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        <title>Carnets de JLK - evocations</title>
        <description>Riches Heures de lecture et d'écriture</description>
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                <title>A Cortone ce soir-là</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                <category>Voyage</category>
                                                <pubDate>Sat, 12 May 2007 22:05:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Cortone2.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Cortone6.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Cortone6.jpg&quot; alt=&quot;medium_Cortone6.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/a&gt;De l'&lt;em&gt;état chantant&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je me trouvais ce soir-là dans la lumière accordée de Cortone, et de ce balcon je voyais le monde, et je me disais que tout était bien. Je ne connaissais personne et nul ne savait où je me trouvais à l’instant précis dans ce lieu de beauté. Je me sentais pure liberté et pure bonté dans cette lumière intemporelle. Je n’étais que réceptacle, ou qu’alambic, ou que vase communicant. Je ne voyais alors que la face claire du monde, j’absorbais et j’étais absorbé.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Un jour je m’étais éveillé à cette conscience et à cette effusion de l’&amp;nbsp;&lt;em&gt;être qui se reconnaît&lt;/em&gt;, et cette seconde naissance m’avait vu commencer de balbutier et de griffonner sur des paperoles avec la gravité de l’aspirant druide retrouvant les antiques formules au bois sacré.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; A Cortone, ce soir-là, je ne voyais de l’Univers que les couleurs du tableau qui s’estompaient dans la lumière d’éternité : tous les verts assourdis des petits prés suspendus, de l’autre côté de la plaine du fond de laquelle montaient quelques fumées pensives, les touches d’ocre tendre ou de gris rouillé des murets, le gris bleuté des oliviers, les flammèches noir océan des cyprès solitaires ou groupé en rangs de croches sur la partition, et la couleur orange de l’heure diluant les tuiles tièdes et les murs terre de Sienne, et la paille dans le bleu du vert, et le blanc dans l’argile rougeoyante, et tantôt comme un voile de gaze, tantôt comme une feuille de papier huilé brouillaient la vision, puis se distinguaient de nouveaux détails et de nouveaux rapports dont la totalité plénière m’apparaissait comme une figure de l’harmonie pure.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C’était à Cortone, ce pouvait être partout mais ce soir-là c’était à Cortone que je m’étais retrouvé dans cet &lt;em&gt;état chantant.&lt;/em&gt; J’avais sous les yeux l’image même du jardin humain : non la mythique prairie originelle mais le bocage et le pacage, le champ labouré, la haie, l’amenée d’eau, le plant de vigne arraché aux jachères, et subsistant aussi là-dedans le pavot et l’ortie, la ronce et l’odeur sauvage, la vipère là-bas sous les rocs et, là-haut, le martinet fusant comme une serpe sur le champ d’azur coupé d’or.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Notes sévillanes</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Evocations</category>
                                <category>Voyage</category>
                                                <pubDate>Sat, 27 Jan 2007 22:28:55 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_seville.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; A Séville, premier confort inouï: l'&lt;em&gt;hostal&lt;/em&gt; dont le patron est à la fois concierge, chasseur et sommelier. L'on y pénètre par un long escalier de céramique au sommet duquel se trouve une porte vitrée toujours close. Lorsqu'on a sonné, c'est d'abord un remuement lointain de chaises ou de bouteilles, puis se distingue le flapflap d'une paire de savates et l'écran de verre à lunules se remplit d'une silhouette impressionnante, s'entrouvre et laisse apparaître un faciès qui en a vu d'autres, comme on dit.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Dans cet &lt;em&gt;hostal&lt;/em&gt; des quartiers populaires, ma chambre se trouve sur la terrasse du toit, juste sous les étoiles. C'est une cellule de trappiste dont le lit, le volet intérieur de la fenêtre et la porte sont du même fer peint vert céladon.&lt;br /&gt; Enfin il y a, sur une tablette branlante, une carafe d'eau claire et un verre modeste. Par la porte ouverte on voit la Giralda et des publicités lyriques.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; L'oeil qui s'entrouvre à l'aube, qu'on apelle ici &lt;em&gt;la madrugada&lt;/em&gt;, est un oeil blanc dont on ne sait si ce sont les rêves de la nuit passée ou les bruits de la ville inconnue qui lui donnent ce blanc d'amnésie. Pas une pensée, pas un mot lui venant à l'esprit pour le détourner de cette espèce de tableau intimiste qu'est la chambre par la fenêtre de laquelle la vue se porte d'une corde à lessive au muret d'une terrasse ne laissant apparaître, de la femme qui étend son linge, que deux bras nus et un immense chignon qu'un mouvement plus vif, de temps à autre, fait osciller comme un chapeau ou comme un nid d'oiseau.&lt;br /&gt; L'oeil ne comprend rien mais il épouse, déjà, et le vert écaillé du petit mur lui rappelle alors quelque chose. Il lui remémore un monde clair où les formes parlent, où les couleurs font comme des taches de musique, où voir et contempler n'ont plus de frontière qui les séparent, où le dehors et le dedans s'appellent et se répondent.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce qui est le plus étonnant, quand on ne sait rien d'eux, c'est le sérieux des Espagnols. Il y a des clubs de notables, des réunions de poètes et des palais du jouet. Il y a, sur le zinc des bars, des serviettes en papier à foison qui sont utilisées gravement dans l'exercice de manger des douceurs.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_seville3.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; Non loin de la place d'Espagne, dans un jardin, la nuit, devant une grande vasque. Au ciel, une lune verte. Dans un arbre, des pommes, vertes aussi, mais d'un vert qui se devine à peine. Sur un banc ces deux-là se murmurant des tendresses. Et sur les moires de la pièce d'eau, ce petit canard d'émail qui suit un moment la courbe de l'anneau puis, fantaisie soudaine, vire en silence dans le rayon de lune.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; L'obscurité retentit d'appels, des quais du Guadalquivir aux frondaisons des jardins de Murillo. Là-bas, autour d'un petit kiosque illuminé où se vendent des amandes grillées et des glaces à plusieurs parfums, ondulent des jeunes filles probablement vierges qu'on dirait vêtues d'abat-jour que l'air du soir fait bomber.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Qui appellent-elles, les cigales égarées sur la place déserte ? Le trille impatient des sifflets des agents occupés à évacuer les jardins leur donnera-t-il l'espoir de rencontrer enfin l'âme soeur ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Séville est la ville de tous les reflets, mais chaque reflet semble garder le souvenir infrangible de son image, laquelle naît au foyer d'une infinité d'autres images; et par l'oeil d'une espèce de kaléidoscope apparaît finalement une vision seule, comme le blanc étincelant des venelles du Barrio de Santa Cruz fait la somme de toutes les couleurs de la faïence des corridors, des patios et des fleurs aux murs.&lt;br /&gt; Mais Séville n'est pas qu'un décor. C'est aussi un personnage. Et de nouveau, mille personnages en un, avec ce nom de femme qui les résume, et celui du Guadalquivir lui faisant écho, dont les lentes boues dorées se traînent encore vers la mer.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_seville2.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; Il y a là comme une folie en suspension, qui se perçoit à la fin des tièdes après-midi printanières, ou plus tard dans la soirée - cela dépend des concentrations d'énergies - quand l'on entend soudain des cris lointains, derrière les arènes ou dans quelque rue avoisinante, on ne sait pas très bien; et c'est comme l'exultation de choeurs invisibles, comme la fusée soudaine d'appels incompréhensibles - comme la clameur que le génie des lieux déclenche tout au fond de nous, résonnant longtemps encore par la suite dans notre âme troublée.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Par la porte entrouverte de la chapelle on l’entend tonner, dans l’ombre où tremblotent les quinquets des cierges et moutonnent les mantilles de vieilles esseulées, Savonarole de quartier dont la cellule austère est sûrement ornée du portrait de Franco, qui vitupère la “contestacion”, la “pornografia” et “las relaciones sexuales prematrimoniales” tandis que passent, dans la rue ensoleillée, des garçons et des filles fleurant le printemps et n’ayant visiblement de cesse que de se connaître selon la Bible.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Ramblas</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Evocations</category>
                                                <pubDate>Sun, 14 Jan 2007 07:45:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Barcelone.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Barcelone.jpg&quot; alt=&quot;medium_Barcelone.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La vie comme à Barcelone&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ces ﬁns de matinée, le long des Ramblas de Barcelone, le vent déferlant vous envoie de fraîches claques et vous fait vous cambrer, et presque piaffer sur place, dans la mêlée des gens qui vont et viennent des terrasses encore transies aux allées sonores et parfumées des marchés couverts.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On ne voit guère le soleil, qui tourne autour des collines, mais on le sent dans le soudain entrain des marchands de ﬂeurs, et les gosses s’en renvoient le reﬂet comme une balle élastique dans les ruelles du Barrio Chino, et les oiseaux prisonniers, dont les cris répondent à ceux, rauques et lancinants, des vendeurs de billets de loterie, s’ébrouent dans la vieille poussière malodorante des cages empilées les unes sur les autres.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce que j’aime beaucoup à retrouver, dans les pays catholiques, ce sont les adolescentes peignées comme il faut qui se déplacent dans les rues bien éclairées en faisant un peu les chèvres – et c’est vrai qu’elles vont toujours en menus troupeaux. Avec elles passe à chaque fois comme une brise. Celles qu’on voit ce matin stationner en conciliabule devant une vitrine pleine d’or et de joyaux et de montres indiquant toutes sortes d’heures ont les mêmes jupes plissées et les mêmes bas blancs que leurs cousines du parc Monceau ou du Campo de Sienne. Elles ont quelque chose de vert et d’argentin, comme d’impertinentes sonnettes, de suave et d’acide à la fois qui rappelle la liqueur de gentiane. L’instant d’un battement de paupière, on aimerait les approcher, ces pimprenelles, pour en humer le parfum jusqu’au trouble – mais déjà les voilà qui s’égaillent en roucoulant. Alors on tombe sur le mendiant aveugle. En frac rapiécé et en savates, il s’en va tout seul à travers la cohue, tenant devant lui sa canne comme un sourcier sa baguette. Et les gens se détournent, non sans lui jeter au passage le sou du pauvre : parce qu’il s’agit d’échapper à ce regard tourné vers le ciel et qui menace de rappeler à chacun Dieu sait quoi. Puis le vent vous a bientôt chassé dans la gorge d’une venelle aux relents mêlés. Et là, comme serti dans une encoignure, un travesti au visage émacié, mal rasé mais on ne saurait plus langoureux avec ses ondulations d’hippocampe cousu de satin mauve, vous lance une œillade mais déjà vous avez passé votre chemin tout en souriant à la vie comme elle va, chienne ou madone en châle de Manille, Mère courage des banlieues sinistres ou ﬁlle-ﬂeur du Café Zurich en quête de nirvana, fumeur de cigares des clubs du Paseo de Gracia ou peau de taureau sanglante qu’on traîne au soleil couchant dans le sable des arènes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Enﬁn il y a ce décor dans le décor, ces soudaines poussées arborescentes, ces lignes qui serpentent et ces volées délirantes de marches grimpant en spirales ailées au ciel du Sanctus, ces façades houleuses comme des pans de mer, ces tours et ces bulbes polychromes, ces voussures semblant de grandes arches de basiliques souterraines ou de forêts à la Wagner, ces formes élémentaires s’arrachant aux entrailles du temps siliciﬁé pour se dresser et chanter, sauvages et lyriques autant que l’âme catalane, dans la polyphonie des volumes et des jours, des mosaïques et des jeux de lumière, des frises de poules et de coqs ou d’anges annonciateurs&amp;nbsp;à la&amp;nbsp;Gaudí.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Alors, vous attardant dans le jour déclinant, là-bas sur les bancs de céramique multicolore du parc Güell, vous vous sentez à la fois pénétré de mélancolie et de joie diffuse, tout à la poésie triste tantôt et tantôt exubérante de l’étrange et secrète Espagne.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Henri Cartier-Bresson: Barrio Chino&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>L'heure orange</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Evocations</category>
                                                <pubDate>Fri, 14 Jul 2006 22:35:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Notes siennoises&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_sienne.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Mezzodì a Siena&lt;/em&gt;. Me revoici sur mon cher Campo, tout entouré de pigeons jeunes et vieux, les plus décatis faisant peine à voir, voletant et boitillant, arrivant trop tard au festin de la dame qui régale l’engeance et souvent livrés aux mômes tortionnaires.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Juste avant midi, sur les &lt;em&gt;Bianchi di sopra&lt;/em&gt;, il y avait une dense afﬂuence de gens de la ville, des tas de garçons et des tas de ﬁlles plus beaux les uns que les autres, se tenant par le bras à deux ou trois et se croisant en s’adressant des œillades. Jamais je n’ai eu cette impression d’une ville qui ait autant l’air de savoir ce qu’elle est et qui ne se le montre qu’à elle-même.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et ce soir, de nouveau, c’est l’heure orange. À l’instant on dirait que la lumière émane des pierres du Palazzo Pubblico et des façades qui entourent la place. Toute la ville paraît réunie sur la place pour jouir de cette ﬁn de semaine, mais trois heures plus tard : plus une ombre dans les rues sonores.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Une fois de plus m’a frappé le ton particulier des Siennois, mélange de race et de morgue, de beauté policée et de naturel provincial. La beauté des femmes y est moins sensuelle qu’à Rome. La femme n’y est pas très grande, elle a l’air sage et plutôt avenant, elle est bien moulée quand elle est jeune et ne semble pas s’épaissir autant que les matrones romaines ou les mégères de plus au sud. Elle a les cheveux satin sombre, ou blond vénitien, un doux arrondi de visage, sans trace de vulgarité, avec des mains potelées et un derrière qu’une jupe plissée assez bourgeoise n’empêche pas d’être là. Visiblement la Siennoise cherche mari en ses murs, voire dans sa contrada. Quant à l’homme, il est volontiers superbe à dix-huit ans, un peu faraud et plus modeste ensuite, portant bientôt le chapeau du Monsieur.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On voit à tout moment les gens en groupes, qui ont l’air de s’aimer entre eux. Beaucoup de sourires, beaucoup de gestes affectueux qui sont de vraies cajoleries. Les garçons se tiennent volontiers bras dessus bras dessous, et les jeunes ﬁlles par le cou, avançant dans la rue en lignes, parfois sur toute la largeur de la rue pavée, comme un front joyeux – de fait elles sont gaies et délicieuses, vraiment des amours de jeunes ﬁlles.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce soir enﬁn, à la &lt;em&gt;Locanda Diana,&lt;/em&gt; j’observe un garçon-cheval qu’aurait aimé ﬁlmer Pasolini. Un vrai centaure piaffant et montrant ses biceps, ruant sur sa chaise puis hennissant lorsqu’on lui sert son &lt;em&gt;minestrone&lt;/em&gt;…&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_sienne2.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Le rêve des Vitelloni</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Evocations</category>
                                                <pubDate>Sun, 31 Jul 2005 23:00:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vitelloni.3.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Toute l’Italie est là, et toute notre adolescence de lecteurs de romans-photos, en ces années cinquante où nous collectionnions, assorties à chaque paquet d’odorant chewing-gum, les effigies polychromes d’Ava Gardner et de James Dean, de Gary Cooper et de Nathalie Wood, dont les plus âgés avaient vu, au cinéma de quartier Le Colisée, &lt;em&gt;La loi du Seigneur&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;La fureur de vivre&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il n’y avait alors qu’une télévision dans le quartier où les plus jeunes, une fois par semaine et moyennant le versement de cinquante centimes, suivaient les épisodes de &lt;em&gt;Lassie chien fidèle&lt;/em&gt;, mais déjà les plus grands s’en allaient en stop de par les routes et jusqu’en Italie parfois...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Au Luxembourg ce matin</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 31 Jul 2005 07:50:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_luco2.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les gros nuages saturés d’encre du lever du jour s’étant dissipés, voici le premier soleil dardant entre les feuilles des feuillus…&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Or, saluant au passage le sombre Beethoven de Bourdelle dans la pénombre mordorée de l’antichambre végétal, puis le Verlaine non moins grave se dressant un peu plus loin dans un cercle de fleurs florales, je me détends en regardant longuement, un peu plus loin, la souple, lente, ondulante et muette gesticulation de quatre adeptes du Taï-chi et de leur jeune maître chinois tout de noir vêtu…&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Tout à côté m’intrigue la &lt;em&gt;Tonnelle Rolls&lt;/em&gt; qu’on vient d’installer, reproduisant en bois, et au format, une &lt;em&gt;Silver Ghost&lt;/em&gt;, conçue par l’artiste Dimitri Tsykalov dont le projet déclaré est de xylophiliser le monde des machines en le ramenant à la nature. Des plantes grimpantes à fleurs, des lierres véhéments, des verdures de toute sorte vont ainsi proliférer sur la carène de bois de la Rolls qu’un jardinier diligent prendra soin d’arroser tous les matins. Pour ma part je souris en relevant le nom du menuisier qui a réalisé l’objet : un certain Boulanger…&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le Luxembourg le matin est une oasis de vitalité radieuse. Tout le monde y court sans considération d’âge. Une très vieille Chinoise vêtue de vert s’y exerce, en compagnie d’un tout frais Occidental glabre, au jeu du sabre de fer-blanc à fulgurant foulard. Un peu plus loin, devant la statue de Blanche de Castille, décédée en 1252 (sa date de naissance est effacée), une autre alerte vieillarde à profil d’Indienne, en tenue de soie vieux rose, se livre elle aussi à toute une gestuelle énigmatique...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ensuite, le long des allées ponctuées de statues de reines et de figures mythologiques, je constate pour la première fois que leurs têtes se hérissent de fines pointes évoquant d’abord des bâtons d’encens et qui sont à l’évidence de métal tenace. Mais de quoi s’agit-il au juste ? Sont-ce des paratonnerres ? Ou peut-être des antennes permettant à ces êtres d’un autre temps de communiquer avec le nôtre ? Je m’interroge et puis, à considérer l’immaculée blancheur de la reine Mathilde, décédée en 1082 (date de naissance également effacée), me vient l’idée prosaïque que ces aiguilles sont probablement destinées à éloigner les pigeons. Oui, ce doit être cela : le Luxembourg reste très prisé des pigeons dont le roucoulement hante le feuillage des feuillus, mais nul d’entre eux ne se voit à l’instant sur aucun occiput d’aucune reine statufiée…&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_luco4.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On est là comme hors du monde, au milieu de ces figures de pierre et de cette nature fraîche, et pourtant un peu plus loin, aux grilles du Jardin donnant sur le Boul’Mich, ont été accrochées de grande photographies, à l’occasion de 30 ans de &lt;em&gt;Reporters sans frontières&lt;/em&gt;, qui nous ramènent aux tribulations du XXe siècle.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La première à me frapper est cette image de Marc Riboud datant de mai 68 et représentant un front de manifestants, drôlement allurés pour certains et brandissant des couvercles de poubelles en guise de boucliers, face à un seul flic casqué. Cela me rappelle notre équipée de camarades Helvètes, débarqués à la Sorbonne aux petites aubes en caravane de 2CV, avec notre stock de plasma sanguin destiné aux présumées victimes des CRS…&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et voilà d’autres images du siècle, devant lesquelles je passe en visant le faune de bronze à la pantomime comme en suspens, dont je note au passage que c’est une copie italienne d’une statue de Pompéi : telle étant la danse de l’humanité sur le volcan de la planète, soudain résumée par ces instantanés de la guerre au Congo ou du Front populaire, des foules en guerre ou des foules en fête, du fameux poulbot à baguette parisienne de Willy Ronis ou de ce gosse au cerf-volant sur un terrain vague de la bande de Gaza - enfin de tant de drames qui perdurent aux quatre vents tandis que nous baguenaudons au Luco dans le soleil candide…&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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