemin de retour Ã  la compassion christique en appelant tous les jours le pardon de ses victimes. A sa maniÃ¨re de pur luthÃ©rien, ThÃ©o entretenait avec Dieu la relation directe et simple dont la Bible lue et relue restait la rÃ©fÃ©rence rÃ©glementaire, et le rÃ¨glement disait Â«Tu ne tueras pointÂ». Ainsi faisait-il peu de doute, aux yeux de LÃ©a, quâ€™il eÃ»t considÃ©rÃ© George W. Bush comme un criminel aprÃ¨s son refus purement intÃ©ressÃ© (politique texane et mise Ã  long terme) de gracier la malheureuse.&lt;br /&gt; Vivian se voulait, pour sa part, surtout conscient de la cause des misÃ©rables croupissant des annÃ©es dans lâ€™enfer des prisons amÃ©ricaines. Â«Est-ce vivre que de passer le restant de ses jours dans cette hideur ?Â», se demandait-il aprÃ¨s avoir vu plusieurs reportages sur cet univers livrÃ© Ã  la fucking Beast.&lt;br /&gt; Enfin LÃ©a voyait Ã  la fois lâ€™horreur de vivre avec au coeur la souillure de son crime, et la souillure que câ€™Ã©tait plus encore dans le coeur des victimes, puis lâ€™horreur physique aussi des derniers instants vÃ©cus par le condamnÃ© Ã  mort.&lt;br /&gt; LÃ©a se rappelait physiquement ce que racontait le prince Mychkine dans Lâ€™Idiot. Elle qui nâ€™avait jamais vu quâ€™une cellule de prison prÃ©ventive oÃ¹ elle sâ€™Ã©tait entretenue moins dâ€™une heure avec un protÃ©gÃ© de sa mÃ¨re, se rappelait maintenant la description, par DostoÃ¯evski, de la terreur irrÃ©pressible sâ€™emparant du criminel - ce dur parmi les durs qui se mettait soudain Ã  trembler devant la guillotine -, ou du rÃ©voltÃ© en chemise dÃ©chirÃ©e face au peloton de jeunes gens de son Ã¢ge. Or, pouvait-on condamner le pire dÃ©linquant Ã  cela ? Lâ€™ancien bagnard quâ€™Ã©tait FÃ©dor MikhaÃ¯lovicth prÃ©tendait que non, et justement parce quâ€™il lâ€™avait endurÃ© physiquement.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Dans la tÃªte de LÃ©a, le dialogue se poursuit aujourdâ€™hui encore, un peu vainement, pense-t-elle, tant elle sait lâ€™inocuitÃ© des mots de ThÃ©o et de Vivian, et de ses propres balbutiements, devant le poids de tout ce que reprÃ©sente le crime et sa punition, son histoire Ã  chaque fois personnelle, la violence omniprÃ©sente et lâ€™omniprÃ©sente injustice. En fait elle nâ€™arrive pas Ã  penser principes, pas plus quâ€™elle ne se sent le gÃ©nie, propre Ã  ThÃ©o, de renouveler les couleurs du monde. A ce propos, autant lâ€™impatientait parfois son ThÃ©o carrÃ©, quand il argumentait, autant elle sâ€™en remet au poÃ¨te inspirÃ© de ses toiles, dont les visions Ã©chappent toujours Ã  tout raisonnement.&lt;br /&gt; Bon, mais assez gambergÃ©: il est bientÃ´t midi, jâ€™ai la dalle, constate LÃ©a. A prÃ©sent la beautÃ© lâ€™attend au snack du Centre Com, ensuite de quoi ce sera lâ€™heure de sa visite quotidienne Ã  Vivian.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce nâ€™est pas que LÃ©a fasse de lâ€™autosuggestion ou quâ€™elle sâ€™exalte comme certains jeunes gens: elle en est vraiment arrivÃ©e au point de voir partout la beautÃ© des gens et des choses.&lt;br /&gt; Cela, bien entendu, a beaucoup Ã  voir avec lâ€™agonie de ThÃ©o, durant laquelle tout le monde visible a commencÃ© sa lente et irrÃ©pressible montÃ©e Ã  travers la brume dâ€™irrÃ©alitÃ© des apparences quotidiennes. Durant cette pÃ©riode, tout lui est apparu de plus en plus rÃ©el, jusquâ€™Ã  lâ€™horrible vision du sac, quâ€™il lui a fallu racheter dâ€™une certaine maniÃ¨re. Joy avait un peu de peine Ã  le concevoir au dÃ©but, parlant alors de fonction dilatatoire de lâ€™imagination par compulsion, tandis que LÃ©a en faisait vraiment une nouvelle donnÃ©e de lâ€™expÃ©rience, liÃ©e Ã  la mort et Ã  ce que son cher jules lui a donnÃ© Ã  voir; puis la psy a dÃ©couvert la peinture et les carnets de ThÃ©o, et bientÃ´t elle a compris certaines choses qui nâ€™Ã©taient pas dans ses thÃ©ories.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Sur ses carnets, LÃ©a se le rappelle Ã  lâ€™instant par coeur, ThÃ©o a notÃ© par exemple: Â«Les gens de la rue sont des bouteilles, des quilles, les automobiles des savons Ã©chappÃ©s de mains maladroitesÂ», et il ajoute: Â«Dieu que le monde est beau !Â».&lt;br /&gt; Oui câ€™est cela, songe LÃ©a: des bouteilles, des quilles et des savons Ã©chappÃ©s de mains dâ€™enfants...&lt;br /&gt; Et moi je suis une vieille toupie, continue-t-elle de ruminer en cherchant ses bottes fourrÃ©es (y a de la vieille neige traÃ®tre le long de la rampe de macadam conduisant au snack, y a des plaques de glace qui pardonneraient pas Ã  une carcasse de soixante-six berges aux osses fatiguÃ©s, y a un froid de loup qui dÃ©coupe les choses Ã  la taille-douce dans lâ€™air plombÃ© et jâ€™aime Ã§a), puis elle revient Ã©valuer son avance de ce matin sur le portrait du jeune von Salis (dont sa mÃ¨re se prenommait Violanta, lui a-t-on appris) et elle voit ce qui ne va pas et cela lui fait un bon choc comme toujours de voir ce qui peut se rÃ©parer vraiment, mais ce sera pour demain...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Au bar du snack se tient Milena Kertesz (LÃ©a lui a adressÃ© un signe amical) dont le bleu violacÃ© de la casaque de laine flamboie au-dessus du vert ferroviaire du comptoir, derriÃ¨re lequel se dresse GÃ©ante, la blonde Ã  criniÃ¨re en brosse et Ã  crÃ©oles du val Bergell, qui rÃ¨gne sur les lieux.&lt;br /&gt; Le front de GÃ©ante est orangÃ© sous sa haie de froment taillÃ©e de biais, elle a une tache bleue sous lâ€™oeil qui se dilue en reflet ocre rose, elle a le regard perdu comme souvent et parle parfois Ã  Milena sans cesser de relaver des verres ou de les essuyer. Quant Ã  Milena, de profil, le visage dâ€™une impassibilitÃ© hiÃ©ratique, dans les gris bleutÃ©s avec la flamme vermillon de sa lÃ¨vre infÃ©rieure, elle nâ€™a pas idÃ©e de la majestÃ© de son personnage trÃ´nant sur le prÃ©sentoir du tabouret Ã  longues pattes. Une vraie reine en civil, tandis que GÃ©ante a lâ€™air dâ€™un malabar de Bosnie-HerzÃ©govine.&lt;br /&gt; La petite table que LÃ©a se rÃ©serve, dans un recoin que personne nâ€™aurait lâ€™idÃ©e de lui disputer, lui permet de voir le bar comme du premier rang dâ€™orchestre dâ€™un thÃ©Ã¢tre, et de surveiller en mÃªme temps, en se dÃ©tournant Ã  peine, lâ€™ensemble du snack qui se remplit peu Ã  peu de gens. Câ€™est en outre dans sa mire, aussi, que Ã§a se passe lÃ -bas, avec le football de table du fond de lâ€™Ã©tablissement dont les jeunes joueurs sont Ã©clairÃ©s par la lumiÃ¨re oblique, dâ€™un blanc vert laiteux, qui remplit lâ€™arriÃ¨re-cour plÃ¢trÃ©e de neige comme une sorte de bac de laboratoire.&lt;br /&gt; Elle mÃªme se sent hyperprÃ©sente et flottant librement dans sa rÃªverie, tandis que le snack bouge autour dâ€™elle et que les joueurs font cingler leurs tiges en se dÃ©foulant joyeusement.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_czapski3.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; Quel quâ€™il soit, elle qui nâ€™est pas joueuse pour un sou, elle aime regarder le jeu, le plus pur Ã©tant celui de sa petite chatte Baladine Ã  ce moment de la fin de journÃ©e oÃ¹ les animaux et les enfants sont pris dâ€™une espÃ¨ce de mÃªme dinguerie, ou les fillettes les jours de printemps Ã  la marelle qui sautillent rÃ©ellement de la Terre au Ciel, ou les joueurs dâ€™Ã©checs dont elle a fait quelques toiles qui essaient de dire les longs silences Ã  la Rembrandt dans les cafÃ©s noircis de fumÃ©e oÃ¹ luisent les piÃ¨ces de bois blond entre les visages penchÃ©s.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Vivian non plus nâ€™est pas joueur, mais LÃ©a joue dÃ¨s maintenant Ã  se rapprocher de lui, non sans oppression car elle sait depuis son tÃ©lÃ©phone de tout Ã  lâ€™heure quâ€™il ne va pas bien du tout ce matin et que le jeu, câ€™est dÃ©sormais trÃ¨s clair et acceptÃ© pour tous deux, va sâ€™achever au plus tard Ã  PÃ¢ques.&lt;br /&gt; Elle joue Ã  lamper une premiÃ¨re cuillerÃ©e de soupe Ã  la courge pour Vivian. Le veloutÃ© lui rappelle dâ€™ailleurs le fin duvet blond recouvrant les mains de Vivian et son sourire qui lui dit tranquillement, avec celui de ThÃ©o, quâ€™aprÃ¨s elle nâ€™aura plus personne que le souvenir de leurs deux sourires.&lt;br /&gt; (Elle se dit tout Ã  coup quâ€™elle doit avoir lâ€™air con Ã  sourire ainsi de cet air doublement ravi, il lui semble que Milena lâ€™a regardÃ©e de travers Ã  lâ€™instant, mais elle doit se faire des idÃ©es...)&lt;br /&gt; La deuxiÃ¨me lampÃ©e sera pour le repos de lâ€™Ã¢me de Karla Faye Tucker, la troisiÃ¨me pour ThÃ©o et celle dâ€™aprÃ¨s redenouveau pour Vivian, puis elle saucera son assiette comme une femme bien Ã©levÃ©e ne le fait pas, et elle en fumera une avant lâ€™arrivÃ©e des cappelletti.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Quand elle arrive dans le long couloir jaune pÃ¢le du pavillon oÃ¹ Vivian sâ€™est rÃ©signÃ© Ã  vivre ses derniers temps, LÃ©a sent quâ€™il y a quelque chose qui se passe et bientÃ´t elle comprend, en passant devant la porte ouverte de la chambre 12, entiÃ¨rement vide et nettoyÃ©e, que Pablo a dÃ» accomplir son dernier trip, selon son expression, en mÃªme temps que la meurtriÃ¨re revenue au Seigneur.&lt;br /&gt; La vision de la chambre du voisin taciturne de Vivian, oÃ¹ une petite noiraude en blouse bleue sâ€™active Ã  effacer toute trace, ne fait cependant quâ€™accentuer lâ€™apprÃ©hension de LÃ©a, en laquelle monte soudain une bouffÃ©e de mÃ©lancolie, liÃ©e Ã  une certaine musique quâ€™elle entend dÃ©jÃ  de derriÃ¨re la porte.&lt;br /&gt; Et voici sur le seuil quâ€™elle comprend: que Vivian nâ€™attendait plus quâ€™elle avec lâ€™air de violon quâ€™elle a enregistrÃ© pour lui lâ€™automne dernier sur son balcon du douziÃ¨me, jouÃ© par lâ€™ami de son voisin dâ€™en dessus, le type aux disques Ã  gueule de manouche.&lt;br /&gt; En trois secondes, avant de rejoindre le groupe de jeunes soignants qui entourent Vivian, masquÃ© Ã  sa vue par lâ€™un dâ€™eux, elle revit alors ce soir de septembre.&lt;br /&gt; Câ€™Ã©tait la fin de lâ€™Ã©tÃ© indien, Vivian venait de commencer ce quâ€™il appelait ses vignettes de mÃ©moire. Il y avait toute une sÃ©rie de paysages qui Ã©taient autant dâ€™images de leurs balades des derniÃ¨res annÃ©es de ThÃ©o, plus quelques portraits Ã  la mine de plomb qui lui Ã©taient venus Ã  la lecture de Lâ€™Idiot, plus une quantitÃ© de petites fleurs aquarellÃ©es.&lt;br /&gt; - Je nâ€™ai jamais pu dire Ã  personne que je lâ€™aimais, lui avait confiÃ© Vivian dans la lumiÃ¨re dÃ©clinante, tandis que la musique, Ã©voquant une complainte dâ€™adieux Ã  la turque, commenÃ§ait de dÃ©ployer ses volutes Ã  lâ€™Ã©tage dâ€™en dessus.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Sur son lit paraissant flotter au-dessus des toits encore parsemÃ©s de neige, Vivian reposait maintenant juste recouvert dâ€™un drap, et ce fut le coeur battant que LÃ©a sâ€™en approcha.&lt;br /&gt; La QuÃ©becoise bronzÃ©e lui explique alors:&lt;br /&gt; - Il voulait pas que tu le quittes hier soir. Il a pas compris que tu comprennes pas. Il disait quâ€™il voulait encore te dire quelque chose quâ€™il a jamais dit Ã  personne.&lt;br /&gt; Â«En quelques heures, lui explique-t-elle encore, il sâ€™est a moitiÃ© saignÃ©, ils ont dÃ» lui faire une transfusion, puis il en est ressorti sans en ressortir mais ses yeux se sont ouverts ce matin et on a vu quâ€™il te cherchait...Â»&lt;br /&gt; Alors LÃ©a leur demande de sortir un moment. Le CLAC du magnÃ©to vient dâ€™indiquer la fin de la bande, quâ€™elle se hÃ¢te de rÃ©enrouler en se dÃ©faisant de son pardessus et de ses vÃªtements dâ€™hiver, pour se glisser en dessous tout contre le corps de lâ€™agonisant.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et câ€™est reparti pour le violon. Et se rÃ©pandent alors les caresses de LÃ©a sur le corps dont la vie fout le camp.&lt;br /&gt; LÃ©a pense Ã  lâ€™instant quâ€™on a volÃ© la mort de Karla Faye en la piqÃ»ant comme une bÃªte nuisible, et quâ€™elle va la venger, en donnant Ã  Vivian une mort quâ€™il aurait aimÃ© vivre.&lt;br /&gt; Elle a toujours pensÃ© que les choses communiquaient ainsi dans lâ€™univers. Elle nâ€™a jamais senti quâ€™en termes de rapports de couleurs et de sentiments, mais seul ThÃ©o sera parvenu, sous ses yeux, Ã  brasser tout Ã§a pour en faire un nouveau corps visible, sinon, ma foi, on en est rÃ©duit (pense-t-elle) Ã  chanter des gospels ou Ã  se consoler lâ€™Ã¢me et la chair.&lt;br /&gt; Ainsi enveloppe-t-elle les jambes nues de Vivian de ses jambes nues Ã  elle. Cela fait comme un bouquet de jambes et leurs pÃ©rinÃ©es se touchent Ã  travers la soie du lÃ©ger vÃªtement. Puis LÃ©a se redresse tout entiÃ¨re en prenant appui sur le mur froid et, ressaisissant le corps de Vivian entre ses bras, entreprend de se mettre Ã  genoux pour ce quâ€™elle imagine la PrÃ©sentation.&lt;br /&gt; Le groupe de la MÃ¨re Ã  lâ€™enfant que cela forme, ou de la Mater dolorosa, ou des Adieux, comme on voudra, sur fond de litanie violoneuse, LÃ©a serait capable de consacrer le reste de sa vie Ã  le peindre, comme le sac dans lequel on a jetÃ© la dÃ©pouille de ThÃ©o ou comme les chambres dÃ©sinfectÃ©es (du blanc, du bleu, des tringles, le ciel) de Karla ou de Pablo.&lt;br /&gt; En attendant Vivian sâ€™en va doucement entre ses bras. Elle se rappelle la terrible mort de la grenouille paralysÃ©e par la nÃ¨pe gÃ©ante aux serres implacables, qui vide lâ€™animal de son contenu comme un sac et ne laisse quâ€™une infime dÃ©pouille dans le fond troublÃ© de lâ€™Ã©tang. Tel sera Vivian tout Ã  lâ€™heure dans les replis du drap, misÃ©rable peau de bourse pillÃ©e, sauf que LÃ©a ne dÃ©sespÃ¨re pas, jusquâ€™Ã  la derniÃ¨re seconde, quâ€™il lui rende son regard et son double sourire.&lt;/p&gt;
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                <title>Au niveau du groupe</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Thu, 19 Jul 2007 19:15:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/f2d967dd37bd2a2d84e63b1d43df8277.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-463064&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/f2d967dd37bd2a2d84e63b1d43df8277.jpg&quot; alt=&quot;f2d967dd37bd2a2d84e63b1d43df8277.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-463064&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;ScÃ¨nes de la vie dâ€™un atelier dâ€™Ã©criture&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il est Ã©vident que quelque part, au niveau du groupe, Jehanne a vraiment merdÃ©. Câ€™Ã©tait Ã  elle de gÃ©rer la situation relationnelle de lâ€™atelier, et sans faire intervenir son ego chiant comme Ã§a sâ€™est passÃ© avec le Gitan. MÃªme sâ€™il y a quelque chose dâ€™indomptable chez celui-ci, je suis navrÃ©e: les vrais artistes ne sont pas des enfants de choeur, et Ã§a ne fait pas un pli que, dans le groupe, le Roumain Ã©tait Ã  peu prÃ¨s le seul qui Ã©crive avec ses tripes et son sang et qui ait le sens de la transposition. En plus, que Ã§a se passe dans un travail de groupe dont le thÃ¨me Ã©tait lâ€™exclusion, Ã§a câ€™est vraiment le top, surtout de la part de quelquâ€™un qui se veut psychologue.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; A ce propos, ce qui Ã©tait un peu mal barrÃ© Ã  la base, câ€™est que, justement, tout ait commencÃ© dans la psychologie. Je veux bien que ce soit le dada de Jehanne et quâ€™elle tienne Ã  &lt;em&gt;baliser&lt;/em&gt; du point de vue des identitÃ©s et des carences, comme elle disait, mais je ne suis pas sÃ»re, quant Ã  moi, que ce soit la meilleure formule pour mettre les gens en confiance et les stimuler au niveau crÃ©ativitÃ©. MÃªme que je me suis demandÃ©e, les premiers temps, si je ne mâ€™Ã©tais pas fourvoyÃ©e dans une espÃ¨ce de secte oÃ¹ se pratiquait la confession dirigÃ©e.&lt;br /&gt; Plus encore: au premier contact jâ€™ai cru que jâ€™hallucinais. Câ€™est que, dans sa longue robe blanche, avec ses cheveux blonds roulÃ©s en tresses sur les oreilles comme les cornes des mÃ©rinos australiens, Jehanne de Preux avait tout de la barjo New Age et, dÃ¨s quâ€™elle a commencÃ© de parler, je me suis dit que je mâ€™Ã©tais trompÃ©e dâ€™adresse.&lt;br /&gt; En gros, disons quâ€™elle sâ€™Ã©tait mise dans lâ€™idÃ©e de nous &lt;em&gt;libÃ©rer.&lt;/em&gt; A priori, dâ€™aprÃ¨s elle, nous Ã©tions tous plus ou moins coincÃ©s du point de vue de lâ€™expression, surtout les femmes, câ€™Ã©tait une affaire de pouvoir, disait-elle, et câ€™Ã©tait cela quâ€™elle voulait &lt;em&gt;travailler.&lt;/em&gt; Tout de suite, alors, il a fallu parler de soi, et câ€™est justement Ã§a, moi, qui mâ€™a bloquÃ©e Ã  ce moment-lÃ . Vraiment je ne pouvais pas, je nâ€™avais pas envie de me livrer, jâ€™avais toujours pensÃ© que lâ€™Ã©criture est le contraire de Ã§a, moi je voulais transposer, je nâ€™en avais rien Ã  faire de partager mes bricoles ou de me farcir celles des autres, je nâ€™Ã©tais pas lÃ  pour me faire assister ou pour servir une fois de plus dâ€™Ã©paule compassionnelle (ma vieille spÃ©cialitÃ© du temps des communautÃ©s), jâ€™avais besoin de mâ€™Ã©chapper de la routine et pas de me tripoter lâ€™Oedipe, jâ€™avais envie dâ€™Ãªtre traversÃ©e par des forces et pas rÃ©duite Ã  ma dÃ©bilitÃ©, mais câ€™est lÃ  que je me suis rendu compte, aussi, que la prÃ©tendue assurance de Jehanne cachait pas mal de fragilitÃ© et que la thÃ©orie lui servait surtout Ã  colmater ses brÃ¨ches Ã  elle.&lt;br /&gt; Ce qui est apparu en tout cas, câ€™est quâ€™elle avait sous-estimÃ© nos rÃ©sistances autant que nos ressources, et cela bien avant que ne se pointe le Gitan.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les premiers temps, lâ€™atelier dâ€™Ã©criture, jâ€™y suis restÃ©e pour les gens que jâ€™apprenais Ã  dÃ©couvrir.&lt;br /&gt; Parfois je me demandais, un peu, Ã  quoi rimait le rÃ´le de Jehanne, qui sâ€™Ã©tait bien aperÃ§ue que nous Ã©tions quelques-uns Ã  lui Ã©chapper, et qui servait surtout aux autres dâ€™exutoire Ã  problÃ¨mes persos, sinon de tuteur socio-culturel.&lt;br /&gt; Ce que jâ€™attendais, en ce qui me concerne, câ€™Ã©tait peut-Ãªtre juste la confirmation extÃ©rieure dâ€™une vraie jouissance que jâ€™avais de me raconter des histoires, qui mâ€™Ã©tait venue dâ€™abord Ã  la lecture des rÃ©cits de Tchekhov et des si belles nouvelles de Carver dont jâ€™aimais, encore plus que les autres, celle oÃ¹ il raconte la mort de Tchekhov...&lt;br /&gt; Je savais que je nâ€™avais pas trop le don, mais quand je voyais ce quâ€™on portait aux nues je me disais que Ã§a ou Ã§a, style Houellebecq ou Darrieussecq, nâ€™arrivait pas Ã  la cheville de ce que jâ€™aimais et que ce que je ferais moi serait peut-Ãªtre encore moins nulache.&lt;br /&gt; Enfin, de toute faÃ§on je ne pensais pas mÃªme Ã  publier, moi ce que je voulais câ€™Ã©tait essayer de mieux piger, en discutant avec des gens - et lÃ  vraiment le Gitan mâ€™a beaucoup apportÃ©, surtout avec ses trucs Ã  lui -, pourquoi ce rÃ©cit fonctionne et pas celui-lÃ , pourquoi tâ€™es tout chose aprÃ¨s &lt;em&gt;La dame au petit ch&lt;/em&gt;ien et comme grattÃ© Ã  la pierre ponce aprÃ¨s dix pages des &lt;em&gt;Particules Ã©lÃ©mentaires.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Les gens je pensais, aussi, que câ€™Ã©tait quand mÃªme important Ã  la base, pour tâ€™Ã©couter et te dire lÃ  tu oublies ou lÃ  tu Ã©cris quelque chose qui mâ€™atteint. Câ€™Ã©tait dÃ©jÃ  beaucoup de pouvoir trouver Ã§a dans un monde oÃ¹ tâ€™es Ã  peu prÃ¨s quâ€™une particule Ã©lÃ©mentaire, câ€™est le cas de dire, mÃªme si tu vaux quand mÃªme mieux quâ€™un personnage de cette pauvre gueule de furet navrÃ© du Michel-la-dÃ©prime.&lt;br /&gt; Ensuite il y avait le niveau physique de la relation, moi Ã§a jâ€™y crois Ã  mort. Et câ€™est peut-Ãªtre ce qui nous a retenus ensemble, plus que les thÃ©ories ou nos textes, avant lâ€™arrivÃ©e du Gitan.&lt;br /&gt; Câ€™Ã©tait la prÃ©sence, par exemple, de ce tendron de Glaus, que toutes nous avions envie de prendre dans nos bras quand il nous lisait ses Ã©tonnants petits morceaux de minimalisme quotidien sublimÃ©, auxquels Jehanne reprochait Ã©videmment ce qui en faisait la valeur Ã  mes yeux, Ã  savoir la transposition.&lt;br /&gt; Ou câ€™Ã©tait lâ€™agitation nÃ©vrotique dâ€™Antonio, qui dÃ©contenanÃ§ait Ã©galement Jehanne, mais qui lâ€™attachait au groupe et le faisait sâ€™ouvrir peu Ã  peu dans ses textes plus ou moins obscÃ¨nes au riche contenu latent (dixit lâ€™experte de Preux).&lt;br /&gt; Or je sentais Jehanne hÃ©siter en rapport, sans doute, avec lâ€™hÃ©sitant abandon que lui montrait le Portugais. Jâ€™avais lâ€™impression, pour ma part, que jamais Jehanne nâ€™Ã©crirait elle-mÃªme quoi que ce soit de vraiment passable avant quâ€™elle ne brise son carcan de freudisme. Pourtant, au fur et Ã  mesure des sÃ©ances, je me suis aperÃ§u quâ€™il y avait quelque chose de mallÃ©able et de poreux en elle et que ce nâ€™Ã©tait pas tout Ã  fait la despote bornÃ©e que jâ€™avais crainte, ensuite de quoi le Gitan a dÃ©barquÃ©, qui a modifiÃ© dâ€™un jour Ã  lâ€™autre toutes les donnÃ©es comportementales du groupe.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Jusquâ€™Ã  lâ€™arrivÃ©e de Stanciu, il Ã©tait encore possible Ã  Jehanne de nous proposer de creuser ses sujets Ã  elle, comme le sentir fÃ©minin ou le rendu du toucher, que nous Ã©tions plusieurs Ã  Ã©viter de traiter mais que personne ne rejetait explicitement.&lt;br /&gt; En revanche, la seule intonation de Stan, quand il se penchait sur les propositions thÃ©matiques que Jehanne nous distribuait en dÃ©but de sÃ©ance, pour les lire Ã  haute voix avec son emphase sarcastique, suffisait Ã  en dÃ©gager ce quâ€™elles avaient en effet de plus ou moins Ã  cÃ´tÃ©.&lt;br /&gt; Câ€™est cela, bien entendu, qui a bientÃ´t montÃ© Jehanne contre Stan, en tout cas pour ce quâ€™on en a vu. Mais tout de suite, aussi, jâ€™avais remarquÃ© que le mÃ¢le lâ€™attirait-terrifiait plus quâ€™un peu, ce quâ€™elle dissimula tout le temps quâ€™il jouait encore Ã  reconnaÃ®tre son ascendant et sa compÃ©tence.&lt;br /&gt; Pour mon compte, jâ€™avais Ã©galement repÃ©rÃ© le vrai Stan du premier coup dâ€™oeil, malgrÃ© la peau de mouton quâ€™il avait jetÃ©e sur ses Ã©paules voÃ»tÃ©es de gare-au-garou, mais je lui ai fait comprendre illico qui dÃ©cidait de mes amours mÃªme Ã©phÃ©mÃ¨res, et nous nous sommes rencontrÃ©s dâ€™entrÃ©e de jeu sur un autre terrain que celui de la drague Ã  la con.&lt;br /&gt; Le premier soir, en me raccompagnant dans le quartier des Oiseaux oÃ¹ il me dit quâ€™il crÃ©chait parfois dans le duplex dâ€™un ami Ã©crivain, il mâ€™a lancÃ© comme Ã§a sans chercher autrement Ã  mâ€™emballer: Â«Toi tu sens quelque chose, Milena, tu as quelque chose en toi qui cherche la pointe, Ã§a se voit dans le texte que tu as lu ce soir, mais tu dois te mettre toute toi sur la pointe, tu ne dois pas garder dâ€™appuis, tu dois toupiller Milena!Â»&lt;br /&gt; On a quelque part un noyau dur et câ€™est lÃ -dessus quâ€™il faut Ã©crire, disait Ã  peu prÃ¨s le Gitan. Il faut Ãªtre implacable. Si tu pisses des larmes, câ€™est du caillou noir de ton coeur quâ€™elles doivent sortir, sinon câ€™est de lâ€™eau de vidure.&lt;br /&gt; En quelques couplets je lui avais racontÃ© mes Ã©pisodes assez persos, mais quand il a pris son ton protecteur je me suis esquivÃ©e vite fait tout en lui donnant pleinement raison question noyau dur.&lt;br /&gt; Je sentais que Stan nâ€™avait pas de mur pour le retenir, et je nâ€™avais pas envie de retomber dans mes vieilles dÃ©pendances. Je devinais autant le chaud que le froid dans sa vie de solitaire, et je nâ€™avais pas la moindre envie de rejouer la maman et la putain comme tant dâ€™autres fois. Bien plus que son personnage, ses textes Ã  la fois Ã¢pres et trÃ¨s tendres me touchaient presque physiquement. Jâ€™aimais ses phrases presque autant que les miennes, et ses mots Ã©taient des objets que je regardais avec reconnaissance, comme un morceau de savon noir sur une planche ou comme un pain de glace dans une boucherie fÃ©erie. Et puis son besoin de sâ€™intÃ©grer et de sâ€™affirmer, dâ€™Ãªtre reconnu et de partager ce qui comptait le plus, pour lui, avec les autres, me touchait. Jâ€™avais envie de lui montrer de lâ€™amitiÃ©, mais je nâ€™avais rien Ã  cirer de ses Ã©lans dâ€™Attila sexuel qui devaient faire flipper en revanche notre chÃ¨re Jehanne.&lt;br /&gt; Câ€™est dâ€™ailleurs pour lui avoir rÃ©sistÃ©, je crois, que nous sommes devenus complices Stan et moi.&lt;br /&gt; Comme le Gitan le disait Ã  mon propos, il Ã©tait de ceux qui, dans leur arriÃ¨re-cour, ont un puits de larmes.&lt;br /&gt; Cela, bien entendu, une Jehanne de Preux ne pouvait le comprendre que par la tÃªte, car jamais elle nâ€™avait vraiment vÃ©cu ou vraiment perdu que dalle.&lt;br /&gt; Jehanne prÃ©tendait faire face: elle avait lu tout Freud et feuilletÃ© Jung pour sâ€™en mÃ©fier vite, elle cotisait depuis dix ans Ã  Amnesty International, elle avait rÃ©flÃ©chi sur la place de la femme dans la sociÃ©tÃ© et, par souci de parallÃ©lisme, sâ€™Ã©tait documentÃ©e sur le &lt;em&gt;sentir masculin&lt;/em&gt;, mais dÃ¨s que tu Ã©tais devant les faits elle paniquait dâ€™une maniÃ¨re ou de lâ€™autre, et dÃ¨s quâ€™elle fut en face du Gitan ce fut la dÃ©route, ou du moins câ€™est ce quâ€™il nous a semblÃ©.&lt;br /&gt; Stan Ã©tait trop physique. Stan Ã©tait beaucoup trop rÃ©el. Quand il arrivait Ã  lâ€™atelier, Stan prenait aussitÃ´t toute la place. Il avait beau sâ€™excuser pour le retard (il arrivait de son chantier de forestier), on faisait attention Ã  lui, il sortait ses textes en comparaison desquels les nÃ´tres existaient Ã  peine, Jehanne essayait de le remettre Ã  sa place mais nous Ã©tions tous Ã  rÃ©clamer ses nouvelles pages jetÃ©es Ã  la diable, et lui-mÃªme sâ€™Ã©talait avec son Ã©nergie dâ€™homme des bois: il Ã©tait lÃ  parce quâ€™il Ã©tait lÃ , Jehanne nâ€™en pouvait mais, et Ã  ce moment-lÃ  personne ne se doutait de ce qui se passait entre eux.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les textes de Stan Ã©taient forts. Le personnage Ã©tait inÃ©galement buvable, mais ses textes Ã©taient beaux et je les aimais comme je pouvais aimer les choses de la vie elle-mÃªme, transposÃ©es par des mots simples et vrais.&lt;br /&gt; Je sentais que Jehanne craignait cette vÃ©ritÃ© et cette simplicitÃ©. Je savais quâ€™elle en percevait la justesse et la force, mais peut-Ãªtre craignait-elle quâ€™un pouvoir lui Ã©chappe, et câ€™est ce qui lâ€™a fait dÃ©railler quand elle nous a proposÃ© ce travail collectif sur lâ€™exclusion, auquel elle croyait pouvoir obliger Stan de participer.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le Gitan se disait incapable dâ€™Ã©crire sur commande, et personne, je le sentais bien, ne pourrait lâ€™obliger Ã  quoi que ce soit. Chaque fois que Stan est intervenu sur nos textes, câ€™est pour nous montrer ce quâ€™ils pouvaient avoir de contraint ou dâ€™artificiel, dâ€™insuffisamment personnel ou dâ€™insuffisamment transposÃ©. Curieusement, ce type qui est tellement centrÃ© sur lui-mÃªme est Ã©galement capable de dÃ©celer, en un clin dâ€™oeil, ce qui sonne faux chez les autres - tout Ã§a qui ne pouvait Ã©chapper Ã  Jehanne et lâ€™inquiÃ©ter aussi.&lt;br /&gt; Que Jehanne nâ€™ait pas compris que ce type ne serait pas taillable Ã  sa faÃ§on, et quâ€™il nous remettait tous en question dâ€™une maniÃ¨re ou de lâ€™autre, câ€™est ce qui mâ€™Ã©chappe Ã  lâ€™instant.&lt;br /&gt; Ce qui me paraÃ®t sÃ»r, en tout cas, câ€™est que lâ€™atelier ne se remettrait pas dâ€™interdire son accÃ¨s Ã  qui que ce soit, et que Jehanne en resterait elle-mÃªme toute cassÃ©e quelque part.&lt;br /&gt; Jâ€™en ai parlÃ© Ã  Stan une nuit durant. Nous avons parlÃ© de ce qui nous fait Ã©crire et de ce que câ€™est devenu la plupart du temps. Il mâ€™a dit que le besoin de se sentir exister Ã©tait le mobile de la majoritÃ© des gens qui Ã©crivent, mais que beaucoup se contentent de simulacres dâ€™existence que procurent une apparition au petit Ã©cran ou une citation dans un journal.&lt;br /&gt; Il mâ€™a dit que lui-mÃªme pourrait trÃ¨s bien cesser dâ€™Ã©crire et quâ€™il ne dÃ©sirait pas prouver quoi que ce fÃ»t au groupe, bizarrement il a plutÃ´t pris la dÃ©fense de Jehanne et a laissÃ© entendre que lui-mÃªme ne serait pas reparu Ã  lâ€™atelier sâ€™il nâ€™y avait eu pour lui une question dâ€™honneur Ã  dÃ©fendre. Il nâ€™aimait pas quâ€™on le jette dâ€™oÃ¹ que ce fÃ»t: simplement il nâ€™aimait pas cela, et comme je le comprends !&lt;br /&gt; Et câ€™est cela, aujourdâ€™hui, quâ€™il nous faut gÃ©rer au niveau du groupe: câ€™est le retour de Stan et la dÃ©prime de Jehanne consÃ©cutive Ã  la rupture de la liaison que nous ignorions entre eux.&lt;br /&gt; Finalement je pense que ce serait un dÃ©fi de travailler ce thÃ¨me de la &lt;em&gt;pointe&lt;/em&gt; au niveau du groupe. Faudrait que Stan nous raconte comment il nous vit, et que chacun se raconte et raconte comment il vit Stan et Jehanne, mais que tout soit transposÃ©, et que tous nous nous mettions Ã  toupiller.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Cette nouvelle est extraite du &lt;em&gt;MaÃ®tre des couleurs&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Avec vue sur la mer</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 19 Nov 2006 10:20:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_soutter21.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; Je mâ€™en suis tenu, maman, Ã  ta rÃ¨gle de ne pas sâ€™en laisser conter. Jâ€™ai rÃ©solu, en me rappelant ce que tu mâ€™as appris, de ne suivre que mon instinct, sans mâ€™occuper de ce que les autres pensaient ou disaient. Je ne me suis pas laissÃ© piÃ©tiner, et câ€™est Ã  cause de Ã§a que nous nous sommes trouvÃ©s finalement elle et moi, je te parle de Marie-Ange.&lt;br /&gt; Mon projet câ€™Ã©tait dâ€™&lt;em&gt;assumer&lt;/em&gt;, comme ils disaient. Jâ€™avais Ã©tÃ© Ã©branlÃ© par le dÃ©part de Vera. Je ne mâ€™Ã©tais pas rappelÃ© tes prÃ©ventions Ã  son Ã©gard. Je mâ€™Ã©tais dit que peut-Ãªtre elle avait raison - que câ€™Ã©tait moi qui dÃ©raillais. Jâ€™ai donc hÃ©sitÃ©, puis je me suis ressaisi.&lt;br /&gt; Elle mâ€™a dit que jâ€™Ã©tais un tarÃ©. Elle mâ€™a dit: tu dois Ãªtre un pervers, oui câ€™est cela tu es un pervers, tu me fais gerber. Elle a dit Ã§a. Elle voulait me faire mal. Elle ne supportait pas lâ€™idÃ©e que jâ€™aie mes propres goÃ»ts. Câ€™Ã©tait comme en musique: elle nâ€™admettait pas que jâ€™apprÃ©cie Frankie Laine et Dolly Parton. Elle aurait voulu que je mâ€™en remette entiÃ¨rement Ã  elle: elle prÃ©tendait que la country Ã©tait barjo et quâ€™elle, Vera, ne pouvait simplement pas tolÃ©rer quâ€™on joue de la country ou du folk sous son toit. Par rapport Ã  mon goÃ»t particulier, elle mâ€™a dit que jâ€™Ã©tais un vicieux, mais lÃ  je me suis dÃ©fendu en lui rappelant que câ€™Ã©tait elle qui mâ€™avait conseillÃ© de me libÃ©rer quand on sâ€™Ã©tait rencontrÃ©s, puis que câ€™Ã©tait elle qui me lâ€™avait fait la premiÃ¨re fois.&lt;br /&gt; A part Ã§a, mÃªme si ma tendance nâ€™Ã©tait pas tellement revendiquÃ©e alors en tant que telle, jâ€™avais pour moi toute le nouveau &lt;em&gt;trend&lt;/em&gt; de lâ€™Ã©poque. Partout, Ã  ce moment-lÃ , tout le monde ne faisait que rÃ©pÃ©ter: vivez votre fantasme, affirmez votre dÃ©sir, affichez votre diffÃ©rence. Tout le monde sâ€™assumait en long et en large. Il nâ€™y en avait partout que pour la &lt;em&gt;diffÃ©rence&lt;/em&gt; et câ€™est ce qui mâ€™a poussÃ© Ã  sortir du bois Ã  mon tour.&lt;br /&gt; Mais lÃ -dessus, pour y parvenir, il est vrai quâ€™il mâ€™aura fallu du temps et du cran. Câ€™est quâ€™il faut dire, et lÃ  vraiment je ne vais rien te cacher, que ma diffÃ©rence Ã  moi Ã©tait un peu spÃ©ciale.&lt;br /&gt; La rÃ©action de Vera mâ€™avait mis sur mes gardes. Alors mÃªme que câ€™Ã©tait elle qui mâ€™avait fait flasher lÃ -dessus, je mâ€™Ã©tais aperÃ§u que ce jeu amoureux que jâ€™avais redÃ©couvert en sa compagnie, et qui me semblait tout ce quâ€™il y a dâ€™innocent, ne lui Ã©tait apparu comme Ã§a que le temps dâ€™une sÃ©ance alors quâ€™il deviendrait, dâ€™aprÃ¨s ce quâ€™elle disait, un vice ou une perversion Ã  se rÃ©pÃ©ter.&lt;br /&gt; Quant Ã  moi, je ne voyais pas du tout les choses ainsi. Jâ€™avais dÃ©couvert un truc hyperfort et je mâ€™y tenais. Jâ€™avais retrouvÃ© une sensation gÃ©niale et je ne vois pas pourquoi jâ€™aurais culpabilisÃ©. Dâ€™une certaine maniÃ¨re, aussi, je tâ€™avais retrouvÃ©e. Peut-Ãªtre que je nâ€™aurais pas osÃ© te le dire comme Ã§a, quand tu Ã©tais encore lÃ . Peut-Ãªtre que Ã§a tâ€™aurait choquÃ©e, comme quand je tâ€™ai avouÃ© que jâ€™avais bu un verre de notre urine avec TimothÃ©e, autour de nos sept ans, mais Ã  prÃ©sent je te dois cette vÃ©ritÃ©, câ€™est une question entre nous, maman, puisque ces moments-lÃ  me restent aussi comme mes plus anciens souvenirs de toi, je crois bien.&lt;br /&gt; Je me les suis rappelÃ©s surtout Ã  lâ€™odeur. Tout nâ€™Ã©tait plus alors quâ€™une affaire de sensation, mais câ€™est sacrÃ©ment important: les psychologues le rÃ©pÃ¨tent tant et plus. En tout cas moi Ã§a restait le lien le plus fort entre nous.&lt;br /&gt; Tout de suite, quand Vera me lâ€™a fait, je me suis retrouvÃ© tant dâ€™annÃ©es en arriÃ¨re, dans une lumiÃ¨re qui devait Ãªtre celle de la salle de bain aux vitres dÃ©polies de la maison des Oiseaux, je me suis rappelÃ© le dur et le doux de la planche Ã  langer que tu avais installÃ©e en travers de la baignoire Ã  pieds de fonte, je me suis rappelÃ© la petite flamme bleutÃ©e de la veilleuse du chauffage Ã  gaz que je distinguais dâ€™en dessous et je me suis rappelÃ© des sons lointains qui devaient Ãªtre ceux de la vie dans le quartier, je me suis rappelÃ© lâ€™odeur de la &lt;em&gt;grosse commission&lt;/em&gt;, comme tu lâ€™appelais avec une sorte de reconnaissance, comme si Ã§a te prouvait que jâ€™existais, et peu aprÃ¨s je me suis rappelÃ© lâ€™odeur de la crÃ¨me Nivea quâ€™on pourrait simplement dire lâ€™odeur de propre en ordre et de sÃ©curitÃ© que jâ€™associe aussi Ã  ta prÃ©sence Ã  chaque fois que jâ€™avais transpirÃ© au cours de mes chÃ¨res maladies dâ€™enfant et que tu me changeais avant de mâ€™apporter ma tisane, je me suis rappelÃ© tout Ã§a mais je nâ€™en ai pas parlÃ© Ã  Vera, et je me le suis parfois reprochÃ©, mais câ€™Ã©tait avant de rencontrer Marie-Ange.&lt;br /&gt; Ensuite, par lâ€™imagination, Ã§a a Ã©tÃ© encore plus gÃ©ant. Au fur et Ã  mesure que je revivais cette premiÃ¨re sÃ©ance, je retrouvais dâ€™autres sensations et dâ€™autres dÃ©tails qui me rappelaient notre vie tout au dÃ©but aux Oiseaux.&lt;br /&gt; Et câ€™est Ã§a, peut-Ãªtre, câ€™est sÃ»rement Ã§a qui a fait paniquer Vera, avec cette intuition que vous avez toutes.&lt;br /&gt; Elle a dÃ» se dire, probablement, que ce que je lui demandais de me faire, lÃ , nous ramenait Ã  autre chose quâ€™Ã  notre histoire.&lt;br /&gt; Ce qui est certain câ€™est que câ€™est Ã  cause de Ã§a que cela sâ€™est gÃ¢tÃ© entre nous et quâ€™elle mâ€™a jetÃ©, mais câ€™est aussi vrai quâ€™aprÃ¨s mâ€™Ãªtre posÃ© des questions jâ€™en ai eu marre de tout prendre sur moi et que jâ€™ai dÃ©cidÃ©, avec lâ€™aide de Jean-Yves, dâ€™assumer mon fantasme.&lt;br /&gt; Jâ€™avais alors plus de trente ans, mais je me sentais un peu flottant Ã  quelque part. Je nâ€™estimais pas avoir encore trouvÃ© la voie particuliÃ¨re dont tu disais que jâ€™Ã©tais digne - toi qui me rÃªvais plus ou moins soliste dans un orchestre de danse parce que tu mâ€™avais payÃ© des leÃ§ons de piano toutes ces annÃ©es et que ma faÃ§on de jouer du Richard Clayderman te semblait fantastique -, mais je sentais que je devais faire quelque chose qui tranche avec la routine de lâ€™agence oÃ¹ je travaillais en intÃ©rimaire.&lt;br /&gt; DÃ©jÃ , dâ€™avoir rompu avec Vera mâ€™a fait du bien, contrairement Ã  ce que jâ€™avais craint. Plus jâ€™y pensais et plus je me disais que cette femme mâ€™aurait empÃªchÃ© de respirer Ã  la longue. Notre collage durait depuis plus de trois ans, avec deux ou trois crises qui tâ€™avaient plutÃ´t rÃ©jouie, puis Ã§a a Ã©tÃ© ton attaque foudroyante qui mâ€™a tellement secouÃ© que je me suis rendu compte que sans Vera je me serais effondrÃ©, mais jâ€™avais aussi remarquÃ©, durant cette pÃ©riode oÃ¹ je commenÃ§ais mon travail de deuil, comme lâ€™appelait Jean-Yves, que Vera Ã©tait hyperdure et combien aussi, matÃ©riellement parlant, elle se montrait calculatrice.&lt;br /&gt; Jean-Yves mâ€™a aidÃ© Ã  me faire Ã  la solitude, câ€™est lui qui a commencÃ© Ã  me donner Ã  lire des trucs en psycho, il mâ€™a Ã©coutÃ© et je lui en ai racontÃ© de plus en plus, un jour que je lui ai dit ma terreur de voir papa dÃ©barquer dans son cabinet jâ€™ai fondu en larmes comme un mÃ´me et il mâ€™a pris dans ses bras, aprÃ¨s quoi les vannes se sont ouvertes et je lui ai tout dÃ©ballÃ©, toutes nos annÃ©es, toutes les fois oÃ¹ papa se pointait et finissait par te menacer, dâ€™une sÃ©ance Ã  lâ€™autre je descendais le courant selon son expression et puis jâ€™ai commencÃ© de le remonter et câ€™est tout Ã  la fin que jâ€™ai cassÃ© le morceau, un jour jâ€™allais tellement mal quâ€™il mâ€™a dit que jâ€™avais besoin de quelquâ€™un et quâ€™il mâ€™a posÃ© la main sur la cuisse, mais moi je me suis retirÃ© tout de suite en me veillant de ne pas le blesser, il ne lâ€™a dâ€™ailleurs pas du tout mal pris, il mâ€™a mÃªme dit que câ€™Ã©tait mieux comme Ã§a et câ€™est alors quâ€™en toute confiance je lui avouÃ© mon fantasme.&lt;br /&gt; Quand Jean-Yves mâ€™a dit quâ€™on allait &lt;em&gt;travailler&lt;/em&gt; ce sujet-lÃ , je me suis dit, surtout aprÃ¨s le coup de la main sur la cuisse, que je devais une fiÃ¨re chandelle Ã  ce type et dâ€™autant plus quâ€™il avait lui-mÃªme une vie Ã  problÃ¨mes Ã  ce quâ€™il semblait.&lt;br /&gt; Pourtant jâ€™Ã©tais encore bien loin, Ã  lâ€™Ã©poque, dâ€™envisager un &lt;em&gt;coming out&lt;/em&gt; que Jean-Yves lui-mÃªme ne me conseillait pas. Ensuite de quoi, et Ã§a aussi mâ€™a salement secouÃ©, mais peut-Ãªtre aussi libÃ©rÃ© dâ€™une certaine faÃ§on, Jean-Yves a disparu sans crier gare. Comme nous avions espacÃ© les sÃ©ances, il se passait parfois deux ou trois semaines sans que nous ne nous rencontrions, puis il mâ€™a parlÃ© dâ€™un autre poste quâ€™il pourrait peut-Ãªtre dÃ©crocher au sud de la France, et finalement câ€™est par une lettre un peu distante, sur un ton qui mâ€™a plutÃ´t dÃ©Ã§u, quâ€™il mâ€™a expliquÃ© que nous ne nous reverrions pas et que je pouvais continuer la thÃ©rapie avec Glenda, aprÃ¨s quoi ses adieux Ã©taient plus affectueux et il me laissait son adresse, mais jamais je ne lui ai rÃ©crit et dâ€™ailleurs je nâ€™avais plus tellement besoin dâ€™une aide de ce cÃ´tÃ©, je venais de vendre les Oiseaux, jâ€™avais de quoi survivre quelques annÃ©es sans travailler, puis jâ€™ai eu envie de revoir du monde et jâ€™ai passÃ© dâ€™un job Ã  lâ€™autre par lâ€™agence et je me suis mis Ã  chercher une partenaire qui me comprendait sans mÃªme que jâ€™aie forcÃ©ment besoin de lui confier mon secret.&lt;br /&gt; Plus prÃ©cisÃ©ment, lorsque jâ€™ai commencÃ© de frÃ©quenter les minoritÃ©s, un sentiment compliquÃ©, joint Ã  ma timiditÃ© naturelle, mâ€™empÃªcha de me livrer.&lt;br /&gt; Un samedi matin que ces groupes dÃ©filaient dans les rues du centre ville, je leur avais emboÃ®tÃ© le pas, je mâ€™Ã©tais mis Ã  manifester avec eux en faveur de la &lt;em&gt;diffÃ©rence,&lt;/em&gt; puis un type qui distribuait des tracts mâ€™en a filÃ© quelques-uns Ã  remettre aux passants, et le soir je me suis retrouvÃ© Ã  ce quâ€™ils appelaient une prise de parole dans le cadre du Collectif Fusion.&lt;br /&gt; Je dois te le dire alors sans dÃ©tour: tout de suite Ã§a mâ€™a plu. Tout de suite, ces filles et ces garÃ§ons qui disaient ce quâ€™ils vivaient sans tricher, Ã§a mâ€™a vraiment superplu. Je me suis dit: lÃ , Roland, tu vas pouvoir tâ€™assumer.&lt;br /&gt; Cela se passait dans un loft: moi je nâ€™avais rien contre a priori, tu sais, malgrÃ© le joli cadre dans lequel nous avons vÃ©cu aux Oiseaux. Jâ€™Ã©tais sÃ»rement le plus vieux du groupe, mais je mâ€™Ã©tais fait un look western, jâ€™avais les cheveux longs et je mâ€™Ã©tais mis au banjo. On Ã©tait tous assis Ã  des Ã©tages diffÃ©rents, il y avait de la musique qui tournait toute seule et des filles aux pieds nus distribuaient des tasses de thÃ© de menthe. Ensuite de quoi sâ€™est dÃ©roulÃ©e la prise de parole.&lt;br /&gt; Il y avait un garÃ§on aux cheveux dÃ©colorÃ©s et aux lÃ¨vres noires (je ne te mens pas), appuyÃ© contre un type baraquÃ© en veste de cuir, qui racontait ce quâ€™il avait endurÃ© en milieu ouvrier, et jâ€™Ã©tais touchÃ© de voir que tous avaient le mÃªme air &lt;em&gt;concernÃ©&lt;/em&gt; en lâ€™Ã©coutant.&lt;br /&gt; Il y avait une fille chauve Ã  la voix rauque qui racontait lâ€™abus quâ€™elle avait subi: elle disait que tout venait de lÃ , mais quâ€™en somme elle ne le regrettait pas vu quâ€™elle prÃ©fÃ©rait Ãªtre comme Ã§a que pareille aux blaireaux, et tout Ã  coup je me suis rendu compte quâ€™il y avait vraiment plusieurs faÃ§ons dâ€™Ãªtre diffÃ©rent.&lt;br /&gt; Enfin, aprÃ¨s deux ou trois autres, un certain Brahim a expliquÃ© ce que Ã§a reprÃ©sentait de voir dans le regard de lâ€™autre le mot &lt;em&gt;bougnoule&lt;/em&gt;, et je me suis alors demandÃ© si je pourrais, avec ma diffÃ©rence, Ãªtre aussi bien acceptÃ© que lui et les autres.&lt;br /&gt; En tout cas je nâ€™Ã©tais plus tellement Ã  lâ€™aise. Jâ€™Ã©tais content de mâ€™Ãªtre rapprochÃ© de ces gens que je pouvais Ã©couter et auxquels je montrais ma propre comprÃ©hension, mais je les ai observÃ©s aussi et jâ€™ai vu comment cela se passait entre eux, et jâ€™ai notÃ© que, trÃ¨s vite, les uns et les autres se rapprochaient ou sâ€™Ã©loignaient au contraire les uns des autres, sâ€™attiraient ou se rejetaient carrÃ©ment.&lt;br /&gt; BientÃ´t, en plus, certains ont voulu savoir oÃ¹ je me situais, intriguÃ©s quâ€™ils Ã©taient par mon allure et mes silences. Sans faire trop de mystÃ¨re je me disais plutÃ´t &lt;em&gt;en recherche&lt;/em&gt; et dÃ©viais la conversation en promettant de mâ€™expliquer lorsque je mâ€™y sentirais disposÃ©. Comme je ne rÃ©pondais aux avances ni des uns ni des autres, et que je rÃ©pandais autour de moi ce fluide que la premiÃ¨re tu as identifiÃ© chez moi, chacun des camarades se figurait que ma diffÃ©rence sâ€™apparentait plus ou moins Ã  la sienne et que de toute faÃ§on je finirais bien par mâ€™exprimer.&lt;br /&gt; Mais comment passer Ã  lâ€™acte ? Comment mâ€™expliquer sans me faire exclure comme je lâ€™avais Ã©tÃ© par Vera ? Comment leur dire ma diffÃ©rence ?&lt;br /&gt; Toi tu lâ€™aurais compris, Ã§a ne faisait pas un pli, que jâ€™aimais plus que tout Ãªtre langÃ©, que jâ€™aimais faire dans mes couches et que rien ne me plaisait autant que dâ€™Ãªtre torchÃ© et changÃ©: tu aurais acceptÃ© mon fantasme qui, dâ€™une certaine maniÃ¨re, me rapprochait de toi par delÃ  les annÃ©es; surtout tu aurais apprÃ©ciÃ© la probitÃ© avec laquelle jâ€™Ã©tais rÃ©solu Ã  lâ€™exposer et Ã  la dÃ©fendre - mais comment la leur faire accepter si moi-mÃªme je mâ€™en gÃªnais encore ?&lt;br /&gt; Eh bien, mon intuition ne mâ€™a pas trompÃ©, puisquâ€™Ã  la premiÃ¨re prise de parole oÃ¹, enfin, je mâ€™exprimai dans un groupe de conscience du Collectif Fusion, je remarquai aussitÃ´t comme un courant de rÃ©probation passer, ainsi que je lâ€™avais Ã©prouvÃ© avec Vera. DÃ¨s que les gens eurent compris de quelle nature Ã©tait ma diffÃ©rence, je constatai quâ€™ils se regardaient, puis ils commencÃ¨rent de murmurer et il fallut que RÃ©gis rappelle que dans le groupe on respectait lâ€™&lt;em&gt;outing&lt;/em&gt; de chacun pour que cela se calme.&lt;br /&gt; Depuis ce soir-lÃ , pourtant, jâ€™ai remarquÃ© quâ€™un fossÃ© sâ€™Ã©tait creusÃ© entre nous.&lt;br /&gt; AprÃ¨s mon intervention, dÃ©jÃ , les gens mâ€™ont tous plus ou moins Ã©vitÃ© Ã  la fin de la sÃ©ance et lâ€™ami de RÃ©gis, me prenant Ã  part, mâ€™a parlÃ© de psycho-rÃ©paration sur ce mÃªme ton de bienveillance accablÃ©e qui avait Ã©tÃ© celui de Vera.&lt;br /&gt; Câ€™est ainsi que je mâ€™Ã©loignai du Collectif Fusion et que, malgrÃ© le soutien passÃ© de Jean-Yves et la possibilitÃ© de recourir Ã  sa collÃ¨gue, jâ€™entrai peu aprÃ¨s, en dÃ©pression.&lt;br /&gt; Je nâ€™ai pas besoin de te faire un dessin: tu as connu cela des annÃ©es durant. MÃªme si ce nâ€™est quâ€™aujourdâ€™hui que je commence dâ€™imaginer ta propre dÃ©rive, je nâ€™en reviens pas encore de lâ€™avoir supportÃ©e moi-mÃªme: Ã§a a vraiment Ã©tÃ© la totale, mais jâ€™ai toujours pensÃ© que tu reÃ§ois ce que tu donnes et câ€™est exactement ce que nous nous disons Ã  prÃ©sent que nous sommes installÃ©s aux MÃ©sanges, Marie-Ange et moi.&lt;br /&gt; Bref, des mois ont passÃ©, et lâ€™internement, les mÃ©dics et tout Ã§a, mais une fois encore jâ€™avais mon idÃ©e et, dÃ¨s que je mâ€™en suis tirÃ©, je nâ€™ai plus pensÃ© quâ€™Ã  vivre mon obsession jusquâ€™au bout non sans avoir remis mes compteurs Ã  zÃ©ro.&lt;br /&gt; Jâ€™avais dâ€™abord cru, stupide que jâ€™Ã©tais, ce que disaient les gens, puis jâ€™avais vu ce quâ€™ils faisaient; et maintenant je me rappellais que tu mâ€™avais toujours dit de ne jamais me fier quâ€™Ã  ce que les gens font, et lÃ  je peux dire que tu avais raison: jâ€™ai vu que ce quâ€™ils font nâ€™a rien Ã  voir avec ce quâ€™ils disent mais je me suis obstinÃ© et dÃ©sormais, avec Marie-Ange, nous nâ€™avons plus Ã  rendre de compte Ã  personne.&lt;br /&gt; Si je me suis assumÃ© finalement en pratiquant publiquement mon &lt;em&gt;coming out&lt;/em&gt;, et si jâ€™ai rencontrÃ© Marie-Ange par la mÃªme occasion, je ne regrette pas dâ€™y Ãªtre arrivÃ© par un moyen qui tâ€™aurait dÃ©plu de ton vivant, toi qui voyais en lâ€™exhibition la pire calamitÃ© de lâ€™Ã©poque. Jâ€™ai bien mis quelque temps Ã  te lâ€™avouer, mais je ne saurais mâ€™y soustraire. Toi-mÃªme me disais que jamais je ne pourrais rien te cacher, mÃªme aprÃ¨s, et câ€™est pourquoi je nâ€™ai jamais doutÃ© que je finirais par te lâ€™avouer.&lt;br /&gt; Câ€™est pourtant vrai, maman: je me suis exhibÃ©, nous nous sommes exhibÃ©s Marie-Ange et moi, nous nous sommes pliÃ©s tous deux Ã  la rÃ¨gle du jeu de lâ€™Ã©mission tÃ©lÃ©visÃ©e &lt;em&gt;Fantasmes fous&lt;/em&gt;, consistant Ã  jouer sur le plateau, en prÃ©sence de lâ€™animateur et de la psy, la scÃ¨ne de son goÃ»t assumÃ©, et probablement cela tâ€™aurait-il contrariÃ©e de me voir ainsi langÃ© par Marie-Ange devant des millions de tÃ©lÃ©spectateurs, comme de me voir ensuite tÃ©ter Marie-Ange pour accomplir sa propre fantaisie.&lt;br /&gt; Souvent je me suis pris Ã  tâ€™imaginer au milieu du public de ce soir-lÃ . Or, quâ€™aurais-tu vraiment pensÃ© de tout Ã§a ? Je ne sais pas: je nâ€™en suis pas sÃ»r mais je te demande de le comprendre oÃ¹ tu es Ã  prÃ©sent.&lt;br /&gt; Ce quâ€™il y a de sÃ»r, câ€™est que câ€™est bel et bien pour mâ€™Ãªtre assumÃ© que jâ€™ai rencontrÃ© Marie-Ange et que câ€™est notre diffÃ©rence revendiquÃ©e qui nous a permis de participer, ensemble, Ã  la finale de &lt;em&gt;Fantasmes fous&lt;/em&gt;, au Lavandou, oÃ¹ nous avons gagnÃ© Les MÃ©sanges.&lt;br /&gt; Nous avons choisi le nom de notre pavillon avec vue sur la mer en mÃ©moire du quartier des Oiseaux oÃ¹ nous avons passÃ© tant dâ€™annÃ©es, ce qui nous fait, toi et moi, nous retrouver dâ€™une autre faÃ§on encore.&lt;br /&gt; Te souviens-tu, Ã  ce propos, de ce que tu mâ€™avais racontÃ© du premier poste de tÃ©lÃ©vision du quartier ? Les enfants, vous aviez Ã©tÃ© invitÃ©s chez des voisins qui avaient les moyens afin dâ€™y voir un Ã©pisode de &lt;em&gt;Lassie chien fidÃ¨le&lt;/em&gt; que tu mâ€™as racontÃ© vingt ans aprÃ¨s.&lt;br /&gt; Or, il y a dÃ©jÃ  sept ans que nous nous sommes rencontrÃ©s, moi et Marie-Ange. Si questions rapports nous en sommes encore au top, nos fameux fantasmes fous nous ont bientÃ´t lassÃ©s, et nous savons Ã  prÃ©sent que nous ne pourrons avoir dâ€™enfant. Un temps, jâ€™ai pensÃ© que nous pourrions prendre un Lassie en mÃ©moire de toi, mais Marie-Ange mâ€™a fait remarquer que le collie laissait trop de poils dans la maison, et tu sais que ce que femme veut...&lt;br /&gt; Ce que je regrette un peu aujourdâ€™hui, câ€™est que lâ€™extension du lotissement fait que nous ne voyons plus la mer depuis le printemps dernier. Mais rassure-toi: nous sommes trÃ¨s occupÃ©s tous les deux par la petite boutique de produits bios que le pÃ¨re de Marie-Ange nous a permis dâ€™ouvrir au Lavandou, et nous avons choisi de renoncer Ã  la tÃ©lÃ©vision pour Ãªtre encore plus prÃ¨s de la nature, ce qui doit te faire plaisir. Enfin, la maxinouvelle que tu attends sÃ»rement, câ€™est que je me suis remis au pianola. OÃ¹ tu es, dâ€™ailleurs, tu dois te rÃ©jouir de mes progrÃ¨s...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Cette nouvelle est extraite du recueil intitulÃ© &lt;em&gt;Le maÃ®tre des couleurs&lt;/em&gt;, paru en 2001 aux Ã©ditions Bernard Campiche.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Fils du vent</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sat, 24 Dec 2005 11:05:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;img style=&quot;border-top-width: 0px; border-left-width: 0px; float: left; border-bottom-width: 0px; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-right-width: 0px&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_amarcord.4.jpg&quot; /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce quâ€™il y a de super, avec le RÃ©seau, câ€™est quâ€™on est Ã  la fois tout le monde et personne. Tâ€™as pas besoin de mettre un masque. A la limite, mÃªme si tu scannes ton portrait tâ€™es pas obligÃ© que ce soit le tien. Tâ€™es derriÃ¨re ton Ã©cran et tâ€™as pas de comptes Ã  rendre; en tout cas tant que tu dÃ©bloques pas tâ€™as pas de comptes Ã  rendre. Moi par exemple, aprÃ¨s la mort de Raoul, Ã§a mâ€™a drÃ´lement apportÃ©. Parce que, pendant des jours, Ã§a a Ã©tÃ© encore plus galÃ¨re que de son vivant. DÃ©jÃ  que Ã§a avait pas toujours Ã©tÃ© Ã©vident quand je lâ€™avais sur les bras, surtout Ã  la fin avec tout le sang quâ€™il crachait, mais enfin jâ€™avais lâ€™impression dâ€™exister, mÃªme si je savais maintenant que je lui devais pas la vie je lui donnais volontiers tout ce quâ€™il fallait dans lâ€™urgence , je faisais des heures sup pour Ã©ponger ses &lt;em&gt;mÃ©faits et gestes&lt;/em&gt; les plus graves, comme il disait, je lâ€™avais adoptÃ© mÃªme sâ€™il Ã©tait pas celui que je croyais -&amp;nbsp; lâ€™autre je mâ€™en foutais bien Ã  prÃ©sent: câ€™Ã©tait quand mÃªme pour Raoul que jâ€™avais fini par voter aprÃ¨s lâ€™avoir bien agoni pour ce quâ€™il nous avait fait endurer, au point de souhaiter quâ€™il disparaisse et quâ€™on nâ€™en parle plus.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Câ€™est pourtant vrai que jâ€™avais fini par le prendre en charge alors que tous se dÃ©filaient plus ou moins. Je mâ€™Ã©tais installÃ© dans son deux-piÃ¨ces de la CitÃ© des Oiseaux et quelque part Ã§a mâ€™arrangeait, je me suis occupÃ© de lâ€™Armoire au TrÃ©sor, comme il appelait sa planque Ã  factures,&amp;nbsp; jâ€™ai tout assumÃ© ou Ã  peu prÃ¨s, jâ€™ai dÃ©barquÃ© avec mon Mac et je lui ai fait dÃ©couvrir le monde de la Toile, il sâ€™est pris au jeu quelque temps avant de tomber par hasard sur les saletÃ©s de Wonderland, juste avant que ce club de tarÃ©s ne soit dÃ©mantelÃ©, il a vu le sexe et le fric partout et nâ€™en revenait pas avec son bon naturel de coureur des bois pas vicieux pour un jeton, et lÃ  nous avons causÃ© de tout Ã§a, il mâ€™a montrÃ© tout ce quâ€™il y avait de mal barrÃ© dans ce pseudo-monde et jâ€™ai reconnu que câ€™Ã©tait le risque quand on se met Ã  dÃ©bloquer, bref on a refait ami-ami, je lui ai pardonnÃ© tout ce quâ€™il a foutu en lâ€™air de notre vie et de celle dâ€™Elena, et dâ€™abord parce quâ€™il mâ€™a racontÃ© son Elena Ã  lui, tout ce que jâ€™ignorais de mon cÃ´tÃ©, tout ce quâ€™elle lui a fait subir que je ne savais pas - mÃªme sâ€™il en remettait je sentais quâ€™il y avait du vrai, et je le sentais revivre de me voir lâ€™Ã©couter, il Ã©tait encore suffisamment sur ses pattes&amp;nbsp; pour quâ€™on recommence Ã  se balader ensemble, on est allÃ©s en montagne et dans les rÃ©serves du bout du Haut Lac, je lui ai appris des trucs sur lâ€™Ã©cosystÃ¨me et il mâ€™en a appris dâ€™autres en mâ€™amenant chez tous ceux quâ€™il avait frÃ©quentÃ©s Ã  lâ€™Ã©poque de la distillerie, il nâ€™y avait quasiment plus de soirs ou de fins de semaine que nous ne passions ensemble, mÃªme quâ€™Elena, qui ne me voyait pour ainsi dire plus, sauf pour mon linge,&amp;nbsp; commenÃ§ait Ã  la trouver mauvaise.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Dâ€™ailleurs câ€™est ce moment-lÃ  quâ€™elle a choisi, Elena, pour faire sa rÃ©vÃ©lation, et lÃ  câ€™est plutÃ´t elle qui sâ€™est montrÃ©e sous son moche cÃ´tÃ©, mais moi je nâ€™ai rien vu venir, enfin peut-Ãªtre que Ã§a devait tourner ainsi, probable mÃªme que câ€™Ã©tait obligÃ©: que Ã§a devait se passer comme Ã§a, et voilÃ  quâ€™un jour oÃ¹ je me disais que Raoul repiquait et que je lance comme Ã§a Ã  Elena, sans penser la vexer, que tous les deux, papa et moi, nous nous sommes retrouvÃ©s et que Ã§a donne un peu plus de sens Ã  nos bouts de chemins, voilÃ  quâ€™elle se met Ã  rire drÃ´lement et quâ€™elle mâ€™apprend que Raoul nâ€™est pas vraiment celui que je crois: quâ€™elle nâ€™a jamais voulu me le dire mais quâ€™Ã  prÃ©sent elle me le dit, que mon vrai gÃ©niteur est un autre mais que je ne saurai jamais qui vu que le nom de celui-lÃ  elle se le rappelle mÃªme pas, ou disons quâ€™elle pourrait lâ€™appeller le courant dâ€™air...&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; A Raoul je nâ€™en ai pas parlÃ©: câ€™Ã©tait vraiment le plus mauvais moment, alors que tout semblait plus ou moins sâ€™arranger. Je ne lui ai rien dit, pas le moindre reproche, dâ€™ailleurs sa faute Ã  lui Ã©tait autant dire rien par rapport Ã  lâ€™autre, et puis je ne savais mÃªme pas sâ€™il savait, mais il y a ce quâ€™on sent, il y a ce que Raoul a dÃ» ressentir de ma part malgrÃ© que je mâ€™efforÃ§ais toujours de lui envoyer de bonnes ondes; et ce quâ€™il a ressenti ces jours-lÃ  devait venir aussi dâ€™elle, elle qui diffusait de sales vibes depuis lâ€™autre bout de la ville, elle qui nous en voulait maintenant dâ€™autant plus quâ€™elle regrettait sÃ»rement de mâ€™avoir balancÃ© Ã§a sans crier gare, parce que je sais quâ€™elle est au fond pas si nÃ©faste, et câ€™est ma mÃ¨re Ã§a câ€™est prouvÃ©, enfin bref loin de mâ€™Ã©loigner de Raoul la nouvelle mâ€™a tellement chavirÃ© que Ã§a mâ€™a rapprochÃ© de lui tandis quâ€™il recommenÃ§ait Ã  saigner.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Au dÃ©but, sur le RÃ©seau,&amp;nbsp; jâ€™aimais bien me faire passer pour le fils dâ€™un footballeur cÃ©lÃ¨bre ou pour un animateur de chaÃ®ne, mais aprÃ¨s la mort de Raoul jâ€™ai revisitÃ© les sites quâ€™il avait classÃ©s, je suis tombÃ© dans certaines tchatches oÃ¹ son nom Ã©tait connu, et tout Ã  coup Ã§a a Ã©tÃ© comme si je le retrouvais dans un jeu de miroirs, Ã§a me faisait bizarre, Ã§a mâ€™a troublÃ© comme lorsque je suis allÃ© annoncer sa mort Ã  quelques-uns de ses trÃ¨s vieux complices de la Brasserie des Abattoirs. Jâ€™avais parfois eu honte de Raoul quand jâ€™allais le rechercher et quâ€™on se faisait toute la rue au vu des gens comme il faut, mais Ã  prÃ©sent câ€™Ã©tait plutÃ´t le contraire qui se passait, on me demandait de parler de lui ou on mâ€™envoyait des mails persos Ã  son propos et je voyais se former une autre image de mon pseudo-pater: je comprenais mieux pourquoi tout Ã§a lui Ã©tait arrivÃ©, je lui en voulais de moins en moins, et dâ€™autant que je supportais de moins en moins, Ã  mon tour, la vie de ces gens&amp;nbsp; quâ€™on dit justement comme il faut.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Câ€™est Raoul qui mâ€™a montrÃ©, le premier, la folie du monde, et bien avant que je ne zone sur la Toile, bien avant mÃªme quâ€™il se mette Ã  ne plus rentrer, bien avant quâ€™il ne se noie dans son verre.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - La folie, mon garÃ§on, mâ€™avait-il alors dit, câ€™est Ã  peu prÃ¨s tout ce quâ€™on estime ordinaire de nos jours. La folie câ€™est la vie bridÃ©e, câ€™est le travail rien que pour le dinar et le dinar rien que pour la frime. La folie câ€™est cette course de rats, me disait Raoul, et quand jâ€™Ã©tais encore ado il mâ€™a traÃ®nÃ© un peu partout en ville, il mâ€™a fait voir les gens se bousculer et se faire la gueule, il mâ€™a fait voir les regards salauds et les gestes qui tuent, puis il mâ€™a emmenÃ© de cafÃ© en cafÃ© et de bar en bar et mâ€™a prÃ©sentÃ© ceux quâ€™il disait les sans merci ou les sans laisse.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Ce que Raoul ne supportait pas, je lâ€™ai compris en me rappelant ce quâ€™il avait Ã©tÃ© avant de tout laisser se dÃ©faire de ce quâ€™il avait fait, câ€™Ã©tait cette vie accroupie, cette vie rancie, cette vie protÃ©gÃ©e de tous cÃ´tÃ©s, cette vie assoupie: ce semblant de vie.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Lui qui avait jouÃ© les gagneurs et que nous avions connu sur la crÃªte de la vague, comme disait Elena, sâ€™Ã©tait vu un jour dans une vitrine avec son costume gris et son attachÃ©-case de barge dâ€™affaires, et dâ€™un coup ses yeux se sont ouverts: le mÃªme soir il envoyait tout valdinguer et nous avec -&amp;nbsp; Ã§a je dois quand mÃªme le compter dans la colonne dÃ©ficit.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Mais comment compter avec Raoul ? Autant dÃ©cider quâ€™on va scotcher le vent et le mettre en cage. Autant lâ€™autre Ã©tait courant dâ€™air, comme disait Elena, que je pouvais oublier vite fait, autant lâ€™autre nâ€™avait fait quâ€™entrer et sortir dans la vie dâ€™Elena, autant lâ€™autre ne faisait que glacer mes recoins, autant le souffle de Raoul mâ€™avait fait respirer et me dÃ©coiffait Ã  vie; autant la force de lâ€™autre me semblait nulle, autant la faiblesse de Raoul me rendait Ã  nos enfances partagÃ©es et Ã  sa grande ombre colorÃ©e de divinitÃ© des sous-bois; autant lâ€™absence de lâ€™autre se dÃ©colorait Ã  tout jamais, autant&amp;nbsp; la prÃ©sence de Raoul mâ€™Ã©tait regagnÃ©e dans le jardin suspendu de notre maison oÃ¹ tous et toutes&amp;nbsp; nous lâ€™avions tenu pour Superman.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le vieux dandy clodo a mis trois jours pour se dÃ©cider. Trois jours pour me filer les clefs de lâ€™Armoire au TrÃ©sor. Depuis trois jours je le sentais pas Ã  lâ€™aise, depuis que jâ€™avais dÃ©barquÃ© aux Oiseaux et aprÃ¨s quâ€™il mâ€™eut racontÃ© pas mal de ses &lt;i&gt;mÃ©faits et gestes&lt;/i&gt;, comme il disait.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Il avait alors une dÃ©gaine Ã  faire peur, mais je sentais que ma prÃ©sence lui redonnait un peu de cran. Il mâ€™avait tournÃ© autour sans oser lâ€™ouvrir quand jâ€™avais attaquÃ© le probÃ¨me Number One que reprÃ©sentait lâ€™Ã©vier de sa cuisine, dont&amp;nbsp; les strates superposÃ©es racontaient lâ€™hisoire de sa malbouffe solitaire de trop de mois. Il sâ€™est retenu pendant des heures, je sentais quâ€™il avait quelque chose Ã  lÃ¢cher mais quâ€™il hÃ©sitait Ã  y venir, et puis je me suis dit que peut-Ãªtre je me faisais des idÃ©es.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le troisiÃ¨me jour il riait tout seul dans un coin Ã  relire &lt;i&gt;Le filou scrupuleux&lt;/i&gt; de Oâ€™Henry, quâ€™il mâ€™avait fait dÃ©couvrir Ã  quinze ans lors dâ€™une campÃ©e entre nous sur les hauts gazons de Friance; il se poilait entre deux accÃ¨s de toux Ã  sâ€™arracher les poumons, je le regardais comme sâ€™il Ã©tait plus jeune que moi, je le voyais tout Ã  coup dÃ©pendant et un peu caqueux, je savais maintenant quâ€™il allait mâ€™annoncer quelque chose, je nâ€™avais mÃªme pas remarquÃ© jusque-lÃ  la grande armoire verrouillÃ©e, je grattais comme un grillon du foyer et lui me citait de temps Ã  autre une fine moulure de lâ€™humoriste, mais jâ€™avais plutÃ´t envie de lâ€™invectiver pour son insouciance et je sentais quâ€™il le sentait, et tout Ã  coup il fut lÃ , devant moi, debout, petit et grand Ã  la fois, en tout cas solennel comme il savait lâ€™Ãªtre mÃªme quand il titubait sous lâ€™effet de sa derniÃ¨re &lt;i&gt;tuÃ©e&lt;/i&gt;, comme il disait, il Ã©tait lÃ  et il me tendait une clef en me dÃ©signant ce vilain meuble juste bon Ã  finir Ã  lâ€™ArmÃ©e du Salut:&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Câ€™est lÃ -dedans que Ã§a se passe, fils Ã  moi.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Et cela se passa, de fait, comme annoncÃ©. Cela nâ€™attendit pas lâ€™ouverture complÃ¨te du double battant: cela sortit parce que cela devait sortir, cela ne pouvait pas ne pas&amp;nbsp; sortir, cela sâ€™Ã©croula donc, ce fut une avalanche de papiers et de bordereaux, de cahiers, de classeurs et de factures, cela faillit nous assommer puis un tas sâ€™Ã©leva devant nous et Raoul, lâ€™air dâ€™un enfant pris en faute, me lÃ¢cha en me regardant par en dessous:&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; -VoilÃ  le trÃ©sor que je te lÃ¨gue...&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le courant dâ€™air ne mâ€™a rien laissÃ© en souvenir, tandis que Raoul nous a lÃ©guÃ© le vent du dernier jour, qui nous a tous rÃ©unis lui et nous.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Les dettes de Raoul nous ont fait nous retrouver Ã  son insu deux trois fois pour entendre dâ€™abord Elena se lamenter&amp;nbsp; et mes frÃ¨res dÃ©velopper des thÃ©ories morales de gens comme il faut.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Pour ma part, je leur ai dit lâ€™Ã©tat de Raoul. Je leur ai dÃ©taillÃ© mes premiÃ¨res mesures dâ€™assainissement du marÃ©cage raoulien. Puis, tout Ã  trac, je leur ai dit que Raoul ne serait bientÃ´t plus en mesure de sâ€™occuper de lui-mÃªme et que moi non plus: que jâ€™en avais ma claque de ne pas les voir se remuer le train. Je leur ai dit que les dettes de Raoul pouvaient attendre mais quâ€™il fallait lui trouver une maison peinarde pour ses derniers mois, je leur ai dit que Raoul avait encore des trucs Ã  leur apprendre et que Ã§a le ferait revivre un peu plus de nâ€™avoir pas quâ€™un fils mais bien trois comme Ã  la belle Ã©poque des Ã©crevisses et des fins de mois mirifiques, je leur ai dit que jâ€™Ã©tais fier dâ€™Ãªtre le fils de Raoul (mes faux frÃ¨res nâ€™Ã©taient pas censÃ©s savoir que je nâ€™Ã©tais, moi, que le rejeton dâ€™un courant dâ€™air), jâ€™ai dit Ã  Elena que je comprenais quâ€™elle ait aimÃ© le cher lascar, enfin je leur ai proposÃ© de mâ€™aider Ã  aider Raoul et pas un nâ€™a rÃ©sistÃ© cela va sans dire.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Raoul mâ€™en a dâ€™abord voulu de le caser en maison, mais je lui ai dit de se la coincer avant de lui expliquer la situation gÃ©nÃ©rale et particuliÃ¨re.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Comme il pouvait sâ€™en rendre compte lui-mÃªme, Raoul se faisait parmi et saignait Ã  se saigner. Or Ã§a nâ€™allait pas sâ€™arranger. BientÃ´t il aurait besoin, son naturopathe me lâ€™avait prÃ©dit, de solides doses de morphine et de divers soins compliquÃ©s, mÃªme sâ€™il Ã©tait entendu quâ€™on nâ€™allait pas sâ€™acharner Ã  le retenir dans ce triste monde. Tout Ã§a coÃ»terait encore quelques factures dâ€™assurances en retard et ce nâ€™Ã©tait pas lui, quâ€™on sache, qui allait dÃ©gager les fonds de lâ€™opÃ©ration Bons Soins. Bref, Raoul comprit et baissa la tÃªte, puis il la releva et me sourit lâ€™air malin.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Câ€™est Ã  cette derniÃ¨re Ã©poque, je crois, que nous avons vraiment retrouvÃ©, Elena son jules de vingt ans, et nous trois notre paternel plus ou moins par le sang.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Tout Ã§a je me le suis racontÃ© cent fois, aprÃ¨s la mort de Raoul, mais Ã§a ne mâ€™aidait pas Ã  surmonter le blues. Jâ€™Ã©tais complÃ¨tement Ã  terre. Jâ€™arrivais pas Ã  croire quâ€™il nous avait fait Ã§a alors que câ€™Ã©tait annoncÃ© quasiment Ã  lâ€™heure prÃ¨s. Mais on a beau savoir, on a beau avoir parlÃ© de Ã§a en long et en large: quand tâ€™es devant qui tâ€™aime qui bouge pas plus quâ€™un mort, lÃ  câ€™est vraiment que tâ€™as touchÃ© le fond.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Pourtant Raoul avait une sacrÃ©e belle figure en tant que macchabÃ©e: Elena lui a retrouvÃ© un costard de ses annÃ©es glorieuses, on lâ€™a coiffÃ© et manucurÃ©, il avait son noeud papillon et ses boutons de manchettes Ã  diamants rÃ©chappÃ©s de toutes les saisies, bref on aurait dit quâ€™il allait rÃ©clamer sa canne Ã  pommeau pour se relever comme un Lazare de dancing.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Je me suis racontÃ© Ã§a tout seul tous mes soirs dâ€™aprÃ¨s le dernier jour, mais câ€™est grÃ¢ce au RÃ©seau que jâ€™en ai fait cette espÃ¨ce de &lt;i&gt;story.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Un jour que je parle de ces histoires de courant dâ€™air et de vent Ã  Sally Burke de Bradford, dont la Home Page mâ€™avait flashÃ©, elle me demande si je connais &lt;i&gt;Le vent souffle&lt;/i&gt; de Mansfield, et moi je lui que non: je pense Ã  Jayne, Ã©videmment, et je lui rÃ©ponds comme Ã§a par mail que je nâ€™ai pas vu le film. Alors elle mâ€™explique que ce nâ€™est pas de la Mansfield amÃ©ricaine au buste considÃ©rable quâ€™elle me cause, mais de la NÃ©o-ZÃ©landaise Ã  lâ€™air de fÃ©e un peu fÃªlÃ©e, une raconteuse dâ€™histoires sur laquelle elle travaille pour son Master,&amp;nbsp; et du coup elle me balance &lt;i&gt;Le vent souffle&lt;/i&gt;&amp;nbsp; en piÃ¨ce attachÃ©e; et surtout, Sally me dit quâ€™il faut que jâ€™Ã©crive ce que je lui ai racontÃ©: que Ã§a peut mâ€™aider et que câ€™est exactement ce qui manque sur la Toile et partout, parce que câ€™est une histoire vraie comme les Ã©crivait Mansfield la NÃ©o-ZÃ©landaise.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Donc je recommence Ã &amp;nbsp; mettre Ã§a par Ã©crit, et comme il sâ€™est passÃ© du temps entre deux Ã§a se met Ã  vivre autrement, je me le rappelle comme un scÃ©nar de quelquâ€™un dâ€™autre, puis jâ€™en arrive tout doucement Ã  sentir, vraiment, quâ€™il y a comme du vent dans mon tas de papiers.&amp;nbsp;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Et câ€™est pour Ã§a, sÃ»rement, que câ€™est le dernier jour que je prÃ©fÃ¨re me rappeler: parce quâ€™il mâ€™a donnÃ© le titre de cette histoire et que câ€™est alors seulement quâ€™a commencÃ© de souffler lâ€™esprit de mon pÃ¨re.&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Putain ce vent, mais putain, dirent mes frÃ¨res sur le champ dâ€™herbes sauvages surplombant le fleuve oÃ¹ Raoul nous avait demandÃ© de rÃ©pandre ses cendres, et câ€™est ce vent qui nous a ressoudÃ©s Ã  jamais, ce vent avant le vin qui roulerait dans les verres (je lui avais promis que nous nous soulerions tous Ã  sa mÃ©moire), ce vent de vie qui foutait la pagaille dans les cheveux dâ€™Elena et qui sÃ©chait, dans nos yeux, les larmes qui faisaient de nous trois les frÃ¨res de notre vieux.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;em&gt;Â«Un grand vapeur, dâ€™oÃ¹ coule&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;une longue boucle de fumÃ©e,&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;va vers le large, ses sabords sont&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;allumÃ©s, il a des lumiÃ¨res partout.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Le vent ne lâ€™arrÃªte pas, il coupe&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;les vagues et se dirige vers&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;lâ€™ouverture bÃ©ante entre les rocs&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;pointus qui mÃ¨ne Ã ... Câ€™est la lumiÃ¨re&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;qui lui donne cette beautÃ© si terrible&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;et ce mystÃ¨re.Â»&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;(Katherine Mansfield)&lt;br /&gt; &lt;em&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>A la vie Ã  la mort</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Tue, 13 Dec 2005 05:30:00 +0100</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img style=&quot;border-top-width: 0px; border-left-width: 0px; float: left; border-bottom-width: 0px; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-right-width: 0px&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_pegase2.3.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;En mÃ©moire de la petite L.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Â«Ne vous laissez plus&lt;br /&gt; aller au cercueilÂ»&lt;br /&gt; (Antonin Artaud)&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce fut une Ã©poque, maman, oÃ¹ nous avions tous deux envie de mourir Luciana et moi.&lt;br /&gt; Je ne voulais pas tâ€™inquiÃ©ter alors, et câ€™est pourquoi je me suis contentÃ© de te dire, Ã  ce NoÃ«l, que jâ€™Ã©tais stressÃ© par mon job et plus encore par mon roman en panne lorsque tu mâ€™as fait remarquer que jâ€™avais lâ€™air triste.&lt;br /&gt; Je nâ€™avais pas seulement lâ€™air triste, Ã  ce moment-lÃ : jâ€™avais envie de me foutre en lâ€™air. Je nâ€™en avais aucune raison, mais je ne dÃ©sirais rien tant quâ€™en finir, et Luciana, sans que je ne mâ€™en doute Ã  vrai dire, nâ€™aspirait Ã  rien dâ€™autre sans plus de raison que moi.&lt;br /&gt; Je rÃ©pÃ¨te que nous nâ€™avions aucun motif, ni lâ€™un ni lâ€™autre, de nourrir ces noires pensÃ©es. Car nous avions tout, câ€™est entendu: nous Ã©tions de ces gens dont on dit quâ€™ils ont tout. Luciana mâ€™aimait et jâ€™aimais Luciana. Nous avions de belles enfants frayant dÃ©jÃ  loin de nous et nous nous trouvions cependant encore, selon ton expression, sur le versant soleilleux de la vie.&lt;br /&gt; Luciana venait de prendre un nouveau dÃ©part dans son activitÃ© professionnelle, elle passait dÃ©sormais deux jours par semaine Ã  lâ€™universitÃ© oÃ¹ elle avait dÃ©cidÃ© de poursuivre certaines Ã©tudes, et pour ma part je ne pouvais me plaindre de mon travail au &lt;em&gt;Quotidien&lt;/em&gt; oÃ¹ jâ€™Ã©tais employÃ© au titre de rÃ©dacteur. Nos deux salaires nous permettaient de mener notre barque Ã  notre aise, nous nous plaisions Ã  notre balcon en forÃªt de la CitÃ© des Oiseaux, Ã  un jet de pierre de ta maison, et passions nos fins de semaine en notre datcha surplombant le Haut Lac que nous rallions Ã  bord de la Honda CRV 4x4 bleu mÃ©tallisÃ© qui nous assimile Ã  la &lt;em&gt;middle class&lt;/em&gt; dâ€™un des pays les plus nantis de lâ€™hÃ©misphÃ¨re nord. Bref, quel motif aurions-nous eu de nous lamenter alors quâ€™il y a tant de calamitÃ©s de par le monde ? Et comment mÃªme aurais-je osÃ© te dire que jâ€™avais envie, ce NoÃ«l-lÃ , de me flinguer, quand il y avait tellement dâ€™annÃ©es que tu endurais ta vie dâ€™esseulÃ©e et que tu tâ€™y cramponnais ?&lt;br /&gt; Tu mâ€™aurais compris, sans doute, si je tâ€™avais parlÃ© de notre peine Ã  supporter le temps pourri de ce novembre de fin de siÃ¨cle et de millÃ©naire - cela tu lâ€™aurais compris. Tu comprends mieux que tout ce qui concerne la mÃ©tÃ©o. Tu mâ€™agaces mÃªme, souvent, avec tes histoires de temps plus ou moins super, selon ton expression.&lt;br /&gt; Je nâ€™ai rien Ã  te dire cependant du foutu temps de ce novembre 2000, jâ€™entends le temps physique de ce maudit novembre, le temps atmosphÃ©rique de ce putain de novembre 2000 durant lequel il a dÃ» sÃ»rement faire beau et pas beau - mais encore, savoir quelle sorte de beau, quand il est de si douces grisailles de novembre.&lt;br /&gt; De fait, ce nâ€™Ã©tait pas le froid physique ni la pluie ou le brouillard qui nous tuaient, Luciana et moi: câ€™Ã©tait simplement novembre, ce novembre-lÃ  en elle et en moi, qui nous anÃ©antissait soudain.&lt;br /&gt; Il y a comme Ã§a des mois oÃ¹ tout meurt, mais novembre 2000 fut pire que tous Ã  mes yeux, et les causes en sont mÃªlÃ©es: il y avait nous et nos corps pleins dâ€™Ã¢me secouÃ©s par la cinquantaine, il y avait lâ€™horreur absolue frappant Bruno et Marie, il y avait dâ€™autres choses encore, il y avait mes virÃ©es avec le Gitan qui tournaient parfois au combat de gladiateurs, enfin il y avait le fracas du monde.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Bruno mâ€™avait tÃ©lÃ©phonÃ© le 7 au soir pour me dire que la petite, câ€™Ã©tait maintenant sÃ»r, ne survivrait pas Ã  son calvaire. Sa voix nâ€™Ã©tait quâ€™un souffle et je mâ€™Ã©tais dit quâ€™il cÃ©dait peut-Ãªtre au dÃ©couragement aprÃ¨s tant de mois de hauts et de bas, puis jâ€™ai vraiment entendu sa voix, qui Ã©tait ce quâ€™on appelle une voix blanche, et câ€™est par cette voix que jâ€™ai compris que tout Ã©tait fini: que les faits ne laissaient plus aucun doute, que la maladie Ã©tait repartie de plus belle aprÃ¨s le dernier semblant de rÃ©mission, que 70% de la moÃ«lle Ã©piniÃ¨re de lâ€™enfant Ã©taient atteints et que ce nâ€™Ã©tait plus quâ€™une question de semaines, il paraissait mÃªme douteux quâ€™elle puisse encore voir les lumiÃ¨res des fÃªtes, et câ€™est avec la mÃªme voix blanche que jâ€™ai continuÃ©, Ã  mon tour, de parler Ã  notre ami.&lt;br /&gt; Luciana sâ€™est rapprochÃ©e quand elle mâ€™a vu les yeux pleins de larmes, elle sâ€™est assise Ã  cÃ´tÃ© de moi et je lâ€™ai vue dans sa beautÃ© lasse, jâ€™ai senti en moi se former le mot de dÃ©livrance mais jâ€™en avais presque honte et je me suis retenu de le prononcer alors que, pour ta part, tu lâ€™avais rÃ©pÃ©tÃ© Ã  chaque fois que je tâ€™avais parlÃ© de la paralysie Ã  vie de la petite, en femme qui a les pieds sur terre et qui perd tout doucement la mÃ©moire.&lt;br /&gt; Bruno se taisait mais je savais quâ€™il ne pleurait pas, murÃ© quâ€™il Ã©tait avec Marie dans leur bloc de douleur, je pensais dÃ©livrance et pourtant je lui ai dit quelque chose comme vivez bien maintenant avec elle jusquâ€™au dernier souffle, je ne sais qui parlait Ã  ma place alors que jâ€™eusse aimÃ© mâ€™enfoncer dans un puits de silence, et Luciana et Marie se sont parlÃ© avec la mÃªme voix blanche que Bruno et moi, mais le lendemain matin, me rÃ©veillant Ã  cinq heures et me figurant clouÃ© dans un lit-cage entourÃ© de tout un arsenal dâ€™appareils, je me suis retenu de hurler en imaginant ce qui se passait Ã  lâ€™instant mÃªme dans le corps et dans la tÃªte de la petite et toute la journÃ©e, ensuite, je me suis retenu dâ€™insulter les gens. Ce qui comptait, ce matin-lÃ , câ€™Ã©tait de donner le change le temps de mes vacations en ville. Car il allait de soi, et Luciana lâ€™avait autant Ã  coeur, que pas un instant le quidam ne devait soupÃ§onner nos Ã©tats dâ€™Ã¢me.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; A lâ€™aube de ce mÃªme jour nous avions, avec Luciana, fait lâ€™inventaire du dÃ©sastre sans penser plus Ã  la petite. Nous nâ€™en avions quâ€™Ã  nos tristes peaux. AllongÃ©s les yeux mi-clos, avant mÃªme que de bouger et en nous demandant lequel se lÃ¨verait le premier pour la corvÃ©e de cafÃ