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        <title>Carnets de JLK - en_francais_dans_le_texte</title>
        <description>Riches Heures de lecture et d'écriture</description>
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                <title>Le cœur a ses raisons</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Mon, 10 Mar 2008 05:57:38 +0100</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1886305826.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-887969&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1886305826.jpg&quot; alt=&quot;1886305826.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-887969&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Avec &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt;, Anna Gavalda signe son livre le plus ambitieux, le plus ample, le plus grave et le plus généreux.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Entrée en littérature sous le signe de la déraison, avec des nouvelles publiées chez un petit éditeur exigeant à l’enseigne du Dilettante, Anna Gavalda ne laissa pas tomber celui-ci lorsque son premier livre, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, fit un premier tabac en passant le cap des 200.000 exemplaires, aujourd’hui traduit en 27 langues. Ce trait généreux caractérise la trajectoire atypique d’un écrivain en phase avec son époque, qui en capte les désarrois dans un langage mimétique où drôlerie et tendresse cohabitent. Après le succès énorme d’&amp;nbsp; &lt;em&gt;Ensemble c’est tout&lt;/em&gt;, son troisième roman adapté au cinéma par Claude Berri, et la parution de &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt;, Anna Gavalda, soucieuse de se protéger, n’a pas souhaité rencontrer aucun journaliste, sinon par courriel…&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Dix ans après votre entrée en littérature, avez-vous le sentiment qu’un fil rouge court de l’un à l’autre de vos livres, et lequel ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Pff... je ne perçois pas grand-chose hélas... A chaque fois que je me remets au travail, c’est comme si j’écrivais pour la première fois. Comme si personne ne m’avait jamais lue et que j’avais tout à prouver... Et puis, les personnages commencent à prendre vie et j’oublie tout le reste : l’éditeur, les libraires, les lecteurs, leur courrier, la pression, et ce que ça représente « économiquement » (eh oui, hélas...) Il y a là, sur mon écran, des gens qui me semblent aussi vivants que mes propres enfants et qui, eux, se fichent bien de mon « évolution ». Qui sont exigeants et me font veiller tard... Le fil rouge ? Je ne sais... mon regard peut-être ? J’essaye de progresser en écriture, de suggérer le plus de choses possibles en employant de moins en moins de mots. Vous savez, je travaille comme un chien pour donner l’impression que - une fois encore - je ne me suis pas foulée... Thomas Hardy (que je cite dans La Consolante d’ailleurs...) a dit : « Un livre facile à lire est un livre difficile à écrire » Je n’aurai jamais le Goncourt mais il ne se passe pas une semaine dans ma vie sans qu’un inconnu m’écrive ou m’aborde pour me dire qu’il n’aime pas lire... sauf mes histoires...&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Quel est le sentiment, ou l’idée, ou la situation qui marque le départ de &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Il y a deux ans, plus peut-être, je suis allée à une rencontre dans une bibliothèque. On m’a demandé quel serait le sujet de mon prochain roman. J’ai répondu que je ne savais pas mais que j’allais l’écrire pour une scène que je voyais très distinctement : un homme mal en point, physiquement et moralement, marche au milieu de hautes herbes sous un soleil couchant. Au loin, il y a un feu, des enfants autour, d’autres qui sautent par-dessus et une odeur de caoutchouc brûlé à cause des baskets qui dérapent dans les braises. Cette scène me hantait, tout le reste, avant et après, fut improvisé et est venu au fil de la plume. Tous mes livres, je les écris pour une seule image au départ. Une seule. Pour Je l’aimais, je me souviens, c’était la forme du ventre de Mathilde sous sa jupe à carreaux...&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Comment vos personnages vous apparaissent-ils ? Et comment les « construisez »-vous ensuite ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Comme à Jeanne d’Arc... Un matin, ils sont là. J’entends leurs voix. Après ça devient compliqué parce qu’ils exercent des métiers dont je ne sais absolument rien (cuisinier, architecte, ingénieur agronome, infirmière urgentiste etc.) alors je pars à leur rencontre... Je lis des livres, j’interviewe leurs collègues, je vais voir sur place.... C’est d’ailleurs le grand privilège de ce métier : sous prétexte de travailler, on se cultive. Imaginez la scène... C'est un jour de la semaine, en plein après-midi, la terre tourne, tout le monde pointe, les enfants s'échinent sur leurs contrôles de calcul mental, la table du petit-déjeuner n'a pas encore été débarrassée, et vous, vous regardez ce DVD génial, My Architect a son's journey de Nathaniel Kahn sur son père Louis et... Et quoi ? On ne peut rien vous dire... Vous êtes carrément en train de bosser, là...!&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Comment travaillez-vous ? Savez-vous où vous allez comme Tolstoï le « diurne », ou avancez-vous à tâtons comme le « nocturne » Dostoïevski ?&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;- Euh... Je suis plutôt Dostoïevski comme genre ! (rires confus) Je ne sais jamais ce qui va se passer à la ligne suivante. J’écris pour savoir comment l’histoire va se terminer. Par curiosité. Je me sens plus lectrice qu’écrivain quand je travaille. Là par exemple, tout à coup, j’ai réalisé que, horreur, c’était fini... Et mon Charles, avec lequel j’avais passé tant de nuits et qui était devenu mon « intime », s’est barré sans même se retourner pour me dire au revoir. C’est idiot, mais je lui en ai beaucoup sur le moment... (Gorge serrée.) Le lendemain matin, j’ai rallumé l’écran pour voir s’il n’acceptait pas de faire encore un petit bout de chemin avec moi, mais non, il était déjà loin. Je n’entendais plus sa voix. D’où une sorte de blues d’ailleurs qui dure encore aujourd’hui... Bon, il faut que je retourne garder mes moutons pour entendre « une autre mission » !&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- A propos de littérature, vous sentez-vous participer à telle ou telle filiation ? Proche de tel auteur particulièrement ? De telle « famille » d’auteurs ?&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;- Sans oser me comparer à aucun d’entre eux, j’appartiens à la famille des raconteurs d’histoires : les Marcel Aymé, Romain Gary, Nick Hornby, Anne Tyler etc. Des gens pas toujours très bien vus par la crème des critiques d’ailleurs... Quand on vend trop de livre, on met en doute notre sincérité…&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Pourriez-vous expliquer le choix des deux métiers de vos protagonistes, très accentués dans ce livre ? La soignante et le bâtisseur…&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Je ne peux pas l’expliquer. Je ne peux rien expliquer. Je n’ai aucune démarche cérébrale ou intellectuelle. Pour l’architecte, je voulais un homme qui travaille beaucoup, voyage sans cesse, souffre de tous les décalages possibles et je ne voulais pas prendre un businessman qui m’aurait vite ennuyée (vendre, toujours vendre... on en crèvera...) alors j’ai choisi un métier qui garde une part de création. Mais je ne vous cache pas que j’en ai bavé ! Je ne connaissais rien à l’architecture, qui ne m’intéresse pas tellement par ailleurs... je trouve qu’un visage, même apathique, est beaucoup plus passionnant que n’importe quelle splendeur déposée au patrimoine de l’UNESCO. Pour l’infirmière, Anouk est arrivée en blouse et je ne la lui ai pas ôtée. Et puis c’était l’occasion de rendre hommage à ces femmes dont on n’entend jamais parler. Et pour cause... elles travaillent !&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- La notion de « famille », biologique ou par « adoption » et reconnaissance réciproque, me semble très importante dans votre roman. Qu’est-ce à dire ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Pas seulement dans celui-ci : dans tous. Je n’ai encore jamais réussi à peindre une vraie famille « aux normes ». Toutes ces histoires de « sang » me font froid dans le dos. La seule ADN qui compte, c’est celle de la sensibilité. Charles, quand il commence à aller mieux, se souvient de cette phrase d’Anouk prononcée plusieurs vies plus tôt : « Sa vraie famille, on la rencontre le long du chemin... »&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Qu’est-ce à dire ?&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;- Youpi ! Tout est possible ! Nos arbres généalogiques s’élaguent, bourgeonnent et s’amplifient sans cesse.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Qu’est-ce qui, pour un enfant, vous semble le plus important ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - D’être aimé. Ma fille ajouterait « d’avoir le cirque Playmobil » et mon fils « plus de boosters pour ses cartes Magic»…&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Qu’est-ce qui, dans une relation (amour ou amitié), vous attriste ou vous révolte le plus ?&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;- Oh là ! Vous me posez des questions beaucoup trop compliquées ! Je ne suis pas gourou, moi ! La lâcheté peut-être ?&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Quelle qualité humaine vous est-elle la plus chère ? Quel défaut le plus pendable ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - J’aime cette tirade de Cyrano : « Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances... » Je ne vais pas en faire des tartines, je me comprends. La plus pendable ? Je ne sais pas... La morgue.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Eprouvez-vous, par rapport à votre propre jeunesse, ou à votre enfance, une nostalgie comparable à celle de Charles&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Comme tout le monde, j’ai dû dire ou faire, des choses dont je ne suis pas très fière. J’ai dû blesser des gens quelquefois... Hélas, j’ai une très bonne mémoire... J’y pense la nuit et... j’en fais des livres.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Qu’aimeriez-vous transmettre par le truchement d’un tel roman ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Je ne suis pas là pour « transmettre » quoique ce soit, sinon, j’aurais fait prêcheur comme métier. Je suis là pour divertir, en solitude, des gens inconnus de moi. Mais bon, j’ai la faiblesse de croire que mes petites histoires sont plus subversives qu’elles n’en ont l’air. Mes personnages, si cabossés soient-ils, se tiennent toujours en marge du troupeau. Ce monde-là ne leur convient pas et ils tâtonnent vers « autre chose ». Ce n’est pas à moi d’épiloguer là-dessus, mais on me demande souvent « la clef » de mon succès eh bien peut-être que c’est ça : en me lisant, certains se sentent moins seuls. Cette histoire de « bons sentiments » est l’arbre qui cache la forêt. Et la forêt, ce n’est pas des « bons » sentiments, ce sont des sentiments tout courts.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Quel sentiment l’annonce d’un tirage initial de 200.000 exemplaires vous inspire-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Concrètement : j’ai perdu 4 kilos, je ne dors plus la nuit, pour la première fois de ma vie je prends des somnifères et je suis obligée d’utiliser un shampooing à base de goudron parce que l’angoisse, eh ben, ça me gratte ! Sinon, tout va bien.Quant au travail, le succès n’a rien changé et ne changera jamais rien. Sinon, je ne serai plus écrivain, je serais « agente commerciale en écriture avec courbe de croissance et objectifs à tenir ». Le succès fragilise tout le reste mais laisse ma solitude nocturne absolument intacte.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Quel âge avez-vous dans votre tête ? Et dans votre cœur ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Physiquement, je suis hyper bien roulée comme une fille de 19 ans, dans ma tête j’ai 37 ans et 3 mois et dans mon cœur je n’ai pas d’âge. Tout dépend de celui du personnage qui m’occupe l’esprit... (ou le cœur, donc...)&lt;br /&gt; - &lt;strong&gt;Que répondriez-vous à un enfant qui vous demanderait qui est Dieu ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Je ne sais pas. Mais cherche, mon grand, cherche... A mon avis, il y en a un petit bout chez tous les gens que tu croiseras, tu verras...&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- En quel animal vous serait-il le plus agréable de vous réincarner ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Aucun. Ils ne savent pas lire...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Un long fleuve intranquille&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Il a suffi d’un ladre message de trois mots («&amp;nbsp;Anouk est morte&amp;nbsp;») que lui envoie son ami d’enfance Alexis, fils de la défunte qu’il a perdu de&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; vue depuis des années du fait de sa déchéance de toxico, entre autres, pour que Charles Balanda, architecte apparemment bien cadré dans ses plans de constructeur multinational,&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; mais approchant de la cinquantaine et fragile dans sa tête, se trouve soudain confronté à sa vie passée d’enfant et d’adolescent vers laquelle il va remonter au fil d’une quête qui constitue le premier grand mouvement de ressaisissement, à travers le temps, de &lt;i&gt;La consolante&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;C’est ainsi que Charles revient, via le cimetière minable où on l’a enterrée, à cette initiatrice à la &lt;i&gt;vraie vie&lt;/i&gt; que fut Anouk, flanquée jadis d’un comparse travelo et magicien que les gens regardaient de travers et que les mômes adoraient. Alors que sa relation avec Laurence flageole, et qu’il fait lui-même un peu paumé au milieu des ados bien programmés, Charles, plus complice avec Claire, sa sœur cadette, va poursuivre cette espèce de voyage au bout de lui-même qui, après ses retrouvailles assez effrayantes d’avec Alexis et les siens, genre Deschiens, le fait rencontrer, autre cadeau de la vie, la prénommée Kate, fée et sorcière bohème elle aussi marquée par la vie et portée à résister à tout accroupissement, qui lui offrira de rebondir et de revivre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Roman de la maturité filtrant une observation remarquable&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; sur la rupture de tous les liens familiaux et sociaux, autant qu’il indique&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; les échappées d’une survie possible, &lt;i&gt;La consolante&lt;/i&gt; en impose par la santé et la générosité de son approche des êtres, ainsi que par la musicalité de sa narration et la théâtralité de ses dialogues, son mélange de gouaille à la Queneau et de mélancolie plus grave, sa façon de retisser des accointances entre vieux et jeunes gamins, sa poésie et son humanité…&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Anna Gavalda. &lt;i&gt;La Consolante&lt;/i&gt;. Le Dilettante, 636p.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Cet article a paru dans l'édition de 24Heures du 7 mars 2008.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Sur des pattes de colombe</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Mon, 10 Mar 2008 05:56:33 +0100</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/126566461.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-886652&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/126566461.jpg&quot; alt=&quot;126566461.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-886652&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Si vous n’aimez pas Anna Gavalda, offrez &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt; à vos ennemis !&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il y a des gens qui ne supportent pas Anna Gavalda. Ils n’ont pas lu ses livres, mais ils n’aiment pas. Ils trouvent ça trop salon de coiffure ou gondole de gare, voire d’aérogare. Sans ouvrir aucun de ses livres, douteusement prisés par le populaire, ils relaient la rumeur selon laquelle Gavalda c’est bon sentiment et compagnie, point barre. Bref il y a un effet anti-Gavalda, et qui va s’accuser probablement chez tous ceux qui ne liront pas &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt;, à paraître ces jours avec 200.000 exemplaires de premier tirage.&lt;br /&gt; Or les gens qui n’aiment pas Gavalda vont souffrir même en ne lisant pas &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt;. D’abord parce que tout le monde va en parler. L’éditeur claironne déjà « l’événement littéraire » de la saison, et les médias vont faire écho dare-dare, même si la romancière se défile, qui a choisi de ne rencontrer aucun de leurs mercenaires. Ensuite parce que ne pas lire 636 pages est nettement plus&amp;nbsp;fastidieux que se borner à ne pas lire les 320 pages de &lt;em&gt;Chagrin d’école&lt;/em&gt; de Daniel Pennac. Enfin parce que ne pas lire un bon livre est une souffrance d'autant plus lancinante qu'elle ne s'avoue pas...&lt;br /&gt; Ceux qui, comme moi,&amp;nbsp;sont assez kitsch (ou prétendus tels) pour avoir apprécié les livres de Gavalda dès les nouvelles de &lt;em&gt;Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part,&lt;/em&gt; risquent plus encore d’aimer &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt;, qui cumule toutes les tares présumées de l’auteure et les déborde de surcroît, tant il est vrai que &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt; pourrait aussi s’intituler &lt;em&gt;La débordante&lt;/em&gt;. C’est en effet un livre débordant de bonté et de vitalité, à la fois Dickens et Dubout sur les bords, tout en restant du pur Gavalda. On y entre tout doucement sur la pointe des sentiments et le récit s’amplifie bientôt et se ramifie pour devenir une espèce de grand fleuve intranquille qu’on remonte en même temps qu’on le descend puisqu’il s’agit du fleuve du temps qu’un homme approchant de la cinquantaine, flanqué de sa sœur, plus proche à vrai dire que sa compagne, en attendant qu’il en change, longe et remonte en s’interrogeant sur le sens de tout ça au miroir de ses souvenirs doux ou cuisants. Il sera question d'enfance et d'amitié, de métiers et de fidélités, de ressentiment et de trahison, de société qui va dans le mur et des façons éventuelles de survivre.&lt;br /&gt; Sans le lire ceux qui scient d’avance Gavalda diront que &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt; n’est qu’un long mélo méli-mélo. Une rumeur argüe en outre déjà que cette fois Gavalda fait dans le noir, mais je n’ai pas bien vu la différence d’avec ses livres précédents même si celui-ci gagne de beaucoup en amplitude: Gavalda reste Gavalda comme Gary est resté Gary même en se faisant Ajar puis hara-kiri. Il y a du roman-photo et du Chet Baker là-dedans, de l'Amélie Poulain en plus&amp;nbsp;richement nuancé&amp;nbsp;et du Sarraute en baskets (la Sarraute des &lt;em&gt;Fruits d'or&lt;/em&gt; persiflant à l'oreille, ou celle des murmures d'enfance) un mélange de trémolo très génération 68&amp;nbsp;et d’acuité sensible hors d'âge, de musicalité au petit point contrapuntique&amp;nbsp;et d’élans carrément symphoniques, de gouaille quenelle à la Zazie&amp;nbsp;et de gravité plombée àla Calet dans ce livre arrache-cœur qui montre, entre beaucoup d’autres choses, comment les familles éclatées se recomposent en tribus plus ou moins déjantés, entre tel oncle de substitution qui devient tante le soir et&amp;nbsp;telle Kate fée bohème un peu sorcière - mais ne déflorons pas le secret de tout ça..&lt;br /&gt; Ecoutez plutôt, si vous ne lisez pas : &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt; est en effet un livre plus secret qu'il n'y paraît, donc à &lt;em&gt;écouter&lt;/em&gt; vraiment. Tout s’y passe entre les lignes autant que dans la linéarité non linéaire du récit, en douceur âpre et à fleur de cœur. Et comme on n’est pas à court de bon vieux&amp;nbsp;lieux communs ce matin, allez,&amp;nbsp;on dira&amp;nbsp;que les personnages de &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt; nous arrivent sur des pattes de colombes en nous roucoulant comme ça que la jeunesse est à la fois derrière et devant, selon ce qu’on y prendra ou comprendra…&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Anna Gavalda. &lt;em&gt;La consolante&lt;/em&gt;. Editions Le Dilettante, 636p.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Le domino d’Yves Ravey</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Fri, 29 Feb 2008 20:51:00 +0100</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/1027910421.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-876306&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/1027910421.jpg&quot; alt=&quot;1027910421.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-876306&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Un doigt de&amp;nbsp;Badoit au &lt;em&gt;Bambi Bar&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Divers purs littéraires de mes fréquentations les plus chiquées, auxquels l’ordinaireté de mon goût arrache de petits soupirs flûtés, se sont efforcés de me persuader que le nouveau roman d’Yves Ravey, intitulé &lt;em&gt;Bambi Bar&lt;/em&gt; et doublement géniâl-mon-chéri,&amp;nbsp;du fait du phrasé de ses phrases tellement lègères et denses qu’on se demande comment tant de densité s’y compacte avec tant de légèreté en 90 pages aérées, et de sa touche noire qui en fait un semblant de polar alors qu’il s’agit d'un détournement de genre avéré, &lt;em&gt;Bambi Bar&lt;/em&gt; donc était&amp;nbsp;LE roman du moment à ne pas louper. J’ai donc lu le chef-d’œuvre présumé, averti qu’un prodigieux coup de théâtre en marquait l’Apex terminal; j’ai certes apprécié le fait que l’auteur, tout à fait habile dans sa façon de filer sa phrase et son intrigue, ne me prenne pas plus d’une heure, nullement perdue d’ailleurs car &lt;em&gt;Bambi Bar&lt;/em&gt;, dans le genre nouvelle un peu étirée, est un objet fonctionnant pilpoil, dont l’agencement m’a fait penser à un très fluide jeu de dominos, sans autre&amp;nbsp;enjeu pourtant que la combinatoire de sa forme. Quant au fameux dénouement, il n'a pas fait ciller le lecteur pourri d'Ellroy et de Robin Cook et de James Lee Burke que je suis - plus attendu tu dégoupilles...&lt;br /&gt; Le scénar de &lt;em&gt;Bambi Bar&lt;/em&gt; ferait cependant un court métrage épatant, à condition d’étoffer ses personnages et de donner une réelle densité à son climat, ici tout lisse et léché. Il y faudrait un Ravey aussi méticuleux et roué mais plutôt belge ou slave, qui se prenne les pieds dans les projos du peep-show. Il y faudrait plus de peau, plus d’entrailles, plus d'empathie&amp;nbsp;et plus même de sexe (au sens de la vraie sensualité et pas de ce cette façon de se complaire dans les élégants équivoques). En patinant sur la glace de ses phrases, je pensais à ce qu’un Joseph O’Connor ou un Aleksandar Tisma eussent fait d’un pareil sujet, en cassant évidemment la baraque de Minuit, toujours si grand chic parisien corseté.&lt;br /&gt; Je suis peut-être un peu trop méchant (c’est que je vise&amp;nbsp;mes purs littéraires pâmoisés plus que l’écrivain, qui&amp;nbsp;fait&amp;nbsp;ingénieusement ce qu’il sait comme il peut…), car il y a là-dedans&amp;nbsp;pas mal&amp;nbsp;de fines finesses et de subtilités subtiles, et puis Ravey a son rythme indéniablement, à défaut de souffle, mais après tout non: assez de ces élégances tournant à vide et de ces livres ne laissant aucune trace, ni réflexion&amp;nbsp;ni ça&amp;nbsp;d’émotion. Il y a plus d’un mois que j’ai vu &lt;em&gt;It’s a free world&lt;/em&gt; de Ken Loach, qui me fait encore mal aux tripes et au&amp;nbsp;cœur ; tandis que de l’histoire de filles trafiquées et d’honneur vengé de &lt;em&gt;Bambi Bar&lt;/em&gt;, une heure après l’avoir avalée comme une fiole&amp;nbsp;de&amp;nbsp;Badoit éventée, faute de toute crédibilité et de la moindre incarnation, rien ne me reste ou peu s'en faut...&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Yves Ravey. &lt;em&gt;Bambi Bar&lt;/em&gt;. Minuit, 90p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Alain Dugrand en résistance</title>
                <link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2008/01/12/alain-dugrand-le-resistant.html</link>
                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>En français dans le texte</category>
                                                <pubDate>Sun, 24 Feb 2008 21:40:00 +0100</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/9620f328f1263868b5db89f822bfd628.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-769425&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/9620f328f1263868b5db89f822bfd628.jpg&quot; alt=&quot;9620f328f1263868b5db89f822bfd628.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-769425&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Avec &lt;i&gt;Insurgés&lt;/i&gt;, son dernier roman où s’incarnent de flamboyantes figures de défenseurs de liberté et de bonne vie, dans les maquis du Sud-Est de 39-45, et jusqu’en l’an 2000, l’écrivain fait merveille.&lt;/strong&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Alain Dugrand n’a rien du littérateur en chambre, ni non plus du courtisan parisien&amp;nbsp;: ses livres sont d’un auteur fraternel ouvert aux autres et au grand large. Ainsi, après avoir été de l’équipe fondatrice du journal &lt;i&gt;Libération,&lt;/i&gt; il lança le Carrefour des littératures européennes de Strasbourg (1985) et le Festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo, avec Michel le Bris. Co-auteur avec sa compagne Anne Vallaeys des populaires &lt;i&gt;Barcelonnettes&lt;/i&gt;, il a signé une quinzaine d’essais et de romans, dont &lt;i&gt;Une certaine sympathie&lt;/i&gt; (Prix Roger Nimier) et Le 14&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Zouave (Prix Léautaud et Prix Louis-Guilloux), où la savoureux «&amp;nbsp;Amarcord&amp;nbsp;» lyonnais (il est né à Lyon en 1946) que constitue &lt;i&gt;Rhum Limonade&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt 36pt; text-indent: -18pt; text-align: justify; tab-stops: list 36.0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt 36pt; text-indent: -18pt; text-align: justify; tab-stops: list 36.0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt&quot;&gt;&lt;span&gt;&lt;font face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font: 7pt 'Times New Roman'&quot;&gt;-&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture, et qu’est-ce qui vous y ramène&amp;nbsp;? Qu’est-ce qui distingue, pour vous, l’écriture journalistique de l’écriture romanesque&amp;nbsp;? Et comment avez-vous vécu cette cohabitation&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt&quot;&gt;&lt;span&gt;&lt;font face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font: 7pt 'Times New Roman'&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Mes lectures, je crois, m’ont porté à écrire, l’admiration des artistes, bien sûr, l’orgueil de composer une musique de mots, un ton, fêtant ce hasard d’être de cette langue. Du journalisme, je conserve l’exaltation de transmettre une part du réel éprouvé, des réalités balbutiantes, des gravités, des fantaisies des choses vues. Mais le journalisme engagé, subjectif, que j’ai aimé s’est corrompu à l’aune de la brièveté imposée par les publicitaires de presse, les caciques des rédactions, ces drogués d’éditorialisme, esclaves d’un instantané exempt d’incorrection. Ainsi, par exemple, j’enrage à la lecture des «&amp;nbsp;papiers&amp;nbsp;» ronron à propos du Pakistan ou de l’Iran. J’aime ces points cardinaux, journaliste, je brûlerais de rapporter comment va la vie là-bas, comment vont les êtres de chair qui nous ressemblent tant, si proches, humains comme nous-mêmes. Le journalisme fut un universalisme. Hélas, les rédac’chefs, l’œil rivé sur la «&amp;nbsp;ligne bleue des Vosges&amp;nbsp;», ont tout sacrifié aux experts en sciences politiques.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Ecrire au fil de la plume, cette jubilation, l’art littéraire seul l’offre. Roman, non-fiction, prose ou poème, peu importe, la liberté est littérature, le journalisme n’est qu’un spectacle mis aux normes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;- Quel est le départ d’&lt;i&gt;Insurgés.&lt;/i&gt; D’où vient Max Cherfils&amp;nbsp;? Etes-vous impliqué personnellement dans l’histoire de ce pays&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;- Insurgés&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;m’est venu chez moi, dans mes cantons d’une Drôme parpaillote, calviniste. Un coin où l’on apprend aux enfants et aux adolescents qu’il faut désobéir. L’âge gagnant, je voulais écrire le paysage, les montagnes sèches, les êtres, les livres qu’ils chérissent, l’histoire dont ils sont imprégnés sans qu’ils le sachent ou l’éprouvent même, un tout. Max Cherfils, héros berlinois, descendant des huguenots du «&amp;nbsp;désert&amp;nbsp;», m’a permis de rendre grâce aux écrivains, aux artistes, aux intellectuels de Weimar, ceux, il me semble, qui incarnent au XXe siècle, la permanence de l’esprit critique, la nécessité de créer envers et contre tout. C’est un hommage privé, enfin, à Jean-Michel Palmier, historien de l’esthétique tôt disparu, passeur d’un sens essentiel entre Allemagne et France. Il changea mes buts avec deux gros volumes, &lt;i&gt;Weimar en exil&lt;/i&gt; (Payot).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;- Comment avez-vous documenté votre livre&amp;nbsp;? Dans quelle mesure restez-vous proche des faits et des figures historiques&amp;nbsp;? Le Patron et Grands Pieds sont-ils des personnages réinventés par vous ou appartiennent-ils à la chronique&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;- A part une carte d’état-major, la consultation de deux ouvrages de voltairiens cultivés du XIXe siècle, notaires savants souvent, je n’ai eu recours à aucune autre documentation. Sinon des marches dans les &lt;i&gt;drailles&lt;/i&gt; et les forêts de mon pays bleu, sous le soleil et dans le froid, au cours des saisons de retrouvailles. Je me suis beaucoup penché sur la germination des pêchers, le mûrissement des abricots, le pressoir du raisin de mon pays âpre. Bien sûr, je me suis attaché à des figures d’enfance. Ainsi une demoiselle Giraud, calviniste, vieille et jolie comme un cœur. L’été, dans la canicule, elle lisait les récits polaires de Paul-Emile Victor, l’hiver, les romans de Joseph Conrad, de Lawrence d’Arabie, surtout, qu’elle relisait en juillet, chaque année.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;- Le type de résistance que vous décrivez est-il significatif de cette région et de cette population particulières&amp;nbsp;? Dans quelle mesure les historiens ont-ils rendu justice à ces insurgés.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;- «&amp;nbsp;Le Patron&amp;nbsp;», commandant de la Résistance dans nos montagnes à chèvres, je l’ai aimé dans les années 1970. Républicain de sans-culotterie, il redoutait la restauration de la monarchie. «&amp;nbsp;Grands Pieds&amp;nbsp;», alias Francis Cammaerts, était un Londonien d’origine belge, fils de poète bruxellois, bibliothécaire parachuté dans le ciel de Drôme, non loin des vallées dont les chefs-lieux s’appellent Dieulefit et Die. Les importants évoquent peu la micro-histoire de chez moi. Mais il me suffit que le nom Dieulefit découle, par altérations successives, de l’exclamation des Sarrasins découvrant le pays, «&amp;nbsp;Allah ba&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Dieu l’a faite aussi belle&lt;/i&gt;. J’aime que Die, notre capitale, découle de&amp;nbsp;&lt;i&gt;Dea Augusta&lt;/i&gt;, villa romaine. C’est pourquoi j’écris de chez moi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;- Quel rapport entretenez-vous avec la langue française et ses variantes régionales&amp;nbsp;?&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;- Diable, notre langue&amp;nbsp;! Langue ouverte, comparable au tissage de l’épuisette à écrevisses, elle laisse passer un sable gorgé d’occitan. J’aime les régionalismes, les mots verts de la vie, des bistrots, les chantournements de Gracq, les langages de l’Alpe dauphinoise, les dialectes, les dingueries orales, les pirouettes de Ponge, les cavalcades de Beyle, le chant des troubadours, des aboyeurs de basse lignée, au bonheur des tournures cousines de Dakar et de la Belle-Province, le hululement des Cap-Corsains, les piapias des Gilles de Binche, ceux des géants de papier, Montaigne et Saint-Simon, Giono, Gide et son &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;, le ton des «&amp;nbsp;petits maîtres&amp;nbsp;», ainsi Henri Calet, tous ceux qui engrossent la jolie langue dans l’ombre projetée des grands Toubabs de la littérature, sans oublier &lt;i&gt;les voyants&lt;/i&gt; qui expriment la langue en bouche comme ils l’écrivent, ainsi Nicolas Bouvier, que je tiens comme «&amp;nbsp;écrivain monde&amp;nbsp;» en français...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Rebelles de tradition&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Certains livres ont la première vertu de nous faire du bien au cœur autant qu’aux sens&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; ou à ce qu’on appelle l’âme, entendue comme la part immortelle de l’humain, et ainsi en va-t-il de la tonifiante chronique romanesque d’&lt;i&gt;Insurgés,&lt;/i&gt; où de belles personnes aux visages façonnés par un âpre et beau pays, entre Vercors et Provence, se solidarisent face à l’envahisseur nazi. En cette terre de parpaillots souvent persécutés (20.000 hommes et femmes seront déportés en 1850, notamment) débarque de Berlin, à la veille de la guerre, le jeune Maximilian Cherfils dont les ancêtres, natifs de Fénigourd, s’en sont exilés en Prusse. Au lendemain de la Nuit de cristal, ce farouche&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; individualiste de 18 ans, épris de littérature et de jazz, fuit l’Allemagne hitlérienne et s’intègre vite dans la communauté montagnarde, grâce au pasteur Barre et à la belle et bonne veuve Nancy Mounier dont il devient l’ami-amant et le complice en résistance dès lors que s’établit le réseau du Sud-Est dirigé par deux chefs anticonformistes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Loin de représenter un roman de plus «&amp;nbsp;sur&amp;nbsp;» la Résistance, même s’il en révèle un aspect peu connu (de type libertaire et internationaliste, échappant à la discipline militaire), &lt;i&gt;Insurgés&lt;/i&gt; module plutôt un art de vivre libre en détaillant merveilleusement l’économie de survie qui s’instaure, les solidarités qui se nouent (des milliers d’enfants juifs planqués spontanément par la population) tandis que les «&amp;nbsp;travailleurs de la nuit&amp;nbsp;» agissent en commandos. Autour de la figure centrale de Max, rayonnant bien après la guerre sur une sorte d’Abbaye de Thélème rabelaisienne, cette philosophie d’une «&amp;nbsp;liberté heureuse&amp;nbsp;» se transmet aux plus jeunes. Il en résulte un éloge implicite de tout ce qui rend la vie meilleure et les gens moins formatés, modulé dans une langue vivante et chatoyante, inventive et roborative.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Alain Dugrand. &lt;em&gt;Insurgés.&lt;/em&gt; Fayard, 225p.&lt;/strong&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;span&gt;&lt;strong&gt;Cet article a paru dans l'édition de &lt;em&gt;24Heures&lt;/em&gt; du 15 janvier 2008.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2008/02/17/les-annie-dans-les-annees.html</guid>
                <title>Les Annie dans les années</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>En français dans le texte</category>
                                                <pubDate>Sat, 23 Feb 2008 06:40:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/1224d125b8ed0692f9880ac9d0f27d92.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-850564&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/1224d125b8ed0692f9880ac9d0f27d92.jpg&quot; alt=&quot;1224d125b8ed0692f9880ac9d0f27d92.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-850564&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;PAROLES DE FEMMES Trois livres importants d’Annie Ernaux, Nancy Huston et Annie Leclerc, modulent la connaissance et la sensibilité au féminin, au miroir du siècle.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il y a quatre ans de ça, deux ans avant sa mort (le 13 octobre 2006), Annie Leclerc faisait une intervention orale à la Journée de la philosophie de l’Unesco, où elle déclara notamment ceci : « La première injonction faite aux femmes est : tais-toi. Occupe-toi des enfants, de les amener à l’âge adulte, surtout de faire des petits garçons, de fabriquer des soldats. Occupe-toi de les mettre au monde, de les nourrir, de les éduquer dans le bon sens, et tais-toi. C’est pourquoi j’avais appelé mon livre &lt;em&gt;Parole de femme&lt;/em&gt;, car la première subversion des femmes, peut-être la plus importante, est la parole. La première subversion, c’est de dire au fond ce qu’elles en pensent. M’est avis qu’elles en pensent beaucoup plus que ce qu’elles en disent »…&lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-850565&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/b0f8ec31deaedb2f25e6bee8d9fc0a18.jpg&quot; alt=&quot;40e8112ff1586adc4bad06a0552f6830.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-850565&quot; /&gt;Nancy Huston était une jeune gauchiste de vingt et un ans lorsque parut &lt;em&gt;Parole de femme&lt;/em&gt;, en 1974, dont la nouveauté radicale du propos, « énorme, scandaleuse », lui fit l’effet, comme à beaucoup de femmes (le livre se vendit à 300.000 exemplaires), d’un électrochoc : non seulement, en effet, en contrepied du féminisme aligné sur les thèses (notamment) de Simone de Beauvoir, Annie Leclerc y proclamait la jouissance d’être au monde, et le fait que les femmes « en savent plus long là-dessus que les hommes », mais elle revalorisait à la fois les savoirs spécifiques des femmes (« savoir pratique, savoir-faire, savoir-sentir »), les travaux ménagers systématiquement décriés par les féministes pures et dures et « la jouissance exquise de l’enfant », mais aussi et surtout « l’immense oui à la vie » qu’elle peut transmettre en « vivant » l’enfant et, si elle écrit, en « vivant » ses livres ou en en dégageant une philosophie – ce qui fut le cas de Leclerc.&lt;br /&gt; Annie Leclerc, la personne, a été « vécue » par Nancy Huston sept ans durant, de 1999 à 2006, après vingt ans de compagnonnage livresque, et de même Nancy fut-elle « vécue », parfois même solidement épaulée par Annie en butte aux affres du cancer. De cette belle amitié, intelligente et débonnaire, tour à tour grave et rieuse, témoigne aujourd’hui &lt;em&gt;Passions d’Annie Leclerc,&lt;/em&gt; bien plus qu’hommage en forme de tombeau : résurrection profane d’une présence aimante et tonique, d’un regard sur le monde nourri par les « petites choses » du quotidien (enfants et conjoints dans le même sac), les voyages, la culture (de Rousseau à Glenn Gould), la violence et la connerie de notre espèce, le ménage, la cigarette et la brasse coulée, les enfers de la non-relation et la « soupe qui console ». Surtout : conversation joyeuse poursuivie par delà les eaux sombres, que chaque lecteur « vit » à son tour.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les Années&lt;/em&gt; retrouvées&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;« Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais », dernière notation du dernier livre, à la fois lancinant et « salvateur » d’Annie Ernaux, contient à la fois les tenants diffus et les aboutissants magnifiquement conclus de ce récit en forme de chronique à double courant personnel et collectif, retraçant soixante ans d’une vie de femme et un demi-siècle d’une drôle de paix entre guerre et grandes espérances, désillusions et vie ordinaire.&lt;br /&gt; « Nous n’avons que notre histoire et elle n’est pas à nous », lit-on en premier exergue (signé Ortega Y Gasset) des Années, suivi d’un second non moins désabusé de Tchekhov : « Oui. On nous oubliera. C’est la vie, rien à faire. Ce qui aujourd’hui nous paraît important, grave lourd de conséquences, eh bien, il viendra un moment ou cela sera oublié, où cela n’aura plus d’importance ». Or loin de « laisser tomber », alors même que sa première note (« Toutes les images disparaîtront ») pourrait l’y inciter, c’est un nouveau défi (vieux comme l’écriture) que relève Annie Ernaux en rassemblant un premier lot d’images, précisément, rappelant les bribes de mémoire du fameux Je me souviens de Georges Pérec ou les constellations sensibles de Peter Handke dans Le Poids du monde. Voici donc « la figure pleine de larmes d’Alida Valli dansant avec Georges Wuilson dans le film Une aussi longue absence » ou « est-ce qu’on peut tirlipoter avec une fourchette ? Est-ce qu’on peut mettre le schmilblick dans le biberon des enfants », ou, plus grave, « toutes les images crépusculaires des premières années, avec les flaques lumineuses d’un dimanche d’été, celles des rêves où les parents morts ressuscitent, où l’on marche sur des routes indéfinissables »… Autant d’images fugaces, d’expressions datées, de slogans, d’alluvions verbales charriées par le fleuve du temps dont la seule allusion remémore telle ou telle époque, de telle exclamation de l’immédiat après guerre (« on prendra bien le temps de mourir, allez ! ») à telle injonction d’une pub du siècle nouveau : « L’argent, le sexe, la drogue, choisissez l’argent »…&lt;br /&gt; Alternant la chronique « unanimiste » d’un demi-siècle dont elle ressaisit très concrètement les cristallisations significatives en multipliant images et faits de langages merveilleusement évocateurs, et celle de sa propre trajectoire aux étapes réfractées par une suite de photos (dès le premier ovale sépia du bébé « à la lippe boudeuse » de 1941) ou de films et de vidéos, Annie Ernaux reconstitue, avec &lt;em&gt;Les Années&lt;/em&gt;, la fresque d’un temps collectif qui se « réfléchit » très personnellement, au double sens du terme, dans un livre profondément significatif d’une époque en mutation et d’une vie de femme en quête souvent douloureuse d’elle-même.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Un amour pacifié&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Dans son inépuisable &lt;i&gt;Mensonge romantique et vérité romanesque&lt;/i&gt;, René Girard montre comment, avec &lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le rouge et le noir&lt;/i&gt;, le génie de Stendhal dépasse les jeux de miroir du mimétisme dans lesquels s’est longtemps égaré Julien Sorel, pour «&amp;nbsp;offrir&amp;nbsp;» à son héros,&amp;nbsp;par le truchement de &amp;nbsp;Madame de Rênal, une ultime rencontre qui relève du véritable amour, tendrement partagé et pacifié.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Or c’est exactement la même intuition que développe le dernier écrit d’Annie Leclerc, inachevé et constituant pourtant un véritable joyau littéraire, d’une délicatesse d’écriture, sensibilité et sensualités alliées, évoquant le lyrisme délicat et puissant à la fois&amp;nbsp;de Jean-Jacques Rousseau, l’un des maîtres de Leclerc. Sans citer explicitement Girard, Nancy Huston, dans sa préface personnelle et pertinente à la fois, souligne également la transformation &lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;considérable que marque, par rapport au cynisme du personnage, le dernier Sorel, que Stendhal lui-même dit un homme transformé, au-delà du mimétisme «&amp;nbsp;triangulaire&amp;nbsp;», dans la lumière enfin rejointe de l’amour «&amp;nbsp;selon Mme de Rênal&amp;nbsp;»…&amp;nbsp;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Nancy Huston. &lt;em&gt;Passions d’Annie Leclerc&lt;/em&gt;. Actes Sud, collection « un endroit où aller », 347p.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Annie leclerc. &lt;em&gt;L'amour selon Mme de Rênal&lt;/em&gt;. Actes Sud, 87p.&lt;br /&gt; Annie Ernaux, &lt;em&gt;Les Années&lt;/em&gt;. Gallimard, 241p.&lt;br /&gt; Nancy Huston signera ses livres à la librairie Payot de Pépinet, à Lausanne, ce jeudi 21 février, dès 17h.30. Rencontre avec le public après la signature.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/098544cbdaa8a49d77824d4153e13be9.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-850566&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/098544cbdaa8a49d77824d4153e13be9.jpg&quot; alt=&quot;098544cbdaa8a49d77824d4153e13be9.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-850566&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Le cercle des niaiseux</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Controverses</category>
                                <category>En français dans le texte</category>
                                <category>Prix littéraires</category>
                                                <pubDate>Fri, 09 Nov 2007 11:55:00 +0100</pubDate>
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                    &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/39b865117f9772d507fcf394e0fd3a43.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-623347&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/39b865117f9772d507fcf394e0fd3a43.jpg&quot; alt=&quot;39b865117f9772d507fcf394e0fd3a43.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-623347&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Cercle&lt;/em&gt; de Yannick Haenel&amp;nbsp;ou la quadrature du vide.&amp;nbsp;Le Prix Décembre 2007 conforte les Gallimardeux. Mais JLK persiste et signe, le blaireau...&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Il est divertissant de suivre, de loin, les ronds-de-jambes ou les coups d’épée dans l’eau que provoque, depuis sa parution, le livre le plus niais de la rentrée littéraire, je veux parler évidemment de &lt;i&gt;Cercle&lt;/i&gt; d’Yannick Haenel. Qu’on le porte aux nues en faisant de ce pavé de vent un «&amp;nbsp;roman total&amp;nbsp;», comme Sébastien Lapaque dans le &lt;i&gt;Figaro littéraire&lt;/i&gt;, ou qu’on en fasse le vortex de l’abjection plagiaire ainsi que s’y emploie Alina Reyes dans une polémique aussi&amp;nbsp;bécassine que son bécasson d'objet, celui-ci reste évidemment ce qu’il est à nos yeux éberlués&amp;nbsp;: une espèce de course du rat chic dans&amp;nbsp;un dédale toc.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Si l’auteur de &lt;i&gt;Cercle&lt;/i&gt; avait dix-sept ans et qu’il déboulât avec son air crâne et sa jolie plume dansante, ses références en veux-tu en voilà et ses pastiches d’un peu tout, dès la première scène du pont sur la Seine d’où le protagoniste jette son ancienne vie à l’instant, hop, de sauter dans la nouvelle et de s’écrier&amp;nbsp;: chic c’est la joie, je revis, enfin je vais pouvoir mettre le doigt au cul de Clarine et me palucher en lisant &lt;em&gt;Moby Dick&lt;/em&gt;, si tout cela était le fait d’un&amp;nbsp;paluchon ludique et que son premier bouquin eût&amp;nbsp;trois cent pages de moins, oui certes, oui-da, nous marcherions plus volontiers, comme nous marchons le pied-léger à travers les cinq premières pages, qui en deviennent hélas cinq cents. Mais Yannick Haenel a quarante balais et n'est plus ingénu que de posture en sémillant émule du pape Sollers.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Et cinq cents pages pour dire quoi&amp;nbsp;? Rien que de convenu, rien que de pseudo-rimbaldien, rien que de sous-sollersien dans la conjonction d’un hédonisme de pacotille et d’un usage germanopratin de la semi-culture. Cela se veut alerte, ouvert, oui-disant et dansant, mais sans quitter la manière du petit marquis, et ensuite non moins affecté dans le simulacre de gravité puisque du cul de Clarine il faut bien passer au trou noir de l’Histoire. Or tout cela est lourd quand cela se veut ludique, et léger devant le tragique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Enfin&amp;nbsp;quel roman total&amp;nbsp;? Du total chiqué sans doute. Et cela vaut-il la moindre polémique&amp;nbsp;? Qu’on lui colle&amp;nbsp;plutôt un prix (c'est fait !)&amp;nbsp;et le cercle se bouclera comme on l'espère du piapia niaiseux qui en a émané à grosses bubulles…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Yannick Haenel. &lt;em&gt;Cercle&lt;/em&gt;. Gallimard, L’Infini.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Nostalgie omnibus</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>En français dans le texte</category>
                                                <pubDate>Tue, 30 Oct 2007 22:05:00 +0100</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/e2f5004517eb8d1aff72e6c7940d16d5.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-635228&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/e2f5004517eb8d1aff72e6c7940d16d5.jpg&quot; alt=&quot;e2f5004517eb8d1aff72e6c7940d16d5.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-635228&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;A propos du &lt;em&gt;Canapé rouge&lt;/em&gt; de Michèle Lesbre&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les livres que nous emportons en voyage nous en font faire d’autres et à n’en plus finir, et c’est ainsi qu’en me baladant récemment de Delft aux confins de la Frise je n’ai cessé de multiplier les horizons en alternant la lecture de &lt;em&gt;Vertiges&lt;/em&gt; de W.G. Sebald, qui nous replonge dans l’Italie de Stendhal ou l’Allgaü de l’écrivain lui-même, et celle du &lt;em&gt;Canapé rouge&lt;/em&gt; de Michèle Lesbre dont la protagoniste se remémore un voyage en Sibérie, à la recherche d’un homme qu’elle a aimé, en alternance avec les stations auprès d’une vieille dame à laquelle elle raconte des vies de femmes hors du commun, de la rebelle bretonne Marion du Faouët à Milena Jesenska, laquelle nous fait retrouver le docteur K. de Sebald…&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Le canapé rouge&lt;/em&gt; est un beau livre de tendresse rêveuse et de nostalgie, évoquant ce sentiment de détresse vécu par toute une génération frustrée des lendemains qui chantent. Vieille chanson déjà que celle de la « déprime des militants », et l’on pourrait craindre la&amp;nbsp;scie convenue en suivant Anne sur les traces de Gyl, son amant de jeunesse refusant d’obtempérer et parti sur les bords du lac Baïkal vivre selon son utopie persistante. Mais la musique des âmes et d’une écriture suffit à nous toucher , de vague en vague et de cercle en cercle, au fil d’une remémoration en douces spirale&amp;nbsp;amorcée par la phrase délicatement proustienne relançant le voyage en omnibus à travers l’immensité russe : « La plupart du temps je m’éveillais très tôt, à l’aube naissante. Pins et bouleaux émergeaient à peine d’un océan de brume dans lequel le train courait en aveugle, où flottaient quelques essaims d’isbas grises dont le bois usé par le gel et le brutal soleil d’été ressemblait à du papier mâché. Une lumière mate s’éclaircissait peu à peu, jusqu’à découvrir un ciel vertigineux que je poursuivais du regard et qui se réfugiait à l’horizon. Quel horizon ? Tout semblait lointain, inaccessible, trop grand ».&lt;br /&gt; La lecture elle-même est au cœur de ce livre oscillant entre un canapé rouge, où la femme encore jeune lit des récits de vie à la vieille Clémence ci-devant modiste, et le bord de Seine et les lointains russes où se croisent, tous plus ou moins spectraux, divers hommes des divers temps vécus par la narratrice,&amp;nbsp;laquelle nous renvoie, la lisant,&amp;nbsp;à nos divers temps et amours, comme dans les reflets de reflets d’un miroir en mouvement…&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;img name=&quot;media-635229&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/25393e89ae304482aae903965f616c8e.jpg&quot; alt=&quot;8adf22c1092851e5aaedaa64df676ec7.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-635229&quot; /&gt;Michèle Lesbre. &lt;em&gt;Le canapé rouge&lt;/em&gt;. Sabine Wespieser, 148p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Nota bene: &lt;em&gt;Le Canapé rouge&lt;/em&gt; figure sur la dernière liste des ouvrages candidats au Prix Goncourt.&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Le Dyable de la rhétorique</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Tue, 30 Oct 2007 12:10:00 +0100</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/27f774f5f674b6de8331ef58f42ef32d.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-634010&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/27f774f5f674b6de8331ef58f42ef32d.jpg&quot; alt=&quot;27f774f5f674b6de8331ef58f42ef32d.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-634010&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Du style de François Meyronnis,&amp;nbsp;&lt;em&gt;De l’extermination considérée comme un des beaux-arts&lt;/em&gt; et de la pensée mamour...&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; François Meyronnis se voudrait un styliste stylé. Cela lui fait vomir à la fois Michel Houellebecq et Jonathan Littell qu’il rassemble sous la bannière d’Andy Warhol qui écrivait que « le style n’est pas vraiment important ». Le style de Michel Houellebecq et le style de Jonathan Littell sont-ils vraiment importants ? Peut-être pas autant que les styles de Flaubert Gustave ou de Morand Paul, mais la question est-elle là ? Il faudra y revenir avant Noël.&lt;br /&gt; Dans l’immédiat ce qu’il faut, c’est citer le styliste stylé en son ouvrage récemment paru, intitulé &lt;em&gt;De l'extermination considérée comme un des beaux-arts&lt;/em&gt;. C’est la fin du livre, nous sommes un peu flagadas, mais&amp;nbsp;déchiffrons encore&amp;nbsp;cette dernière sentence : « La noblesse de l’événement est le seul milieu de l’amour ». Pour éclairer cette chute admirable, il faut pourtant, en bons talmudistes, revenir aux&amp;nbsp;deux phrases qui précèdent: « Sous la seule forme d’un sentiment, l’amour n’est qu’une amorce. On aurait tort de la prendre pour la chose. D’autant qu’ainsi elle tourne vite à son contraire ».&lt;br /&gt; Vertiginieux, n’est-il pas ? Mais ceci est encore éclairé par ce qui précède immédiatement trois phrases plus haut : «La singularité exclut le tassement sur un Moi-je. Non seulement elle n’empêche pas l’amour; mais encore lui donne-t-elle toute son ampleur. La noblesse d’une autre singularité oblige la mienne. Je ne cherche pas ailleurs une morale, ce qui fait de moi un monstre. En un éclair, trois mots s’interchangent et illuminent sans fin leur intrication : &lt;em&gt;amour-noblesse-pensée ».&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Dans &lt;em&gt;Le Général Dourakine&lt;/em&gt; dont nous avons tous nourri notre philosophie, la Comtesse de Ségur annonce en somme le styliste stylé, en plus limpide, prônant elle aussi l'amour, la noblesse et les jolies pensées de l'heure du goûter.&amp;nbsp;Cependant le&amp;nbsp;défaut de la Comtesse est de ne s’être point mêlée plus gravement de littérature et de n’avoir point justement taxé de Diable son compatriote le littérateur Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, dont la perversité des &lt;em&gt;Démons&lt;/em&gt; ne fait pourtant aucun doute aux yeux des petite chanteurs à la croix de bois que nous sommes tous restés « au fond ».&lt;br /&gt; Blague à part, le procès qu’intente le styliste stylé François Meyronnis aux littérateurs sans style (enfin,&amp;nbsp;attendons Noël) que sont selon lui Michel Houellebecq et Jonathan Littell équivaut bel et bien, en somme, à celui qui a été fait à Dostoïevski pour cause de Stavroguine, dont la perversité intrinsèque menace aujourd'hui encore de contaminer notre amour, notre noblesse et notre pensée.&lt;br /&gt; En exergue de l’essai stylé intitulé &lt;em&gt;De l’extermination considérée comme un des beaux-arts&lt;/em&gt;, qui postule en gros que &lt;em&gt;La possibilité d’une île&lt;/em&gt; de Michel Houellebecq et que &lt;em&gt;Les Bienveillantes&lt;/em&gt; de Jonathan Littell participent de l’action perverse du Diable contemporain que nul ne voit avancer masqué à la seule exception stylée de François Meyronnis himself, on lit cet exergue saisissant : « Plus le Diable a, plus il veut avoir ». La profondeur de cette pensée nous fait vaciller sur nos échasses d’hommes-creux.&amp;nbsp;Nous recopions derechef sur le marbre durable: « Plus le Diable a, plus il veut avoir. » L’oncle Picsou n’a qu’à bien se tenir et nous autres, avatars multitudinaires du «dernier homme» conduits à l’abattoir par les mauvais bergers Michel et Jonathan, nous allons y penser avant Noël...&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;François Meyronnis. &lt;em&gt;De l’extermination considérée comme un des beaux-arts&lt;/em&gt;. Gallimard, coll. L’Infini, 190p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Image ci-dessus: Dadò.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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                <guid isPermaLink="true">http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2007/09/28/au-cafe-des-annees-bohemes.html</guid>
                <title>Au Café des années bohème</title>
                <link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2007/09/28/au-cafe-des-annees-bohemes.html</link>
                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>En français dans le texte</category>
                                                <pubDate>Tue, 02 Oct 2007 08:30:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/ba64939da08776be4cc1e5823abf4f46.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-579256&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/ba64939da08776be4cc1e5823abf4f46.jpg&quot; alt=&quot;ba64939da08776be4cc1e5823abf4f46.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-579256&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Le nouveau roman de Patrick Modiano, &lt;i&gt;Dans le café de la jeunesse perdue&lt;/i&gt;, nous plonge dans une rêverie existentielle dont Paris est le décor magique.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;On croit avoir saisi l’essence des romans de Patrick Modiano en évoquant les airs de la nostalgie qui s’en dégagent, avec une atmosphère très particulière, à la fois nette et vaguement mélancolique, propice à la rêverie comme le sont certains lieux écartés qui «&amp;nbsp;diffusent&amp;nbsp;», et qu’on retrouve avec des variations depuis &lt;i&gt;La place de l’étoile&lt;/i&gt;, premier ouvrage remontant à 1968, dans &lt;i&gt;Villa triste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Rue des boutiques obscures&lt;/i&gt;, notamment, et dans une vingtaine d’autres livres de la même eau claire-obscure, quelque part entre les ciels mouillés de Simenon et le pavé sec (comme le scotch) de Sagan, avec quelque chose de proustien dans le choix des noms et la musique des titres.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Dans le café de la jeunesse perdue&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;en est un nouvel exemple, dont l’exergue parodiant les premiers vers de la &lt;i&gt;Divine comédie&lt;/i&gt; de Dante est emprunté à Guy Debord&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;A la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d’une sombre mélancolie, qu’ont exprimée tant de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Ladite mélancolie s’incarne ici dès l’apparition au Condé, café situé dans le quartier de l’Odéon, fermant tard et réunissant la clientèle «&amp;nbsp;la plus étrange&amp;nbsp;», d’une femme semblant «&amp;nbsp;fuir quelque chose&amp;nbsp;» et pénétrant toujours dans l’établissement par sa porte la plus étroite dite «&amp;nbsp;la porte de l’ombre&amp;nbsp;». Le premier portrait de cette créature encore jeune, se tenant d’abord à l’écart puis se mêlant à la table la plus animée pour s’y taire ou lire &lt;i&gt;Horizons perdus&lt;/i&gt;, bientôt surnommée Louki par la compagnie, se trouve esquissé par un étudiant de l’Ecole supérieure des Mines plus ou moins impatient de s’entendre recommander de s’en carapater sous peine d’assommante carrière, témoin réservé, voire timide, du petit théâtre bohème où se croisent des traîne-patins et des écrivains, tel le dramaturge Adamov au «&amp;nbsp;regard de chien tragique&amp;nbsp;», ce Bowing dit Le Capitaine qui tient un livre d’or de tous les déplacements de la clientèle, ou ce soi-disant «&amp;nbsp;éditeur d’art&amp;nbsp;» qui va le relayer dans l’office de la narration avec la précision maniaque d’un détective, ce qui lui va comme un gant puisque détective il est en effet, enquêtant sur la disparition d’une certaine Jacqueline Delanque, épouse d’un certain Choureau, enfuie de ce bref malentendu conjugal pour devenir Louki…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Comme le plus souvent chez Modiano, le semblant d’enquête policière en cache une autre, plus essentielle ou exactement&amp;nbsp;: plus existentielle. Loin de s’en tenir à tel cliché de la nostalgie des sixties, style jeunesse «&amp;nbsp;existentialiste&amp;nbsp;» finissante, le roman nous entraîne ainsi, de la rive gauche «&amp;nbsp;artiste&amp;nbsp;», en d’autres lieux de solitude et de dèche moins décorative d’où viennent aussi bien Jacqueline, sa mère et sa camarade Jeannette Gaul dite Tête de mort et se roulant volontiers dans la «&amp;nbsp;neige&amp;nbsp;»…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;N’en disons pas plus, car il faut laisser le lecteur «&amp;nbsp;écouter&amp;nbsp;» Modiano, entre Schubert et Tchékhov, avant la noire conclusion de ce livre doux et dur, fluide et poreux, dans lequel on entre par une porte sombre et qui nous laisse au seuil d’un «&amp;nbsp;ailleurs&amp;nbsp;» éperdu…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Patrick Modiano. &lt;i&gt;Dans le café de la jeunesse perdue&lt;/i&gt;. Gallimard, 148p.&lt;/strong&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Modiano en dates&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;1945 &lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Naissance&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; à Paris, le 30 juillet. Fils d’Albert Modiano, Juif originaire d’Alexandrie et préfigurant les personnages de son fils…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;1957&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Mort tragique de son frère Rudy, auquel il dédiera ses premiers livres.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;1967&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Publie &lt;i&gt;La place de l’étoile&lt;/i&gt;, son premier roman, avec l’appui de Raymond Queneau, ami de la famille.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;1970&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Epouse Dominique Zehrfuss&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;1972&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Les Boulevards de ceinture&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;, Grand Prix du roman de l’Académie française.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;1974 &lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Lacombe Lucien&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;. Film en collaboration avec Louis Malle&lt;b&gt;.&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;1978&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Rue des Boutiques obscures&lt;/i&gt;, Prix Goncourt.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;2002&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Bon voyage&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;. Film en collaboration avec Jean-Paul Rappeneau.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;2005&lt;span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Un pedigree.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Récit à caractère autobiographique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cet article a paru dans l'édition de &lt;em&gt;24 Heures&lt;/em&gt; du 2octobre 2007.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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                <guid isPermaLink="true">http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2007/09/08/lorsque-l-enfant-disparait.html</guid>
                <title>Lorsque l’enfant disparaît</title>
                <link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2007/09/08/lorsque-l-enfant-disparait.html</link>
                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>En français dans le texte</category>
                                                <pubDate>Tue, 11 Sep 2007 07:55:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: 'Palatino Linotype'&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/f647a6a7ba25f0cd8f0e657ecaf111d1.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-536248&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/f647a6a7ba25f0cd8f0e657ecaf111d1.jpg&quot; alt=&quot;f647a6a7ba25f0cd8f0e657ecaf111d1.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-536248&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;span&gt;&lt;strong&gt;Avec &lt;i&gt;Tom est mort&lt;/i&gt;, Marie Darrieussecq, injustement accusée de piratage, confronte chacun à l’extrême fragilité de la vie.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: 'Palatino Linotype'&quot;&gt;Cette année-là, ce couple accompagné de son premier enfant de trois ans était en train de s’installer dans cette chambre de cette auberge de montagne, en Engadine, lorsque l’homme, glacé, désigna sans un mot à la femme, glacée à son tour, la petite fille qui, passée à travers l’ouverture béante de la barrière de la terrasse, dont manquaient quatre montants, s’était aventurée à pas menus sur la mince corniche extérieure surplombant une dalle de béton, quatre mètres plus bas. Sans un mot, en un temps infiniment long de moins de vingt secondes, la mère trouva alors les gestes qui lui permirent soudain d’agripper l’enfant et de sauver trois vies…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: 'Palatino Linotype'&quot;&gt;Notre enfant n’est&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; pas mort cette année-là, mais cette scène, qui nous appartient, nous est revenue soudain en lisant &lt;i&gt;Tom est mort&lt;/i&gt; de Marie Darrieussecq, dont la question lancinante et vertigineuse qui traverse le roman se réduit à deux lettres&amp;nbsp;: Si. «&amp;nbsp;&lt;i&gt;Si&lt;/i&gt;, en anglais on dit &lt;i&gt;if&lt;/i&gt;, un paysage planté de si comme des ifs de cimetière. Si Tom avait été l’aîné. Si Vince n’avait pas existé.&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; Si on avait nommé Vince Tom, est-ce que Tom aurait été Vince&amp;nbsp;? Et si, au cours de la dérive des continents, le bloc australien ne s’était pas séparé de l’Antarctique, l’Australie serait peut-être restée inhabitable, et les villes n’y auraient as poussé, et nous n’y aurions pas vécu, et Tom, mon fils, mon second fils… Cet espace courbe, les si, ce siphon, cet entonnoir de fou je m’y enfonce, et je perçois le monde à travers un trou.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: 'Palatino Linotype'&quot;&gt;Marie Darrieussecq aurait-elle écrit &lt;i&gt;Tom est mort&lt;/i&gt; si elle avait perdu un enfant&amp;nbsp;? Et le roman, d’avoir été vécu, s’en serait-il trouvé plus fort&amp;nbsp;? Qui pourrait le dire&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: 'Palatino Linotype'&quot;&gt;Ce qui est sûr en revanche, c’est que la romancière honore la littérature, en donnant corps et voix, décor et dédale temporel à ce qui pourrait n’être qu’un fait divers. Un couple (la narratrice et Stuart), bien dans sa peau pour l’amour physique mais peinant un peu avec trois enfants (Vince, Tom et Stella), errant entre les continents à cause du job du père, se retrouve à Sydney où, trois semaines après son installation, le deuxième garçon de quatre ans et demi, laissé seul dans sa chambre par sa mère crevée, tombe par la fenêtre de la loggia du haut du septième étage. S’il faut attendre la dernier paragraphe du livre pour apprendre les circonstances précises de l’accident, nous les pressentons dès les premières pages et par le gaz de culpabilité qui flotte dans tout le récit. Or c’est tout le reste, relevant de l’art du romancier, qui compte vraiment et fait exister cette histoire dans la tête et les tripes de chacun, avec une profusion de détails vrais comme la vie, jusqu’aux plus incongrus (les petites horreurs funéraires, la tenue vestimentaire de l’enfant qu’on va brûler,&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; l’accompagnement compassionnel et les «&amp;nbsp;groupes de parole&amp;nbsp;», entre tant d’autres), en passant par tous les stades de la détresse (cri, mutisme absolu, folie violente contre soi ou les autres, effondrement, hébétude méthodique, etc.) réinvestis par le récit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: 'Palatino Linotype'&quot;&gt;Celui-ci, dix ans après la mort de Tom, est un parcours zigzaguant entre limbes et enfers, haine froide et tendresse infinie, mélancolie enfin, et ce dernier apaisement d’une mission accomplie par les mots, à travers les creux et les bosses de la mémoire, bleus au couple et grands enfants maintenant qui vont vivre, et cet adieu enfin permis, comme un sauf-conduit à l’enfant par delà les&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; eaux sombres&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est peut-être ça la dernière image. Tom qui se retourne et me fait coucou, temps gris temps clair, par tous les temps&amp;nbsp;»…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: 'Palatino Linotype'&quot;&gt;Marie Darrieussecq, &lt;i&gt;Tom est mort&lt;/i&gt;. P.O.L., 246p.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: 'Palatino Linotype'&quot;&gt;Cet article&amp;nbsp;a paru dans l'édition du 11 septembre 2007 du&amp;nbsp;&amp;nbsp;quotidien &lt;i&gt;24Heures&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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