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<title>Carnets de JLK - autres_rivages</title>
<description>Riches Heures de lecture et d'écriture</description>
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<title>Notre ami Tchékhov</title>
<link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2005/06/15/notre-ami-tchekhov.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Sun, 01 Nov 2009 08:40:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/e193dfecd19f76cbe878293335d0cf4c.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-530674&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/e193dfecd19f76cbe878293335d0cf4c.jpg&quot; alt=&quot;e193dfecd19f76cbe878293335d0cf4c.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-530674&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Il y a 105 ans, le 2 juillet 1904, Anton Pavlovitch Tckhékhov s’éteignait dans la Villa Friederike de la petite station thermale de Badenweiler, en Forêt-Noire, à l’âge de quarante-quatre ans, vingt ans après le premier crachement de sang que la tuberculose lui arracha.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Durant la nuit du 1er juillet, Tchékhov se réveilla et, pour la première fois, pria son épouse Olga d’appeler un médecin. Lorsque le docteur Schwöhrer arriva, à deux heures du matin, le malade lui dit simplement “Ich sterbe”, déclinant ensuite la proposition d’envoyer chercher une bouteille d’oxygène. En revanche, Tchekhov accepta de boire une flûte du champagne que son confrère médecin avait fait monter entretemps, remarqua qu’il y avait longtemps qu’il n’en avait plus bu, s’étendit sur le flanc et expira. La suite des événements, le jeune Tchékhov aurait pu la décrire avec la causticité qui caractérisait ses premiers écrits. De fait, c’est dans un convoi destiné au transport d’huîtres que la dépouille de l’écrivain fut rapatriée à Moscou, où les amis et les proches du défunt avisèrent, sur le quai de la gare, un fanfare militaire qui jouait une marche funèbre. Or celle-ci n’était pas destinée à Tchekhov mais à un certain général Keller, mort en Mandchourie, dont la dépouille arrivait le même jour. Une foule immense n’en attendait pas moins, au cimetière, le cercueil de l’écrivain porté par deux étudiants...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; En janvier de la même année, la dernière pièce de Tchékhov, &lt;em&gt;La cerisaie&lt;/em&gt;, avait fait l’objet d’un succès phénoménal. L’interprétation de la pièce, à laquelle le metteur en scène Constantin Stanislavski avait donné des accents tragiques, déplut cependant à Tchékhov qui s’exclama: “Mais ce n’est pas un drame que j’ai écrit, c’est une comédie et même, par endroits, une véritable farce !”. Ce n’était que le dernier d’une longue série de malentendus qui avaient marqué les rapports de Tchékhov avec ses contemporains, avant de se perpétuer à travers les années. L’image d’un Tchékhov poète de l’évanescence et des illusions perdues, se complaisant dans une peinture douce-amère de la province russe de la fin du siècle passé, continue de se perpétuer à travers le cliché du “doux rêveur”, qui vole au contraire en éclats dès qu’on prend la peine de l’approcher vraiment. Or une nouvelle occasion nous en est donnée, pour commémorer son centenaire, avec la parution d’un ouvrage à la fois passionnant et inachevé, constituant un témoignage de première main et dans lequel une véritable révélation biographique se fait jour. De dix ans le cadet de Tchékhov, Ivan Bounine, merveilleux écrivain lui-même (Prix Nobel de littérature en 1933), fut un ami particulièrement cher à Tchékhov, qu’il fréquenta de 1895 à sa mort. Le présent recueil de souvenirs, et jusque dans sa forme relevant parfois du croquis ou de la note préparatoire, fut entrepris par Bounine en 1952, un an avant sa mort, et la préfacière et traductrice, Claire Hauchard, précise qu’on ne sait trop quelle forme définitive il devait avoir. Or l’inachèvement de l’ouvrage n’enlève rien à son intérêt et moins encore à son charme, tant Ivan Bounine excelle, près d’un demi-siècle après sa mort, à rendre vivante et presque palpable la présence de Tchékhov.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Pour fixer, en moins de cent pages, ce que fut assez exactement le parcour de Tchekhov, et se faire une idée précise de la rude vie qui fut la sienne entre un père despotique, bigot et fondu en ivrognerie, des frères non moins irresponsables et le reste de sa famille dépendant de lui alors qu’il n’avait pas vingt ans, le lecteur non onformé se reportera à la Vie de Tchékhov insérée en seconde partie dans le recueil des &lt;em&gt;Conseils à un écrivain&lt;/em&gt;, sous la plume de Natalia Ginzburg.&lt;br /&gt; Quant à Bounine, c’est par petite touches qu’il complète son portrait “en mouvement” d’un Tchékhov à la fois fraternel et distant, qui ne perd pas une occasion de rire et n’a décidément rien du “geignard” que stigmatisent certains critiques. Ne se plaignant jamais de son sort, alors que la maladie lui est souvent cruelle, l’écrivain apparaît, sous le regard de Bounine, comme un homme chaleureux et d’un naturel tout simple, raillant volontiers la jobardise des gendelettres sans poser pour autant au “pur”. Le récit de ses visites au vieux Tolstoï est tordant, et Bounine, accueilli à un moment donné par la mère et la soeur de Tchékhov, éclaire également sa grande sollicitude de fils et de frère. De surcroît, c’est un véritable récit tchékhovien que Bounine à propos de ce qui fut, selon lui, le grand amour “empêché” d’Anton Pavlovitch, avec une femme mariée du nom de Lidia Alexeievna Avilova (1865-1943), nouvelliste et romancière prête à refaire sa vie avec lui et qu’il aima aussi sans se résoudre à l’arracher à sa famille - la repoussant ainsi en douceur...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; L’hommage de l’édition française à Tchékhov est un peu, reconnaissons-le, de bric et de broc. Le meilleur exemple en est donné par l’édition bâclée d’un recueil de récits donnés pour “inédits”, intitulé &lt;em&gt;Le malheur des autres&lt;/em&gt;, alors même que la nouvelle éponyme a déjà été traduite par André Markowicz dans l’ensemble du &lt;em&gt;Violon de Rotschild&lt;/em&gt;. Bref, et malgré sa traduction parfois bien lourde, l’on saura gré à Lily Denis d’enrichir tout de même, ici, l’éventail des récits de Tchékhov (il y en a 649 en tout) dont la Pléiade nous a fait connaître 250 titres, entre autres éditions. Nulle “révélation” dans ces 38 récits, si l’on songe à tant de merveilles connues, mais le génie de Tchékhov y est néanmoins omniprésent, fût-ce parfois dans un certain “tout-venant” journalistique.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Anton Tchekhov écrivit d’abord pour arrondir les fins de semaine de la famille dont il avait la charge, et seuls les cuistres lui reprocheront de ne pas toujours fignoler son style, alors qu’un souffle de vie constant traverse ses moindres récits. Ses &lt;em&gt;Conseil à un écrivain&lt;/em&gt;, tirés de sa correspondance et présentée par Pierre Brunello, constituent un formidable recueil de malicieuse sagesse, qu’on pourrait intituler aussi “conseils à tout le monde”. Ecrire et vivre, pour Tchekhov, allait de pair, et ses propos sur “la petite vie de tous les jours” ou sur l’authenticité, sur l’intelligentsia ou l’abus de l’adjectif, trahissent autant de positions éthiques d’une exigence que Bounine eût qualifiée de “féroce”. C’est qu’à l’opposé du littérateur se payant de mots, de l’homme de lettres trônant sur son propre monument, ou de l’instituteur du peuple, Tchekhov se contentait de chercher, pour chaque sentiment ou chaque fait, le mot juste.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Ivan Bounine. &lt;em&gt;Tchékhov&lt;/em&gt;. Traduit du russe, préfacé et annoté par Claire Hauchard. Editions du Rocher, 210p.&lt;br /&gt; Anton Tchékhov. &lt;em&gt;Conseils àun écrivain&lt;/em&gt;. Choix de textes présenté par Pierre Brunello. Traduit du russe par Marianne Gourg. Suivi de &lt;em&gt;Vie d’Anton Tchékohv&lt;/em&gt;, par Natalia Ginzburg. Traduit de l’italien par Béatrice Vierne. Editions du Rocher, coll. Anatolia, 240p.&lt;br /&gt; Anton Tchékhov. &lt;em&gt;Le malheur des autres&lt;/em&gt;. Nouvelles choisies et traduites du russe par Lily Denis. Gallimard,&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Sortilèges de l'âge tendre</title>
<link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2005/06/08/fleur_jaeggy_ou_le_feu_sous_la_glace.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Fri, 14 Nov 2008 13:29:48 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Fleur.JPG&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Fleur.JPG&quot; alt=&quot;medium_Fleur.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'univers magique de Fleur Jaeggy&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C’est d’abord l’histoire d’une enfant farouche jamais guérie d’avoir été rejetée par sa mère, et qui cherche, à l’approche de ses seize ans, à mieux connaître son père le temps d’une croisière de quatorze jours sur un bateau battant pavillon yougoslave et portant le nom de &lt;em&gt;Proleterka.&lt;/em&gt; Le périple tient un peu du rituel convenu, style “voyage en Grèce, le père et la fille”, accompli en groupe par la Corporation alémanique à laquelle est affilié le père, dernier ressortissant d’une famille d’industriels argoviens du textile dont la ruine est consommée. Du genre taiseux et froid, propre et gris, cet homme atteint en son enfance de vieillissement prématuré (ce que sa fille n’apprendra qu’à son éloge funèbre), marié par sa mère à une femme probablement séduite par sa fortune plus que par lui-même, laquelle épouse ne lui aura jamais fait de plus beau cadeau que de s’en aller, ne sera qu’un père empêché puisque les femmes liguées (mère et grand-mère de l’enfant) décident seules de son droit sur sa fille.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C’est donc le récit d’une traversée qui a valeur initiatique, puisque l’adolescente y décidera son initiation érotique en s’offrant “sans douceur” à deux hommes de l’équipage, mais aussi, et surtout, c’est un voyage à travers ses souvenirs d’enfance et d’adolescence “guidés” par la figure tutélaire d’Orsola, mère de sa mère à l’”affection glaciale” et, plus amplement (car le récit commence des années après, alors qu’elle a passé la cinquantaine), à travers toute une vie revisitée dans la préoccupation tardive d’accueillir les morts qui “viennent vers nous tardivement”, se rappelant à nous “quand ils sentent que nous devenons des proies et qu’il est temps d’aller à la chasse”.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Dans une atmosphère magique propre à l’enfance, où les objets et les chambres ont leur existence et leur langage propres (le piano maternel devenant un “cheval aux sabots d’or” dont le son restera à tout jamais “promesse de paroles de mort et de condamnation”, mais auquel elle continuera néanmoins de se confier à l’age adulte), la narration mêle les temps et les âge de la narratrice qui dit tantôt “je” et tantôt se dédouble avec cette “grâce du détachement” propre à certains enfants dont elle fut sans doute.&lt;br /&gt; Roman des filiations refusées ou contrariées, &lt;em&gt;Proleterka&lt;/em&gt; illustre autant les abus de pouvoir sévissant dans les familles que la puissance subversive de l’amour, avec une implacable distinction de la tendresse lucide et du faux semblant incarné par l’affreux “vrai père” biologique se révélant à la toute fin et lui disant la vérité “pour son bien”. Extraordinairement incisive et concentrée, mais aussi nimbée de mystère et de beauté, l’écriture de Fleur Jaeggy est ici, plus que jamais, un remarquable instrument de connaissance et de réfraction “musicale”.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Un récit fascinant, &lt;em&gt;Les années bienheureuses du châtiment&lt;/em&gt;, nous a fait découvrir l’univers empreint de troublante poésie de Fleur Jaeggy, dont un recueil de nouvelles non moins saisissant, &lt;em&gt;La peur du ciel&lt;/em&gt; , modulait plus fortement encore les thèmes de l’enfance blessée et de l’expérience du mal, des élans affectifs ou sensuels butant sur les murs du conformisme, dans un climat exacerbé - profondément helvétique par ses multiples connotations, mais sans rien de local - où s’opposent les passions individuelles et les lourdes règles familiales ou sociales. On pensait ainsi à la Suisse de Robert Walser en lisant le premier livre traduit de cet auteur né à Zurich et s’exprimant en italien (Fleur Jaeggy, établie à Milan, est l’épouse du grand éditeur et écrivain Roberto Calasso, fondateur et directeur des éditions Adelphi), comme on se rappelle le Tessin ou la Zurich étouffante de Zorn en lisant Proleterka, dont la substance intime excède évidemment toute désignation ou limite “nationale”. C’est ainsi que, par sa perception de la douleur, autant que par sa révolte contre les accroupissements sociaux, Fleur Jaeggy peut rappeler, à l’exclusion de toute référence religieuse, l’univers “bernanosien” d’une Flannery O’Connor. “Je condamne les religions qui n’ont pas pitié des suicidés”, déclare la protagoniste de Proleterka, dont les parents sont des “suicidés ratés” de père en fils... “je condamne qui condamne. Je condamne le mot pécheur.” Parce que ces mots “entraînent la vengeance” sous couvert de vertu, et que l’enfant en elle refuse que la haine s’exerce “par amour de la vérité” ou “pour son bien”...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Fleur Jaeggy, &lt;em&gt;Proleterka.&lt;/em&gt; Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro. Gallimard, collection &lt;em&gt;Du monde entier&lt;/em&gt;, 132p.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Portrait photographique de Fleur Jaeggy: Gisèle Freund&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>Ian McEwan dans les années profondes</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Fri, 16 May 2008 21:20:00 +0200</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/1183025906.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1019616&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/1183025906.jpg&quot; alt=&quot;1183025906.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1019616&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;En lisant &lt;em&gt;Expiation&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Le sentiment lancinant d'une affreuse injustice, d'autant plus révoltante qu'elle se fonde sur le mensonge pour ainsi dire &quot;irresponsable&quot; d'une adolescente, traverse ce somptueux roman et lui imprime sa part de douleur et de gravité, redoublée par l'ombre de la guerre 39-45, avant que la conclusion, à la fin du XXe siècle, ne donne à toute l'histoire une nouvelle perspective, dans une mise en abyme illustrant le &quot;mentir vrai&quot; de toute invention romanesque.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On pense aux familles anglaises à l'ancienne des romans de Jane Austen - que l'auteur cite d'ailleurs en exergue - en pénétrant dans la maison des Tallis, somptueuse demeure de campagne où, en ce torride été de 1935, l'on s'apprête à fêter le retour de Londres de Leon, le fils aîné, tandis que le &quot;Patriarche&quot;restera scotché à ses dossiers du ministère de l'Intérieur où, à côté de travaux sur le réarmement de l'Angleterre, il a probablement un secret dont sa femme, torturée par des migraines, préfère ne rien savoir. Alors qu'on attend également l'arrivée de jeunes cousins rescapés d'une &quot;vraie guerre civile conjugale&quot;, la benjamine de la famille, Briony, fait la lecture à sa mère d'une pièce de sa composition (sa première tragédie!) qu'elle entend monter le soir même avec ses cousins dans le secret dessein de séduire son frère chéri. De fait, malgré ses treize ans, Briony montre déjà tous les dehors, et plus encore les dedans, d'un écrivain caractérisé, avec des manies (elle collectionne les reliques et nourrit un goût égal pour le secret et les mots nouveaux) et une imagination prodigue de fantasmes qui provoqueront le drame de ce soir-là.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les acteurs de celui-ci seront Cecilia, soeur aînée de Briony, jeune fille en fleur revenue pour l'occasion de Cambridge où elle étudie, et Robbie, son ami d'enfance, fils de la servante du domaine et lui aussi étudiant, beau jeune homme intelligent et cultivé que Cecilia fuit à proportion de la puissante attirance qu'il exerce sur elle. Ces deux-là, observés à leur insu par la romancière en herbe, vont se donner l'un à l'autre durant cette soirée marquée simultanément par le viol de la cousine de Briony, dont celle-ci, troublée par le jeune homme, accusera formellement et mensongèrement Robbie, type idéal à ses yeux du Monstre romanesque.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Dans une narration&amp;nbsp;aux reprises temporelles virtuoses, où s'entremêlent et se heurtent les psychologies de tous les âges, la première partie crépusculaire d'&lt;em&gt;Expiation&lt;/em&gt;, à la fois sensuelle et très poétique(on pense évidemment à D.H. Lawrence à propos de Cecilia et Robbie, alors que les rêveries d'Emily rappellent Virginia Woolf) se réfère en outre à la fin de l'entre-deux-guerres, après quoi le roman semble rattrapé par la réalité.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Si le mensonge de Briony a séparé les amants après l'arrestation de Robbie et la rupture brutale de Cecilia avec sa famille, ceux-ci se retrouveront par la suite, à la satisfaction du lecteur qui aime que l'amour soit &quot;plus fort que la mort&quot;. La toile de fond en sera la débâcle de l'armée anglaise en France, avec des scènes de chaos rappelant Céline. Selon la même logique évidemment requise par la morale, Briony se devra d'expier, et ce sera sous l'uniforme d'une infirmière. Mais elle continuera pourtant d'écrire en douce, et peut-être aura-t-elle été tentée dans la foulée d'arranger la suite et la fin du roman de Cecilia et de Robbie ? Le lecteur se demande déjà si elle aura osé les relancer et leur demander pardon, s'ils lui auront accordé celui-ci et s'ils auront eu beaucoup d'enfants après la fin de la guerre ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Un troisième grand pas dans le temps, et le long regard en arrière de la romancière au bout de son âge, replacent enfin la suite et la conclusion du roman dans sa double perspective narrative (la belle histoire que vous lisez avec la naïveté ravie de l'enfant buvant son conte du soir) et critique, où la vieille Briony revisite son histoire et ses diverses variantes possibles en se rappelant l'enfant qu'elle fut.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Ian McEwan. &lt;em&gt;Expiation&lt;/em&gt;. Traduit (superbement) de l'anglais par Guillemette Belleteste. Gallimard, coll. &quot;Du monde entier&quot;, 489p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>L'introuvable langage</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Thu, 14 Feb 2008 20:50:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_faulkner2.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;De Faulkner à Thomas Wolfe&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Y a-t-il un langage qu’on puisse dire total ? Est-elle du ressort humain, telle langue qui, dans la forme la plus concentrée et la plus intelligible à la fois, ferait la somme de tout ce qui peut s’exprimer ? Comment saisir, par la parole, les hantises les plus obscures de l’homme, et comment signiﬁer ses aspirations essentielles ? Dans son acception la plus large, seule la poésie relève ce déﬁ, qui tend à résumer « toute l’histoire du cœur humain sur une tête d’épingle », selon l’expression de Faulkner qui concevait lui-même la poésie comme un « moment émouvant, passionné de la condition humaine distillée jusqu’à son essence absolue ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Je voulais être poète, afﬁrmait-il lui-même, et je me considère aujourd’hui comme un poète manqué, pas du tout comme un romancier mais comme un poète manqué qui a dû se contenter de ce qu’il était capable de faire. » Or son œuvre peut être envisagée comme un seul vaste poème visant à « montrer l’homme en conﬂit avec ses problèmes, avec sa nature, avec son propre cœur et avec ses semblables ». L’écrivain de son époque qu’il place le plus haut, bien que son œuvre soit également, selon lui, un échec, c’est Thomas Wolfe, plus héroïque dans son effort de « tout dire dans chaque paragraphe avant de mourir » que ne le furent un Hemingway ou un Dos Passos.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Si l’aspiration à jamais inatteignable du poète est de tout dire, il me semble révélateur que Faulkner lui-même se soit attaché à faire parler ceux qui, justement, ne peuvent s’exprimer ou en sont réduits à des balbutiements. Dans l’incantation obscure de l’idiot ou de l’ensauvagé, il s’est mis à l’écoute du parler humain à sa source confuse et s’est attaché à transcrire une espèce de « langage sous le langage » qui rejoint à la fois les tâtons extrêmes du Joyce de &lt;em&gt;Finnegan’s Wake&lt;/em&gt; ou du Céline de &lt;em&gt;Guignol’s band&lt;/em&gt; et la recherche éperdue de Thomas Wolfe : « Ô déserts où l’on se perd en des labyrinthes incandescents, sous les étoiles, perdus sur cette terre de cendre grise et terne, perdus ! Muets devant nos souvenirs, nous cherchons le grand langage oublié… »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_wolfe2.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.7em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Le sage extravagant</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Thu, 07 Feb 2008 12:20:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/2f3b345e5058a428ce867d4f3dd09c36.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-827916&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/2f3b345e5058a428ce867d4f3dd09c36.jpg&quot; alt=&quot;2f3b345e5058a428ce867d4f3dd09c36.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-827916&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Aphorismes&lt;/em&gt; d’Oscar Wilde&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Nul ne fut plus adulé, ni plus haï de son temps qu’Oscar Wilde. Prince de l’esprit et des élégances, il fut déclaré corrupteur de la jeunesse et jeté en prison pour s’être affiché en compagnie d’un fils de Lord et fait de sa vie publique un provoquant et constant «coming out », autant qu’il la voulait œuvre d’art à part entière. Et de fait, ses plus proches l’auront souligné : que ce prestidigitateur du verbe était plus merveilleux encore dans sa conversation que dans ses livres, qui le sont déjà dans les tonalités les plus variées, de la fantaisie à la gravité, du brillantissime au tréfonds du désarroi.&lt;br /&gt; Pour revenir à Wilde comme il sied, à savoir le pied léger,&amp;nbsp;on ne saurait trop recommander ce formidable recueil de ses &lt;em&gt;Aphorismes,&lt;/em&gt; préfacé par le très wildien Stephen Fry, qui l’incarna dans le film de Brian Gilbert (1997) et souligne justement le fait que Wilde fut damné, bien plus que pour inversion sexuelle : pour délit de poésie et de génie créateur faisant fi de toutes les hypocrisies morales, sociales, politiques ou pseudo-religieuses.&lt;br /&gt; Souvent paradoxal d’apparence (« Les philanthropes perdent toute espèce d’humanité, c’est leur trait dominant »), Oscar Wilde ne l’est pas pour se distinguer du commun (qu’il respectait bien plus que les bourgeois, fort aimé notamment de ses co-détenus), mais parce que son horreur des bien pensants et des pharisiens vertueux l’y pousse à tout coup avec un pied de nez : « La seule façon de se débarrasser de la tentation, c’est d’y céder »…&lt;br /&gt; Bel esprit postillonnant de bons mots de salon ? Bien plus que ça : certes arlequin mondain, mais aimant, généreux, plus profond souvent que les poseurs et autres raseurs.&lt;br /&gt; Une appréciable postface non signée (établie par Alvin Redman qui a préparé la version originale du recueil) resitue parfaitement Oscar Wilde en sa vie et ses œuvres. Et voilà le travail : « J’ai passé la matinée à relire les épreuves d’un de mes poèmes, et j’ai fini par enlever une virgule. L’après-midi, je l’ai remise »…&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Les hommes&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Je me dis parfois qu’en créant l’homme Dieu a quelque peu surestimé ses capacités ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Un homme qui fait la morale est le plus souvent un hypocrite, et une femme immanquablement un laideron ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Un homme dépravé est un homme qui admire l’innocence, et une femme dépravée est une femme dont les hommes ne se lassent jamais ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Les femmes&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Les femmes sont faites pour être aimée, pas comprises ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Chaque femme est une rebelle, le plus souvent violemment révoltée contre elle-même ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Si une femme ne parvient pas à rendre ses erreurs charmantes, ce n’est qu’une femelle ».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les gens&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « On peut toujours être gentil avec les gens dont on se moque totalement »&lt;br /&gt; « J’aime les hommes qui ont un avenir et les femmes qui mont un passé ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L’art&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « L’artiste véritable a en lui une absolue confiance, car il est absolument lui-même ».&lt;br /&gt; « A mon avis, Whistler est, assurément, un des plus grands maîtres de la peinture. Et je me permets d’ajouter que cet avis, Mr Whistler lui-même le partage tout à fait ».&lt;br /&gt; La seule bonne école pour apprendre l’art, ce n’est pas la Vie, c’est l’Art ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La vie&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Vivre est ce qu’il y a de plus rare au monde. La plupart des gens existent, voilà tout. »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « L’ambition est le dernier refuge du raté ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Le rire est l’attitude primitive envers la vie – une façon de l’aborder qui ne survit plus que chez les artistes et les criminels ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La littérature&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Si l’on ne peut pas relire un livre indéfiniment avec plaisir, ce n’est pas la peine de le relire du tout. »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Un poète peut survivre à tout hormis une faute d’impression »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « J’exècre le réalisme vulgaire en littérature. L’homme qui tient à appeler les choses par leur nom, à dire qu’une bêche est une bêche, par exemple, devrait être forcé de la manier. Il n’est bon qu’à cela ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La conduite&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Je compte sur vous pour donner une fausse idée de moi ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Je ne remets jamais à demain ce que je crois pouvoir faire après-demain ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Il est toujours agréable d’être très attendu et de ne pas arriver ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le journalisme&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Il convient de préciser que les journalistes modernes s’excusent toujours en privé auprès de celui qu’ils ont vilipendé en public »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Le journalisme n’est pas lisible, et la littérature n’est pas lue »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Dans les temps anciens, les hommes disposaient du chevalet de torture. Dorénavant, ils ont la presse ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Les apparences&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Il n’y a que les gens superficiels qui ne jugent pas d’après les apparences »&lt;br /&gt; « Un masque nous en dit plus long qu’un visage »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La conversation&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « J’ai horreur des gens qui parlent d’eux, comme vous, lorsqu’on a, comme moi, envie de parler de soi »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Quand les gens sont d’accord avec moi, j’ai toujours le sentiment que je dois être dans l’erreur »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L’éducation&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;De nos jours, c’est un lourd handicap que d’avoir reçun une bonne éducation. Cela vous ferme l’esprit à tant de choses. »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « L’école devrait être le plus bel endroit de chaque ville ou village – si belle que l’on punirait les enfants désobéissants en leur interdisant d’y aller le lendemain ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Jeunesse et grand âge&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « L’âme naît vieille mais elle rajeunit. Voilà la comédie de la vie. Et le corps naît jeune, mais il vieillit. Voilà sa tragédie ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La critique&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Le critique est celui qui sait transmuer son impression des belles choses en un matériau nouveau. La forme de critique la plus élevée, tout comme la plus basse, d’ailleurs, est une sorte d’autobiographie ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La critique a besoin d’être cultivée beaucoup plus assidûment que la création »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L’amitié&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Je crois que la générosité est l’essence de l’amitié ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La vérité&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;« Ce serait le meilleur des hommes s’il ne disait pas systématiquement la vérité ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Dans la vie moderne, rien ne fait autant d’effet qu’une bonne platitude. Aussitôt, tout le monde a l’impression d’être en famille ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La société&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « La société pardonne souvent au criminel, mais jamais au rêveur ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La pensée&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « La cohérence est le dernier refuge de ceux qui n’ont pas d’imagination ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; «La sagesse vient avec les hivers ».&lt;br /&gt; « Ce qui nous apparaît comme une cruelle épreuve n’est souvent qu’un bienfait caché ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le sport&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Que ces brutes de filles jouent au rugby, j’y consens volontiers, mais c’est un sport qui ne convient guère aux êtres délicats que sont les garçons »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le travail&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; « Nous vivons à l’époque du surmenage et du manque d’instruction ; une époque où les gens sont si industrieux qu’ils en deviennent complètement idiots ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Oscar Wilde&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;« Je n’écris pas pour plaire à des cliques : j’écris pour me plaire à moi-même ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Les louanges me rendent humbles, mais quand on m’insulte, je sais que j’ai tutoyé les étoiles. »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « J’ai les goûts les plus simples du monde. Je me contente toujours de ce qu’il y a de mieux ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;img name=&quot;media-827917&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/5e03ce24f4190e0443cbec8fbc2eec28.jpg&quot; alt=&quot;8fe306643432fbd5f47276e696e8ba54.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-827917&quot; /&gt;Oscar Wilde. &lt;em&gt;Aphorismes&lt;/em&gt;. Traduit de l’anglais par Béatrice Vierne. Préfacé par Stephen Fry. Arléa, 269p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Le courage de Boualem Sansal</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Fri, 18 Jan 2008 15:00:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/b2fed6a83c56b851a1cbe309fd7dc078.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-768927&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/b2fed6a83c56b851a1cbe309fd7dc078.jpg&quot; alt=&quot;b2fed6a83c56b851a1cbe309fd7dc078.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-768927&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le village de l’Allemand,&lt;/em&gt; entre Shoah et Djihad&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La lecture du &lt;em&gt;Village de l’Allemand&lt;/em&gt;, nouveau roman de l’écrivain algérien Boualem Sansal, est immédiatement prenante. Aussitôt on plonge dans un drame aux multiples occurrences personnelles et autres ramifications historico-politiques, dont le Mal du XXe siècle et de celui qui a si dangereusement commencé, entre Shoah et Djihad, tisse la trame de sang et de destruction, d’ignominie et de honte.&lt;br /&gt; Cela commence, en octobre 1996, par le journal du jeune Malrich (prénom condensant Malek et Ulrich), dont le langage signale un beur de banlieue plutôt atypique, puisque son père est d’origine allemande, et qui commence d’écrire six mois après le suicide de son grand frère Rachel (condensé de Rachid et Helmut), brillant sujet, comme on dit, mais sombré dans le désespoir on ne sait pourquoi.&lt;br /&gt; On le comprend mieux après que Com’Dad, le commissaire de quartier de la « zone urbaine sensible de première catégorie » où survivote Malrich, remet à celui-ci les quatre cahiers chiffonnés constituant le journal de Rachel, ledit Com’Dad lançant au plus ou moins voyou : « Faut lire, ça te mettra du plomb dans la tête. Ton frère était un type bien ». Et de fait, ces cahiers vont changer la vie de Malrich, comme la vie de Rachel a changé, au lendemain d’un massacre, en 1994, qui a coûté la vie à ses parents, là-bas dans un douar du bout du monde du nom d’Aïn Deb, quand il découvrit qui fut en réalité son père déclaré « martyr », l’ancien SS Hans Schiller…&lt;br /&gt; On sait le grand talent de Boualem Sansal, auteur de l’admirable &lt;em&gt;Serment des Barbares&lt;/em&gt;, et son courage intellectuel, qui lui a dicté l’an dernier la lettre ouverte de colère et d'espoir au pouvoir et au peuple algérien intitulée &lt;em&gt;Poste restante : Alger.&lt;/em&gt; On se rappelle l’amitié qui le liait à Rachid Mimouni, autre romancier intègre qui mourut désespéré en Europe et dont le corps rapatrié dans son pays fut déterré par les islamistes pour être dépecé et livré aux chiens de la nuit. Je me souviens qu’à ma dernière rencontre de Mimouni je lui souhaitai d’être protégé par Allah. Or c’est le même Allah que j’invoque en lisant ce nouveau livre, inspiré par une histoire vraie,&amp;nbsp;où alternent les voix des deux frères, celle de&amp;nbsp;Rachel relayant elle-même les voix de tous les témoins de l’horreur, Primo Levi en tête et transmettant à celle de Malrich une nouvelle conscience et l’espoir que la honte puisse être dépassée par le « geste d’amour » de son sacrifice…&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Boualem Sansal. &lt;em&gt;Le village de l'Allemand, ou le journal des frères Schiller&lt;/em&gt;. Gallimard, 263p.&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Le regard de la chouette</title>
<link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2008/01/05/le-regard-de-la-chouette.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Sat, 05 Jan 2008 18:05:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-756931&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/272fd8ed0b1cc1308a1b72ff66c4bb65.jpg&quot; alt=&quot;448e6cf038f58a85b6cb88195078edaa.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-756931&quot; /&gt;&lt;br /&gt; Un sentiment étrange, mêlé de curiosité froide et de satisfaction esthétique, non exempte de cynisme, se dégage de ce roman qui rappelle, par son climat et plus encore par le regard que jette l’auteur sur ces drôles d’animaux que sont nos semblables et leurs cultures variées, le climat et le regard des nouvelles les plus incisives de Paul Bowles. Nul hasard en cela, puisque Rodrigo Rey Rosa (né à Ciudad de Guatemala en 1958) fut disciple et ami du grand écrivain de Tanger, qui l’accueillit dans ses ateliers d’écriture et traduisit plusieurs de ses romans en anglais.&lt;br /&gt; Autant dire que l’élève est plus qu’un épigone : un maître à son tour, jouant ici sur la « rencontre » de deux jeunes types - un berger fruste et un quidam colombien en rupture de conformité – qui ne se verront pas mais que réunit l’attrait, pour des raisons opposées, d’un oiseau capturé. Entre nature sauvage et civilisation faisandée, Maroc de l’arrière-pays aux superstitions encore vivaces et Tanger aux voyageurs « borderline », le roman met en rapport révélateur (comme dans les nouvelles mémorables du &lt;em&gt;Scorpion&lt;/em&gt; de Bowles) deux mondes en train de se perdre dans un jeu de mimétisme et de fuite en avant. L’auteur ne « juge » pas pour autant, comme s’il avait lui-même arraché les yeux de la chouette pour « voir la nuit »...&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Rodrigo Rey Rosa &lt;em&gt;La rive africaine&lt;/em&gt;, traduit de l’espagnol (Guatemala) par Claude Nathalie Thomas. Gallimard, coll. Du monde entier, 176p.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Un chant dans le noir</title>
<link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2005/08/28/un-chant-dans-le-nor.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Wed, 26 Dec 2007 20:45:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_fabiopusterla.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Poésie de Fabio Pusterla&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La poésie qui me parle vraiment est aujourd’hui rarissime, mais dès que j’ai « entendu » la voix de Fabio Pusterla, dès que je suis « entré » dans ses images et sa musique, dès que j’ai « vu » les objets tels que l’éclaire la lumière de ses mots, il m’a semblé ressentir la même amplification de présence, le même sentiment de dilatation intérieure et de perception accrue que j’ai pu éprouver en forêt ou dans les grandes villes à la lecture de Pavese ou de Saba. Philippe Jaccottet, dont Pusterla a traduit plusieurs recueils, dit très justement de sa poésie que « tout, à travers sa voix ferme, sobre, admirablement maîtrisée, est toujours à la fois quotidien, proche, vrai et vaste, réel et néanmoins mystérieux », comme je l’ai ressenti si fortement tout à l’heure, rangeant mes livres et retombant dans &lt;em&gt;Une voix pour le noir&lt;/em&gt;, premier recueil en version bilingue que j’aie lu de lui, sur ce &lt;em&gt;Paysage&lt;/em&gt; dont je dois recopier ici chaque mot dans nos deux langues :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ici, il pleut des jours entiers, parfois des mois.&lt;br /&gt; Les pierres sont noires d’averses,&lt;br /&gt; les sentiers lourds.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Sur le bord des canaux :&lt;br /&gt; Têtards, ferraille sombre. Une valise&lt;br /&gt; goudronnée.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Un filet d’huile coule&lt;br /&gt; sur le gravier. Dessus, du ciment&lt;br /&gt; Si tu grattes la terre : des déchets,&lt;br /&gt; briques écaillées, dents de lapins.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On peut penser à des bruits humains,&lt;br /&gt; des pas, balles de tennis. Voix éventuelles.&lt;br /&gt; Tout débris est admis à condition d’être inutile.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Comme il s’agit du vide il y a de la place pour tout,&lt;br /&gt; Et ce peu qu’il y a, est comme s’il n’était pas.&lt;br /&gt; Même les voies sont parfaitement inertes,&lt;br /&gt; les lézards immobiles, les wagons&lt;br /&gt; oubliés.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et puis le poulailler. Les choses sans histoire.&lt;br /&gt; Ou dehors. Une brouette&lt;br /&gt; Qui n’a pas de roues. Un puits. Un seau pourri&lt;br /&gt; Sans fond. Le prénom d’un idiot :&lt;br /&gt; Luigino. Plumes dans le grillage, de poule.&lt;br /&gt; Trous dans le grillage. Intrigues rompues.&lt;br /&gt; Ce que vous n’appelez pas cruauté.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je suis ceci : rien.&lt;br /&gt; Je veux ce que je suis, fortement.&lt;br /&gt; Et les mots : maintenant personne ne mes les volera.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Ce qui se chante en italien :&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Qui piove per giorni interi, talvolta per mesi.&lt;br /&gt; I sassi sono neri d’acquate,&lt;br /&gt; I sentieri pesanti.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Sul bordo delle rogge :&lt;br /&gt; Girini, latte scure. Una valigia&lt;br /&gt; Incatramata.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Un filo d’olio cola&lt;br /&gt; Sulla ghiaia. Sopra, cemento.&lt;br /&gt; Se gratti la terra : detriti,&lt;br /&gt; mattoni scagliati, denti di coniglio.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Si possono pensare rumori umani,&lt;br /&gt; passi, palle da tennis. Voci eventuali.&lt;br /&gt; Ogni frantume è ammesso purché inutile.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Siccome questo è il vuoto c’èposto per tutto,&lt;br /&gt; E quel poco che c’è, è come se non ci fosse.&lt;br /&gt; Anche i binari sono perfettaments inerti,&lt;br /&gt; Le lucertole immobili, i vagoni&lt;br /&gt; Dimenticati.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; E poi il pollaio.Le cose senza storia.&lt;br /&gt; O fuori. Una carriola&lt;br /&gt; che non ha ruote. Un pozzo. Un secchio marcio&lt;br /&gt; privo di fondo. Il nome di uno scemo :&lt;br /&gt; Luigino. Piume dentro la rete, di gallina.&lt;br /&gt; Buchi dentro la rete. Trame rotte.&lt;br /&gt; Quello che no chiamate crudeltà.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Io sono questo : niente.&lt;br /&gt; Voglio quello che sono, fortemente.&lt;br /&gt; E le parole : nessuno adesso me le ruberà.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Cette poésie, cette lumière noire, ce chant muet me rappelle Tarkovski.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et cette vision de nos enfants petits :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Sommeil de Claudia et Nina&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Tu disais que le jour&lt;br /&gt; l’obscurité reste dans les armoires,&lt;br /&gt; ou derrière les montagnes,&lt;br /&gt; et ne sort que vers le soir,&lt;br /&gt; quand on peut dormir&lt;br /&gt; et avoir peur.&lt;br /&gt; Mais c’est une nuit d’insomnie, pleine lune,&lt;br /&gt; et derrière chaque fissure l’air palpite,&lt;br /&gt; magnétique, je devine&lt;br /&gt; presque chaque repli des bois.&lt;br /&gt; Ainsi je compte vos&lt;br /&gt; respirations, corps ici tout près : longue vague&lt;br /&gt; qui monte lentement et descend, qui revient,&lt;br /&gt; Et dessous, des abîmes, la danse des murènes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Fabio Pusterla. &lt;em&gt;Une voix pour le noir (poésie 1985-1999)&lt;/em&gt;. Préface de Philippe Jaccottet. Traduit de l’italien par Mathilde Vischer. Editions d’En Bas, 2001.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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<title>La sainte d'Auschwitz</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Mon, 24 Dec 2007 20:30:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/db41d46e12288b41a2f9610158478935.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/52f524171ed0a7a597885a9e623b0e1f.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-737739&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/52f524171ed0a7a597885a9e623b0e1f.jpg&quot; alt=&quot;52f524171ed0a7a597885a9e623b0e1f.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-737739&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;En lisant &lt;em&gt;Mort et vie d’Edith Stein&lt;/em&gt; de Yann Moix&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On se dit d’abord que ce n’est pas vrai : que c’est pour rire ou pour changer de provoc ou de public : Yann Moix hagiographe… Non mais de quoi je me mêle ? Yann Moix qui consacre un livre à Edith Stein, la carmélite d’origine juive gazée à Auschwitz et canonisée par Jean-Paul II : vous imaginez le tableau. Et comment ne pas penser illico que ça ne pourra que « craindre », comme on dit dans le langage de Yann Moix. Avec quoi de sincère ? Quoi de sérieux dans tout ça ?&lt;br /&gt; C’est ce que je me suis dit moi aussi en ouvrant ce petit livre et en commençant d’en lire les premières pages, immédiatement hérissé par le maniérisme dont l’auteur use et abuse tout au long des : pages. Vous avez : bien lu. De fait c’est ainsi que Yann Moix écrit : «Quand tu te lèves le matin, lecteur, tu sais que tu ressembles: à. Que plus ou moins tu es le sosie: de. Que t’inventer sur mesure la vie que tu aurais dû vivre est de plus en plus hard, de moins en moins possible: c’est un aveu d’échec: tu vas mourir tout à l’heure. Mais tu seras déjà mort quand tu: mourras ». Et ça va durer : longtemps ? Oui jusqu’au : bout. Mais entretemps, il se passe quelque chose…&lt;br /&gt; Pour continuer de donner le « la » du livre, voilà ce que Yann Moix, avec sa façon relaxMax, au milieu du chemin, écrit de la conversion de la philosophe (husserlienne à mort) allemande juive Edith Stein, baptisée le 1er janvier 1922, fête de la Circoncision de Jésus : « Est-ce vraiment une &lt;em&gt;conversion&lt;/em&gt; ? Ne serait-ce pas, plutôt, la « rencontre » d’une juive athée avec Jésus, ce même Jésus qui lui redonnera la curiosité du judaïsme ? Edith Stein, en devenant chrétienne, va enfin pouvoir : aimer Israël.&lt;br /&gt; « C’est une énorme révolution qui s’opère. A première vue, rien de très spectaculaire : le beauf hilare bouffeur de chips verra dans cette histoire, pour peu qu’il s’y intéresse (on ne sait jamais), une pauvre petite intello paumée qui, mal dans sa peau, s’enferme dans la « religion » chrétienne pour fuir le mon de et ses problèmes.&lt;br /&gt; « Quand on regarde la scène au microscope : c’est une révolution. C’est un acte fondamental du XXe siècle. C’est une date fondatrice de l’histoire des chrétiens et des juifs. Edith, née Stein, juive, vouant sa vie au Christ, devient un bouclier humain contre les assauts de l’antijudaïsme des chrétiens de l’époque. Elle fait paratonnerre et détourne la haine de l’Eglise envers les juifs vers d’autres univers, à des milliers d’années-lumières de là (elle essaye). »&lt;br /&gt; Mais&amp;nbsp;du même coup, attention: ce n’est pas qu’un paratonnerre « bon pour les juifs » que Yann Moix voit en Edith Stein: pas du tout. On est ici dans une histoire perso enchâssée dans une mille fois plus grande histoire, et c’est l’enjeu de la première au vu de la seconde : c’est le sens de la destinée d’Edith Stein devenue sainte Thérèse Bénecdicte de la Croix que Yann Moix détaille sur son ton faussement désinvolte dans ce livre à vrai dire étonnant, bien plus profond et pertinent que le lecteur de &lt;em&gt;Podium&lt;/em&gt; ou de &lt;em&gt;Partouz&lt;/em&gt; eût pu l’imaginer : sincère et sérieux.&lt;br /&gt; Des illustrations de ça ? La première à propos de la façon dont la Grâce se faufile en catimini dans le « bloc d’athéisme buté » d'Edith Stein, dont l’auteur parle comme d’un phénomène physiologique : « Pendant quatre ans, la Grâce va s’infiltrer dans les veines et les artères et les pores d’Edith, sans jamais se lasser de l’innerver : une Grâce têtue, moléculaire, insidieuse, qui chemine dans : le corps ». La seconde : dans le commentaire de Paul lié à l’enseignement du judaïsme qu’Edith prodigue à ses sœurs du Carmel. Edith en pince pour Paul car elle est « impressionnée par les âmes théoriques » et que Paul est le génie du christianisme incarné : celui qui prépare le judaïsme « new look » que sera le christianisme. « Ce que Paul adore dans le judaïsme, c’est le christianisme ! »&amp;nbsp;lance Yann Moix. Et cela aussi : « Paul est un « rectificateur » d’élection. A la mesquinerie pas prêteuse des juifs juifs qui ne sont plus dignes du judaïsme, il oppose la générosité universelle des juifs chrétiens qui sont les juifs nouveaux, les seuls juifs désormais : licites, les seuls juifs désormais : légitimes. Bien fait ! s’exclame Paul ; les juifs n’avaient qu’à être plus juifs que ça ! C’est pas de ma faute si les chrétiens sont plus juifs que les juifs ! »&lt;br /&gt; Un concert de grincements de dents ne manquera pas d’accueillir ce livre, qui pourtant mérite d’être lu. Ses pages concernant Israël et son espace-temps unique (« Israël est plus grand qu’Israël. La France est devenue moins grande que la France »), ses réflexions sur le « travail » posthume des saints et sur ce qui les distingue des génies artistiques, ses réflexions souvent fulgurantes sur la filiation/rupture entre judaïsme et christianisme, les pages très émouvantes aussi qu’il consacre à la fin tragique et sereine à la fois de la déportée, outre la qualité du découpage de son « film » biographique ponctué de phrases d’Edith Stein qui font tilt à tout coup : tout cela fait de &lt;em&gt;Mort et vie d’Edith Stein&lt;/em&gt; un ouvrage d’autant plus remarquable qu’il s’ouvre tout grand aux jeunes lecteurs, sans démagogie. Lorsque Yann Moix commence son livre en écrivant :&amp;nbsp;&lt;em&gt;A l’heure où nous sommes, Amour est encore possible&lt;/em&gt;, on se dit : c’est ça, coco, mais prouve-le donc. Or ce livre, contre toute attente,&amp;nbsp;est une preuve…&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Yann Moix. &lt;em&gt;Mort et vie d’Edith Stein&lt;/em&gt;. Grasset, 193p.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Dame de coeur</title>
<link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2007/06/22/dame-de-coeur.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
<category>Autres rivages</category>
<pubDate>Sun, 09 Dec 2007 21:55:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;img name=&quot;media-419456&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/64a1299189ba3c75a8e7ea79f5705390.jpg&quot; alt=&quot;c0cced9b53b145ba32ee7c95e844c0a9.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-419456&quot; /&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/9a65d5f45bbee893cbb1ec7eb804bd01.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;A propos de &lt;em&gt;Mal de pierres,&lt;/em&gt; de Milena Agus&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Le sort des livres est souvent impondérable, qui peuvent passer complètement inaperçus en dépit de leur qualité, quitte à être redécouverts plus tard ou ailleurs, et c’est ce qui vient d’advenir au remarquable récit de Milena Agus, &lt;em&gt;Mal de pierres&lt;/em&gt;, qui connaît ces jours une seconde vie en Italie après que sa traduction française l’eut « révélé ».&lt;br /&gt; C’est l’histoire d’un tardif amour, réalisant enfin le rêve d’une Sarde mariée quasi de force en 1943 à un homme qu’elle n’aimait pas plus qu’il ne l’aimait, et qui gagne le continent en 1950 pour une cure nécessitée par le mal de pierres (ce qu’on appelle moins poétiquement colite néphrétique ou calculs rénaux) qui la torture et qu’elle bénira plus tard puisque c’est à cette occasion qu’elle rencontre celui qu’elle surnomme le Réfugié, beau personnage à jambe de bois et grande délicatesse qui reconnaît aussitôt en elle une femme aimable. La rencontre des deux personnages est une oasis de lumière dans un tableau plus âpre mais néanmoins très vivant et contrasté, dont la narratrice (l’auteur probablement) ressaisit les détails avec beaucoup de relief et, souvent de drôlerie. L’évocation, par exemple, de la cohabitation des deux conjoints qui ne s’aiment pas, couchant dans le même lit sans se toucher et en tombant alternativement, est irrésistible. Ou, plus tard, la description des « prestations » érotique que son mari, client régulier d’un bordel, a enseignées à la protagoniste, qui&amp;nbsp;les détaille à l'attention du Rescapé, est un autre moment savoureux. L’humour qui se dégage de ce livre va cependant de pair avec un mélange de mélancolie et de fatalisme, qu’accentue&amp;nbsp;un dénouement qu’il faut se garder de dévoiler.&lt;br /&gt; Toute l’originalité du livre, à part le superbe tableau de mœurs et d’époque (de la fin de la guerre aux années récentes) qui s’y trouve brossé, tient aussi bien à la mise en abyme de la narration, conduite par la petite-fille de l’étonnante dame. D’un remarquable pouvoir d’évocation, au fil d’un récit aux points de vue multiples qui nous révèlent peu à peu les secrets de cette femme singulière et de son entourage, &lt;em&gt;Mal de pierres&lt;/em&gt; est un livre qui dit enfin la vertu d’exorcisme de l’écriture.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;img name=&quot;media-419444&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/5c440b07f16489f241e57494897652db.jpg&quot; alt=&quot;30c3808aa9e737734c150315b95218a3.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-419444&quot; /&gt;Milena Agus. &lt;em&gt;Mal de pierres&lt;/em&gt;. Liana Levi, 123p&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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