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        <title>Carnets de JLK - balades</title>
        <description>Riches Heures de lecture et d'écriture</description>
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        <lastBuildDate>Wed, 20 Aug 2008 19:20:51 +0200</lastBuildDate>
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                <title>New York ville debout</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 06 Apr 2008 20:39:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/192251893.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-944831&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/192251893.jpg&quot; alt=&quot;192251893.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-944831&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &amp;nbsp;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Notes de l’aube, janvier 1981&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;...Et soudain je me réveillai dans le courrier routier marqué du sceau du Lévrier, soudain je l’avais deviné, soudain c’était là&amp;nbsp;: quelque chose de grand advenait; les yeux exorbités, je pleurais et j’exultais: il y avait dans le ciel une ville illuminée; au bout de la nuit, le courrier routier ne s’était arrêté que pour ça le long de l’Hudson River: le visage levé vers cet Himalaya de lumière, à l’instant j’étais transporté.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;Depuis trente-trois jours que je me trouvais aux États-Unis d’Amérique, pas une fois je ne m’étais senti ainsi soulevé, soudain délivré de tout un poids qui pesait sur l’ordinaire de mes jours, piètres misères et boyaux meurtris, soudain transfusé de la cosmique énergie que je sentais accumulée dans ce qui venait de m’apparaître comme une galaxie concentrée aux astres géométriquement disposés dans la masse obscure de l’armature de pierre et de verre qu’un seul élan paraissait suspendre entre deux inﬁnis.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;J’aurais pu me sentir écrasé par New York. Au lieu de cela sa vision m’exaltait. Après ces trente-trois jours que j’avais passés aux États-Unis d’Amérique où, le plus souvent, je m’étais senti égaré, seul, éperdu et comme exilé, l’apparition de l’inimaginable cité m’investissait de sa puissance contenue, laquelle me porterait, encore et encore, tout au long des sept jours que j’allais y passer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-944839&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/979716102.jpg&quot; alt=&quot;1289092389.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-944839&quot; /&gt;Et tout, dans la foulée, se passerait de la même façon quelque peu magique. Tout se trouverait également entraîné dans une sorte de vent d’épopée. Déjà le courrier routier frappé au sceau du Lévrier s’était ébranlé pour se précipiter, quelques instants après, dans le conduit bétonné qui s’enfonce sous le ﬂeuve et pénètre ainsi l’inimaginable cité par ses entrailles, pour dégorger enﬁn son contenu d’obscurs destins humains dans le dépotoir de la gare routière de Times Square.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;J’ai tout bien noté, tout bien observé, conformément à la vérité formulée par mon occulte compère Charles-Albert, selon laquelle observer c’est aimer. Ou plus exactement: j’absorbais tout à ﬂeur de peau, je laissais tout m’atteindre, tout m’imprégner, tout m’abreuver et me nourrir, tout me traverser et me fortiﬁer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;Je me suis donc retrouvé dans la gare routière de Times Square, et dès que j’y fus, loin de me sentir perdu au milieu de tant de frères humains paumés, drogués, prostitués, toute la lie de l’humanité, j’enchaînai tout décidé une pensée à l’autre, tout résolu je faisais ça et ça, car je savais que de ça et ça dépendait la liberté de me concentrer et de m’imprégner de la terrible réalité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;Trente-trois fois ainsi, puisqu’il faut bien qu’aussi les chiffres affabulent pour signiﬁer, trente-trois fois j’ai fait avec l’humanité le tour des couloirs en entonnoir de la gare routière de Times Square en attendant que là-haut, à la surface de la terre, le vent d’épopée ne dissipe les ténèbres et les fumées sur la Grande Avenue descendant à la mer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-944875&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/943462052.jpg&quot; alt=&quot;617329724.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-944875&quot; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Trente-trois fois je fus exilé et trente-trois fois repoussé par les ﬂics métissés. Trente-trois fois je fus&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; excorié vif, le dedans irradié de visions glaciaires et le dehors de la chair comme un ciel de nerfs sous le sel. Trente-trois fois j’eusse aimé me reposer et dormir, mais à chaque instant enﬁn que, putes ou pédés, camés, exilés, nus et solitaires, nous allions nous assoupir, surgissaient les ﬂics métissés qui nous repoussaient.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-944871&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/1746100996.jpg&quot; alt=&quot;203078842.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-944871&quot; /&gt;Il y avait là tout le déchet de la nuit d’Amérique, toute la misère et l’accablement, l’infortune subie et la veulerie consentie, la détresse et le vice, la victime éternelle de l’injustice et l’éternel forban, mais à tourner avec eux dans les couloirs en entonnoir de la gare routière de Times Square, je confondais tous ces visages marqués, ces regards souillés, blessés, meurtris, en un seul corps je rassemblais ces spectres avachis et j’étais ce corps de toute destinée, ce corps créé, arraché au puits maudit, ce corps lavé, ce corps béni, ce corps aimé, ce corps meurtri, vieilli, torturé, cruciﬁé.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;Je suis remonté de là-bas dans un état de complète attention. Je me sentais libre et net. Je devais être sale, mais il me sembla plonger dans une onde glacée et claire au moment où, m’arrachant à l’air vicié de la gare routière de Times Square, je débouchai dans l’espèce de fjord de pierre et de verre de la Grande Avenue le long de laquelle déboulait un vent d’épopée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;Sans doute était-ce un peu niaiseux de ma part, mais il n’empêche que je me suis alors ﬁguré que j’étais bonnement un géant. Je n’avais plus guère en poche de quoi survivre en ces lieux que quelques paires de jours, et cependant je me sentais d’humeur conquérante à déclencher des tempêtes. Et c’est ainsi qu’à véhémentes enjambées je me suis mis à marcher vers la mer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-944847&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/68446266.jpg&quot; alt=&quot;1907741845.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-944847&quot; /&gt;Tout était d’une altière beauté. Il n’y avait âme qui vive encore dans l’immense décor, et tantôt il me semblait fouler une allée de lave élastique au fond de quelque canyon glaciaire, tantôt les claques d’air et le silence, la perspective inversée des buildings comme appuyés aux lucarnes du ciel, et le mystère, et l’impérieux de tout ça, le ﬁer, l’audacieux, le prétentieux de tout ça, le prodigieux élan de tout ça me portait à me croire, comme en haute altitude, enﬁn délesté de tout le poids d’en bas et pour ainsi dire en passe de léviter. Or je ne délirais pas. Tout niaiseux que je fusse de me croire un géant, je participai de cet élan et, l’esprit décapé, je ne laissai à ma façon de relayer les messagers du vent d’épopée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;Par cette espèce d’escalier de pierre et de verre je suis donc descendu tout le long de la Grande Avenue jusqu’aux docks. Et de bloc en bloc, m’approchant de la mer et commençant de croiser des gens, je me sentais plus léger, plus consistant, plus joyeux. Et là-bas j’ai pris le ferry, déjà bondé de matinaux préoccupés. Or je n’en avais qu’à Manhattan que, de loin, je voyais mieux apparaître tel qu’il est, prodigieux rêve de pierre et de verre de géant niaiseux, formidable cristal des élans, conglomérat d’énergie et de sang, de folie et de vent...&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt; color: windowtext; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/830117130.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-944834&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/830117130.jpg&quot; alt=&quot;830117130.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-944834&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Fugue toscane</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Balades</category>
                                                <pubDate>Fri, 28 Mar 2008 22:41:00 +0100</pubDate>
                <description>
                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/76b85dee2e938657ec6841592343b269.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-733789&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/76b85dee2e938657ec6841592343b269.jpg&quot; alt=&quot;76b85dee2e938657ec6841592343b269.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-733789&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; Je revenais d’un autre rêve de pays de pierre et de vent. J’avais dormi ces nuits enroulé dans une peau d’ours, abrité des chutes d’étoiles par une feuille de Vélin d’arches que je débitais le jour en infimes rubans. C’est sur ceux-ci que j’ai commencé d’écrire mon épopée de l’Abyssin. Ensuite de quoi je fus à Cortone.&lt;br /&gt; De Florence on grimpe dans le Chianti, le long de l’Arno au bord duquel se desquament de silencieuses anciennes fabriques. Puis il y a une très longue, rude montée redoutée du vélocipédiste, au sommet de laquelle un farouche enfant fait à tout se livre avec des complices à un âpre négoce de limonade. Plus loin, entre les pins, se distinguent bientôt les premiers palais d’Arezzo, cité de l’Arétin (poète érotique mineur) et de Pétrarque (poète érotique majeur). Une halte s’y impose quand les fresques de Piero ne se trouvent plus assiégées par la meute étourdie. Mais pour lors on continue et treize kilomètres plus loin, en contrehaut, s’étagent les murs ocres et les toits roses de Cortone. Une dernière féroce montée et voici la petite place pavée en pente du bourg qu’encerclent le palais municipal et les hautes maisons des notables et trois cafés (il a trois partis influents) et le coiffeur (on dit il barbiere) et l’église devant laquelle siège depuis sept siècles le bossu (il gobbo) de père en fils.&lt;br /&gt; L’Italie fout le camp à divers égards mais ses bossus demeurent et teigneux comme il sied. Les vieux sont aussi là pour accueillir l’étranger, lequel se dirige bientôt non vers l’hôtel voyant dont le prospectus vante le mobilier suédois, mais, à l’opposite, vers l’albergo décati dont les chambres dénuées de tout ne coûtent rien et donnent sur la plaine et les brumes du lac de Trasimène et le lointain mouvant des collines les plus douces de la Terre.&lt;br /&gt; Et tout est d’ailleurs comme ça à Cortone : tout est à la fois populaire et civilisé, relent de jardin de monastère&amp;nbsp;et vin de pays, tout est nature et culture, boxe et monnaie de chewing-gum, tout est ciel au bord du sud noir.&lt;br /&gt; Par exemple on monte le long des ruelles aussi raides que la raide pente de la montagne maintes fois gravie à genoux par les ascètes des déserts d’en dessus et les pécheresses majeures ou mineures, et des maisons de pierre, de part et d’autre de la rampe ardue, s’échappe la même sublime idiote rengaine de Gigliola Cinquetti que reprennent en chœur les jeunes filles alanguies dans la torpeur pénombre. Un peu plus haut, dans les buissons d’épines, commence le chemin de croix modern has been de Gino Severini au bout duquel gît la béate Santa Margherita dans une sorte de châsse de pharaon femelle.&lt;br /&gt; L’église est une horreur mais de là-haut se découvre le paysage jusqu’à Pérouse et Jérusalem. La dernière fois que j’y fus, en été torride, j’y avais lu, dans un volume salée d’eau de la mer Egée et tanné par tous les soleils, les lettres de Maxime Gorki à Tchékhov. L’une d’elles évoquait &lt;em&gt;La dame au petit chien&lt;/em&gt; et Gorki notait avec une reconnaissance que je fis mienne aussitôt : « Après le plus insignifiant de vos récits tout semble grossier, écrit non pas avec une plume mais avec une bûche. Avec vos petits récits vous faites une très grande chose, vous éveillez chez les gens le dégoût de la vie somnolente, à demi morte, vos récits sont comme des flacons élégamment ciselés qui contiennent tous les parfums de la vie ».&lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-733791&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/700225e3c2dfc05ff069940e986eed18.jpg&quot; alt=&quot;9f60651b15b3da8db7e58a44df8cf8d0.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-733791&quot; /&gt;Or ceux-si s’éventent, le soir à Cortone, sous le toit de l’humble albergo où s’ouvre une vaste loggia. Le ciel est cisaillé par le vol et les cris de martinets fulgurants. Les cloches répondent à celles d’Arezzo qui répondnet à celle de Sienne qui répondent à celles de Volterra qui répondent à celles de Radio Vatican. Et dans le ciel bruissent les ailes à la feuille d’or des anges de l’Angelico. La vierge de l’Annonciation, tout à côté, porte une robe tissée de candeur. De même la chasteté règne sur le Museo Diocesano fermé à cette heure : divers objets étrusques y reposent dans les limbes poudrés de farine de temps…&lt;/p&gt; 
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                <title>Baleine au bord du ciel</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Fri, 20 Jul 2007 22:10:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/dd30ce2d63f464ff2146f2fbef9e1d39.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-464558&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/dd30ce2d63f464ff2146f2fbef9e1d39.jpg&quot; alt=&quot;dd30ce2d63f464ff2146f2fbef9e1d39.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-464558&quot; /&gt;&lt;/a&gt;A Chamonix, ce jour-là, en lisant Paul Gadenne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L’air avait une acuité de cristal, ce matin sur les crêtes dominant la vallée de Chamonix, mille mètres plus bas, face au Mont-Blanc dont la calotte étincelait sous le premiers rayons, et je me suis dit que non : que la première métaphore de &lt;em&gt;Baleine&lt;/em&gt; ne collait pas, quand l’un parle d’une carrière de marbre à propos de l’animal échoué sur le rivage, et qu’un autre ensuite le compare à une montagne de neige ; mais non, le Mont-Blanc n’a rien d’une baleine échouée au bord du ciel, me disais-je en visant le cairn du col du Brévent, et d’ailleurs j’avais pris le petit livre dans mon sac avec l’intention d’en achever la lecture quelque part sur ces hauts gazons exhalant les parfums d’orchis et de gentiane, et c’était cela même me disais-je : l’odeur de la baleine change tout lorsque Pierre et Odile s’en approchent.&lt;br /&gt; C’est le miracle de la lecture de se faire de nouveaux amis en moins de deux, ou de se rappeler soudain ceux qu’on avait oubliés. Car je connaissais Pierre et Odile depuis de longues années, pour avoir déjà lu &lt;em&gt;Baleine&lt;/em&gt;, cette nouvelle de Paul Gadenne comptant à peine trente pages, rééditée il y a quelque temps par Hubert Nyssen et que j’ai relue avec l’impression de la redécouvrir plus &lt;em&gt;physiquement&lt;/em&gt; que la première fois, par le seul fait qu’on ne lit pas, à la soixantaine, un texte évoquant la mort comme on le lit à vingt ans. De fait &lt;em&gt;Baleine&lt;/em&gt;, décrivant le cadavre d’une baleine en train de se décomposer sur une grève, est plus qu’un texte symbolique : une espèce de poème métaphysique que vivent deux jeunes gens élégants, juste un peu moins frivoles que les autres, Pierre et Odile qui étaient donc avec moi cet après-midi dans les rhododendrons des abords du refuge Bel-Lachat quand j’ai ressorti l’opuscule.&lt;br /&gt; La prose de Gadenne est d’une beauté de parfaite économie. Sa façon de décrire la féerique bidoche du cétacé aux soieries pourrissantes nous trouble et nous enchante à la fois, comme fascinés par cette grosse fleur puante, mais non pas fleur : animale créature à laquelle nous nous identifions Dieu sait pourquoi, à croire que la baleine nous rappelle notre mère ou des voyages antérieurs, peu importe – cette façon légère et fulgurante me semble la littérature même, qui ramasse en quelque pages toutes nos questions et tous nos vertiges, l’horreur et la splendeur.&lt;br /&gt; Mais bougre que cette descente du Brévent est claquante ! Et comme il fait bon alors se tremper dans le torrent glacial qui serpente, de l’autre côté de la vallée, au pied des Drus. C’est là que, dans le sable blanc, j’ai fini &lt;em&gt;Baleine&lt;/em&gt;, tandis que les hélicos tournaient à n’en plus finir dans les parages des Drus, du Requin ou du Caïman, peut-être du Fou ? Dans la foulée, j’ai pensé qu’il était significatif qu’un requin échoué sur un rivage ne puisse dégager la moindre pensée lyrique ou philosophique, pas plus qu’un Caïman d’ailleurs, pour ne pas quitter la formidable nomenclature des Aiguilles de Chamonix…&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-464561&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/40ac0b0a02911364ec5e28927ef0cdd3.jpg&quot; alt=&quot;cba79b5ea17b5c0c56e9ae8a05aa08a0.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-464561&quot; /&gt;Tandis qu’une baleine contient le monde et en décline tous les aspects. &lt;em&gt;Moby Dick&lt;/em&gt;, évidemment présent en filigrane de la nouvelle de Gadenne, fut une montagne blanche et un monstre biblique, mais je me rappelle soudain qu’aucun de nos écrivain alpins n’a produit trente pages de cette densité qui puissent suggérer des montagnes ce que certains peintres en revanche ont saisi, le mystère, l’odeur de la vie et de la mort, ce contraste de notre légèreté et du poids des choses, la chair d’un chamois qui se décompose dans un pierrier et la grâce d’un enfant sautant de pierre en pierre, le ciel d’été roulant ses myriades au-dessus des parois lugubres, tout ce chaos, et là-haut ces papillons multicolores des parapentes, et sur le sable blanc du torrent aux eaux laiteuses: ce lecteur divaguant…&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Paul Gadenne, &lt;em&gt;Baleine.&lt;/em&gt; 150e numéro de la collection Un endroit où aller. Actes Sud, 38 p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <title>Une messe au bord du vide</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Balades</category>
                                                <pubDate>Thu, 12 Jul 2007 21:00:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/0b95f48963d33ad2e9614dea6f2c15ea.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-453334&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/0b95f48963d33ad2e9614dea6f2c15ea.jpg&quot; alt=&quot;0b95f48963d33ad2e9614dea6f2c15ea.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-453334&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;D’un pèlerinage à la vertigineuse Chapelle du Scex. D’une inscription favorable à l’écrivain Maurice Chappaz, en voie d’effacement, et d'une messe. Que tout passe, sauf Dieu…&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Certaine jeune Anglaise qui ne manque ni de candeur ni de grâce dans la silhouette, n’ayant rien à envier en cela à une Kate Moss, en nettement plus frais en revanche, a cru devoir rosir, l’autre soir qu’elle me consultait dans un refuge, en découvrant les toponymes alpins de nos régions où nombre de pics et autres pitons rocheux sont affublés du nom de Scex. Identifiant sur la carte un Scex rouge puis un Scex penché, notre amie semblait toute pensive, jusqu’au moment où je crus de mon devoir de la décevoir en lui apprenant que Scex signifie simplement rocher en langue archaïque…&lt;br /&gt; Ainsi la Chapelle du Scex n’est-elle pas un oratoire phallique mais un édifice religieux encastré dans la roche, au-dessus de Saint-Maurice d’Agaune où précisément j’ai pèleriné ce matin après avoir longé l’amont du Rhône qui a l’air en ces lieux d’une sauvage rivière d’Amérique.&lt;img name=&quot;media-453342&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/7d7fc373a05e0eab758d26fa2ce5bd4c.jpg&quot; alt=&quot;f4bf697031755a33e8ead13ff359cf98.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-453342&quot; /&gt;&lt;br /&gt; Le sentier de la Chapelle du Scex s’amorce derrière la basilique de l’Abbaye de Saint-Maurice où toute Anglaise même jeune sait que se trouve déposé l’un des plus précieux trésors de la chrétienté, dont le coffret mérovingien de Teudéric et le reliquaire de la Sainte Epine. On ne cesse d’ailleurs de penser au martyre du Nazaréen en gravissant l’imitation de son chemin de croix, qui serpente dans la falaise abrupte de quelque cent mètres dominant Saint-Maurice, sur la roche de laquelle des lycéens ont inscrit naguère en lettres blanches : VIVE CHAPPAZ.&lt;br /&gt; Il faut alors préciser que Marice Chappaz, grand écrivain valaisan, fut conspué dans ces années par les notables et autres bourgeois du pays pour ses virulentes positions affirmées contre les promoteurs et autres prédateurs immobiliers, dans un pamphlet intitulé &lt;em&gt;Les Maquereaux des cimes blanches&lt;/em&gt;. Hélas, l’inscription tend à disparaître, mais les lycéens de Saint-Maurice continuent de lire Chappaz avec le même entrain montré par la jeune Portugaise chargée par le curé de balayer ce matin les 444 marches conduisant à la Chapelle du Scex.&lt;br /&gt; J’ai gravi ces 444 marches avec la satisfaction de ne pas en compter 666. Le triplement du 4, composé d’un mixte de trinité et du symbole de l’UN, est un bon chiffre, que je salue même si je ne pratique la numérologie qu’avec un grain de sel. Je n’ai pas la tripe ésotérique. Mon christianisme composite de fils de huguenots et de vieux-catholiques serait plutôt du genre chestertonien, surtout les jours de beau, avec une nuance évhémériste qui me fait intégrer plus qu’exclure, et sourire même si l’on dit que le Christ ne sourit pas, ce qui n’a pas été prouvé par A + B et ce que G.K. Chesterton, précisément, réfute de toute sa panse.&lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-453337&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/dfc433a7ee7d5bf0e53deb1b9138b8a7.jpg&quot; alt=&quot;668c0b8a1e33c57f886eba585d2d840c.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-453337&quot; /&gt;N’empêche qu’on ne sourit pas en remontant un Chemin de Croix. Celui de la Chapelle du Scex commence avec Pilate et finit au Tombeau. Jusqu’à la 200e marche, le Christ porte sa croix. Toute l’humanité en est affligée avec Lui. Ensuite c’est le supplice affreux, la croix, la mort et le retournement qu’on sait, ou plutôt qu’on ne sait pas : on est seulement prié de croire et voilà tout…&lt;br /&gt; Ce qui est sûr est que la foi continue de s’agripper aux montagnes, comme le prouve la Chapelle du Scex à laquelle on parvient par une dernière volée de marches, les quarante les plus sévères, et qui repose sur une corniche étroite dominant Saint-Maurice.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-453338&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/167955a6d5ce340630e6703286186b4c.jpg&quot; alt=&quot;8c4b2ae1ef6bb5d0513bc906248666b8.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-453338&quot; /&gt;Et que se passe-t-il là dans le minuscule sanctuaire ? Il se passe qu’une messe s’y achève pour une vingtaine de personnes de tous les âges dont un tout petit garçon turbulent. Le curé ne montre aucune impatience. A cette hauteur on est forcément détaché, semble-t-il. Il sait en outre que tout passe, sauf Dieu. A côté de la chapelle, ainsi, une vieille guérite tombe en ruine, qui servait jadis à la vente de cartes postales, du temps où la chapelle se visitait comme une curiosité, sous un autre pape. On croit que tout se perd, mais non : à la Chapelle du Scex, le tourisme a passé, tandis que la messe repique visiblement. Pour combien de temps ?&lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-453339&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/675f760609b30b749e7ecdcdfaf130cf.jpg&quot; alt=&quot;05b8ba1ccc5a09467e7360fcc1de8f44.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-453339&quot; /&gt;Pour ma part, je reste sur le seuil comme je me rappelle que Simone Weil et Léon Chestov sont restés sur le seuil, ces presque chrétiens sûrement mieux vus par Dieu, qui ne passe pas, que la plupart de ceux qui se flattent d’être du Bon Côté - mais il va de soi que je ne me compare en rien à ces deux anges de la pensée. Je ne suis capable quant à moi, à cet instant, que de&amp;nbsp;ruminations moyennes. La preuve : voici que je me demande si j’ai mis assez de pièces dans le parcmètre de la Grand-Rue pour le temps de monter et redescendre les 888 marches du pèlerinage à la Vierge du Scex…&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/8c913d848620dcb19137f19ddbfad053.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-453343&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/8c913d848620dcb19137f19ddbfad053.jpg&quot; alt=&quot;8c913d848620dcb19137f19ddbfad053.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-453343&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Une virée en Toscane (souvenir)</title>
                <link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2005/06/09/une_viree_en_toscane_souvenir.html</link>
                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Balades</category>
                                                <pubDate>Tue, 04 Jul 2006 12:47:47 +0200</pubDate>
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                    &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_florence1.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_toscane.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;De Florence à Cortone en vélocipède&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J’ai dormi pendant tout le trajet italien dans la couchette puant la sueur du gros mec d’à côté, j’avais encore l’impression d’être dans un rêve lorsque j’ai récupéré ma bécane à la consigne après avoir enjambé les corps allongés d’une foule de hippies sur les quais, j’ai ficelé tant bien que mal mes trois sacs sur l’engin puis je me suis lancé sur le pavé en titubant, ne me réveillant vraiment qu’avec le sentiment d’entrer dans un autre songe à la Chirico lorsque, par les venelles désertes et absolument silencieuses, j’ai débouché sur la Place de la Seigneurie; et là je ne me suis pas arrêté: j’ai juste tourniqué trois fois en faisant la nique au David bodybuildé de Michelangelo auquel je préfère cent fois le petit Persée à joli cul de Benvenuto Cellini, puis j’ai filé le long de l’Arno, je me suis senti des ailes en trouvant beau tout ce que je voyais, les fleurs et les petites fabriques décaties du long de la route, les matinaux qui commençaient d’apparaître et les bagnoles me dépassant en klaxonnant, puis la pente a commencé de se redresser, à un moment donné Florence m’est apparue tout entière dont je voyais maintenant le dôme et les clochers dans la brume de beau temps, ensuite de quoi j’ai commencé de remonter les rudes pentes du Chianti, tantôt pédalant et tantôt poussant mon espèce de mule roulante sans cesse en déséquilibre, tantôt exultant à la découverte d’une nouvelle enfilade de colline à cyprès et tantôt me traitant d’olibrius anachronique, comme devaient le penser les jeunes gens motorisés me doublant avec des clameurs, jusqu’au sommet d’un petit col où semblaient m’attendre deux gosses trapus aux airs farouches dont le petit commerce m’a fait retoucher terre.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce devait être passé midi, j’étais plus qu’en nage, je n’avais bu jusque-là qu’au lavabo d’un salon de coiffure où je m’étais fait rafraîchir la nuque en écoutant un discours du Figaro lippu à la gloire de Sa Sainteté Jean XXIII dont l’effigie jouxtait une réclame pour l’Acqua di Selva, j’avais maintenant envie de litres de limonade mais les deux mioches voulurent savoir si j’aurais de quoi payer, puis survint leur soeur aînée, peut-être douze ans d’âge et visiblement la responsable de l’établissement, qui me dit avec solennité le prix d’un litre d’orangeade, et je montrai mes lires et réclamai deux bouteille à boire ici même, ce qui sembla visiblement une énormité au grave trio, mais bientôt j’eus mes deux litres avec l’injonction de restituer le verre sous peine d’une surtaxe, et je m’acquittai de mon dû et n’osai protester lorsque le chef de gang me rendit la monnaie sous forme de bonbons - d’ailleurs j’étais bien trop heureux pour cela, car telle est l’Italie que j’aime, en tout cas je les remerciai &lt;em&gt;in petto&lt;/em&gt; sans quitter moi non plus mon air de sombre négociateur, je bus devant eux et je rotai, leur rendis les bouteilles et m’en fus sans les dérider une seconde.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Après cette seule étape je n’ai cessé de pédaler dans la touffeur, parfois abruti par l’effort et faisant corps avec ma monture grinçante, puis me saoulant de plats et de descentes avant de mouliner en danseuse ou de remettre pied à terre, jusqu’au dernier plan incliné d’Arezzo, où je suis arrivé en début de soirée tout ruisselant et titubant d’épuisement, pionçant trois heures d’affilée dans une étroite chambre d’hôtel avant de ressortir de songes confus pleins de bielles et de bouteilles pour entrer dans le rêve éveillé de la vieille ville où m’attendait un dernier ébranlement onirique: la Piazza Grande, nom de Dieu, cette place où je n’avais jamais mis les pieds et que j’ai &lt;em&gt;reconnue&lt;/em&gt; tout à coup, cette place inclinée comme le Campo de Sienne et que j'étais sûr d’avoir déjà vue quelque part, je ne sais pas où, peut-être dans mes rêves de maisons ou dans un film (peut-être &lt;em&gt;Roméo et Juliette&lt;/em&gt; de Zeffirelli ?), peut-être encore dans une autre vie - et maintenant j’écris à une terrasse en continuant de m’hydrater (tout à l’heure je buvais l’eau de ma douche) et en me réjouissant de voir demain les couleurs réelles des fresques de Piero della Francesca... &lt;em&gt;(17 juillet 1975)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_arezzo2.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce qui me touche le plus en ces lieux est un chant qui se continue dans la vie même. La chair est sublimée, à l’ombre de San Francesco, les nobles visages et les nobles gestes restent en suspens hors du temps, les couleurs ne sont plus que des échos de couleur, c’est une église où l’on n’aurait pas l’idée de s’agenouiller sauf par vénération de l’idée de l’Art, et moi je n’ai pas envie de m’agenouiller au milieu des groupes de vieilles Allemandes et de jeunes gens studieux qui se pâment selon l’indication du Guide, je ne sais pas trop ce que Piero ressentait en élevant ces notables engoncés et ces soldats à hauteur d’éternité, je le soupçonne de n’avoir peint que de la peinture savante et parfaite, en tout cas je sens que Dieu n’y est plus, j’entends le Dieu vivant qui pétrit la pâte des visages de dehors et qui avoue sa faiblesse, il n’y a aucune faiblesse dans l’art sublime de Piero et cela m’en éloigne, je retourne par conséquent au marché où je me régale à la vue des paysans de l’arrière-pays tenant par les pattes des poules vivantes et se lançant des mots qui m’échappent.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je n’avais pas l’impression qu’Arezzo m’attendait: je ne trouvais aucun endroit où m’arrêter. Sauf pour le marché ou les fêtes, la Piazza Grande n’est pas le lieu ou les Arétins se rencontrent, comme les Siennois sur le Campo, et je me sentais un peu de trop; enfin j’étais physiquement si moulu que j’avais envie d’en reprendre une dose, et c’est avec une sorte d’ivresse hébétée que j’ai gravi, sous le soleil encore tuant de l’après-midi, la côte menant sous les murs étrusques de Cortone où trois sémillants bossus ont salué mon arrivée de rescapé du Giro des andouilles.&lt;br /&gt; D’où que je venais ? Quoi que je faisais dans la vie ? Dans quelle maison qu’on m’attendait ? Quelle &lt;em&gt;fanciulla&lt;/em&gt; que j’allais débaucher, chantonnaient-ils en scandant leurs propos de leurs cannes ferrées, et je répondais, en chantonnant de la même façon que j’étais là tout seul et que je cherchais une chambre d’hôtel, alors eux de me recommander l’Albergo Italia et le barbiere Ugolino, la châsse de momie de Santa Margherita et le vin de maison de la taverne d’à côté, et moi de me retenir de leur tapoter la bosse selon la tradition superstitieuse, puis de leur offrir mes deux derniers paquets de &lt;em&gt;Players&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;(19 juillet)&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_cortone2.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_cortone1.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; Je vous recommande la loggia de l’Albergo Italia où l’on a la sensation, au-dessus des toits, de se trouver au milieu des coups de serpe des martinets fauchant l’herbe bleue, tout en déployant son regard à toutes les hauteurs de la partition du paysage, de la plaine à l’autre versant embrumé des &lt;em&gt;Crete senesi&lt;/em&gt;, avec les croches fuselées des cyprès et les blanches des boules de feu blême qu’on a dans l’oeil quand on regarde trop longtemps le ciel et tout ce qu’il contient, les anges aux mille miroirs de poche et Dieu là-haut tout derrière. Je vous recommande le sel marin pour bains de pieds de la Signora. Je vous recommande la collection de vieilles éditions du &lt;em&gt;Corriere della Sera&lt;/em&gt; où vous aurez peut-être la chance de dénicher une chronique de Dino Buzzati ou la couverture aquarellée de la &lt;em&gt;Domenica&lt;/em&gt; intitulée &lt;em&gt;I Pazzi del Cervino&lt;/em&gt;, qui représente le jeune Walter Bonatti de Monza, en bonnet de cuir d’aviateur, et son compère Roberto Bignamo, de Milan, accomplissant la première escalade hivernale de la face Est du Cervin, le 5 avril 1953 - j’avais six ans, Staline n’était plus. &lt;em&gt;(Guide personnel des non-monuments)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
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                <title>Amarcord à Venise</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Balades</category>
                                                <pubDate>Tue, 26 Jul 2005 22:35:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_gradisca.2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À Venise la culture est pour ainsi dire naturelle. La ville est un tel artiﬁce poétique qu’on en oublie les processions moutonnières. Il m’apparaît aujourd’hui qu’il n’y a rien à visiter, à Venise, que Venise. Tout à l’heure nous irons à l’Accademia dire bonjour aux courtisanes de Carpaccio comme à des cousines, et saluerons amicalement Giorgione en passant, mais à l’instant c’est n’importe où que Venise nous atteint, et plus encore dans les arrière-cours qu’aux lieux d’afﬂuence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’Italie populaire et poétique que nous aimons est ﬁltrée, dans &lt;em&gt;Amarcord &lt;/em&gt;de Fellini, avec un génie qu’elle a inspiré et qui se continue tous les jours au naturel, comme cela nous est apparu ce soir, en sortant du cinéma pour déboucher sur un canal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous étions encore, après le mariage de la Gradisca, tout bourdonnants de la musique de Nino Rota dont l’accordéon n’en ﬁnit pas de chalouper, et voici que le générique avait déﬁlé et que, sous le charme encore, un peu titubants, nous passions la porte du cinéma pour nous retrouver dans l’air chargé de senteurs de mer et de gazole – et là-bas, sur les eaux moirées, une gondole s’en allait avec son accordéoniste et sa romance à épisodes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_venezia.2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;
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                <title>Fugues nippones</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Balades</category>
                                                <pubDate>Tue, 26 Jul 2005 07:00:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;img style= &quot;border-top-width: 0px; border-left-width: 0px; float: left; border-bottom-width: 0px; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-right-width: 0px&quot; alt=&quot;&quot; src= &quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_tokyo.3.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Premier matin à Tokyo&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il y a ces jours dans l’air de Tokyo une espèce de tiédeur anachronique d’été indien. Pourtant c’est le moindre des étonnements de quiconque y débarque pour la première fois. Parce que c’est un monde éberluant que celui de Tokyo, dont les images toutes faites qu’on en peut avoir valdinguent aussitôt qu’on y plonge.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Aux idéogrammes près, on se croirait d’abord aux States. Les buildings, les parkings enterrés ou empilés et les nouveaux quartiers à shopping : tout y est. Sauf qu’il y a ici des congrès de grillons et de drôles d’oiseaux moqueurs dans les arbres, et toutes sortes d’arbres aux feuilles en forme de cœurs ou de petits éventails ; et de ravissants enfants et des collégiennes en uniformes de matelotes mille fois plus mutines que nulle part ailleurs ; et des balayeurs à gants blancs qui ramassent les mégots et les menus détritus avec des soins de préparateurs en pharmacie. Or, en dépit du sentiment d’écrasement qu’on éprouve aussitôt devant son hétéroclite immensité, Tokyo ne laisse aussi de nous immerger dans un ﬂeuve humain bonnement revigorant.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le premier matin, ainsi, aux très petites heures, c’est dans les halles ruisselantes et sonores du marché au poisson de Tsukiji que j’ai commencé de ﬂairer ce Tokyo-là. Dans une atmosphère ﬂeurant d’abord les œufs pourris et tournant ensuite à l’air salé du grand large, on découvre là tout un peuple de matinaux aux gueules shakespeariennes maniant coutelas et crocs à longs manches, s’activant entre les rangées fumantes de vapeur de glace de thons et d’espadons la tête ouverte ou les entrailles sondées à la loupiote.&lt;br /&gt; Mais le choc de ces lieux tient surtout à la criée se modulant en litanies gutturales lancées tout à coup des petits tréteaux dressés de loin en loin dans ce dédale grouillant, qui évoquent tout un monde de luttes élémentaires et de rudes échanges, d’ancestrales angoisses ﬁltrées et modulées en incantations lancinantes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les extrêmes semblent à tout moment s’opposer au pays de l’arc et de la massue. Ainsi du silence bruissant de feuilles de papier de soie des mille bouquineries du quartier de Kanda, puis des vociférations gutturales des extrémistes à mégaphones debout sur leurs blindés noirs, en plein centre d’affaires de Ginza...&lt;br /&gt;
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                <title>Paris la nuit</title>
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                <author>noreply@ (JLK)</author>
                                                <category>Balades</category>
                                                <pubDate>Sat, 23 Jul 2005 20:00:00 +0200</pubDate>
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                    &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_paris.2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après l’heure du dernier métro, quand il n’y a plus dans les cafés que des traînées de sciure et de vagues ombres vertes au fond des miroirs, Paris devient comme un théâtre de songes.&lt;br /&gt;Ce soir, la lune à peu près pleine roule au-dessus des toits en créneaux de Montmartre. De rares passants vont leur chemin tandis que je dévale la rue Fontaine avec des idées de marche à n’en plus ﬁnir. Le long d’une venelle déserte, mon pas résonne jusqu’au dernier étage où s’aperçoit encore, tamisé par un rayon malingre, le quinquet de l’étudiant, des amants insatiables ou du vieil insomniaque. Et ainsi, de loin en loin, mon pas solitaire fait se lever les bons vieux clichés genre bohème.&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_paris2.2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;Un soir qu’il neigeait, je fus ainsi Rodolphe à la Barrière d’Enfer, et déjà je savais que Mimi la douce ne passerait pas l’hiver avec sa toux de misère. C’était triste à languir, mais que serait l’amour sans la mélancolie, et les airs de Puccini me revenaient, dont je sais toutes les voix par cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une autre fois, m’étant attardé dans un square de Ménilmontant avec un volume des &lt;em&gt;Hommes de bonne volonté&lt;/em&gt;, je me transformai en chacun de ses personnages, et je fus donc l’apprenti Wazemmes qui rejoint, à la brune, l’espèce de grue dont la vocation spéciale semble de le déniaiser, au crépuscule je fus le poulbot Bastide qui traverse tout son quartier à la poursuite de son cerceau, puis je fus le député Gurau à l’instant où il rejoint sa théâtreuse, je fus le marquis de Saint-Papoul ou Jerphanion le socialo, je fus le chien Macaire et je fus Quinette, le Landru de la bande qui s’en va dans les brumes du canal Saint-Martin cher à Maigret, et maintenant je m’imagine dans la peau d’ours de celui-ci passant de maison en maison et de secret en secret.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
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